EXPRESSION DU MÉPRIS
C'est une dure loi, mais une loi suprême, Vieille comme le monde et la fatalité.
Qu'il nous faut du malheur recevoir le baptême, Et qu'à ce triste prix ^out doi^ êti^e a.cheté
(Musset, Nuit d'octobre).
La combinaison des occlusives palatales ou vélaires avec r produisant l'onomatopée qui est au commencement des mots craquer^ gronder est propre à exprimer un craquement ou un grondement.
Elle fait, sur son flanc qui ploie, Craquer son co7'St^t de satin
(Id., L'andalouse).
Les labiales et avec elles les labio-dentales, exigeant pour leur prononciation un gonflement des lèvres, sont aptes à exprimer le mépris et le dégoût. Qui a vu les bas-reliefs de Reims se souvient du gonflement de la lèvre inférieure des vierges sages regardant avec mépris les vierges folles. On pourrait citer bien des passages où nos écrivains ont noté ce jeu de fisionomie et sa valeur. Celui-ci nous suffira:
L'ange sans dire un mot regarda le fantôme Fixement, et gonfla sa lèvre avec dédain
(Hugo, Fin de Satan).
C'est un gonflement de ce genre qu'exige la prononciation des mots fi, poua et autres analogues:
Je ne prends jooint pour juge un /peuple téméraire
(Racine, Atlialie).
Tandis que Tennemi, par ma fuite trompé, Tenoit a/?rè3 son char un VdJm peuple occupé
(Id., Mithridate), mépris.
Quoi! toujours il me manquera Quelqu'un de ce peuple imbécile !
(La Fontaine, IX, 19); 17*
noter que le moi peuple pris isolément n'a absolument rien de méprisant; il a suffi au poète d'en relever l'élément labial par le b de imbécile pour rendre tout le vers méprisant.
A des /)artis plus hauts ce ôeau /"ils doit /^retendre
(Corneille, Le Cid);
ironie méprisante; les deux ?* toniques départis et fils ajoutent l'acuité.
La créature m'a tout à l'heure insulté. -Petit! yoilà le moi qu'à dit cette femelle
(Hugo, Eviradnus).
Tout en vous partageant l'empire d'Alexandre, Fous ayez/)eur d'une om^re et joeur d'un peu de cendre Oh ! yous êtes /petits !
(Hugo, A la Colonne).
Pève dénaturé, malheureux /;olitique.
Esclave ambitieux d'une /)eur chimérique, i^olyeucte est donc mort ! et joar vos cruautés Tous pensez conserver fos tristes dignités ! La /aveur que pour lui je yous awois offevie, Au lieu de le sauyer, précipite sa perte ! etc.
(Corneille, Polyeucte).
C'est qu'il ont peur d'ayoir l'empeieur sur leur tête, Et de yoir s'éclipser leurs lampions de fèie Au soleil d'Austerlitz !
(Hugo, A la Colonne).
Ce n'est pas même un jui/"! C'est un pajen immonde, Un renégat, l'opprobre et le re^ut du monde, Un /"étide a/>ostat, un oblique étranger
(Id., Chants du crépuscule).
Mon Dieu, que yotre esprit est d'un étage ^as ! Que yous jouez au monde un petit personnage
(Molière, Femmes savantes) .