‹ Le vers français, ses moyens d'expression, son harmonieChapitre 82 sur 115 · EXPRESSION DE I.A JALOUSIE · texte numérisé non relu

EXPRESSION DE I.A JALOUSIE

Jusqu'au fond de nos cœurs noire sa.ng s est glacé

(Id., Ihid.).

Mon sang" commence à 6'e glacer

La Fontaine, I, 12).

Héla5 ! il mourra donc. Il n'a pour sa défense Que les pleurs de sa mère et que son innocence

(Racine, Andromaque).

Hélas ! laissez les pleurs couler de ma paupière, Puisque vous avez fait les hommes pour cela ! Laissez-moi me pencher sur cette froide pierre Et dire à mon enfant : iSens-tu que je suis là?

(Hugo, Contemplations).

C'est tout ce qui se dit d'un « ton pincé » ou les dents serrées, c'est-à-dire les paroles qui manifestent l'ironie, le dédain, le mépris, la jalousie, la colère, la haine, divers sentiments dont plusieurs ont des traits communs et dont certains apparaissent d'ordinaire simultanément. En voici des exemples variés.

Sifflement de jalousie et de dépit :

Je suis le seul objet qu'il ne sauroit souffrir

(Racine, Phèdre).

Sifflement de jalousie et de colère :

Ce n'est pas tout. Il faut maintenant m'éclaircir Si dans sa perfidie elle a su réussir

(Id., Bajazel)^

paroles de Roxane qui vient de découvrir qu'Atalide est sa rivale.

Sifflement d'ironie, avec une nuance plus ou moins nette de dédain ou de mépris :

M. Gkammont. — Le vers français. 20

La Grèce en ma faveur est trop inquiétée. De soins plus importants je l'ai crue agitée, Seigneur ; et sur le nom de son ambassadeur, J'avois dans ses projets con^u de la grandeur

(Id., Andromaque),

paroles de Pyrrhus à Oreste au moment où ce dernier vient de lui expliquer l'objet de son ambassade.

Vénus, par votre orgueil si longtemps méprisée, Voudroit-elle à la fin justifier Thésée? Et, vous mettant au rang du reste des mortels, ^ ous a-t-elle foi'cé d'encenser ses autels?

(Id., Phèdre).

... Je t'admire !

Où sont tes gens ? où sont les fourriers de l'empire ? Entendrons-nous bientôt tes trompettes sonner ? Vas-tu, sur ce donjon que tu dois ruiner, Semer, dans les débris où sifflera la bise, Du sel comme à Lubeck, du chanvre comme à Pise ?

(Hugo, Les Burgraves, II, 6) ;

on notera que dans ce dernier exemple le sifflement physique de la bise devient par le contexte un sifflement d'ironie, un sifflement moral.

Seigneur, dans cet aveu dépouillé d'artifice. J'aime à voir que du moins vous vous rendiez justice, Et que voulant bien l'ompre un nœud si solennel, Vous vous abandonniez au crime en criminel. Est-il juste, après tout, qu'un conquérant s'abaisse Sous la servile loi de garder sa promesse ?

(R.\ciNE, Andromaque).

Sifflement d'ironie et de colère :

De vos desseins secrets on est trop éclairci ; Et ce n'est pas Galchas que vous cherchez ici

(Id., Iphigènie).

EXPREISSION DU MÉPRIS 307

Et lorsqu'à sa fureur j'oppose ma tendresse, Le soin de son repos est le seul qui vous presse

(Id., Ihid.),

paroles d'Achille à Iphigénie qui essaie de justifier son père.

Voyons s'il soutiendra son indigne artifice

{\u.Jhid.).

paroles de Clytemnestre qui voit venir Agamemnon. Sifflement de colère et de mépris :

. . .malgré ses injustices, C'est ma mère, et je veua: ignorer ses caprices Mais je ne prétends plus ignorer ni souffrir Le ministre insolent qui les ose nourrir

(Id., Britannicus).

Je respire à la fois l'inceste et l'imposture. Mes homicides mains, promptes à me venger, Dans le sang innocent brûlent de se plonger. Misérable ! Et je vis ? Et je soutiens la vue De ce sacré soleil dont je suis descendue ?

(Id., Phèdre).

Père dénaturé 1 malheureux politique.

Esclave ambitieux d'une peur chimérique, Polyeucte est donc mort ! et par vos cruautés Vous pensez conserver vos tristes dignités ! La faveur que pour lui je vous avois offerte, Au lieu de le sauver, précipite sa perte !

Eh bien ! à vos dépens vous verrez que Sévère Xe se vante jamais que de ce qu'il peut faire ;

Continue- aux dieux ce service fidèle

(CoRNEiLf.E, Polyeucte

Tandis qu'avec mon fils je vais, loin de vos yeux, Chercher au bout du monde un trépas glorieux ;

V^ous cependant ici, serves avec son frère, Et vende:: aux Romains le sang' de votre père. Venez. Je ne saurois mieux punir vos dédains Qu'en vous mettant moi-même en ses serviles mains. Et, sans plus me charger du soin de votre gloire, Je veux laisser de vous jusqu'à votre mémoire

(Racine, Mithridale).

Et comment souffrez-vous que d'horribles discours D'une si belle vie osent noircir le cours ? Avez-vous de son cœur si peu de connoissance ? Discernez-vous si mal le crime et l'innocence?

(Id., Phèdre, V, 3),

paroles d'Aricie à Thésée.

Sifflement de colère et de dédain :

On veut sur vos soupçons que je vous satisfasse ?

(Id., Britannicus) ^

paroles d'Agrippine à Néron au début de la scène des fauteuils.

Sifflement de colère et de haine :

Vous n'aurez point pour moi de langages secrets ; J'entendrai des regards que vous croirez muets ; Et sa perte sera l'infaillible salaire D'un <^es\.e ou d'un soupir échappé pour lui plaire

(Id., Ihid.).

Néron de vos discours commence à se lasser

(Id., Ihid.),

paroles de Néron à Britannicus qui lui reproche sa conduite.

. . .Moi, l'aimer? Une ingrate Qui me hait d'autant plus que mon amour la flatte ! 5ans parents, sans amis, sans espoir que sur moi! Je puis perdre son fils, peut-être je le doi.

VERS SIIÎILANTS 309

Étrang-ère. . . Que dis-je ? esclave dans ri<:pire, Je lui donne son fil,v, mon âme, mon empire ; Etje ne puis g-agner dans son perfide ccrur D'autre rang que celui de son persécuteur ? Non, non, je l'ai juré, ma vengeance est certaine Il faut bien une fois justifier sa haine

(Id., Andromaque).

Vous savez sa coutume, et sous quelles tendresses Sa haine sait cacher ses trompeuses adresses

(Id., Mithridale),

paroles de Pharnace apprenant le retour de Mithridate.

Nombreux sont les vers sibilants, où le sifilement n'étant pas justifié par le sens est un défaut ;

Et me promettant bien de ne plus m'approcher De ces eaux où ma soif s'accroît sans s'étancher

(Lamartine, Jocelyn).

Des baisers sont sur sa bouche

(Lamartine, Pensée des morts) ;

il s'agit d une mère morte qui tend les bras à ses enfants.

Que j'aimais ce temps g'ris, ces passants et la 5eine ^'ous ses mille falots assise en souveraine !

(Musset, Sonnet).

Ah ! ces baisers si vains ne sont pas sans douceur

(Ghénier, Loaristys).

Debout sur ses genoux, mon innocente main Parcourait ses cheveux, son visag-e, son sein

(Id., Un jeune homme).

Que son soleil soit doux, que son ciel soit d'asur

(Lamartine).

Se voir le plus jDossible et s'aimer .seulement, 5ans ruse et sans détours, sans honte ni mensonge

(Musset, Sonnet).

Viens suis-moi. La Sultane en ce lieu se doit rendre

(Racine, Bajazet).

Sous vos seuls auspices ces vers

Seront jugés

(La Fontaine).

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