ACCENTUATION BINAIRE
prose dans cette frase: «elle n*est pas reine», il n'i a pas d'accent tonique sur le mot a pas o,pas plus qu'il n'i en a sur lessillabes -vec, -près, -vant dams « avec lui, après eux, devant toi ». Mais il i en a un sur le mot a pas» dans ce vers :
Une reine n'est pas reine sans la beauté
(Eviradnus).
Il i en a un sur le mot «ont » dans cet autre :
Mais ils sont bons. — Ils ont vu comme je t'aimais
[Le Roi s'amuse).
La preuve c'est que V. Hugo s'est toujours violemment élevé contre ceux de ses prétendus imitateurs qui faisaient des vers sans accent tonique à cette place. Un autre indice quMl admettait un accent tonique sur un verbe auxiliaire suivi immédiatement du participe passé ou sur une préposition suivie de son régime, c'est qu'il tolérait un auxiliaire ou une préposition dans ces conditions à la fin du vers :
Et je les ai suivis, et ce sont eux qui m'ont Conduit et laissé seul sur le haut de ce mont
(Les quatre vents de l'esprit).
Au-dessus du colosse immobile, à l'oreille De la statue ouvrant ses yeux fixes devant L'espace sépulcral plein de nuit et de vent
[Ibid.).
On ne soutiendra pas que la dernière sillabe tonique d'un vers est atone. Il résulte de là au moins ce fait que V. Hugo mettait un accent tonique sur ces sillabes ; mais, en agissant ainsi, il a pu se tromper et obéir à une conception fausse de la langue. A-t-il eu raison ou tort ? 11 faut d'abord mettre à part les cas où la sillabe en question est suivie d*un mot de deux sillabes, comme dans « devant les dieux, après les autres, avec la loi, ils Cont fait peur » ; dans ces conditions il i a un accent tonique même en prose ; c'est l'accent secondaire dû à l'accentuation binaire. 11 est normal qu'il i en ait aussi
un en poésie. Il i a un accent secondaire sur la sixième sillabe des vers suivants :
Puis, à pas lents, museque en tête, sans fureur... Le marquisat; ce/we qui perd a la marquise... Il est cynique, il est infâme, il est horrible... Gardiens des monts, gB.rdiens deslois, gardiensdes villes... Mais il i en a aussi un dans les vers suivants : Et la lumière était faite de vérité...
Mais Diderot é^aiV digne du pilori...
C'était pour rire. — Ils t'ont fait bien peur, je parie...
En prose l'accent secondaire serait dans ce dernier vers sur le mot « fait » ; dans aucun des trois il n'i en aurait sur la sixième sillabe. Comment les vers peuvent-ils avoir dss accents toniques là où la prose n'en a pas ? Parce que ce sont des vers, c'est-à-dire parce qu'ils ont un ritme qui n'est pas celui de la prose. C'est le ritme, et le ritme seulement, qui peut appeler un accent tonique sur une sillabe où la prose n'en admet pas. Il en résulte que ces sillabes ont non seulement un accent tonique, mais aussi un accent ritmique, et par conséquent que les vers qui les contiennent ne sont pas des trimètres. Ils ont une coupe après la sixième sillabe. Que faut-il entendre parla? Comment peut-on dire qu'il i a une coupe entre les deux mots « était faite, était digne, ont fait » ? N'est-ce pas en contradiction avec toutes les idées reçues ? C'est que les idées ont été faussées par Boileau et d'autres lorsqu'ils ont formulé ce précepte :
Que toujours dans vos vers, le sens coupant les mots Suspende l'hémistiche, en marque le repos.
Où est la suspension et le repos de l'émistiche dans ce vers de Boileau :
Derrière elle faisait lire : Argumentabor.