REPETITIONS DE MOTS
La nuit se dissolvait dans les énormes cieux OU rien ne tremble, où rien ne pleure, ou rien ne souffre
(Id., Le sacre de la femme).
Marcher à jeun, I marcher vaincu, | marcher malade
(Id., Le petit roi de Galice);
insistance sur l'idée de marcher, marcher toujours ; l'action exprimée par le verbe marcher devient une sorte de loi, une fatalité implacable pesant sur Tomme de guerre qui ne s'appartient plus ; — en même temps impression de continuité, de régularité, de monotonie.
On peut aussi marquer Tinsistance par la même répétition de mots avec le procédé ritmique contraire, celui qui consiste à augmenter le nombre des mesures et par là à les ralentir. Le premier procédé met, nous Tavons vu, les faits en relief par le resserrement sintétique et le second par Técartement analitique :
Toute la différence entre ce sombre roi. Et ce sombre j empereur, | sansfoi, \ sans Dieu, | sansloi
(Id., Eviradnus).
Le poète insiste à la fois par le ritme lent et par la répétition du même mot devant un monosillabe.
On le voit par ces derniers exemples, ce même procédé peut servir pour insister sur des faits analogues. Et en effet le moyen le plus simple pour marquer l'insistance est de répéter un mot ou quelques mots ; c'est même bien plus un procédé de stile qu'un procédé de versification, ou plutôt la poésie en use comme la prose :
Que tardez- vous, Seigneur, à. la. répudier? L'empire, votre cœur, tout condamne Octavie. Auguste, votre aïeul, soupiroit pour Livie : Par un double divorce ils s'unirent tous deux ; Et vous devez l'empire à ce divorce heureux. Tibère, que l'hjmen plaça dans sa famille. Osa bien à ses yeux répudier sa fille. Vous seul, jusques ici contraire à vos désirs, N'osez par un divorce assurer vos plaisirs ^
( Racine , Britannicus) .
Ces tronçons déchirés, épars, près d'épuiser
Leurs forces languissantes, Se cherchaient, se cherchaient, comme pour un baiser
Deux bouches frémissantes
(Hugo, Orientales).
Cest moi, Prince, c'est moi dont Tutile secours Vous eût du labyrinthe enseigné les détours ' ^^""^
(Racine, Phèdre).
Moi-même devant vous^ j'aurois voulu marcher Kt Phèdre au labyrinthe avec vous descendue Se seroit avec vous retrouvée ou perdue
{lB.,Ihid.).l,^'0''
Descends^ Charles ! Descends, Frédérïo 1 Descends, Pierre ! Deviens de plomb, deviens ûf'acier, deviens de pierre ! Le sang des bons après le sang des innocents ! Règne ! plus bas ! plus bas ! descends ! descends ! descends !
(Hugo, La pitié suprême).
Le même procédé peut être accentué par des répétitions de fonèmes venant s'ajouter aux répétitions de mots :
Viens vite, viens finir ma fortune cruelle v V v ' f f
(La Fontaine, I, 15).
Londe qui fuit, par Vonde incessamment suivie i î i i
(Hugo, Feuilles d'automne).
Descendez, descendez, lamentables victimes, Descendez \ le chemin | de Tenfer | éternel é è e e
Plongez au ;5/us /profond du gouffre où tous les crimes Flagellés par un yent qui ne 2;ient pas du ciel bouillonnent pêle-mêle avec un ôruit d'orage
(Baudelaire, Femmes damnées);
insistance et indication de différents mouvements continus.
Ce procédé qui consiste à répéter des mots tout entiers,
s'il est le plus frappant, n'est pas le plus délicat, avons-nous