‹ Le vers français, ses moyens d'expression, son harmonieChapitre 73 sur 115 · BRUITS ÉCLATANTS · texte numérisé non relu

BRUITS ÉCLATANTS

d'entendre les trois rimes

Sonner par ta voix d'or leur fanfare de fer à é n a a à è à° a è è è

(Heredia)

Est-ce un lourd vaisseau turc qui vient des eaux de Gos Battant Tarchipel grec de sa rame tartare? a 0" I a f I è è \ è a a\ é a a

(Hlgo, Orientales);

la seconde dyade commence en éclatante comme la première mais fmit en palatale pour amener la note claire qui va retentir deux fois dans deux toniques consécutives en é; puis les deux triades du second hémistiche sont tout entières en éclatantes et se reproduisent exactement.

Tandis que des taureaux

Sur leurs jarrets dressés, choquaient comme deux blocs Leur fro/it sonore et lourd, retentissant des chocs

(Lamartine, Jocelyn).

sur le rocher brûlant.

Les lions hérissés dorment en grommelant

(Musset, Rolla) ;

toutes les fois que parmi les voyelles éclatantes quelquesunes sont nasales, le bruit éclatant est un peu voilé par la nasalité.

Le lion qui jadis au bord des ^ots vôàant, Rugissait aussi hau^ que l'Océan ^vonàant

(Hugo, Les lions).

Il y a différentes idées et dilférents sentiments dont l'expression suppose des éclats de voix. Telle la réclame d'un bateleur

Gai I tapez sur la caisse et soufllez dans le lifre ; Braillez vos sahmm fac, messeigneurs ; en avant Des ég-lises, abri profond du Dieu vivant, On dressera des mâts avec des oriflammes, Victotre ! venez vofr les cadavres, mesdames

(Id., Châtiments);

les éclats de voix de la colère : Voici un exemple où la colère commençant par le sarcasme avec voyelles claires finit en éclatantes par les éclats de voix de la menace :

Va profaner des dieux la majesté sacrée :

Ces dieux, ces justes dieux n'auront pas oublié

Que les mêmes serments avec moi t'ont lié.

Porte au pied des autels ce ccewr qui m'abandonne;

^'a, cojzrs ; mais crains encor d "y trouver Hermione

(Racine, Andi'omaque, TV, 5),

Il y a d'ailleurs presque toujours dans l'expression de la colère mélang-e avec les voyelles éclatantes de voyelles aiguës qui rappellent les cris et de quelques voyelles sombres dont nous étudierons la valeur au chapitre suivant :

Mais d'un aveu trompeur voir ma flamme applaudie. C'est une trahison, c'est une perfidie Qui ne sauroit trouver de trop grands châtiments ; Et je puis towt permettre à mes ressentiments. Oui, oui, redoutez font après un tel outrage. Je ne suis plus à moi, je suis tout à la rage. Percé du coup mortel dont vous m'assassinez. Mes sens par la raison ne sont plus gouvernés ; Je cède aux mouvements d'une juste colère. Et je ne réponds pas de ce que je puis faire

(MoLiiiRE, Misanthrope).

Voulez-vous que je dise? il faut qu'enfin j'éclate, Que je lève le masque, et décharge ma rate.

Page 1