‹ Le vers français, ses moyens d'expression, son harmonieChapitre 25 sur 115 · LES MESURES · texte numérisé non relu

LES MESURES

Qui plus grand que César, plus faraud même que Ro | me,

20 34 51 30 50 71 24 41 40 18 20 42 5(> sol\p., /aifo soli.^ soly., fa^soU^ fui-, fay., lay., sol.,sol^.2si\y., r 1 i 6 11^6 1 2 ^ 13 4 5 19

Absorbe dans son sort le sort du j,'-enre humain? 19 70 17 21 27 94 37 98 26 37 13 93 -

fa.2 S0l.2S0t\y2 SO/So S0I2 la\}2 ^^^2 ^^b2 *^^2 '"'#2 A2 f^2

Ces vers, qui sont tous les six des tétramètres, ne contiennent aucun phénomème rythmique qui ne soit d'usage courant k l'époque classique. Leur variété au point de vue rythmique provient uniquement de ce que leurs mesures sont constituées tantôt par trois syllabes, tantôt par deux, tantôt par quatre, et que l'un d'eux même présente côte à côte une mesure d'une syllabeet une mesure de cinq. Deux vers de suite, le deuxième et le troisième fournissent la même répartition rythmique des syllabes (4, 2, 4, 2) ; mais il n'en résulte aucune monotonie, car ils n'ont jamais deux mesures consécutives du même nombre de syllabes. La monotonie ne risquerait d'apparaître que s'il y avait deux vers de suite ayant 3 syllabes dans chacune de leurs mesures (3, 3, 3, 3) ; ce passag'C n'offre qu'un vers de ce type, le cinquième. Le premier est du type 2, 4, 4, 2, le dernier est du type 2, 4, 2, 4. C'est le quatrième qui offre le contraste le plus violent, avec 1,5, 3, 3.

Les mensurations auxquelles nous avons soumis ces vers nous apprennent-elles quelque chose ? Sur la manière dont ils sont rythmés, non ; car ils appartiennent tous les six à des types si simples et si nets, qu'il n'y a pas un de leurs temps marqués sur la place duquel eût pu hésiter quiconque a l'habitude du rythme des vers . C'est plutôt des observations générales qu'elles provoquent.

Les mesures, on l'a déjà vu, finissent toutes avec une syllabe tonique, qui fournit le temps marqué ; elles vont d'un

temps marqué au suivant, et, sauf celles qui sont monosyllabiques comme la première du quatrième vers,ellescommencent toutes par un temps faible. La première mesure d'un versn'est pas précédée immédiatement d'un temps marqué ; mais sa limite initiale n'est pas moins nette, c'est le silence qui la précède; elle commence au moment où son premier temps faible rompt ce silence. Les mesures de nos vers sont donc ascendantes, comme les mots mêmes de notre langue.

Les chiffres de la troisième ligne montrent que leur intensité reste la même pour toutes les syllabes atones, comme dans la deuxième mesure du premier vers « comme un cheval » = 11, 11, 11, 19; ou bien, ce qui est beaucoup plus fréquent, l'intensité croît sans défaillance du commencement à la fin de la mesure, comme dans la troisième du même vers, « qui sent venir» = 3, 8, 9, 16. En tout cas jamais de diminution d'intensité au cours d'une même mesure; l'accentuation binaire n'est qu'un rêve germanique, que certains Français ont eu le tort de prendre pour une réalité.

La syllabe qui porte le temps marqué est toujours la plus longue de la mesure à laquelle elle appartient, même lorsqu'elle contient une voyelle naturellement brève, comme Yo ouvert de homme ou de Rome. Il est évident qu'à l'audition cette longueur s'unit à l'intensité pour marquer le rythme.

Il n'en faudrait pas conclure que l'intensité et la durée sont proportionnelles. Dans la troisième mesure du premier vers la syllabe « ve- » est un peu plus intense que la syllabe « sent », mais elle est beaucoup plus brève ; dans la deuxième mesure du même vers, la syllabe « che- » est de plus d'un tiers plus longue que la syllabe « co- », mais elles ont même intensité.

Le maximum de hauteur coïncide le plus souvent avec le maximum d'intensité et de durée, et il va de soi que dans ce cas ce troisième élément vient renforcer l'impression totale. Mais cette coïncidence n'est nullement nécessaire ; il arrive que la syllabe la plus intense d'une mesure est plus grave

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