Cf. supra, p. 31, la même observation à propos du rythme
[.ES KLK.MEN'IS DE l'eXPRESSITiN 207
si simple soit-elle, qui ne soit complexe, et nous avons vu que ses dill'érents éléments, ses dillerentes nuances peuvent être exprimées par le voisinage et le concours de sons différents ; de même évidemment dans un vers ; c'est-à-dire que dans un vers expressif il y a toujours plusieurs éléments variés qui entrent en jeu dans l'expression. Ce sont ces différents éléments que nous chercherons à isoler en déterminant le rôle et la valeur propre de chacun d'eux.
KEPETlTIOiNS DE PHONEMES QLELCOKQLES
Nous commencerons par un ordre d'idées où la nature des phonèmes n'a aucune importance ; ce n'est que par leur répétition qu ils jouent un rôle. 11 s'agit de l'expression d'un mouvement ou d un bruit répété, que ce mouvement ou ce bruit soit régulier ou iiTégulier. Or dans les mots expressifs appartenant à cet ordre d'idées, l'expression est due à la répétition d'une syllabe : coucou^ d'une voyelle : cliquetis, monotone, ou d'une consonne : palpite. Il est évident que dans un vers, qui est un élément plus long- qu'un mot, on pourra obtenir des effets analogues par la répétition d'un mot ou de plusieurs mots, d'une ou de plusieurs syllabes, d'un ou de plusieurs sons.
Mais la question est complexe; nous avons déjà parlé d'un moyen d'exprimer un mouvement ou un bruit régulier ou irrégulier, à savoir le rythme. Nous avons vu comment le rythme peut devenir un moyen d'expression par ce fait qu'il rend plus lentes les syllabes d'une mesure qui en a moins de trois et plus rapides celles d'une mesure qui en a plus de trois.
Il va de soi que pour peindre un mouvement régulier, une allure éga'le, le rythme 3-3, 3-3 pourra contribuer à l'expression :
Lui, gagnant | à pas lents | une roche | élevée
(Musset, Nuit de mai).
Elle va I dans les bois, [ se traînant | à pas lents
(Id., La servante du roi).
MESURKS KÉGIILIÈREMENT INÉGALES 200
Muletiers | qui poussez | de vallée | en vallée Vos mules sur les ponts que César éleva
(Hugo, Le petit roi de Galice).
Quatre bœufs attelés, d'un pas tranquille et lent, Promenoient | dans Paris | le monarque | indolent
(BoiLEAu, Lutrin).
Vinrent, le régiment après le régiment.
Et le long I des maisons | ils passaient | lentement
(HiGo, Chàtimenls).
Tu gagnais | lentement | la maison | solitaire
(Musset, La coupe et les lèvres).
On n'entendait au loin sur l'onde et sous les cieux Que le bruit | des rameurs | qui frappaient | en cadence Tes flots harmonieux
(Lamartine, Le lac).
De même un rythme à mesures régulièrement inégales pourra contribuer à produire d'autres ell'ets :
avait trouvé bon que cet antre
Bâti I pour les géants, | servît | pour les lions
(Hugo, Les lions).
Ceux d'Ascalon | du beurre, | et ceux d'Aser | du blé
(Id., Ihid.).
A mêlé dans le sang enfiévré de mes reins
Au rut I de l'étalon | l'amour | qui dompte l'homme
(Heredia, dessus).
(Le rapport des mesures 2,4, 2,4 marque ici régalité du mélange et de la valeur des choses mélangées).
Du pied I dans les enfers, | du front | dans les étoiles
(Hugo, Légende des siècles).
M. Ghammo.nt. — Le vers friDiçuis. 14
Tant la ravine | est fauve, | et tant la roche | est âpre
(Id., IhicL).
N'ayez d'autre souci
Que d'aplatir | vos cœurs, | et d'arrondir | vos ventres
(Id., Année terrible).
Mais il y a lieu de noter d'abord que, pour que le rythme devienne expressif, il faut que l'idée exprimée le rende expressif. Sinon le type 3-3, 3-3 est précisément celui qui n'exprime rien : tout y est égal et rien n'a de relief :
Chacun sait | aujourd'hui ] quand il fait | de la prose
(Musset).
Où Cologne 1 et Strasbourg, | Notre-Dame | et Saint-Pierre
Il en est de même du type 2-4, 2-4; il tend à mettre en relief les mesures qui n'ont que deux syllabes, mais pour qu'il peigne deux mouvements parallèles il faut qu'il en soit question dans le vers ; il n'y a aucune expression de ce genre dans les vers suivants :
Je viens | selon l'usage | antique | et solennel
(Racine).
Pourquoi ] vous imposer | la pei|ne de son crime?
(Id.).
Le rythme peut donc contribuer à peindre un mouvement, mais s'il est le seul moyen d'expression employé il ne le rendra pas très sensible. Tel ce vers de Lamartine :
Que le bruit | des rameurs | qui frappaient | en cadence.
Pour que le mouvement devienne très net, il faut en outre des rappels de sons, des répétitions de phonèmes, disposées