‹ Le vers français, ses moyens d'expression, son harmonieChapitre 71 sur 115 · PEINTURES IDYLLIQUES · texte numérisé non relu

PEINTURES IDYLLIQUES

Vn murm?;re ioyeax s'exhaL-î// des hall/ers;

Autour (lu mie\ des fleurs, les essaims f'amilj'er.s,

Délaissant les vieux troncs aux ruches pacifiques,

S'empressfl/enY ; et partout, sous les deux magnifiques,

Avec l'arôme vif et pénétrant des bois,

Montai/ un chant immenseet paisible à la fois.

Sur son cœur enivre pressant sa bien-aime'e,

Réchaulfant de baise/'s sa lèvre parfumée,

Çunacépa sentait, en un rêve enchanté,

Déborder le torrent de sa félicité !

Et Çanta l'enchaînaiV d'une invincible éireiniel

Et n'en n'interrompaiV, durant cette heure sainte

Où le temps n'a plus dai'le, où la vie est un jour,

Le silence divin et les pleurs de l'amour

(Leconte de Lisle, Çunacépa).

Les moissons miiri'ssai'en/, les granges étaient pleines. Et les riches cités, orgueil de nos aïeux, Fïorissaient dans la paia: sous la beauté des deux ; Et nous coulions, heureiij:-, nos jours e/ nos années. Et nos âmes vers Dieu montt7ient illuminées

(Id., La mort du moine).

Je VIS de ma fenêtre ouverte sur le Rêve,

Au cadre fabuleux d'un vieux site écarté

Un verger merveilleux; de rosée et de sève

Surgir en l'aurorale et candide clarté

De l'heure où l'aube nait dans la nuit qui s'achève

(H. DE Régnier).

A vous, troupe légère.

Qui d'aile passagère Par le monde voler.

Et d'un sifflant murmure L'ombrageuse verdure Doucement ébranlez, J'offre ces violettes, Ces lis et ces fleurettes,

262 LES VOVELLES

Et ces roses ici, Ces verme/Uettes roses, Tout frafGhement écloses, Et ces œillets ausst.

De votre douce haleine £'ventec cette plame, ^'ventes ce séjour, Cependant que j'ahanne A mon blé que je vanne A la chaleur du jour (J. DU Bellay, D'an raniieur de hlé aux vents);

à la fin l'idée change et la note aussi.

Hier ] étais à table avec ma chère belle, ~ Ses deux pieds sur les mi'eas, assis en face d'elle, Dans sa petite chambre, ainsi que dans leur nid Deux ramiers bie/iheureiij; que le bon Dieu bénit. C'était un bruit charmant de verres, de fourchettes, Gomme des becs d'oiseaux picotant les assiettes, De sonores baisers et de propos joyeux. L'enfant, pour être à Vaise et re'galer mes yeux, Avait ouvert sa robe, et sous la toile f/ne On voyait les trésors de sa blanche poitrine ; Gomme les seins d'/sis aux contours ronds et purs, Ses beaux se/ns se dressaient, étmcelants et durs. Et, comme sur des fleurs des abeilles posées, Sur leurs pointes tremblaien/ des lumières rosées

(Th. Gautier, Le premier rayon de mai).

Nous signalerons dans cet ordre d'idées trois pièces de Leconte de Lisle qui sont tout entières en rimes claires : Kléam^a dans \e& Poèmes antiques, et les deuxChansons écossaises intitulées Annie et La fille aux cheveux de lin.

Enfin voici quelques exemples défectueux :

Voilà six mille ans que les roses Gonseillent, en se prodiguant, L'amour aux cœurs les plus moroses.

Avril est un vieil intrigant

(Hugo, Chansons des rues et des bois) ;

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