‹ Le vers français, ses moyens d'expression, son harmonieChapitre 67 sur 115 · EXPRESSION DE LA COLÈRE · texte numérisé non relu

EXPRESSION DE LA COLÈRE

touche à la fureur et se manifeste par des imprécations, des cris de' haine, de vengeance, de désespoir, d'indignation, de mépris, d'ironie amère. [Observation : les voyelles aiguës n'étant pas propres à exprimer la colère mais seulement les cris de la colère, on trouvera toujours dans les exemples que nous allons citer des voyelles éclatantes peignant les éclats de voix de la colère et des voyelles sombres qui en expriment les sourds grondements. Nous ne donnerons ici que des exemples de colère où les voyelles aiguës dominent) :

Quel pla?s/r de venger mot'-méme mon in\Lre, De retirer mon bras tet;i^ du sang- du parj^'^re, Et, pour rendre sa pejne et mes phtislrs plus grands, De cacher ma rivale à ses regards mourants !

(éclats de voix de la colère dans ce dernier vers) Ah ! si du moins Oreste, en punissant son cr/me, Lut laiasoit le regre/ de mour/r ma vjct/me ! Va le trouver : dj's-lu/ qu'il apprenne à l'ingrat Qu'on l'immole à ma ha/ne, et non pas à l'Ktat.

(éclats de voix dans ce dernier vers) Chère Cléone, cours : ma vengeance est perdUE, "

S'il ignore en mourant que c'est \\\oi qui le iUE

Racine, Andromaque . W , 1, paroles d'Hermione).

. . .Ta /.s- toi', perf/de !

Et n'imp6te qu'à toi ton lâche parric/de. Va faire chez tes Grecs admirer ta fureur ; Va : je la désavoue et tu me fais horreur. Barbare, qu'as-tu fai'r.' avec quelle ïurlE As-t^^ tranche le cours d'une si belle \IE ? Avez-vous pL\ cruels, l'immoler aujourd'hu/, Sans que tout votre sang se soulevât pour lu/? Mais parle : de son sort qu/ t'a rend6' l'arb/tre? Pourquoi' l'assassiner? Qu'a-t-il ïail ? A quel t/tre ? Qu/ te l'a d/7' ?

(lu., ihid., V, 3/.

1. Eht-il besoin de rappeler qu'au xvii'^ siècle oi se prononçait ic<'

Je sais bien quel mot/f à l'attaquer t'obl/ge. Vous le hai'ssec tous ; et je vo/s aujourd'hu/ Femme, enfants et vale/.s, déchaînes contre lu/. On met impudemment toute chose en usage Pour ôter de chez mot ce dévot personnage : Mais plus on ïait d'elîorts afm de Ten bann/r, Plus j'en veux employer à l'y mteua^reten/r ; Et je va/s me hâter de lui donner ma 1711e, Pour confondre l'orgueil de toute ma fam/lle

(Molière, Tartuffe)

.... Poursu/<S, Néron, avec de tels min/stres, Par des îaits glorieux tu te vas signaler, Poursuis. Tu n'as pas fait ce pas pour l'eculer. Ta main a commencé par le sang de ton frère ; Je prévois que tes coups viendront jusqu'à ta mère. Dans le fond de ton cœur je sa/s que tu me ha;s ; Tu voudras t'affranch/r du joug de mes hienîails. Mais je veux que ma mort te so(7 même inutile. Ne crois pas qu'en mourant je te laisse tranqu/lle. Rome, ce ciel, ce jour que tu reçUs de moi'. Partout, à tout moment, m'olfriront devant toi. Tes remords te suivront comme autant de îurlES; Tu croiras les calmer par d'autres barbar7£'5' ; Ta fureur s'irritant soi-même dans son cours. D'un sang toujours nouveau marquera tous tes jours. Mais j'espère qu'enfin le Ciel, las de tes cr/mes, Ajoutera ta perte à tant d'autres vi'ct/mes : Qu'après t'ètre couvert de leur sang et du mien, Tu te verras forcé de répandre le lien ; Et ton nom parottra dans la race futL^re; Aux plus cruels ti/rans une cruelle injZ/re

(Racine, Britannicus)

[Elle entre]. — D'où viens-t^? qu'as-tu fai7 cette nu/7'? Réponds, que me veux-lU? qui t'amène à cette heure? Ce beau corps, jusqu'au jour, où s'est-/l étend//? Tandis qu'à ce balcon, seul, je veille et je pleure, En quel lieu, dans quel Ut, à qu/ souriais-t// ?

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