LA RIME
La rime est comme Tiatus un des chapitres sur lesquels on a le plus écrit et un de ceux sur lesquels on a publié le plus d'erreurs. Quelques-unes font autorité et ont passé dans l'usage courant.
En somme tout ce qui concerne la rime peut se ramener à quelques points; nous résumerons en les précisant et en les rectifiant ceux que l'on traite généralement dans les manuels el nous i ajouterons nos observations personnelles :
1° Il faut rimer pour l'oreille et non pour l'œil. Lancelot disait déjà au milieu du XVIP siècle : a La rime n'est pas autre chose qu'un même son à la fin des mots : je dis même son et non pas mêmes lettres. Car la rime n'étant que pour l'oreille et non pour les yeux, on n'y regarde que le son et non l'écriture : ainsi constans et temps riment très bien». Personne ne saurait plus aujourdui contester ce principe. L'idée de rimer pour les ieux, a dit un critique (Clair Tisseur, Observations sur T art de versifier, p. 4), n'est pas moins plaisante que ne serait celle dépeindre pour le nez.
2" La première condition pour que deux mots puissent rimer ensemble, c'est que leurs voyelles toniques soient omofones, soient la même voyelle; l'exemple des grands poètes, auquel certains croient devoir se ranger dans les cas qui leur paraissent douteux, n'est souvent qu'un exemple d'erreur et ne saurait faire autorité. Ainsi les vers suivants ne riment pas parce que les voyelles placées à la rime n'ont pas le même timbre, Tune étant ouverte et Tautre fermée :
Ce petit-fils tyran, ce grand père opprime! Comme janvier cherchait à plaire au mois de mai
(Hugo, Petit Paul).