‹ Le vers français, ses moyens d'expression, son armonieChapitre 73 sur 135 · IDEES GRAVES · texte numérisé non relu

IDEES GRAVES

Je le veus, je l'ordonne ; et que la fin du jour Ne le retrouve pas dans Rome ou dans ma cour

(Racine, Britannicus, II, 1) ;

ton grave et impérieux du commandement.

Et du hawt de son trdne interroge les rois

(Id., Esther); note grave et majestueuse.

Paris, morne et farouche, Pousse des hurlements Et se tord sous la douche Des noirs événemen/5

(Hugo, Chansons des rues et des bois).

Un mal qui répanrf la terreur ,

Mal que le ciel en sa fureur Inventa pour punir les crimes de la terre, La peste (puisqu'il fau^ l'appeler par son no7n), Capable d'enrichir en un jour l'Achéron

(La Fontaine, VII, 1).

Dans l'ombre, morne et len^ le Thermodon charrie Cadavres, armes, chars que la mort y roula

(Heredia, Le Thermodon).

Et pourtant où trouver plus d'épouvante immonde. Plus d'eïïroij plus d'ango?sse et plus de désespoir Que dans ce temps lugubre où le genre humain noir. . ,

(Hugo, Contemplations).

Mais il y penrf toujours quelque goutte de sang

(Musset, Nuit de mai).

C'est pourquoi ce roi sombre . . .

Rode éternellement sous l'énorme ciel no?r

(Hugo, Le parricide).

2^e> LE VERS FRANÇAIS

Je sens fondre sur moi de lowrdes épouvantes Et de noî'rs bataillons de fantômes épars Qui vewlent me conduire en des rowtes mouvantes Qu'un horizon sanglant ferme de towtes parts

(Baudelaire, Femmes damnées).

Le brave mort dormait dans sa tombe hwmble et pure, Cowché dans son serment comme dans son armure ; Et le temps y qui des morts ronge le vêtement, Parfois brisait l'armure, et jamais le serment

(Hugo, Bur graves, I, 6).

Nous avons cité plus aut, p. 208, quelques vers de VErlkônig de Goethe où les voyelles claires donnent au ton un caractère captivant qui doit charmer l'enfant. Voici dans la même pièce la réponse grave du père :

Sei rwhig, bleîbe rwhig, mein kind. . . Mein sohn, mein sohii, ich seh'es genaw Es schemen die alten Weeden so graw.

Si l'idée grave est particulièrement triste* ou sombre, les voyelles sombres seront plus nombreuses que les éclatantes et les unes et les autres seront souvent voilées par la nasalité. Le sombre au moral se peint par les mêmes procédés que le sombre au fisique, par ceux que nous trouvons dans les mots sombre^ ombre, ail. dunkel^ dumpf, etc. Voici des exemples dans lesquels une idée gaie et une idée sombre sont réunies et opposées ;

Toute aile vers son but incessamment retombe : L'azgle vole au soleil, | le vautowr à la tombe

(Hugo, Feuilles d'automne).

L'wne s'élève, | et l'autre rampe

(La Fontaine, IX, 7).

1 Théophile Gautier écrivait de Verdi : « Il a eu l'idée en musique quand les paroles étaient tristes de faire trou trjîi trou au lieu de tra ira tran. Observation ironique, mais caractéristique.

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