EXPRESSION DU MÉPRIS
A des /jartis /;liis hauts ce />eaii /ils doit /prétendre
(CoRMULLE, Le Cid);
ironie méprisante ; les deux / toniques de partis et pis ajoutent l'acuité.
La créature m'a tout à Iheure insulté. Petit! yoilà le mot qu'a dit cette femelle
(Hugo, Eviradnus).
Tout en vous partageant Tempire d'Alexandre, Von?, avez pewT d'une oniAre etyjeur d'un/jeu de cendre Oh ! rous êtes /petits !
(Hugo, A la Colonne).
Père dénaturé, malheureux yjolitique, Esclai'e am/jitieux d'une yjeur chi7?»érique, Polyeucteest donc mort ! et />ar dos cruautés Vous/jensez conseri'er vos tristes dignités ! La /aveur que /jour lui je yous az'ois offerle. Au lieu de le saurer, pYéc\p\ie sa periel etc.
(Corneille, Polyeucie).
C'est qu'ils ont penv d'aroir l'empereur sur leur tête, Et de roir s'écli/)ser leurs lampions de fêle Au soleil d'Austerlitz !
(Hugo, A la Colonne).
Ce n'est pas même unjui/! C'est un payen immonde, Un renégat, Vopprohve et le reAut du monde, Un /étide apostat, un o7jlique étranger
(Id., Chants du crépuscule).
Mon Dieu, que t'otre esprit est d'un étage /jas ! Que l'ous jouez au monde un petit personnage
(Molière, Femmes savantes).
Clouerons-nous au poteau d'une satire altière Le nom sept fois rendu d'un pkle pampAlétaii-e,
314 LES CONSOiNNES
Qui, poussé par la/aim, du fond de son ou/>li, S'en vient, tout grelottant d'enuie et d'impuissance. Sur le /"ront du génie insulter resjwérance, Et mordre le laurier que son souffle a sali ?
(Musset, Nuit de mai).
Et que nous ne puissions à rien nous divertir, Si ce beau monsieur-là n'y daigne consentir ?
(Molière, Tartuffe).
Daphné, notre l'oisine, et son petit épou\. Ne seroient-ils point ceux qui parlent mal de nous ? Ceux de qui la conduite o^re le plus à rire, Sont toujours sur autrui les premiers à 7?iédire
(Id., ihid.),
ironie méprisante, aiguisée par les voyelles aiguës.
Malgré tout son orgueil, ce monarque si lier
A son trône, à son lit daig'na l'associer.
Sans qu'elle eût d'autres droits au rang d'impératrice
Qu'unpeu d'attraits peut-être et beaucoup d'arti/ice
(Racine, Bajazel).
Prophète de malheur ! /jaAillarde ! dit-on.
Le bel emploi que tu nous donnes !
Il nous /'audroit mille personnes
Pour éplucher tout ce canton
(La Fontaine, I, 8).
. . . .Voudrois-tu qu'à mon âge Je fisse de l'amour le t'il apprentissage? Qu'un cœur qu'ont endurci la /"atigue et les ans Suint d'un vain plaisir les conseils im/jrudents ?
(Racine, Bajazel).
Il peut y avoir dans un vers tout autant de labiales que dans quelques-uns de ceux que nous venons de citer, sans quil devienne pour cela méprisant, si l'idée ne comporte pas cette nuance. Tel ce passage de Molière :
LES SPIRANTES 315
Quoi ! le beau nom de llUe esl un tilre ma sœur, Dont vous voulez quitter la charmante douceur ?
(Molière, Femmes savantes).
Pourtant si raccumulation des labiales est trop considérable elles frappent forcément l'attention et le vers est mauvais quand l'idée qu'il exprime ne s'accommode pas de cette répétition :
Humble, rus/i^ue et clos, ou fier du pavillon TriomyjAalement yjeint d'or et de vermillon
(Heredia, Le lit);
le premier hémistiche peindrait parfaitement les gambades d'une chèvre, et le reste le plus dédaigneux mépris.
Les spirantes ont, en tant que spirantes et quel que soit leur point d'articulation, une vertu spéciale ; les différentes espèces peuvent donc être employées simultanément, mais la valeur propre de chacune reste reconnaissable dans l'ensemble :
On marquait d'un fev cAaud le .sein /umant des /emmes
( Hugo) ;
ce vers donne une impression exacte de l'idée qu'il exprime ; il suggère nettement en nous le sentiment de quelque chose qui fume (J) avec un sifflement (s) chuintant (c/ij.
C'est toi, qui chncholant dans le souffle du i^ent
(Musset, JRolla).
Hier le l'ent du soir dont le souffle caresse
Nous apportait l'odeur des /"leurs qui s'ouvrent tard
(Hugo, Contemplations).
Nous sentons, frémissants, dans son théâtre sombre, Passer sur nous le rent de sa houche souciant
[\(\., Ibid.);
le premier vers exprime le frissonnement ; le second peint un souffle sourd et lég-èrement chuintant.
Se trouva fort dépourvue Quand la hise fut venue
(^La Fontaine, I, 1),
souffle faisant entendre un sifllement aigu grâce aux voyelles aiguës.
Souciant de ses naseaua; élargis Tair qui /unie
(Heredia, Le ravissement cV Andromède) ;
ce souffle est légèrement chuintant : on voit qu'il suffit d'une chuintante [g] pour donner cette impression.
Notre sou^leur à gage
5e gorge de sapeurs, s'en/le comme un ballon, i^ait un l'acarme de démon,
• Siffle, souffle, tempête
(La Fontaine, VI, 3).
Et voit sous les .sillets 5' en/"uir dans la coulisse Cet écuyer de Franconi !
(Hugo, La Reculade).
Le souple de Byron l'ous soule^'ait de terre
(Musset, Lettre à Lamartine).
Et t'oilà que le rent a soufflé, Dieu séi'ère,
Sur la rierge au /ront pur, sur le maître au bras fovl
(Hugo, Contemplations).
Que des souples de l'air de tous le plus léger. Que le doua; lapyx, redoublant son haleine, D'une brise embaumée enfle la yoile pleine Et pousse le na^;i^e au rirage étranger
(Heredia, Pour le vaisseau de Virgile)