L HIATUS
D'après la règle classique Vhiatus ou rencontre de deux voyelles quelconques est interdit entre deux mots dans l'intérieur d'un vers, à moins que les deux voyelles ne soient séparées par un e féminin qui s'élide ou par une consonne quelconque qui ne se prononce pas. Cette règle n'est qu un tissu de contradictions. Du moment qu une consonne n'a pas besoin de se prononcer pour empêcher l'hiatus, c'est que la règle est faite pour les yeux ; c'est dire qu'il ne faut pas que deux voyelles se rencontrent sur le papier. A ce taux il y aurait deux hiatus dans le vers suivant :
Je viens selon l'usage antique et solennel.
ce qui est absurde.
Si nous voulons comprendre quelque chose à la question il est indispensable que nous remontions à la cause qui a déterminé la proscription de l'hiatus. C'est, comme caacun sait, le désir d'éviter la suite de deux sons dont la rencontre eût produit un effet désagréable sur l oreille. Il s'agit donc de prononciation, non d'orthographe. On a proscrit la rencontre de deux voyelles prononcées. Il n'y a donc pas d'hiatus dans
l'usage antique
puisque le n'est pas prononcé. On en a conclu par une généralisation imprudente que toutes les fois qu'un e était élidé devant une voyelle initiale il n'y avait pas d'hiatus, et que par conséquent il n'y en avait pas dans
la journée était belle.
326 LHIATLS
C est une fausse analogie. Du moment que le est élidé, il n'existe plus et les deux e sont en contact. Il y a donc hiatus. 11 faut ajouter qu'aujourd'hui dans la prononciation proprement française il n'y a pas la moindre différence entre
.Jai vu ma mère immolée à mes yeux et
Jai vu mon père immole à mes yeux.
Ce vers de Racine :
Seiy^ncur, vous m'avez vue rdlachee à vous nuire
ne perdrait absolument rien de sa beauté et se prononcerait exactement de la même manière s'il était au masculin :
Seigneur, vous m'avez vu attache à vous nuire.
Or, comme nous lavons mainte fois expliqué dans cet ouvrage et comme M. Saint-Saëns le proclame avec raison dans son Harmonie et Mélodie : « Les vers ne sont certainement pas faits pour être lus seulement des yeux, en silence ; ils sont faits pour être dits ».
Quant aux consonnes que 1 on écrit bien qu on ne les prononce pas, la plupart ont été prononcées à une époque plus ou moins ancienne ; ainsi on a prononcé la hache avec un h aspiré ; mais aujourd'hui 17? dit aspiré ne se prononce pas plus que celui du mot homme ^ qui ne s'est jamais prononcé. L .s final du mot souris s'est prononcé au Moyen Age ; on a dit la souris est prise en prononçant ïs ; mais Chifllet nous apprend qu'au xvii^ siècle il n'était déjà prononcé devant aucune voyelle. Dès le jour où une consonne a cessé d'être prononcée elle a cessé d'empêcher la rencontre des deux voyelles qu'elle séparait et l'hiatus s'est produit. Pour ne pas faire l'histoire de la prononciation du français, nous ne nous occuperons guère que de la prononciation actuelle et nous
CONSO>NF.S >0> t'RO>ONCÉES 'J'* '
devrons reconnaître quaucun A, quel qu'U soit, ne peut empêcher l'hiatus et que si la poésie doit éviter :
le roi en ril elle ne saurait tolérer ;
La chanson de ma mie et du bon mi Henri
(Musset) ;
que toute voyelle nasale non suivie d un n qui se prononce iait hiatus devant une autre voyelle :
un chem/n ùilerdit ;
enfin que toute vovelle suivie dune consonne qui ne se prononce pas est exakement dans les mêmes conditions qu une vovelle finale. Il en résulte que les poètes qui ont ecnt nud de;ant voyelle n'ont pas supprimé Ihiatus et n ont ete que ridicules :
Cest hideux ! Satan nud et ses ailes roussies
(Hlgoj.
En outre, si la rencontre de deux voyelles est désagréable et doit être évitée entre deux mots, le même concours de voyelles produisant le même elîet à lintérieur d un mot doit fai;e rejeter de notre versification tous les mots dans lesquels il V a contact immédiat entre deux voyelles qui se prononcent. Pourtant les poètes semblent plutôt rechercher les mots de ce ^enre que de les fuir. Il y a entre ce fait et la règle de 1 hiatus une contradiction qui na pas échappé à certains critiques : « Quoi de plus doux que les mots camélia, miette, suave, fluide, ébloui, joyeux ? Ces mariages de voyelles dans le sein des mots ne donnent-ils pas lieu à de charmantes harmonies Qu'on m'explique donc alors comment, dès que les mots son séparés, ces rencontres deviennent cacophoniques, surtout
328 l'hiatus
lorsqa'en réalité, dans le débit, il y a très peu de séparations de mots absolues, et que le cours de la diction unit les termes les uns aux autres presque aussi étroitement que les syllabes entr'elles » (E. Legouvé). D'Alembert avait déclaré auparavant cette proscription de Ihiatus assez bizarre « parce qu il y a une grande quantité de mots au milieu desquels il y a concours de deux voyelles, et qu'il faudrait donc aussi par la même raison interdire à la poésie ». Becq de Fouquières distingue entre les cas, p. 290 et suiv. Il pense que l'on ne peut tolérer l'hiatus entre deux voyelles dont la première est tonique, parce que l'accent tonique allonge la voyelle qu'il frappe et qu'une voyelle tend à abréger une autre voyelle qui la précède immédiatement. C'est une erreur étayée de deux autres erreurs. Que l'hiatus est tolérable et même parfois agréable entre deux voyelles dont la première est tonique, la suite de cette étude va le montrer surabondamment. L'm du mot nu est aussi bref que possible même quand ce mot porte un accent rythmique. Une voyelle longue en hiatus s'abrège en grec, mais non pas en français ; dans l'écrou est tombé, Vou est aussi long que dans lécrou va tomber. Il est bon de ne pas attribuer à une langue la phonétique d'une autre ; encore faut-il noter qu'en grec il n'y a que dans les anapestiques qu'une voyelle longue en hiatus s'abrège lorsqu'elle porte le temps marqué. Il y a d'ailleurs dans le chapitre de Becq de Fouquières sur l'hiatus quelques remarques excellentes, mais les principes sont faux.
Voici quelques exemples qui montreront par leur simple rapprochement que la rencontre de deux voyelles n'est nullement plus désagréable entre deux mots que dans l'intérieur d'un même mot.
1° La première voyelle est i :
Que la Grèce eût jeté sur l'autel de Drane
(Musset, Rollà).
Fit au ruisseau céleste uu lit de diamant
(In., Une bonne fortune).
i SUIVI DINE AUTRE VOYELLE 329
0 vent donc, puisque vent y h
(La Fontaine, IX, 7).
L n cheval ellaré qu; fiennii dans les cieux
(Hugo, Chà/imenls) ;
(ne pas oublier que hennit se prononce ani).
Au milieu des sanj;lots d'une insomn/e ^îmère
i Musset, Rolla].
L/onie est divine : heureux tout fils d'Homère
(Sainte-Beuve).
Avec des cris stridents plut une plu/e /horrible
'^Heredia, Sfyniphale).
Sur sa lèvre entrouverte oubha«t sa prière
(Musset, Nuit de mai).
Le scandale est de mode ; il se rehe en veau
Id., Une bonne forlune).
Inquiétait parfois ma course ou mon sommeil
(Heredia, Nessiis).
Reg^arde ; — elle a prié ce soir en s'endormant
(Musset, Holla).
La souris étoit fort froissée
(La Fontaine, IX, 7j ;
« Vs ne se lie pas, ce que au xvii'" siècle note ChifTIet » (Littré).
Que les monts de Phrygte épanchent vers la plaine
(Heredia, Marsysis).
330 LÎIIATLS
Où la Pléiade avec Sir/us se confond
fHuGo)
J'entends les'chiens sacrés qui Awrlent sur ma trace
(Heredia, La maf/icienne).
Les tigres ont rompu leurs jouj^s et, m/aulant
(1d., BHcchnnale).
Vous, avec vos pensers qui hnus^eni votre front
(Hlgo, Feuilles d'automne).
Et flairent dans la nuit une odeur de Mon
(Heredia, Fuite de centaures).
De miel et d"ambrois/e oui doré cette histoire
{Musset, ine bonne fortune).
Que ce lien de fer que la nature a mis
(Id., Namouna).
Se ralhe fnquiet autour du père seul
{Hugo, Feuilles d'automne).
2" La première voyelle est ii :
L'auditoire étoit sourd aussi bien que muet
(La Fontaine, X, 11).
. . . Ah ! folle que tu es !
(Musset, Namouna).
Un chat-hwant s'en vint votre tils enlever
(La Fontaine, IX, 1).
La tortwe enlevée, on s'étonne partout
(Id., X, 3).
iï srivi d'ine autre voyelle 331
Car ton canir veut ;;oùler cette douceur cruelle
(Hereuia, Arfemifi).
Sentaut à sa chair nue errer lardent effluve
(h)., Le lepidariiiin).
Entin. le Soleil vil, à travers ces nuées
(Id., Stymphale).
A l'appel du //éros senlevant dun seul bond
Id., Persée el Andromède).
Oh 1 lalFreux sujcide 1 oh ! si javais des ailes
(Musset, Bolla).
Et sa bouche éperdue, iwe enfin d'ambroisie
(Heredl\, Ariane!.
Fit un jour sur sa cruauté
La Fontaine, X, 6i
Tomba, dit-on, jadis, du hmil du lirmament
(Musset, Ine bonne fortune .
Hé bien 1 dit le bramin au nue7ge volant
(La Fontaine, IX, 7 .
Flairent un san^ plus rouge à travers Tor du haie
(Heredl\, Bacchanale).
Nue. allongée au dos dun grand tigre, la Reine
flo., Ariane).
Mais certains prétendent que lorsque la première des deux voyelles est un i ou un ii 1 hiatus peut être permis à cause de la nature même de ces voyelles qui sont très voisines des semi-voyelles, cest-à-dire des consonnes. La raison est évidemment mauvaise puisque dans les cas considérés 1/ et 1 ii
332 l'hiatus
sont purement voyelles ; nous allons voir d'ailleurs que l'étude des autres voyelles donne pour le phénomène en question des résultats analogues :
3° La première voyelle est a :
Avant tout, le Chaos enveloppait les mondes
(Id., La naissance d'Aphrodite).
C'est le peuple qui vient 1 c'est \a hau[e marée
(HiGo, Feuilles d' automne).
La fille de Minos et de Pasiphae
(Racine).
On le voit çà et là bondir et disparaître
(Musset, Une bonne fortune).
L'œil était dans la tombe et regardait Gain
(Hugo).
Les cinq Emirs vêtus de soie ?ncarnadine
(Heheduv, Le triomphe du Cid).
Comme le roi Saûl lorsqu'apparut David
(Hugo).
Au mâle rugissant \a /iwrlante femelle
(Hereduv, Bacchanale).
Et de ressusciter la naivs, romance
(Musset, Nuit de mai).
Vous n'avez pas voulu qu'il eût la certitude Ni la jote îci-bas !
(Hugo, Contemplations).
En hiver Ispahan et Titlis en été
(Hugo).
P SUIVI DUNE AITRI'. VOYFXI.E 333
Le boulon colossal qui ("ail ployer sa hampe
(Heredia, Fleur séculaire).
4° La première voyelle est e :
Dérfiant le pauvre sire
(La Fontaine, IX, 15i.
La fumée y pourvut, ainsi que les bassets
(Id,, IX, lii.
Mon voisin léopard Ta sur soi seulement
(Id., IX, 3).
Balayer — j'en réponds ! — ces hordes devant vous
(Hi'Go, Burgraves).
Mon père vieux soldat, ma mère vendéenne
(Id., Feuilles d'automne).
La flûte aux accords champêtres Ne réjouit plus \es hêtres
(Lamartine, Pensée des nwrls .
Pourquoi moi-même à toi j'ose m'y réunir
(Hugo, Burgraves).
Et le glaive d'Enée eût épargné Didon
(A. Chénier, Elégies).
L'Océan était vide et la plage déserte
(Musset, Nuit de mai).
Que la ville étagée en long amphithéâtre
(Hugo, Feuilles d'automne).
A cheval et à pied en bataille rangée
(Desportks) ;
334 LttlATUS
Malherbe remarque avec raison que l'hiatus n'est pas empêché par la consonne puisqu'elle ne se prononce pas.
A rendre la brebis agréflble au bélier
iHi-REDiA. A Hermès cn'ophore).
Où, parfois, se débat et hennii un cheval
(Id., Le Thermodon).
Et qui, fermée /* peine aux regards étrangers
(Hlgo, Feuilles iCautomne).
Et lutte de clarté avec le météore
(Vigny, Eloa.
Chronos est prisonnier ; Géo tremble asservie
Voyoit sans s'étonner notre arnit^e riutour d'elle
(Racine, Bajazel]
Ils voient, irradiant du Béh'er au N'erseau
(Heredia, Le ravissement d'Andromède) ;
« Vr ne se lie jamais » (Littré).
^"oilà d'abord Le cerf donné aux chiens. J'appuie et sonne fort
(Molière).
Argos et Ptéléon, ville des hécatombes
(Musset).
La tortue enlevée, on s'étonne partout
(La Fontaine. X. 3).
U sriVl ij'lM-; ALTRK VOVKLI.t; 335
.*)" La première voyelle est u {ou :
11 {roua l'effrayant plaloiul torrentiel
[ H i GO . Supréma lie) .
Je pensai tout à coup à faire une conquête
(Ml'sset, f'ne bonne fortune) ;
(( \e p ne se lie pas » (Littré).
Sur les corps eonvulsil's les fauves ébloujs
(Hehedia, Bacchanale).
Mainte roue y tient lieu de tout l'esprit du monde
(La Fontaine, X, 1).
Secoue vers le seuil les longs manteaux sanglants
Heredia, La magicienne).
Le printemps sur la joue et le ciel dans le cœur
(Musset, Une bonne fortune).
En secouant leurs becs sur leurs goitres hideux
(Id., Nuit de mai).
Peindrons-nous une vierge à la joue empourprée
(Id., Ihid.).
Ktait duc de Souflbe et comte chef de guerre
(Hugo, Burgraves).
Le vieux Parmis les \oue h l'immortelle Rhée
Heredia, Le laboureur).
Ces exemples suffisent. On pourrait les multiplier à l'infini, mais ce serait sans utilité ; ceux que nous avons donnés valent pour ceux que nous avons omis. Ce que nous venons
33fi l'h[atus
d'établir pour a convient évidemment à toutes les voyelles éclatantes, ce qui est vrai de é l'est aussi de toutes les voyelles claires, ce qui s'applique à u peut être démontré pour toute voyelle sombre. Et quand nous disons toutes les voyelles éclatantes, toutes les voyelles claires, toutes les voyelles sombres, il ne faut pas oublier d'y comprendre les voyelles nasales :
L'Océa/ijetail vide et la plage déserte
(Mi'ssET, Nuif de mai).
Du goujon ! c'est bien là le dîner d'un héron
(La Fontaine. VU. 4).
Leur prêta son grand sein aux mamelles fécondes
(Heredia, La naissance d Aphrodite).
\'oit un pigeo/J t'n/près : cela lui donne envie
(La Fontaine. IX, 2).
Ce qu'il est particulièrement important de remarquer ici, c'est que parmi tous les exemples que nous venons de citer il n'y en a pas un seul qui présente un hiatus désagréable. Plusieurs au contraire sont délicieux et quelques-uns même ont été souvent signalés comme tels. Notre règle se trouve donc en défaut encore sur ce point, si bien qu'il n'en reste rien, puisqu'elle avait pour but d'écarter des rencontres de sons disgracieuses et qu'elle en repousse de charmantes. Au xvi® siècle l'hiatus était permis sans restriction ; en voici quelques exemples irréprochables :
Tu en pourras dicter \oy ou epistre
(Marot).
Vous qui avez pour moi souffert peine et mjure, Qui à ma seiche soif et à mon aspre faim Donnastes de bon cœur votre eau et votre pain
(A. d'Albigné).
HIATUS Al- XVI'" SIÈCLE 337
Où /<lle7.-\ous, lilles du ciel ?
Q[ii ose a peu souvent la fortune contraire
Ronsard i
(Régmek
Désirerai-je un règne ou un empire?
Pour du loyer quelque beau iai écrire
Ne sais si Dieu les voudr^? employer
Amende-lo/, ô règne transitoire
(Maroï, Ballades .
Tu es des vieux et jeunes adorée
^'iens donc ic/, û source de tous biens
\'iens, fusses-tz; aux champs Élysiens
(II)., Cantique à la déesse Sanlé).
Qu'en voyant sa grâce niaise,
On n'étoit pas moins g-ai ni aise
Aussi en riant on le pleure, El en pleurant on rit à Theure
(Id., Épilaphe de Jean Serre
Il demeure en dang'er que lame, qui est née Pour ne mourir jamais, meure éternellement
La Garde, tes doctes écrits Montrent les soins que tu as pris
(Maijierbe)
Mais souvent les poètes de cette époque usèrent maladroitement de cette licence. C'est pourquoi le xvii*" siècle proscrivit l'hiatus en bloc ; c'était un autre excès. D'aucuns ont réagi plus ou moins timidement et toujours sans principe nettement arrêté. Ne serait-il pas possible de formuler une règle précise qui conciliât tout, sauveg-ardant les hiatus agréables et maintenant le principe excellent qui a suscité la règle du M. Ghammùnt. — Le vers français. 22
338 LHIATIS
XVII*' siècle et qui consiste à écarter les concours de sons désagréables ? C'est extrêmement facile si Ion part de la nature des sons qui entrent en jeu. Les hiatus agréables sont ceux qui présentent une modulation, les hiatus disgracieux sont ceux qui n'ont pas de modulation. Les hiatus ont une modulation quand les deux voyelles en contact ne se prononcent pas avec la même ouverture buccale, quand la première est plus fermée que la seconde ou au contraire plus ouverte ; les hiatus produisent l'effet d'un bégaiement, d'un ànonnement ou d'un bâillement quand les deux voyelles se prononcent avec la même ouverture buccale, pari hiatii^ selon l'expression de Quintilien, et ont le même point d'articulation, c'est-à-dire quand les deux voyelles sont la même répétée. Ces derniers seulement sont à éviter, mais aussi bien dans la prose que dans les vers ; c'est le type
il va à Avignon.
Kn voici des exemples :
Il est bien doux d'avoir dans sa vie /nnocente
(Ghkmer, Elégies) ;
Ne peut laisser son nzV/, y fait maint cl maint tour
(Desportes) ;
Malherbe note déjà que la consonne ne se prononce pas et par suite n'empêche pas l'hiatus.
Elle s'en attribue uniquement la gloire
(La Fontaine, VII, 9).
Mon âme est devenue une prison sonoi^e
(Heredia, La cuiique).
Dona Anna pleurait. — Ils auraient bien un an
(Th. Gautier, AlherlAis).
(en
HIATl'S |{LA:\IAIîl,f:S '''''^
Et le glaive a tranché le lil tle s;« fun-aiv^ne
[Ueredix, Lu revanche (le niefi» Ln.i/nez).
.\'ulcain, le Dieu cagneux.
Les emplo/f h sa lorge, a confiance en eux
(Huoo, Les lemjj.s puniques).
\:i)céan en créant Cypris voulut sabsoudre
(Id., Archdoque).
Dune coque de noix jai fait un abri sûr Pour un beau scarabée élincelant d'azur
(Chénier, Pannychisj.
Don Rodrigue est à la chasse Sans épée el sans cuirasse
(Hugo, Orienfales);
français proprement dit Ve du mot et est fermé).
El le soir, tout au fond de la vallée étroite
^Id., \'oix intérieures ).
Chaumière où du foyer étincelait la flamme
(Lamartine, MiUy);
« !"/• ne se lie jamais » (Littré).
Son cimier /léraldique est ceint de feuilles d'ache
(Heredia, Les conquérants de l or) ;
(( Vr ne se lie pas » (Littré).
Calme, il forçait Vessaim divisible et hideux , ^^ ^ ^
(Hlgo, Fin de Satan).
VA que. suivant toujours le chemin mconnu
(Heredia, Les conquérants de l or).
L UrATLS
Le ciel n'est point pour l'homme un témo/« tmportun
(HiGo. Chaulieu).
Le temple est en ruine au haul du promontoire
(Heredia, L'oubli].
Depui? l'ndymion, on sait ce quelle vaut
(Musset, Une honne fortune .
Nous avons vu tout h l'heure que les hiatus qui ne sont pas désagréables ne le sont pas plus entre deux mots que dans l'intérieur d un même mot. La proposition contraire est également vraie : un hiatus qui est désagréable entre deux mots ne l'est pas moins dans l'intérieur d'un mot :
A tout être créé possédant équipage
Mlsset, i ne bonne fortune .
Il fut tout étonné d'ouïr cette co/iorte
La Fontaine. X. H .
Où c'est la loi féroce et dure: ici Baal
Hlgoj.
La blanche ( )loossone à la blanche Camyre '
Misset).
Voici ton heure, ô roi de Sennaar, ô chef
Leconte de Lisle. L'oasis,.
Les mots de ce genre sont ou des mots français d'origine savante comme créer, cohorte, ou des mots étrangers. Tous sont contraires au génie propre et populaire de notre langue. Certains poètes recherchent les noms propres de ce genre à cause de leur étrangeté. C'est simplement de leur part un manque de
l. Il est curieux que le vers de Chénier dont celui-ci est un ressouvenir présente aussi un hiatus blâmable :
La blanche Galalee et la blanche Néère.
HlATl.S FAISANT ONOMATOPÉE 311
g^oùt. L'etVet bizarre ({ue ces mots produisent sui- notre oreille ne suffit pas pour leur donner droit de naturalisation dans la poésie française.
Donc il n'y a d'hiatus à éviter que 1 hiatus proprement dit. celui qui a lieu entre deux voyelles de même ouverture buccale, entre la même voyelle répétée deux fois.
11 en est de cette interdiction comme de la plupart des règles de la poésie : le poète a le droit de les violer en vue d'un certain etïet à produire.
L'hiatus peut faire onomatopée, peignant un bruit qui s'interrompt pour se reproduire, ou simplement se prolonge, telle hennissement d'un cheval :
. . .l'a fait à son retour punir Pour avoir entendu Babieça Aennir
{Hlgo, Le Cid exilé).
Dans l'exemple suivant :
.\ ces mots on cria havo sur le baudet
La Fontaine. VII, 1),
c est l'onomatopée que nous donnent les deux dernières syllabes du mot brouhaha.
Ce sont là des bruits éclatants en a, en voici un clair en é :
Lii nuée éclate I La flamme écarlate Déchire ses flancs. . .
(Hugo, Le feu du ciel);
puis un autre en a" :
Doù vient qu'à Ihorizo» on entend ce j^rand bruit
(Id., Feuilles d'automne).
L hiatus peut encore exprimer un choc, une saccade, un mouvement répété et saccadé ou simplement prolongé (suivant
342 LHIATL'S
que l'hiatus ressemble plutôt à un bég-aiement ou à un bâillement) :
Puis malgré quelques Aeurts et quelques mauvais pas
(La Fontaine, X, 1).
Quand un poing monstrueux, de l'ombre oîi l'horreur flotte Sort, tenant aux cheveux la tête de Charlotte Pâle du coup de hache et rouge du soufflet, C'est la foule ; et ceci me heiirle et me déplaît
(Hugo, Année terrible].
Après bien du travail le coche arrive au haut
(La Fontaine, VII, 9);
nous avons critiqué plus haut l'hiatus de cette expression « au haut » ; il semble qu'ici elle donne bien l'impression du dernier efFort de l'attelage et de l'arrêt qui le suit.
Et pendant qu'il parlait, à son bras Aasardeux La grande Durandal brillait toute joyeuse
(Hugo, Le petit roi de Galice),
mouvement prolongé.
El bondis à travers la /jaletante orgie
(Heredia, Arlémis).
Le désir me harcèle et /lérisse mes crins
(Id., Nessus),
frisson du désir.
Le bourreau vient, la foule eifarëe écoutait
(Hugo, Le marquis Fabrice),
état haletant de la foule.
Qu'une femme pour vous s'est tachée et honnie
(Musset, Le& marrons de feu) ;