MOUVEMENT INDEFINI
dit. Le plus raffiné consiste à répéter uniquement desfonèmes isolés ; on peut obtenir encore par là une très grande intensité d'expression. Nous reprendrons à ce nouveau point de vue les mêmes catégories d'idées dans le même ordre :
P Mouvement régulier :
Depuis ce jour fatal le pouvoir d'Agrippine Vers sa chute, | à grands pas, | chaque jour | s'achemine r s ch ch j r s ch
(Racine, Britannicus).
Un jour, I sur ses longs pieds, | alloit j je ne sais où Le héroQ | au long bec | emmanché | d'un long cou Oïl ou é è ou
ou ou è é ou
(La Fontaine, VII, 4).
Nos chevaux | galopaient | à travers | la clairière
(Hugo, Contemplations).
lacchos I s'avancer | sur le sajble marin
i eu è
(Heredia, Ariane).
Ajouter à ce mouvement vocalique la quintuple répétition de s peignant le bruissement continu du cortège sur le sable.
2" Mouvement ou bruit répété indéfiniment, sans que l'idée de régularité soit exprimée :
Fa, fient, fait l'empressée
(La Fontaine, Le coche et la mouche).
Avec des grondements que prolonge un long râle r r r
(Heredia, Bacchanale).
Et Pan, ralentissant ou pressant la cadence
(Id., Nymphée).
Le mouvement est peint par le retour de la voyelle nasale ûw, revenant de 2 en 2 sillabes dans le premier émistiche, de 3 en 3 dans le second, et se trouvant dans le premier 3 fois dans le même espace de temps que 2 fois dans le second.
Et la mer elle-même, expirant sur sa rive, Rou/e k peine à la pi âge une Zame /^/aintive ap ap
la la
(Lamartine, U infini dans les deux).
Laisse, ami, Terrante chèvre,
Sourde aux chevrotements du clievreau qu'elle sèvre
s r ck vr
s r ch vr cli vr s vr
(Heredia, Lafl,ûte)
Un essaim de corbeaux
Tourne éternellement autour de la montagne t t t t t
ou an ou a
(Hugo, Burgraves).
L'horloge d'un couvent s'ébranla lentement lô là la lan
an an an an
(Musset, Don Paez).
Et sa voix sur l'écho de la voûte sonore Frappait comme le pas d'un hardi cavalier
pait pas
(Musset, Charles-Quint à St-Just).
(( Pour produire un effet puissant, les lettres allitérantes doivent frapper les syllabes rythmiques ; tandis que, pour obtenir des effets dégradés, et si Ton peut parler ainsi, des demi-teintes, on devra éviter les attaques redoublées sur les syllabes de Tarsis, disposer au contraire les consonnes allitérantes devant les syllabes atones delathésis, et parfois même
BRUITS INDEFINIS 179
en amortir encore le choc au moj'en de syllabes muettes. C'est ainsi, par le choix et l'emploi judicieux des consonnes allitérées gutturales, dentales, labiales, liquides ou nasales, fortes ou faibles, que le poète parvient à exprimer jusqu'aux plus fugitives nuances du sentiment qui l'inspire, à amplifier ou à voiler la sonorité de son vers, qui devient à sa volonté facile, coulant, rapide ou languissant, clair, strident, rauque ou éclatant » (Becq de Fouquières, 236-237).
Dans les exemples qui précédent les foiièmes que nous avons relevés appartiennent surtout aux sillabes toniques ; dans les suivants ils sont plutôt dans des sillabes atones; mais il n'est ni possible ni utile de faire à ce point de vue deux catégories bien nettes; chaque exemple a son individualité et demanderait un commentaire particulier que le lecteur pourra faire aisément au moyen des éléments que nous mettons en relief:
La mer qui se /amente en pleurant les sirènes an an an
(Heredia, V oubli).
noter en outre le vocalisme :
0 è t la vague commence à s'élever, è a an an é an la vague gronde, é iè la vague meurt sur la rive.
Au dehors, towtautowr du grand antre mwet, Hwrlait le brouhaha de la fowle indignée
(Hugo, L'épojJée du lion).
Voici l'essentiel du vocalisme de ces deux vers : ou ou, an an, ûè — ûè,é ou aa — éa ou, c'est-à-dire dans les trois premiers cas répétition pure et simple, et dans le dernier reproduction approximative.
....Dans ce moment, un pas Au penchant du coteau semble se faire entendre
(Musset, Le saule).
noter en outre les occlusives : t p
180 LE VEKS FRANÇAIS
qui peignent un bruit ou un mouvement saccadé.
Un écho prolongé ré/>é^ait chaque /5as
(1d., Poriiu).
Sur l'Hjmè^e, TAu^an ^umuUueux towvmente
(Hugo, Le Satyre),
.... L'intrépide Hippolyte Foit voler en éclats tout son char fracassé '-f ^/ 1 -"^
(Racink, Phèdre).
Il marchoit d'un pas relevé Et faisoit sonner sa sonnette
(La Fontaine, I, 4);
sonner sa sonnette n'est pas de Tarmonie imitative, ne peint pas le bruit, mais indique la répétition de Taction, et de son produit, le bruit.
Hideux ce spectre blanc passait; et, par instant, Une gou^^e de sang se c?é^achait ofe l'ombre, Implacable, et tombait sur cette blancheur sombre
(Hugo, Le parricide,) .
Sen^an^ à chaque pas qu'il fait vers la lumière,
Une gou^^e de sang sur sa ^ê^e pleuvoir
(1d., ihid).
Durandal flamboyant semble un sinistre esprit : Elle vdi, ?;ient, remonte et tombe, se relève, ou"^ ou^ re re
5'abat, et /ait la /ete enrayante du glaive
(Id., Le petit roi de Galice);
les fonèmes répétés peignent les mouvements répétés, successifs et divers de l'épée de Roland.
Trouvarît les tremblements de terre trop fréquents, t t t t c
Les rois d'Espagne ont fait baptiser les volcans
(Id., Les raisons du Momotombo).