LA RIME RICHE
s'écrit pas, mais elle existe : c'est une sorte de souffle analogue à l'esprit doux des G-recs.
Mais dans l'exemple suivant de Hugo {Fin de Satan) :
Quand était né, sous l'œil fixe d'Adonaï, Ce Nemrod qui portait tant de ruine en lui,
il n'i a pas rime, parce que Vi final est précédé dans le premier vers d'une légère aspiration et dans le dernier d'un û consonne.
5° Qu'est-ce maintenant qu'une rime riche ? c'est toute rime qui présente l'omofonie d'un élément de plus que ceux que nous avons signalés comme indispensables dans les exemples précédents. On lit partout que la rime riche est constituée par l'omofonie de la consonne d'appui, c'est-à-dire de la consonne qui précède la voyelle tonique; c'est une erreur : banni et fini ne riment pas richement, car on ne peut s'appeler riche si l'on ne possède que l'indispensable. Bannir et finir, parti et sorti, noir et soir (c'est-à-dire -war), Danaé et Pasifaé sont des rimes riches.
6" Parmi les consonnes venant après la voyelle tonique nous n'avons parlé que de celles qui se prononcent ; il faut dire un mot de celles qui s'écrivent sans se prononcer. Doiton tenir compte de ces dernières en quelque façon ? En principe, NON. Etranger, rime parfaitement avec changé, changés^ remords a.Yeo mort, cor, lord, etc. Voici une raison qui le montrera avec toute l'évidence désirable : il suffirait que l'on simplifiât un peu notre ortografe (ce qui sans doute ne tardera guère, car l'ortografe française s'est toujours modifiée deux ou trois fois par siècle), pour que toutes les proïbitions ineptes fondées sur les consonnes finales qui ne se prononcent pas, aillent en bloc rejoindre leurs inventeurs. Voici des rimes qui sont irréprochables, bien qu'elles ne soient parfois aux ieux de leurs auteurs que des assonances :
Nager autour de la carèwe
C'était sur des mers lointames
(H. DE RÉGNIER, L'homme et la sirène).
Et les grottes roses et noires
Qu'il est mieux de ne pas y croire
(Id., ibid.).
Chaque goutte de pluie est tine de mes larmes
Car j'entends ton sanglot dans le vent où s'a/arme
(Id., ibid.).
Au métier où je tisse en fleurs qui leur ressemblent
Dont les flls font trembler ma main qui les assemble
(Id., ibid.).
Musset fait rimer excellemment dans Rolla : héritier et métier avec moitié.
Non! croiriez-vous, je viens de le voir en tombant. Que Sirius, la nuit, s'affuble d'un turban?
(E. Rostand, Cyrano).
La sage Pénélope
Ne fut pas demeurée à broder sous son toitj Si le seigneur Ulysse eût écrit comme toi
(Id., ibid.).
Chercher un protecteur puissant, prendre un patron, Et comme un lierre obscur qui circonvient un tronc
{li).,ibid.).
Non, merci. Dédier, comme tous ils le font. Des vers aux financiers? se changer en hou ff on
(Id., ibid.).
Non, merci. Déjeuner, chaque jour d*un crapaud? Avoir un ventre usé par la marche? une peau
(Id., ibid.).
Dans les exemples suivants l'auteur a cru devoir tricher sur l'ortografe pour rendre la rime bonne à la fois pour Vœi\ et pour l'oreille. L'oreille suffit; s'il avait ortografié correctement la rime n'eût rien perdu :
Que tout l'art d'Hjagnis n'était que dans ce hui ; Qu'il a, grâce au destin, des doigts tous comme lui
(A. Chénier, Les satyres).