ONOMATOPÉES
rythme, signale des effets dus à la suppression du temps marqué à la 6'" syllabe dans les vers de 12. Ses observations n'ont rien qui soit particulièrement séduisant, mais ce qui est remarquable c'est qu'elles sont bien dans la méthode qu'il critique chez les autres ; elles vont même au delà. Ainsi cette suppression donne l'impression : 1° « de la g-randeur » ; 2" « de coups de hache taillant im rocher à pic » ; 3" « de la continuité » ; 4° « de la force triomphante » ; 5° « d'une adhérence étroite » ; 6" « de l'abandon, de la nonchalance » ; 7° « d'un ensemble qui se détend et se disloque ».
Pour nous, afin d'écarter par avance le reproche d'attribuer à tel son telle valeur expressive, telle signification parce qu'il apparaît plusieurs fois dans un vers qui contient une idée dont s'accommoderait cette signification, nous ne prendrons pas les vers pour point de départ de notre démonstration, nous y aboutirons. Nous déterminerons la valeur expressive des sons par des considérations étrangères aux vers dans lesquels ils peuvent être employés, et relatives à la nature même de ces sons, et les vers ne viendront qu'après, comme des exemples destinés à illustrer la théorie.
Et tout d'abord voyons comment les sons se comportent dans les mots expressifs. 11 faut mettre dans une classe à part les mots qui sont proprement des onomatopées, c est-à-dire des imitations ou des reproductions plus ou moins exactes de bruits, de cris existant dans la nature. Tel est le nom de Toiseau coucou qui reproduit approximativement le cri de cet animal ; coasser qui désigne le cri de la grenouille, le reproduit aussi à peu près ; cri-cri est le nom familier du grillon dont il imite le cri ; glouglou désigne le bruit que fait un liquide en s'écoulant par saccades du goulot d'une bouteille ; le même mot désigne aussi le cri du dindon qui diffère notablement du bruit produit par un liquide, d'où il apparaît clairement que ces imitations, tout onomatopéiques qu'elles soient, ne sont qu'approximatives ; tic-tac est une onomatopée désignant le bruit que fait le balancier d'une pendule. Si l'on se met en face d'un balancier et qu'on l'écoute en commen-
çant au moment où il bat à gauche on entend tic-tac, tic-tac ; si l'on cesse d'écouter et que l'on recommence au moment où il bat à droite il semble que l'on doit entendre tac-tic, tac-tic. Il n'en est rien : le balancier fait toujours tic-tac, tic-tac, ce qui montre bien que par ce mot tic-tac nous ne reproduisons pas exactement le bruit du balancier ; nous croyons entendre tic-tac parce que c'est ce que nous nous attendons à entendre, et si nous essayons de changer l'ordre pour entendre tac-tic nous entendons encore tic-tac, parce que la force de l'habitude l'emporte sur notre oreille. Et pourtant tic-tac est une excellente onomatopée ; le balancier fait entendre en réalité deux petits bruits secs qui forcément diffèrent un peu l'un de l'autre ; c'est cette différence qui est indiquée par la modulation que produisent les deux voyelles i et a. La répétition de ces deux syllabes analogues qui commencent et finissent de même marque que le bruit est répété. Les deux voyelles, extrêmement brèves et sèches, peignent un bruit bref et sec. Cette qualité est encore accentuée par les deux occlusives sourdes qui ouvrent et ferment chaque syllabe. C'est donc une onomatopée parfaite, mais ce n'est pas une reproduction exacte des bruits qu'elle imite.
La plupart des onomatopées sont beaucoiqj moins exactes. Craquer, claquer, fracas, ail. klatschen, klappeii, klappeni, krachen, knarren, knallcn, knacken, contiennent tous deux éléments communs : une même occlusive sourde k, c, q, consonne momentanée, dure et sèche, et une voyelle éclatante a que sa brièveté rend sèche. Tous ces mots réunissent les conditions nécessaires pour peindre un bruit sec et éclatant, les différentes nuances de leur signification étant déterminées par la présence dans ces mots d'un /■, d'un /, ou d'un ii.
Le mot cri contient un c comme les exemples précédents et un r comme quelques-uns d'entre eux, mais sa voyelle, si elle est brève et sèche comme l'a, n'est plus éclatante comme lui, elle est aiguë ; il n'y a plus rien ici qui éclate, il y a quelque chose qui mord et à l'occasion qui grince.
Dans tous les mots qui expriment des bruits aigus nous