CONSONNES FINALES
Oui, Carlos. — Seigneur duc, es-tu donc insensé? Mon aïeul l'empereur est mort. Je ne le sai
Que de ce soir
(Hugo, Hemani).
Votre gendre est affreux, mal bâti, mal tourne, Marqué d'une verrue au beau milieu dune
(1d., Le roi s'amuse).
Enfin voici un exemple qui présente plusieurs cas et montre matériellement combien il est absurde de continuer à observer les règles classiques :
Plus d'un aveugle, au sommet du Parnasse, Fit retentir de sublimes accords; On peut citer, parmi ceux qui s'y placent, Milton, Homère, et puis d'autres encor.
Que font aux sourds les accents que soupirent Les favoris des immortelles sœurs?
Juge éclairé des enfants de la lyre.
L'oreille seule en connaît la valeur
(E. Debraux).
« n est difficile, dit Quicherat, de faire avec plus d'esprit une critique plus fondée. Notre poésie a conservé, des règles méticuleuses de Malherbe, bien des entraves que la raison ne justifie pas. Si la logique avait présidé à l'établissement des règles de la rime, toutes les consonnances que l'oreille aurait déclarées pareilles, quelle que fût leur orthographe^ auraient pu être associées ».
Il i a pourtant lieu de distinguer entre les consonnes finales qui ne se prononcent jamais, quelle que soit la position et le rôle sintaxique du mot, et celles qui peuvent se faire entendre si le mot est étroitement uni à ce qui suit, comme il arrive fréquemment dans les petits vers et dans certains cas d'enjambement. En considération de ces cas, certains auteurs, ^els que Becq de Fouquières , pensent qu'on né doit pas faire rimer un mot qui se termine par une consonne susceptible de se prononcer avec un mot terminé par une voyelle ou par une consonne ne se prononçant pas. La conclusion
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dépasse les prémisses ; le téoricien aurait gardé la juste mesure s'il avait dit que lorsqu'un mot terminé par une consonne qui ne se prononce pas à la pause est lié de telle sorte avec le mot suivant qu'elle doive se prononcer, il ne peut rimer qu'avec un mot terminé par la même consonne se prononçant. Cette règle est évidemment justifiée: faute d'i obéir le versificateur ferait des vers sans rime, malgré l'autorité de nos plus grands poètes qui, ont souvent cru rimer richement alors qu'ils ne rimaient pas du tout. Tels les exemples suivants :
On ne vit plus qu'Essling,Ulm, Arcole, Ausierlitz ; Comme dans les tombeaux des romains sîbolis
(Hugo, L'expiation).
Les jardinières, les fourmis,
Les demoiselles, chastes miss
(Id., L'église).
Le Phébus sacré dans Reims,....
Des formes d'alexandrms
(Id., Chansons des rues et des hais).
Ils donnaient Chypre et Paphos ;
Et leurs cheveux étaient faux
(Id., ibid.).
Le reste existait-il ? — Le grand père mourwi Quand Sem dit à Rachel, quand Booz dit à Ruth
(Id., Petit Paul).
Deux verrous ont fermé sa porte pour jamais, L'un qu'on nomme Strasbourg, l'autre qu'on nomme Metz
(Id., Le prisonnier).
L*hiver à défleuri la lande et le cour^îV. . . Le pétale fané pend au dernier pis^?7;
(Heredia, Brise marine) ; on prononce courti et pistil.
Dans la mare de pourpre où leurs larges pieds glissent. Prenant à quatre bras les cadavres qui gisent
(Lamartine, Chutéld'un ange).