IMPRÉCATIONS
Perf/dc ! auclac/c'Hse ! est-/l encor poss/ble Que lu vtennes olFr/r ta bouche à mes baisers? Que demandes-l» donc? par quelle soif horr/ble Oses-t^'^ m'att/rer dans tes bras épuisés ?
(Musset, Nuit d'octobre).
Vous ne démentez point une race funeste.
Oui vous êtes le sang- d'Atrêe et de Thyeste.
Bourreau de votre f/lle, il ne vous reste enfm
Que d'en fa/re à sa mère un horr/ble festm.
Barbare ! c'est donc là cet heureujr sacrif/ce
Que vos soins préparoie/it avec tant d'artif/ce.
Quof ? l'horreur de souscr/re à cet ordre inhumam
N'a pas, en le traçant, arrête votre main ?
Pourquoi femdre à nos yeux une fausse tristesse ?
Pensez-vous par des pleurs prouver votre tendresse ?
Où sont-/ls ces combats que vous ave- rend^^S?
Quels flots de sang- pour elle avez-vous répand t^5?
Quel débr/5 parle ici de votre résistance?
[Quel champ couvert de morts me condamne au silence?]
Voilà par quels témoins il falloiV me prouve/",
Cruel, que votre amour a voulZ^^ la sauver.
Un oracle fatal ordonne qu'elle exp/re;
Un oracle, dit-/l, tout ce qu'il semble d/re?
Le cjel, le juste cjel, par le meurtre honore.
Du sang de l'innocence est-il donc altère ?
Si du cr/me d'Hélène on pun/7^ sa fam/Ue,
Faites chercher à Sparte Hermione sa f/lle :
Laissez à Ménélas racheter d'un tel prIX
Sa coupable moitfè dont il est trop éprIS.
Mais vous, quelles fureurs vous rendent sa vict/me ?
Pourquoi vous imposer la peùie de son cr/me?
(Racine, Iphixfénie).
Il fjiut rappeler ici, comme partout, que les phonèmes considérés ne deviennent expressifs que si l'idée qu'ils recouvrent s'y prête. Voici un passage du Misanthrope qui serait excellent comme sons pour peindre le paroxysme de la
M. GuAMM(i>T. — Le vers français. ^ 16
colère; mais il n'a pas ce sens et reste presque inexpressif. Ce sont des paroles de Philinte (V, I) :
Non, je tombe d'accord de tout ce qu'il vous plaît.
Tout marche par cabale et par pur intérêt ;
Ce n'est plus que la ruse aujourd'hui qui l'emporte,
Et les hommes devroient être faits d'autre sorte;
Mais est-ce une raison que leur peu d'équité
Pour vouloir se tirer de leur société?
Tous ces défauts humains nous donnent dans la vie
Des moyens d'exercer notre philosophie.
C'est le plus bel emploi que trouve la vertu ;
Et, si de probité tout étoit revêtu,
Si tous les cœurs étoient francs, justes et dociles,
La plupart des vertus nous seroient inutiles,
Puisqu'on en met l'usage à pouvoir, sans ennui.
Supporter dans nos droits l'injustice d'autrui,
5" Nous venons de voir, dans les exemples de colère précédemment cités, les voyelles aiguës secondées par les autres voyelles claires contribuer à peindre non pas les éclats de la colère, mais ce qu'elle peut présenter d'aigre, de mordant, de mépris, d'ironie amère, incisive, sarcastique. 11 est donc bien évident que si dans un morceau la colère passe au second plan alors que le mépris ou l'ironie surgit au premier, les moyens d'expression ne changent pas : voyelles claires, surtout aiguës :
Père dénature! malheureuj* pob't/que, Esclave ambitieux d'une peur chtnier<que, [Polyeucte est donc mort!] et par vos cruautés Vous penses conserver vos trtstes dignités! La faveur que pour Iwi je vous mxois offerte, Au Ifeu de le sauver, précipite sa perte!
Eh hien ! à vos dépens vous verre- que Sévère
Ne se vante jamais que de ce qu'il peu/ îaire ;
Et par votre ruine il vous fera juger
Que qui peut bien vous perdre eùl pu aous protéger.
EXPRESSION DE l'iRONIE 243
Cont/nHe: aux dieux ce service tVdèle ;
Par de telles horreurs montrez-leur votre zèle.
(GoRNEiixE, Polyeucfe, V, 6).
Dans ce morceau, lindignation est dominée par le mépris (relevé par les occlusives labiales, cf. p. 312) surtout dans la première partie ; dans la seconde elle tourne à la menace. Dans le morceau suivant de Racine [Andromaque, IV, 5), où Hermione s'adresse a Pyrrhus qui vient de lui déclarer qu'il est décidé à épouser Andromaque, l'ironie recouvre la colère d'un bout à l'autre :
Seig-neur, dans cet aveu dépouillé d'artifice, J'aime à voir que du moins vous vous rendie- justice, Et que voulant bien rompre un nceud si solennel, Vous vous abandonniez au crime en criminel. Est-il juste, après tout, qu'un conquérant s'abaisse Sous la servile loi de garder sa promesse? Non, non, la perfidie a de quoi vous tenter; Et vous ne me cherchiez que pour vous en vanter. Quoi! sans que ni serment ni devoir vous retienne, Rechercher une Grecque, amaut dune Troyenne ; Me quitter, me reprendre, et retourner encor De la tVlle d'Hélène à la veuve d'Hector; Couronner tour à tour l'esclave et la princesse ; Immoler Troie aux Grecs, au fils d'Hector la Grèce! Tout cela part dun cœur toujours maftre de soi. D'un héros qui n'est point esclave de sa foi. Pour plaire à votre épouse, il vous faudroi7 peut-être Prodiguer les doux noms de parjure et de traître. Vous veniez de mon front observer la pâleur, Pour aller dans ses bras rire de ma douleur. Pleurante, après son char vous voulez qu'on me voie; Mais, seigneur, en un jour, ce serait trop de joie : Et sans chercher ailleurs des titres empruntés, Ne vous sufFit-il pas de ceuj; que vous portes? Du vieux père d'Hector la valeur abattue Aux pieds de sa famille expirante à sa vue,
Tand/s que dans son sein votre bras enfonce Cherche un reste de sang que l'âge avoit glacé; Dans des ruisseaux de sang Troie ardente plongée; De votre propre main Polyxéne égorgée Aux yeux de tous les Grecs indignés contre vous : Que peut-on refuser à ces généreux coups ?
Dans un autre passage d'Andromaque (V, 5) nous trouvons une ironie si amère qu'elle va presque jusqu'à la rage : c'est Oreste qui feint d applaudir aux dieux et à la destinée, faute d'expressions pour les maudire ; ce sont les j)lus beaux vers de son rôle :
Grâce aux (\ieux, mon malheur passe mon espérance !
Oui, je te loue, ô c/el, de ta persévérance !
Appliqué sans relâche au soin de me punir,
Au comble des douleurs tu m'as (ait parvenir.
Ta hanie a pri's plaisir à former ma misère ;
J'étois né pour servir d'exemple à ta colère,
Pour être du malheur un modèle accompli.
Hé bien 1 je meurs content, et mon sort est rempli.
Autres exemples d'ironie amére :
Je ne vous presse point, Madame, de nous suivre ; En de plus chères mains, ma retraite vous livre. De vos dessem.s secrets on est trop éclairci. Et ce n'est pas Calchas que vous cherchez ici
(Racine, Iphigénie),
paroles de Glytemnestre à Eriphile.
Je ne murmure poinV qu'une amitié commune Se range du parti que flatte la fortune, Que l'éclat d'un empire ait pu vous éblouir, Qu'aux dépens de ma sœur vous en vouh'er jouir
(II»., Brilannicus, III, 7).