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ARTICULATION DES LABIALES

G. — Réunion de consonnes diverses.

Bien que nous nous soyons efforcé dans ce qui précède de déterminer la valeur de chaque phonème pris isolément et de ne fournir que des exemples caractéristiques à cet égard, on a remarqué que souvent d'autres phonèmes intervenaient à côté de ceux que nous mettions en évidence et jouaient aussi un rôle efficace, on a remarqué que le même sentiment, la colère par exemple, était exprimé par des phonèmes différents selon la nuance particulière que le poète avait en vue soit dans des passages différents, soit au cours d'un même développement, on a remarqué enfin que tel exemple qui avait été cité à propos d'une certaine catégorie de voyelles l'était de nouveau dans un chapitre où il n'était question que de consonnes, et l'on a pu en conclure, quand nous ne l'avons pas dit expressément, que l'impression produite par l'emploi d'une certaine espèce de phonèmes venait s'ajouter à celle qui était obtenue par le moyen de phonèmes d'une autre nature. C'est que les idées que l'auteur développe sont généralement complexes et demandent par suite pour leur expression l'emploi simultané de procédés divers.

Connaissant la valeur de chaque phonème pris individuellement il est facile d'analyser l'effet produit par l'emploi combiné de phonèmes divers et de déterminer la part qui revient à chacun dans l'effet total. 11 n'y a donc pas lieu de s'étendre ici longuement sur une pareille question, qui est au surplus aussi illimitée que le nombre des nuances possibles d'idées qui peuvent surgir dans l'esprit de l'écrivain. Nous nous bornerons donc à quelques indications relatives aux consonnes, dans la mesure où elles nous paraîtront propres à servir de fil conducteur dans des cas donnés ou à ajouter quelque chose à ce qui a été établi dans les pages précédentes.

Les labiales et les labio-dentales, p, h, m, /, v, ont ceci de particulier que leur articulation est en partie visible extérieurement. Elle exige un mouvement des lèvres qui peut être

considéré dans une certaine mesure comme uno:este du visage, et qui rend ces consonnes aptes à exprimer le mépris et le dégoût. Qui a vu les bas-reliefs de Reims se souvient du gonflement de la lèvre inférieure des vierges sages regardant avec mépris les vierges folles. On pourrait citer bien des passages où nos écrivains ont noté ce jeu de physionomie et sa valeur. Celui-ci nous sufïira :

L'ange sans dire un mot regarda le fantôme Fixement, et gonfla sa lèvre avec dédain

{Hugo, Fin de Satan).

C'est un gonflement de ce genre qu'exige la prononciation des mots fî, pouah et autres analogues. L'effet peut être produit par la répétition d'une même labiale ou labio-dentale :

Je ne prends /joint pour juge un peuple téméraire

(Racine, Alhalie).

. . .Pour changer un deux en tyran c'est assez D'une Z)ouche Aavant une ha\e imbécile

(Hugo, L'âne) ;

ou bien Ton peut réunir un choix varié de labiales et de labiodentales :

Tandis que l'ennemi, par ma fuite trompé, Tenoitayjrès son char un rain/jeu/jle occu/)é

(Racine, Milhridale).

Quoi ! toujours il me manquera Quelqu'un de ce peuple iniAécile !

(La Fontaine, IX, 19);

noter que le mot peuple pris isolément n'a absolument rien de méprisant ; il a suffi au poète d'en relever l'élément labial par le h de imbécile pour rendre tout le vers méprisant.

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