‹ Le vers français, ses moyens d'expression, son armonieChapitre 81 sur 135 · EXPRESSION DU GRONDEMENT · texte numérisé non relu

EXPRESSION DU GRONDEMENT

Le camp s'éveille. En ba? 7'oule et gronde le fleuve

(Heredia, La Trehhià).

et jeté son corps

A.U torrent qui rugit comme un tigre dehors

[RuGO, Bur graves, I, 4).

Au-dessus du torrent qui dans le ravin gronde

(Id., ihid., 1, 2).

Au bruit de l'ouragan courbant les branches d'arbres

(Id., iUd., I, 4).

les flancs du noir nuage

y?oulaient et redoublaient les foudres de l'orage

(Vigny, Moïse).

Avec des grondements que prolonge un long râle

(Heredia, Bacchanale).

Et le peuple en rumeur gronde autour du prétoire

(Lkconte de Lisle, La Passion).

L'r appuyé sur voyelles graves peut peindre encore d'autres nuances, telles que l'écrasement comme dans les mots écraser, broyer :

Ecraser au dehors le tigre, et la couleuvre Au dedans

(Hugo, Châtiments)]

un roulement bruyant :

Oa vous voit moins souvent orgaeilleux et sauvage, Tantôt faire vole?" un char sur le rivage

(Racine, Phèdre).

Le murmure du tonnerre n'étant ni un doux murmure ni un cri aigu, mais un sourd grondement, l'exemple suivant de Hugo est manqué, car ses r, ne s'appuyarit que sur des voyelles claires, sont tous palataux :

Moi, dont souvent la vie impure et sanguinaire A fait aux pieds de Dieu murmurer le tonnerre

(Burgraves).

3° Les spirantes, comme leur nom l'indique, sont foutes propres à exprimer un souffle. Mais les chuintantes ch et j conviennent pour un souffle accompagné de chuchotement:

Gar sch'ône spiele spiel' ich mit dir

(Gœthe, Erlhonig) ;

(c'est le chuchotement du roi des aunes) ; tandis que les spirantes labio-dentales / et v ne peuvent exprimer qu'un souffle mou et sans bruit ou accompagné d'un bruit extrêmement sourd :

Sur le groupe endormi de ces chercheurs d'empires /i^lottait, crêpe î;iî;ant, le vo\ mou des yampires

(Heredia, Les conquérants de l'or).

Et la t;oile /"lottoit aux yents abandonnée

(Racine, Phèdre).

VoWk le vent qui s'élè>;e Et gémit dans le yallon

(Lamartine, Pensée des morts) ;

les / marquent en outre la liquidité.

L'ancien zéphjv /"abuleux Souyfle avec sa joue en/*lée Au /bnd des nuages bleus

(Hugo, Contemplations).

Le moindre î;ent qui d' aventure Fait rider la /"ace de l'eau

(La Fontaine, I, 22).

Un souy/'lement de forge emplit le /irmament

(Hugo, Suprématie),

souffle accompagné de bruit sourd.

Une flamme qui flotte, qui successivement s'(51anGe et

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s'abaisse peut être comparée dans une certaine mesure à un souffle et ses mouvements exprimés par le même moyen :

Ce soir je regardais Laurence à la clarté Du /byer /"lamboyant sur son /"ront reflété

(Lamartine, Joceîyn).

Par les /'entes des murs des miasmes fiévreux Filent en s'en/'lammant ainsi que des lanternes Et pénètrent vos corps de leurs par/ums a/^reux

(Baudelaire, Femmes damnées).

Dans les exemples suivants l'accumulation des spirantes labiales fait entendre un souffle dont il n'est pas question dans le passage :

Aî;ez-i;ous uu. Kénus à travers la /"orêt?

(Hugo, Contemplations).

Et le vallon, voilé de verdoyants rideaux, Se creuse comme un lit pour l'ombre et pour les eaux (Lamartine, L'infini dans les deux).

Les spirantes dentales ou sifflantes supposent un souffle accompagné d'un sifflement léger ou violent, ou inversement un sifflement accompagné de souffle :

Et les vents alizés inclinaient leurs antennes

(Heredia, Le Conquérant).

on eût dit les coups d'aile

D'un zéphyr éloigné glissant sur des roseaux

(Musset, Lucie).

Jamais rien de leur sein ne soulève un soupir

(Lamartine, Jocelyn),

mais il n'a pas prévu

Que je saurai souffler de sorte Qu'il n'est bouton qui tienne....

(La Fontaine, VI, 3).

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Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ?

(Racine, Andromague).

Quel serpent écrasé s'est dressé sous ses pas ?

(Musset, Songe d'Auguste).

Je «uis le seul objet qu'il ne sauroit souffrir

(Racine, Phèdre),

paroles de Phèdre en apprenant qu'Hippolyte aime Aricie ; sifflement de jalousie et de dépit.

Elles tracent dans l'air un cercle éblouissant

(Musset, Nuit de mai).

Ainsi la cigale innocente,

Snr un arbuste assise, et se console et chante

(A. Chénier, L'Aveugle).

^Semer dans les débris où sifflera la bise. . . .

(Hugo, Bur graves, II, 6).

Dans les buissons séchés la bise va sifflant

(Sainte-Beuve).

Un bruissement suscitant l'idée d'un léger souffle demandera les mêmes moyens d'expression, et de même le glissement qui est susceptible d'être accompagné de bruissement :

L'Eumolpide vengeur n'a point dans *9amothrace Secoué vers le seuil les longs manteaux sanglants

(Heredia, La Magicienne) ;

à l'expression d'un mouvement répété s'ajoute l'idée de bruissement.

Qui montre dans ses eauo; où le cjgne se mire

(Musset, Nuit de mai),

glissement doux et régulier du oigne.

Tircis, qui l'aperput, se glisse entre des saules

(La Fontaine, II, 1).

VERS SIBILANTS 259

Vers Bubaste ou Sais rouler son onde grasse

(Heredia, Antoine et Cléopâtre),

glissement.

Nombreux sont les vers sibilants^ où le sifflement n'étant pas justifié par le sens est un défaut :

Et me promettant bien de ne plus m'approcher De ces eaua; où ma soif s'accroît sans s'étancher

(Lamartine, Jocelyn).

Des baisers sont sur sa boucAe

(Lamartine, Harmonies, Pensée des morts)',

il s'agit d'une mère morte qui tend les bras à ses enfants.

Que j'aimais ce temps gris, ces passants et la*Seine 5ous ses mille falots assise en souveraine !

(Musset, Sonnet).

Ah ! ces baisers si vains ne sont pas sans douceur

(A. Chénier, L'oaristys).

Debout sur ses genoux, mon innocente main Parcourait ses cheveux, son visage, son sein

(Id. , Un jeune homme) .

Que son soleil soit doux, que son ciel soit d'azur

(Lamartine).

Se voir le plus possible et s'aimer seulement, 5ans ruse et sans détours, sans honte ni mensonge

(Musset, Sonnet).

Viens suis-moi. La Sultane en ce lieu se doit rendre

(Racine, Bajazet).

*9ous vos seuls auspices ces vers *9eront jugés

(La Fontaine).

Puis il descendit seul sous cette voûte sombre.

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