‹ Le vers français, ses moyens d'expression, son armonieChapitre 89 sur 135 · RIMES FAUSSES · texte numérisé non relu

RIMES FAUSSES

C'est la musique éparse au fond du mois de mai Qui fait que l'un dit : J'aime, et l'autre, hélas : J'aimaz

(Id., L'ai'i d'être grand père).

Terre de la patrie, ô sol trois fois sacre,

Parlez tousl Soyez tous témoins que je dis vrai

(Lkconte de Lisle, Les Erinnyes).

Si bien qu'on croit entendre en sa voix claire et gaie Sonner allègrement les sequins de la paie

(Hugo, Légende des siècles).

11 s'était si crûment dans les excès plonge Qu'il était dénoncé par la caille et le geai

(Id., Le satyre).

Quoi! je vais donc mourir ! 0 Dieu, vers qui je vais, Je pardonne à tous ceux qui m'ont été mauvais

(Id., Le roi s^amuse) ;

la prononciation je vè existe en français, mais la seule courante et bonne est je vé.

Lorsqu'il eut bien fait voir l'héritier de ses trônes Aux vieilles nations comme aux vieilles couronnes

(Id., Napoléon II).

Par sa mère, autrefois, la Présidente de,., ; Mais sous cette rigueur faisant aimer son Dieu

(Sainte Beuve, Pensées d'août) ;

ne rime pas, malgré la note par laquelle l'auteur a cru justifier cette rime.

Daigne protéger notre chasse,

Châsse De monseigneur saint Godefroi

(Hugo, La chasse du burgrave).

Il est remarquable que dans cette pièce si souvent citée pour la richesse de ses rimes les deux premiers vers ne riment pas. Ce qui empêche chasse de rimer avec châsse n'est

pas la légère différence de quantité qu'il i a entre les deux a ; c'est que ces mots mettent en présence un a ouvert et un a fermé.

Si je pouvais couvrir de fleurs mon ange pâle ! Les fleurs sont Tor, l'azur, l'émeraude, V opale... Des étoiles écJore aux trous noirs de leurs cvânes, Dieu juste ! et par degrés devenant diaphawes

(Hugo).

Point de siècle ou de nom sur cette agreste "^age. Devant l'éternité tout siècle est du même âge

(Lamartine, Milly).

3° Cette condition, l'omofonie des voyelles, ne suffit pas : verre d'eau ne rime pas avec tombeau^ ni pain avec main^ ni tue avec venue ; ce ne sont là que des assonances et dans les poèmes rimes elles ne doivent être tolérées que lorsque les vers riment deux à deux; mais dans cette condition elles sont préférables à une rime riche toutes les fois qu'il n'i a pas de raison pour mettre la rime particulièrement en relief. En voici quelques exemples que je prends au asard dans Rolla :

Oh ! maintenant, mon Dieu, qui lui rendra la vie ? Du plus pur de ton sang tu l'avais rajeunie... Tout ici, comme alors, est mort avec le temps,

Et Saturne est au bout du sang de ses enfants

Ainsi, mordant à même au peu qu'il possédait,

Il resta grand seigneur tel que Dieu l'avait fait

Son orgueil indolent, du palais au ruisseau, Traînait derrière lui comme un royal manteau...

4° Deux mots ne riment ensemble, à proprement parler, que s'ils présentent l'omofonie non seulement de la voyelle tonique, mais encore de toutes les consonnes prononcées qui suivent cette voyelle, ou, dans le cas où cette voyelle est finale, de la consonne qui la précède. Ainsi ienir rime avec partir^ banni avec fini^ moi avec loi (la rime est constituée par la sillabe wa)^ et même Danaé avec Cloé ; dans ce dernier exemple la consonne qui précède la voyelle tonique ne

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