LE CONTRE-REJET
Or le nouveau marquis doit faire une visite
A l'histoire qu'il va continuer. La loi
Veut qu'il soit seul pendant la nuit qui le fait roi
(Id., Eviradnus).
Vient de s'enfuir, chargé \ de sa seule misère
(BoiLEAu, Satire I).
Toi-même tu te fais ton procès. Je me fonde
Sur tes propres leçons.
(La Fontaine, X, 2).
Ce n'est point le serpent, c'est l'homme. Ces paroles
Firent arrêter l'autre.
{\D.,Ih{d.).
Mes jours sont en tes mains, tranche-les; ta justice^
C'est ton utilité, ton plaisir, ton caprice
(In., Ihid.).
Le Sauveur a veillé | pour tous les yeux, pleuré
Pour tous les pleurs, saiqné \ pour toutes les blessures
(Hugo, Dieu).
Sans doute dans plusieurs de ces citations le mot ou les mots qui constituent le contre-rejet ne sont pas dénués d'importance, mais on trouverait aussi nombre des exemples que nous avons donnés pour le rejet où les mots qui précèdent le rejet ne sont pas sans valeur. En réalité le contre-rejet n'est qu'une forme particulière du rejet, employée surtout quand la partie à rejeter doit être longue ; si la partie qui précède la fin de vers ou la coupe et celle qui suit sont l'une et l'autre dignes d'intérêt, l'attention se porte sur toutes deux ; mais à j regarder de près c'est toujours la partie rejetée qui a le plus d'importance ; souvent même la première n'en a aucune, comme on le verra dans beaucoup des exemples suivants ; elle ne sert qu'à annoncer le rejet. Quand Charles-Quint dit dans Hernani :
Oui, trois de mes cités de Castille ou de Filandre,
Je les donnerais ! — sauf, | plus tard, à les reprendre
le mot « sauf », à lui seul, par la restriction qu'il annonce, peint tout le caractère du personnage ; mais cette restriction il ne l'énonce ni ne l'explique; si «sauf» est important, le rejet « plus tard, à les reprendre » est capital. Et quelle différence essentielle notera-t-on entre le dernier vers et celui-ci de Crornirell :
Je ne vois rien en vous qui soit à dédaigner
Et vous estime enfin | trop — pour vous épargner.
Y a-t-il rejet ou contre-rejet dans ce vers de Marion de Larme :
C'était charmant ! Un jour | a fout perdu. Chère âme ! ou dans celui-ci de La confiance du marc/iiis Fabrice :
Fais-toi belle; un seigneur \ va renir ; il est bon.
En fait chacune des deux parties mises en italique a même importance.
Voici d'autres exemples tant du xv!!*" que du xix*" siècle :
On m'y hait, et je vol
Qu'on cherche à vous donner des soupçons de ma foi
(Molière, Tartuffe).
Oui, mon hère, je suis, \ un méchant, un coupable, Un malheureux pécheur tout plein d'iniquité. Le plus grand scélérat qui jamais ait été
(Id., Ibid.).
C'est un rejet de deux vers et demi.
Désormais c'est la partie rejetée que nous mettrons en italique :
Je me dévouerai donc, s'il le faut; mais je pense | Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi
(La Fontaine, VII, 1).