RÉPÉTITIONS EN SYLLARES ATONES
fortes ou faibles, (jue le poète parvient à exprimer jusqu'aux plus fugitives nuances du sentiment qui l'inspire, à amplifier ou à voiler la sonorité de son vers, qui devient à sa volonté facile, coulant, rapide ou languissant, clair, strident, rauque ou éclatant» (Becq de Fouquières, 236-237).
Dans les exemples qui précèdent les phonèmes que nous avons relevés appartiennent surtout aux syllabes toniques; dans les suivants ils sont plutôt dans des syllabes atones ; mais il n'est ni possible ni utile de faire à ce point de vue deux catégories bien nettes ; chaque exemple a son individualité et demanderait un commentaire particulier qvie le lecteur pourra faire aisément au moyen des éléments que nous mettons en relief :
La mer qui se /rimante en pleurant les sirènes an an an
(Heredia, L'oubli).
noter en outre le vocalisme :
a è i la vague commence à s'élever, e a an an è an la vague gronde, e i è la vague meurt sur la rive.
Au dehors, tout autour du gra/jd antre muet, Hurla/t 1<? brouhaha de la foule indignée
(Hugo, L'épopée du lion).
Voici l'essentiel du vocalisme de ces deux vers : ou ou, an an, lié — lié, è ou a a — è a ou, c'est-à-dire dans les trois premiers cas répétition pure et simple, et dans le dernier reproduction approximative.
. . . .Daus ce moment, un pas Au penchant du coteau semble se faire entendre
(Musset, Le saule).
noter en outre les occlusives : t p
qui peignent un bruit ou un mouvement saccadé.
Un écho /prolongé répétait chaf^rue pas
(Id., Porlia).
Sur l'Hymè/e, TAu/an /umulfueux <ourmen/e
(Hugo, Le Satyre).
.... L'intrépide Hippolyte Voit foler en éclats tout son char fracassé
(Racine, Phèdre).
Il marchoit d'un pas relevé Et faisoit sonner sa sonnette
(La Fontaine, I, 4) ;
sonner sa sonnette n'est pas de rharmonie imitative, ne peint pas le bruit, mais indique la répétition de l'action, et de son produit, le bruit.
Hideux ce spectre blanc passait; et, par instant, Une goutte de sang se détachaii de l'ombre, Implacable, et tombait sur cette blancheur sombre.
(Hugo, Le parricide).
Sentant à chaque pas qu'il fait vers la lumière. Une goutte de sang sur sa tète pleuvoir
(Id., Ibid.).
Durandal flamboyant semble un sinistre e.sprit : Elle l'a, i'ient, remonte et tombe, ^e relève, ou^ ou"
re re
.S'abat, et /"ait la fêle effrayante du glaive
(Id., Le petit roi de Galice);
les phonèmes répétés peignent les mouvements répétés, successifs et divers de l'épée de Roland.