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LES POÈMES A MOUVEMENTS VARIÉS

A. — Poèmes en vers libres.

Quand un poème en dodécasyllabes contient çà et là des vers rythmés autrement qu'en tétramètres, on peut dire qu'il est en vers libres, en se plaçant au point de vue du rythme. Quand ses rimes, au lieu d'être plates d'un bout à l'autre, comme dans la tragédie, sont tantôt plates, tantôt croisées, embrassées ou répétées, on peut dire qu il est en vers libres, en se plaçant au point de vue de la rime. Mais on réserve g-énéralement le nom de poèmes en vers libres à ceux qui joignent à l'emploi éventuel de ces deux libertés celle d'entremêler des vers n'ayant pas le même nombre de syllabes. Ces derniers poèmes sont appelés aussi poèmes à mouvements variés, parce que les différents mètres qu'ils juxtaposent levir donnent des mouvements tantôt accélérés, tantôt ralentis, que n'ont pas au même degré les autres poèmes.

Nous ne nous occupperons ici que de l'effet produit par la succession de mètres variés. Le chapitre précédent nous a parfaitement préparés à cette étude, car nous y avons trouvé, après des vers d'une certaine vitesse, des vers plus rapides ou plus lents, après des vers ayant un certain nombre de mesures des vers en ayant moins ou en ayant davantage. En somme nous ne rencontrerons rien d'autre dans celui-ci ; il ne sera en quelque sorte que la répétition du précédent, mais avec beaucoup plus de variété et de complexité.

Nous aurons à étudier l'effet produit par le changement de mètre sans changement de vitesse ; tel est le cas du vers de six syllabes venant après le vers de douze comme dans le Lac de Lamartine ; et le changement de mètre accompagné d'un

changement de vitesse, comme lorsqu'un vers de huit syllabes vient après un vers de douze.

Pour la quantité d'accélération ou de ralentissement due à la jonction d'un vers plus rapide à un vers plus lent ou d'un vers plus lent à un vers plus rapide, nous ne saurions mieux faire que de renvoyer à Becq de Fouqviières qui a étudié la question en détail (p. 321).

Néanmoins, comme la plupart des personnes n'ont pas Ihabitude de considérer les choses de ce point de vue, nous donnerons quelques indications sur les combinaisons les plus fréquentes, pour faciliter l'intelligence de ce qui va suivre.

Lorsqu'après un vers de 12 syllabes à 4 mesures vient un vers de 8 syllabes à 2 mesures, il y aexactement la même accélération que lorsqu'un vers romantique (12 syllabes et 3 mesures) vient après un vers classique (12 syllabes et 4 mesures), c'est-à-dire que la vitesse augmente d'un quart. Si le vers de 12 syllabes est un trimètre et le vers de 8 un dimètre il n'y a pas changement de vitesse, il n'y a que changement de mètre. Lorsqu'un vers de 7 syllabes à 2 mesures vient après un tétramètre de 12 syllabes, il y a accélération de un septième ; si le vers de 42 syllabesest un trimètre, il ya ralentissement de un huitième. Lorsqu'un vers de 10 syllabes à 3 mesures vient après un tétramètre de 12, il y a augmentation de vitesse de un dixième; si levers de 12 syllabes est un trimètre, il y a diminution de vitesse de un sixième. Lorsqu'après un vers de 10 syllabes à 3 mesures, vient un vers de 8 syllabes à 2 mesures, il y a accélération de un sixième. Lorsqu'un vers de 7 syllabes à 2 mesures vient après un vers de 10 à 3 mesures, il y a accélération à peine notable, ce n'est que un vingt et unième ; lorsqu'il vient après un vers de 8 à 2 mesures, il y a ralentissement de un huitième.

Si c'est le vers qui a un plus grand nombre de syllabes qui vient après celui qui en a moins, il n'y a qu'à renverser ce que nous venons de dire pour savoir quel est le changement de vitesse produit.

Quelques-uns seront peut-être surpris de ces accélérations

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