I' lin sa main droite chacun tenait sou épée nue
8 l"alexandhi> classique
Dans les vers du xV siècle on peut parfois hésiter sur la place de la césure, et si une syllabe posttonique continue à apparaître entre les deux hémistiches, il ne faut y voir qu'une observance archaïque, qui devient de plus en plus choquante. Ce n'est pourtant qu'au milieu du xv!*" siècle que cet usage fut définitivement interdit. 11 était encore licite à cette époque de faire une lég-ère pause à la césure, mais ce n'était plus obligatoire et même selon toute apparence on passait le plus souvent sans arrêt du premier hémistiche au second. La césure tendait de plus en plus à devenir une simple coupe, c'est-àdire que la fin du premier hémistiche n'était marquée que par la présence nécessaire d'un accent tonique sur la sixième et dernière syllabe.
Jusqu'à cette période chacun des deux hémistiches était rempli presque au hasard. On avait « l'habitude de prendre 1 hémistiche en bloc, sans aucune considération d'accent intérieur assez marquée pour y faire sentir une mesure en le subdivisant lui-même, et y introduisant des cadences variées suivant la place de cet accent » (Renouvier, Viclor Hugo). Or un vers syllabique de douze syllabes avec une seule division est un mètre singulier ; les éléments sont trop longs pour être nets, et c'est probablement pour cette raison que Ronsard trouvait que les alexandrins sentent trop la prose très facile, sont trop énervés et flasques, si ce n'est pour les traductions, auxquelles, à cause de leur longueur, ils servent de beaucoup pour interpréter le sens de l'auteur ». C'était sans doute le sentiment général à cette époque, car jusqu'au xvu'' siècle l'alexandrin n'eut pas grand succès. La liberté était trop grande dans l'intérieur de l'hémistiche et le remj)lissage avait beau jeu. Ceux qui avaient de l'oreille n'y sentaient pas un vers. On s'est étonné que Ronsard, qui était un chercheur et un novateur, n'ait pas compris le parti qu'il y avait à en tirer. Rien n'est plus naturel au contraire ; Ronsard ne connaissait l'alexandrin que tel qu'il était de son temps et ne pouvait ni prévoir ni créer la forme qu'il aurait plus tard; les évolutions ne se devancent pas.
ACCENTS SECONDAIRES y
Mais du temps niènu' do llonsard. ^làce ;i lui-même, (juoiquil ait relativement peu employé ce mètre, grâce à Agrippa d'Aubigné. grâce surtout à Régnier et un peu h Malherbe, sans quils s'en doutassent, l'alexandrin évoluait. Le vers classique se préparait. Il était extrêmement rare qu'un alexandrin neùt pas d'autre accent tonique important que celui de la sixième et celui de la douzième s^dlabes. La plupart du temps il y en avait un autre dans l'intérieur de chaque hémistiche. Ceux qui terminaient les hémistiches recevaient un l'elief" particulier de la pause dont ils pouvaient être suivis ; mais il arrivait fréquemment que la pause de la césure fût très faible ou nulle parce que le dernier mot du premier hémistiche était étroitement uni par la syntaxe au premier du suivant ; dans ces conditions et pour les mêmes raisons l'accent de la sixième syllabe était relativement faible. Il n'était pas rare dès lors qu'un accent secondaire fût aussi fort que celui de la sixième et même qu il fût suivi d'un arrêt syntaxique plus marqué que celui de la césure. En voici quelques exemples empruntés à Agrippa d'Aubigné :
Toi Seigneur, qui abats, qui blesses, qui guéris ;
l'accent tonique de blesses est évidemment aussi fort que celui de abats, et celui de Seigneur est même plus fort.
Sous toi, Hiérusalem meuiirière, révoltée, Hiérusalem, qui es Babel ensanglantée ;
l'accent tonique de /oi dans le premier vers est au moins aussi fort que celui de Hiérusalem, et dans le second celui de Hidrusalenî est certainement plus fort que celui de es.
Venez, célestes feux 1 Gourez, feux étemels 1 \'olez ! Ceux de Sodonie oncque ne lurent tels :
il est clair que l'accent tonique de rolez est plus fort que celui de Sodome, et que ce mot est suivi d'un arrêt syntaxique plus considérable que celui de la césure. .
10 l'alexandrin classique
Petit à petit les poètes se rendirent compte de lexistence de ces accents secondaires ; ils comprirent l'importance qu'ils pouvaient avoir et n'abandonnèrent plus leur place au hasard. Si bien que les accents secondaires, étant souvent aussi forts que celui de la sixième syllabe, finirent par s'élever à la hauteur d'un accent rythmique, et l'alexandrin devint un vers à rythme fixe. Ce rythme est constitué par ses quatre accents toniques, dont le deuxième occupe une place immuable sur la sixième syllabe, tandis que le premier et le troisième tombent sur Tune quelconque des cinq premières syllabes de chaque hémistiche.
Les trois premiers accents sont suivis d'une coupe, et le vers est ainsi partagé en quatre éléments ou mesures. De césure à proprement parler il n'y en a plus, car la césure est une pause, et le vers classique reste suivi d'une pause qui le sépare du vers suivant, mais n'en comporte aucune à l'intérieur. Une coupe n'est pas un repos ni un arrêt, c'est simplement le passage d'une mesure à la suivante. Malgré le précepte de Boileau :
Que toujours dtms vos vers le sens coupant les mots, Suspende rhémistiche, en marque le repos.
il n'y a ni suspension ni repos de l'hémistiche dans ce vers du même Boileau :
- Derrière elle l'aisoil dire Argumenla])Oi'
[Satire X),
mais il y aune coupe après f< faisoit ». Dansée A^ers de lîacine [Athalie) :
Je viens, selon l'usage antique et solennel,
il y a une coupe après <■ usage », comme il y en a une après I' je viens » et une autre après « antique», mais il n'y a de