‹ Le vers français, ses moyens d'expression, son armonieChapitre 83 sur 135 · EXPRESSION DU SOUFFLE · texte numérisé non relu

EXPRESSION DU SOUFFLE

ce souffle est légèrement chuintant : on voit qu'il suffit d'une chuintante {g) pour donner cette impression.

Notre sou^leur à gage

Se gorge de vapeurs, s'enfle comme un ballon, T'ait un t;acarme de démon,

Si^le, souple, tempête

(La Fontaine, VI, 3).

Et voit sous les sifflets s'enfuiv dans la coulisse Cet écuyer de Franconi!

(Hugo, La Reculade),

Le souff'ie de Byron vous soulevait de terre

(Musset, Lettre à Lamartine).

Et voilà que le vent a soucié, Dieu sévère, Sur la vierge au /"ront pur, sur le maître au bras fort

( I d . , Con iempla tions).

Que des souples de l'air, de tous le plus léger, Que le doua? lapya;, redoublant son haleine, . D'une brise embaumée enfle la voile pleine Et pousse le navire au rivage étranger

(Heredia, Pour le vaisseau de Virgile).

La voile ouverte aux vents, s'enfle et s'agite et / lotte

(A. Chénier, Dry as).

L'emploi combiné de la liquide / avec les spirantes ajoutera aux différentes nuances de souffle ou de bruissement l'idée de liquidité :

V\\.mle et le p/omb /"ondu ruisse/er sur /eurs casques

(Hugo, Burgraves, I, 2).

Elle ajoutera au souffle quelque chose de mou et pourra par conséquent exprimer le flottement, ou le vol qui est un flottement :

.... /a nuit sur /a pe/ouse Ba/ance le zéphyr dans son voile odorant

(Musset, Nuit de mai).

J'ai cru qu'une /orme voilée F/ottait /à-bas sur /a /brêt

(Id., ibid.).

D'un vol si/endeux, /e grand Chez;a/ ai/é

(Heredia, Le ravissement d'Andromède).

Tu retournes, suivant le ?;o/^;erna/ des cygnes

(Id., L'esclave).

Nous entendons quelqu'un /?otter, un souy^e errer, Des robes effleurer notre seuil so/itaire

(Hugo, Contemplations).

Mon ai/e me sou/èye au souffle du printemps, Le vent ?;a m' emporter, je vâis quitter la terre

(Musset, Nuit de mai) ;

le souffle devient de plus en plus fort.

Un /rais par/'um sortait des toutes d'Asphodèle Les souffles de /a nuit /bottaient sur Ga/ga/a

(Hugo, Booz endormi).

Le poète veut peindre dans ces deux vers les effluves parfumés qui s'exalent comme un vent léger et couvrent tout enfin comme une nappe liquide. A ne considérer que les /"et les /, le poète commence par une répétition d' /'sans aucun / dans tout le premier vers moins la dernière sillabe : ce sont les souffles embaumés qui s'envolent. Puis il combine 1' / avec 1'/, c'est-à-dire le souffle avec la liquidité, combinaison qui produit une impression de fluidité et donne une idée du flottement des parfums amassés comme des nuages. Dans cette combinaison 17 risque d'être un peu étouffé par Vf; le poète le relève en l'isolant dans asphodèle, les^ la. Enfin ces nuages se fondent en une sorte de nappe fluide ; c'est ce calme d'une eau tranquille que le poète exprime par les deux liquides et le vocalisme uniforme de cGalgala».

L'emploi combiné des spirantes, surtout de la labio-dentale/, avec la vibrante r, donneral'impression d'un frottement ,

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