EXPRESSION DES BRUITS ÉCLATANTS
ces voyelles éclatantes et sombres délonnent dans cette idylle.
Celui qui, respirant son haleine adorée, Sentirait sescheveux, soulevés par les vents, Caresser en passant sa paupière eflleurée. Ou rouler sur son front leurs anneaux ondoyants
(Lamartine, Xoiivelles Méditations, Ischia) ;
« ce dernier vers compact et à gros fracas, exprime tout plutôt que la chose qu'il veut exprimer » (E. Fag-uet, AT A'" siècle, Lamartine).
G. — Voyelles éclatantes.
Les voyelles éclatantes sont a,o,é, o", é"; leur emploi s'impose pour l'expression des bruits éclatants ; ce sont elles qui donnent son expression au mot éclatant lui-même, et en outre à fracas, craquer, sonore, cataracte, etc. Voici d'abord un vers qui dans ses deux hémistiches réunit les deux moyens d'expression opposés, voyelles éclatantes dans le premier et claires dans le second, pour peindre deux bruits de nature différente :
La harpe tremble encor | et la flfHe soup/re
(A'iGNv, Le hal).
Les exemples suivants ne peignent que des bruits éclatants :
Comme il sonna la charge, il sonne la victoire
(La Fontaine, II, 9).
Tout à coup, écrasant Tennemi qui s'eiîare, La victo/'re aux cent voix sonnera sa fanfare
(Hugo, A rare de triomphe).
La meute de Diane aboya sur l'Oeta
(Id., Le satyre).
Ouvrait les deux halianls de sa porte sonore
(Id., Jhid.
Une brusque clameur épouvante le Ganj;e
(Heredia, Bacchanale).
Le vocalisme de ce vers est très remarquable ; s'il est permis d analyser l'impression qu'il produit, ce qui est toujours mauvais et inexact parce qu'il n'est pas possible de signaler des nuances aussi délicates sans les exagérer, on peut dire que les deux premières dvades Li é \ ù e font sentir comme des bruits analogues qui se répètent et s'entrechoquent, entrechoquement qui est nettement accusé par les deux c de « brusyue » et de « clameur » ; puis la note éclatante devient uniforme avec la dyade suivante a e « clameur » ; enfin les deux triades du second hémistiche, se terminant toutes deux par une éclatante voilée par la nasalité, et qui est la même voyelle nasale si bien que les deux triades assonent entre elles, peignent comme le retentissement et l'écho de cette clameur.
Au fracas des buccins qui sonnaient leur fanfare
(Id., Soir de bataille).
La grande âme d'airain qui là haut se lamente
Hugo, Chants du crépuscule);
il s'agit d'une cloche ; l'impression presque onomatopéique de ce vers est surtout due à la triple répétition de deux couples de syllabes presque semblables : la-â"^ | la-ô \ /a-o°. Cette répétition est particulièrement sensible dans le second hémistiche à cause du rapprochement des deux mots /à-/iaM^ | lamente et de l'accentuation de leur dernière Syllabe.
Se débat, et l'airain sonne au choc des sahots
(Hebedia, Centaures et Lapithes).