Cf. p
Exemples isolés :
11 fait le partage lui-même, Et donne à chaque sœur un lot contre son gré
(Id.,1I, 20).
Le grand vers contient l'idée importante, frappante, puisqu'elle est en contradiction avec ce qu'ont fait tous les juges et approuvé tous les Athéniens.
Il marchoit d'un pas relevé, Fa faisoit sonner sa sonnette ; Quand Tennemi se présentant.
Gomme il en vouloit à l'argent, Sur le mulet du fisc une troupe se jette
(Id.,I, 4).
Après les petits vers le grand vers lent contient tout l'événement qui est le nœud de la fable, annoncé par ce qui précède et déterminant ce qui suit.
Un amateur du jardinage, Demi-bqurgeois, demi-manant, Possédoit en certain village, Un jardinasse/, propre, et le clos attenant
(Id., IV, 4).
Dans cette introduction vive en petit vers, l'alexandrin attire l'attention sur ce jardin et ce clos parce qu'ils vont jouer le principal rôle dans le récit.
Deux compagnons pressés d'argent.
A leur voisin fourreur vendirent La peau d'un ours encor vivant. Mais qu'ils tueroient bientôt, du moins à ce qu'ils dirent
(Id., V, 20).
A ces mots l'animal pervers (C'est le serpent que je veux dire, Et non l'homme, on pourroit aisément s'y tromper)
(lo.,X. 2).
ÉCARÏEMKNT ANALYTIOUE
Laissez-moi carpe devenir:
Je serai par vous repêchée ; Quehiue gros partisan m'achètera bien cher
(Id., V, 3).
Le grand vers est destiné à faire briller aux yeux du pêcheur Targ-ument décisif.
Mais j'étois en pèlerinage, Et m'acquittois d'un vfcu fait pour votre santé
(In., VIII, 3),
c'est la raison importante qui doit apaiser et convaincre le lion.
Il faudrait donc, avec votre agrément, L'éloigner par quelque voyage ; Il est jeune, la lille est sage, Elle l'oubliera sûrement.
Et nous le marierons à quelque honnête femme
(Musset, Silvia) .
C'est la grande idée de la mère qui est exprimée dans l'alexandrin ; c'est son idée de derrière la tête qu'elle réserve pour sa conclusion et pour la réalisation de laquelle elle fait toutes ses démarches.
Lorsqu'une idée a été énoncée ou annoncée dans un petit vers, si Ion veut en préciser les détails on aura recours à l'écartement analytique dû à la lenteur d'un grand vers :
Il étoil douteux, inquiet :
Un souffle, | une ombre, | un rien, ] tout | lui donnoit la
l^fièvre (La Fontaine, II, 14).
Tout tire délie laliment.
Elle fait subsister l'artisan de ses peines, Enrichit le marchand, gage le magistrat. Maintient le laboureur, donne paye au soldat
(Id., 111,2).
De petits monstres fort hideux, Rechignes, un air triste, une voix de mégère
(Id., V, 18).
Nous avons vu plus haut un effet très analogue obtenu par la continuation en petits vers d'un développement annoncé dans un grand; voici ces deux cas réunis dans un même passage :
Les planches qu'on suspend sur un léger appui,
La mort aux rats, les souricières,
N'étoient que jeux au prix de lui.
Comme il voit que dans leurs tanières
Les souris étoient prisonnières. Qu'elles n'osoient sortir, qu'il avoit beau chercher
(Id., III, 18).
Les deux premiers petits vers sont le développement de l'idée commencée dans un grand vers ; les deux suivants sont dans la même note parce qu'il n'y a pas lieu de changer ; le grand vers de la fin est le développement de l'idée commencée dans un petit.
Il en résulte que si l'on veut mettre en relief tous les détails d'un développement, tous les traits d'une énumération, on n'aura qu'à changer Je mètre à chaque fois, passant tantôt d'un grand vers à un petit, tantôt d'un petit à un grand :
Car il parle, on l'entend, il sait danser, baller.
Faire des tours de toute sorte.
Passer en des cerceaux ; et le tout pour six blancs
(lD.,IX, 3).
Ils n'ont devant les yeux que des objets d'horreur.
De mépris d'eux et de leurs temples.
D'avarice qui va jusques à la fui'eur
(Id.,XI, 7).
LES lAMBES 135
Gérés, commeuça-t-il, faisait voyage un jour
Avec ran<;uille et l'hirondelle :
Un fleuve les arrête; et Tanguille en nageant,
Gomme Thirondelle en volant, Le traversa bientôt. L'assemblée à Tinstant
iId., VIII, 4).
Un d'eux, le plus hardi, mais non pas le plus sage, Promit d'en rendre tant, pourvu que Jupiter
Le laissât disposer de l'air,
Lui donnât saison à sa guise, Qu'il ait du chaud, du froid, du beau temps, de la bise,
Enfin du sec et du mouillé,
Aussitôt qu'il auroit baillé
(Id., VI, 4).
C'est moi qui suis Sosie enfin, de certitude.
Fils de Dave, honnête berger ; Frère d'Arpage, mort en pays étranger ;
Marie de Gléanthis la prude
Dont l'humeur me fait enrager ; Qui dans Thèbe ai reçu mille coups d'étrivière,
Sans en avoir jamais dit rien ; Et jadis, en public, fus marqué par derrière.
Pour être trop homme de bien
(Molière, Amphitryon).
Mercure voulant persuader à Sosie que c'est lui qui est Sosie met en relief chacun des faits qu'il signale, c'est-à-dire chacun de ses arguments en chang-eant de mètre chaque fois ; l'antépénultième est bien un fait de plus et fort important, puisqu'il n'y a que Sosie qui peut le connaître.
C'est pour ces raisons que les pièces en iambes ont une telle intensité de force ; le mètre changeant à chaque vers, tout y est mis en relief. Les plus saillants sont pourtant les petits vers parce que les idées y sont présentées plus rapidement. Ne pouvant pas citer ici des pièces trop longues et d'ailleurs très connues, nous renverrons le lecteur aux trois suivantes :
A. Chémer, Jambes^ VII : Quand au mouton bêlant la sombre boucherie,,,
A. Barbier, ïambes, L^ idole.