PETITS VERS A RELIEF
Cet arj^ent périt par naufrage, Son maître l'ut réduit à garder les brebis, Non plus berger en chef comme il étoit jadis, Quand ses propres moutons paissoient sur le rivage. Celui qui sétoit vu Coridon ou Tircis,
Fut Pierrot et rien davantage.
Au bout de quelque temps il fit quelques profits,
Racheta des bêtes à laine ; Et comme un jour les vents, retenant leur haleine. Laissoient paisiblement aborder les vaisseaux: Vous voulez de l'argent, ô mesdames les Eaux ! Dit-il ; adressez-vous, je vous prie, à quelqu'autre : Ma foi ! vous n'aurez pas le nôtre
(La Fontaine, IV, 2).
Les petits vers énoncent tous une idée caractéristique et chacun conclut le développement auquel il appartient : les deux premiers sont une sorte de moralité de la fable qui fait pressentir ce qui va suivre ; le troisième est une conclusion annoncée par le second ; le quatrième donne une autre forme de la même conclusion; le cinquième est fort important à cause de l'inquiétude qu'il suscite dans notre esprit : le berger va-t-il céder de nouveau à la tentation ; le dernier nous rassure et nous montre que la leçon lui a profité.
Elle qui n'étoit pas grosse en tout comme un œuf, Envieuse, s'étend, et s'enfle, et se travaille Pour égaler l'animal en grosseur
(La Fontaine, 1,3).
Après les deux grands vers qui décrivent la grenouille et ses efforts, le vers de 10 vient mettre en évidence le but inattendu et insensé qu'elle se propose.
Deux mulets cheminoient, l'un d'avoine chargé, L'autre portant l'argent de la gabelle
(Id., 1,4).
C'est l'introduction des personnages en deux vers ; le vers de 10 met dès ce moment la charge du second en relief et parla attire l'attention sur cette charge et annonce toute la fable.
Prit pour lui la première en qualité de sire : Elle doit être à moi, dit-il ; et la raison, C'est que je m'appelle lion
(Id., 1, 6).
La raison saugrenue exprimée par le petit vers, montre le caractère despotique du lion et prépare ce qui va suivre.
Le vieillard eut raison : l'un des ti'ois jouvenceaux Se noyades le port, allant à l'Amérique ; L'autre, afin de monter aux grandes dignités, Dans les emplois de Mars servant la république, Par un coup imprévu vit ses jours emportés :
Le troisième tomba d'un arbre
Que lui-même il voulut enter
- (Id.,XL8).
Pourquoi la mort du troisième n'est-elle pas exposée dans le même mètre que celle des deux premiers ? parce qu'il est mort en tombant d'un arbre et que ce fait est frappant puisqu'il rappelle le commencement de la fable et la conversation avec le vieillard.
Un avorton de mouche en cent lieux le harcèle , Tantôt pique Téchine, et tantôt le museau, Tantôt entre au fond du naseau
(Id., n,9).
Le petit vers énonce l'acte le plus redoutable du moucheron.
Guillot, le vrai Guillot, étendu sur l'herbette, Dormoit alors profondément
(Id., III, 3),