‹ Le vers français, ses moyens d'expression, son harmonieChapitre 93 sur 115 · ASSONANCE DES RIMES SITXESSIVES · texte numérisé non relu

ASSONANCE DES RIMES SITXESSIVES

diquement et avec raison, car elle engendre une nnonotonie désag-réable et antiartistique ; c'est le défaut des exemples suivants :

Une clarté den haut dans mon sein descendit, Me tenta de bénir ce que j'avais maudit: Et, cédant sans combattre au soufile qui m'inspire, L'àme de la raison s'élança de ma lyre

(Lamartine. L' homme).

On en trouverait une dizaine d'exemples dans la même pièce qui n a pas trois cents vers.

J'aurais dû, — mais, sag'e ou l'on.

A seize ans on est farouche. — Voirie baiser sur sa bouche Plus que Tinsecte à son cou.

On eût dit un co([uillag"e ; Dos rose et taché de noir.

Les fauvettes pour nous voir Se penchaient dans le feuillage

(Hugo, La. coccinelle ;

cette dernière strophe est la pire des deux parce que ses rimes sont à la fois assenantes et du même sexe. Il en est de même des exemples suivants :

L'Océan sentr'ouvrit, etdans sa nudité Radieuse, émergeant de l'écume embrasée.

Dans le sang d'Ouranos fleurit Aphrodite

(Heredia, La naissance d'Aphrodite).

Jamais Iphigénie.en Aulide immolée, N'a coûté tant de pleurs à la Grèce assemblée Que dans l'heureux spectacle à nos yeux étalé En a fait sous son nom verser la Champmêlé

1 BoiLEAL'j.

364 LA rime'

La vie a dispersé, comme l'épi sur Taire, Loin du champ paternel les enfants et la mère, Et ce foyer chéri ressemble aux nids déserts D'oîi l'hirondelle a fui pendant de longs hivers

(Lamartine, Milli/ .

Quand de ses souvenirs la France dépouillée.

Hélas ! aura perdu sa vieille majesté.

Lui disputant encor quelque pourpre souillée

Us riront de sa nudité !

Nous, ne profanons point cette mère sacrée.

Consolons sa gloire éplorée.

Chantons ses astres éclipsés

(Hugo. Odes cl ballades: .

Mais cette règle est comme les précédentes, le poète a le droit et le devoir de la violer parfois en vue d'un effet. D'abord effet de monotonie :

Souvenir, souvenir, que me veux-tu ? L'automne Faisait voler la grive à travers l'air atone, El le soleil dardait un rayon monotone Sur le bois jaunissant où la bise détone.

Nous étions seul à seule et marchions en rêvant. Elle et moi, les cheveux et la pensée au vent. Soudain, tournant vers moi son regard émouvant : « Quel fut ton plus beau jour ? > fit sa voix d'or vivant

X'erlaine, Poèmes salurniens).

Une impression analogue peut être obtenue parla répétition, non pas constante, mais seulement fréquente des mêmes rimes ou de rimes assonant entre elles. C'est le cas dans les deux pièces suivantes :

Une aube atfaiblie Verse par les champs La mélancolie Des soleils couchants.

EXPKFSSIO.N 1>F LA MKI.ANCOLIE 305

La mélancolie Berce de doux chants Mon cœur qui s'oublie Aux soleils couchauls.

Et d'étranges rêves, Gomme des soleils Couchants sur les g-réves, Fantômes verme/ls, Délilent sans trêves, Défilent, pareds A des grands sole/ls Couchants sur les graves

(lu., Ibid.).

Les huit premiers vers sont sur deux rimes; les huit derniers assonent entre eux. L'etfet produit par les rimes est renforcé par la répétition à l'intérieur des vers des mêmes séries de sons ou des mêmes mots, c'est-à-dire par la répétition des mêmes impressions. De tout cela sort un elTet de monotonie, et par suite, dans le cas particulier, de tristesse et de mélancolie .

L'autre pièce, bien connue, est dune facture plus compliquée :

Il pleure dans mon cœur Comme il pleut sur la ville.

Quelle est cette langueur Qui pénètre mon cieur ?

0 bruit doux de la pluie Par terre et sur les toits 1 Pour un cœur qui sennuie () le chant de la pluie.

Il pleure sans raison Dans ce cœur qui s'éca^ure.

Quoi ! nulle trahison?

Ce deuil est sans raison.

C'est bien la pire peine De ne savoir pourquoi.

Sans amour et sans haine, Mon cœur a tant de peine

(1d., Romances sans paroles).

Sans entrer dans le détail de l'analyse, voici les principaux éléments qui entrent en jeu dans cette pièce. D'abord la répétition des mêmes voyelles dans l'intérieur des vers et à la rime, chaque strophe ayant le même mot comme première et dernière rime, renforcé par la troisième rime :

11 pleure dans mon cœur . . . langueur . . . cœiiv Je pleure sans raison Dans ce cœur qui s'écœure. . .

C'est' bien la pire peine. . . elc.

De là l'impression de monotonie. En outre le mouvement saccadé, sautillant et continu de la pluie est exprimé tout le longde la pièce par la répétition des consonnes. La pluie physique est surtout peinte par la combinaison des occlusives et des liquides :

Il pleuve dans mon cœur

Comme il pleut sur la ville.

Quelle est celte /angueur

Qui pénètre mon eanir ?

Dans la troisième strophe, la pluie morale est surtout exprimée par la combinaison des occlusives et des sifllantes :

11 pleure ians raison Dans ce cœur f/ui s'écifure Quoi ! nulle /rahi.son ?

Ce c^euil est .vans raison ;

et de même dans la strophe suivante. Entin l'aftluence des

lîlMKS HÉPKTÉES .'{()7

labiales/^, /;, répand dans toute la pièce comme une note sang-lotante, cf. p. 320 à 324 ; et la seconde rime de chaque strophe, qui n'a pas de correspondante, mais rtippelleen «général par sa voyelle une autre rime, une autre note de la pièce: ville-pluie, écceure-cfpiir, /oi/s-pourr/uoi, donne à tout le morceau quelque chose de va^ue et d'imprécis,

« La rime répétée multipliant ses consonances uniformes représente en quelque sorte les modulations ou les variations d'un thème unique », remarque M. Gh. Comte, Les stances libres clans Molière, p. o7, à propos d'Amphitryon. Les trois passages de cette pièce que nous citons ci-après sont indiqués par lui :

Ce ne sont point des badinages.

Le moi que j'ai trouvé tantôt Sur le moi qui vous parle a de grands avantages ;

il a le bras fort, le cœur haut:

J'en ai reçu des témoignages ; Et ce diable de moi ma rossé comme il faut :

C'est un drôle qui fait des rages.

MoijKRR, Amphitryon, II, 1).

C'est avec droit que mon abord vous chasse Et que de me fuir en tous lieux ^'olre colère me menace :

Je dois vous être un objet odieux :

^'ous devez me vouloir un mal prodigieux ; Il n'est aucune horreur que mon forfait ne passe.

D'avoir offensé vos beaux yeux.

C'est un crime à blesser les hommes et les Dieux. Et je mérite enfin, pour punir cette audace, Que contre moi votre haine ramasse Tous ses traits les plus furieux.

Mais mon cœur vous demande grâce...

IJnd., II, 6j ;

« la rime a suivi jusqu'au bout les répétitions dune même idée » (Gh. Gomte.p. o7).

."^fiS LA RIME

La reproduction des mêmes rimes dans le même ordre peut servir à rehausser le parallélisme de deux développements :

Aniph. — Est-ce que du retour que j'ai précipité Un songe, cette nuit, Alcmène, dans votre âme

A prévenu la vérité ?

Et que mayanl peut-être en dormant bien traité,

Votre cœur se croit vers ma llamme

Assez amplement acquitté?

Aie. — Est-ce qu'une vapeur, par sa malignité,

Amphitryon, a dans votre âme Du retour d'hier au soir brouillé la vérité ? Et que du doux accueil duquel je m'acquittai

\"otrecœur prétend à ma llamme

Ravir toute Thonnêteté ?

[Ibid.Al, -2).

Même etîet produit par des rimes assonant toutes entre elles ou du moins se rappelant les unes les autres, car Té et le n'assonent pas puisqu'ils n'ont pas le même timbre, mais se rappellent nettement :

Nègres de Saint-Dom//?gue. après combie/j d'années

De farouche silence et de stupidité,

Vos peuplades sans nombre, au sole/1 enchaînées,

Se sont-elles de terre enfm déracinées

Au souffle de la h^/ne et de la liberté?

C'est ainsi qu"auj(jurd"hui s'éve/llent tes pensées,

0 RoUa ! c'est ainsi que bondissent tes fers,

Et que devant tes yeux des torches insensées

Courent à l'intini, traversant les déserts

(Musset, Rolla).

De même une accumulation de faits analogues, une énumération d'idées parallèles sera bien mise en relief par des rimes assonant ou se rappelant ;

L'impie Achab détruit, et de son sang trempé Le champ que par le meurtre il avoit usurpé ;

EXPRESSION DE i/aCCLMCLATION 369

Près de ce chcimp fatal Jézabel immolée, Sous les pteds des chevaux cette reme foulée, Dans son san" inhum<î//i les chfens désaltéré*', Et de son corps hideux les membres déchirés ; Des prophètes menteurs la troupe confondue, Et la ilammo du ctel sur l'autel descendue; Elie aux éléments parlant en souveram, Les cieux par lui fermés et devenus d'aira//i, l'-t la terre trois ans sans pluie et sans rosée ; Les morts se ranimant à la voix d'Elisée

(Racine, Athalie, I, 11.

Fais-lui valoir l'hymen où je me suis rangée : Dis-lui qu'avant ma mort je lui fus engagée : Que ses ressentiments doivent être elTacé.s; Qu'en lui laissant mon tîls c'est l'estimer asses. Fais connoftre à mon fils les héros de sa race ; Autant que tu pourras conduis-le sur leur trace : Dis-lui par quels explo/ts leurs noms ont éclaté, Plutôt ce qu'ils ont ïail que ce qu'ils ont été ; Parle-lui tous les jours des vertus de son père ; Et quelquefois aussi parle-lui de sa mère. Mais qu'il ne songe plus, Céphise, à nous venger : Nous lui laissons un nrjai'tre, il le doit ménager

(Id., Andromaque. l\', 1),

Je ne crois pas que sur la terre 11 soit un lieu d'arbres planté Plus célébré, plus visité, Mieux fait, plus joli, plus hanté, Mieux exercé dans l'art déplaire, Plus examiné, plus vanté, Plus décrit, plus lu, plus chanté.

Que l'ennuyeux parc de Versailles

(Musset, Sur trois marches de marbre rose).

Quand il passait devant les vieillards assemblés, Sa présence éclairait ces sévères visages ; Par la chaîne des mœurs pures et des lois s^iges M. Grammuxt. — Le vers français. 24

370 LA RIMR

A son cher Danemark natal il enchaîna \'ing:l îles, Fionie, Arnhout, Folster, Mona , Il bâtit un grand trône en pierres féodales; Il vainquit les saxons, les pietés, les vandales, Le celte, et le borusse, et le slave aux abojs. Et les peuples hag-ards qui hurlent dans les bo/s

{Hv GO, Le parricide).

Et maintenant que l'homme avait vidé son verre, Qu'il venaj't dans un bouge, à son heure dernière Chercher un lit de mort où Ton pût blasphémer ; Quand tout était Uni, quand la nuit éternelle Attendaù de ses jours la dernière étincelle, Qui donc au moribond osait parler d'aimer ?

(Musset, Rolla).

La même impression d'insistance et d'accumulation peut être produite par les rimes léonines :

Le peuple est mutiné, nos amis assemblés, Le tyran eilVayé, ses confidents troublés

(Corneille).

Et quoi que nous dis/ons, et quoi que nous songions, Les euménides so/it dans les religio/is

(Hugo, Fraternité).

Les exemples suivants sont un peu plus compliqués. Ce ne sont plus toutes les rimes qui se rappellent, mais seulement la majorité des rimes; mais la note de leurs voyelles se répercute à l'intérieur des vers dans toute la tirade;

Sur quels pieds tombez-vous, parfums de Madeleine ?

Où donc vibre dans l'air une voix plus qu'humaine ?

Qui de nous, qui de nous va devenir un Dieu ?

La Terre est aussi vieille, aussi dégénérée,

Elle branle une tète aussi désespérée

Que lorsque Jean parut sur le sable des mers,

Et que la moribonde, à sa parole samte

Tressaillant tout à coup comme une femme enceinte.

EXPRESSION DK l'iNSISTANCK SI i

Sentil bondir en elle un nouvel univers. Les jours sont revenus de Claude et de Tibère ; Toul ici, comme alors, est mort avec le temps, l^t Saturne esl au bout du sanj^' de ses enfants: Mais l'espérance humanie esl lasse d'être nuM'e, l']l le se//i toul meurtri d"a\oir tanl allaité, b^lle IVtfl son repos de sa stérilité

(Mlsset, liolla).

L'idée d'accumulation appelle naturellement l'idée d'insistance ; on insiste sur une idée en la répétant sous des formes différentes, mais analogues, en accumulant les faits identiques, les arguments parallèles. Nous avons déjà vu que l'insistance se peint en accumulant les répétitions et les rappels des mêmes sons à l'intérieur des vers ; mais la rime est la place où les sons sont le plus en relief ; c'est donc la meilleure place pour les mettre en lumière. Le moyen le plus élémentaire d'insister par la rime est d'y répéter le même mot :

On les fera passer pour cornes,

Dit l'animal craintif, etcornes de licornes

(La Fontaine).

Un moyen plus compliqué mais plus artistique d'insister est de mettre à la rime des rappels de sons et de les répercuter dans l'intérieur des vers :

Trois ans, — les trois plus beaux de la belle jeunesse. —

Trois ans de volupté, de délire et d'ivresse,

AUa/ent s'évanouir comme un songe lé^er.

Comme le chant lointa//? d'un oiseau passager.

Et celte triste nuit, — - nuit de mort, — la dernière, —

Celle où l'agonisant l'ait encor sa prière,

Quand sa lèvre esl muette, — où, pour le condamné.

Tout est si près de Dieu, que tout est pardonné, —

Il venaf't la passer chez une fille infâme

(Musset, Rolla).

Quand le développement a une certaine étendue, il peut y avoir plusieurs séries de rimes qui assonent entre elles ou se rappellent. Tel le passage suivant du discours de Thémistocle où il n'y a guère que des rimes en é [è) et en /, ce qui est un moyen d'accumuler les arguments et de les rendre plus frappants, de les marquer chacun davantage. Il faut noter en outre que dans ce cas particulier les voyelles des rimes sont des voyelles claires, c'est-à-dire incisives :

Eurybiade, à qu/Pall;is conlYe Alhèiio,

Noble Adymanthe, lils d'Oci/re, capittv/iie

DeCornithe, et vous tous, pr//ices el chefs, saches

Que les dieux sont sur nous à cette heure penchés' ;

Tandis que ce conse/1 hés/te. attend, varie.

Je vois pomdre une larme aux yeux de la patr/e :

La Grèce en deuil chancelle et cherche un po/'/>t d'appu/'.

Rois, je sens que tout ment, denij-j/n trompe aujourd hu/.

Le jour est louche, Tarr est fuyant, l'onde est lâche ;

Le sort est une main qui nous t/e/jt, puis nous lâche :

J'estj'me peu la vague instable, mais je d/s

Qu'un gouffre est mo//Js mouvant sous des p/eds plus hard/.s

Et qu'il faut traiter l'eau comme on tra/te la vie.

Avec force et (\edain ; et. n'ayant d'autre envie

Que la bataille, ô grecs, je la voudrti/'s tente/' !

Il est temps (|ue les cœurs renoncent à douter.

Et tout sera perdu, peuple, si tu n'opposes

La fermeté de l'homme aux trahisons des choses.

Nous sommes de fort près par Xémésrs suiv/'s.

Tout penche, et c'est pourquoi je vous dis mon iwis.

Restons dans ce détroit. Ce qui me déterm/ne.

C'est de sauver Mégare. Egnie et Sala m/ne,

Et je trouve prudent en même temps que iVer

De protég-er la terre en défendant la mer

(HiGO, Le détroit de IKuripe .

Nous n'avons marqué parmi les toniques que les e [é, è, è") et les /. Mais à y regarder de plus près on trouve une série d'éclatantes a.qui préparent et entourent la rime lâche: Je vois

RAPPELS DK RIMES 373

poindre une Lirme. . . , la vague instable, - quelques o qui préparent la vime opposes, choses: Et qu'il îaut traiter l>a«..., enfin des répétitions plus isolées : je sens que tout ment..., Le jour est lowche. . . , prudent en même temps en défendant. . ., les deux premiers hémistiches rimant ensemble:

Tout penche, et cesl pourquo/

Heslons dans ce détroA . . . .

Dans l'exemple suivant il y a encore plus de variété parce qu'il est plus long- et que les idées y sont plus diverses. Nousy trouvons des rimes en voyelles claires et d'autre part en voyelles sombres suivant les nuances d'idées exprimées ; c'est dans la pièce de Hugo intitulée Quelqu'un met le holà:

1" Discours des lions aux rois :

Rois, rëchevèlemeiil que notre tète épa/sse

Secoue en sa colère est de la même espèce

Que l'avalanche énorme et le torrent des monts.

Vous, et vos légion. s, vous, et vos escadrons.

Quand nous y penserons et quand nous le voudrous,

O pnnces, nous leronsde cela des squelettes.

Lâches, vous frissonnez devant des amulettes ;

Mais nous les seuls puissants, nous m^/tres des sommets.

Nous rugissons toujours et ne prions jama/s ;

Car nous ne craignons rien. Puisqu'on nous a la/l bètes,

X'miporle qui peut bien exister sur nos tètes

Sans que nous le sachions el que nous v soneions

V ous les rois, le ciel noir. p\ein de religions,

Vous voit, ma/ns jo/ntes. vils, prosternes dans la poudre ;

Mais, (oui rempli qu'il esl de tempête el de foudre,

De rayous el d'écla/rs, il ne sait pas si nous.

Qui sommes les lio/js, nous avous des 'genoux.

Il y a dans ce morceau deux notes principales, l'une claire (è, è), et l'autre sombre {ou, on qui convient parfaitement à l'expression d'un sourd grondement. Il faut y ajouter quelques

répétitions d'éclatantes : Que l'avalanche énorme et le torrent... — Vous les rois, le ciel noir. . . , Vous \oif . ... — enlin des premiers hémistiches rimant ou assonant ensemble:

Vous, et vos légions. . .

Quand nous y penserons. . .

0 princes, nous ferons. . . — Car nous ne craignons rien. . .

N'importe qui peut bien. . .

2" Discours de Dieu aux lions :

Vous êtes les lions, moi je suis Dieu. Crinières, Ne vous hérissez pas, je vous tiens prisonnières. Toutes vos griffes sont devant mon doigt levé. Ce qu'esl sous une meule un grain de sénevé ; Je tolère les rois comme je vous tolère ; La grande patience et la grande colère, C'est moi. J'ai mesdesseûis. Brutes et rois, tyrans, Tremblée, eux les mangeurs et vous les dévorants. Sachez que suis là. J'aba/'sse et j'humilie ; Je tiens, je tords, je courbe, et je lie et délie La vague adriatique et le vent syrien ; Je suis celui qui prouve à tons qu'ils ne sont rien ; Je suis toute l'aurore et je suis toute l'ombre ; Je suis celui qui sème au hasard et^sans nombre, Et qui, lorsqu'il lui plaît, donne des millions D'astres aulirmament et de poux aux lions.

Nous avons là successivement toutes les notes : claire (^e, è), éclatante (a, an), aiguë (/), sombre (ow, on), cette dernière étant réservée comme il convient à la menace finale sous forme d'un sourd grondement. Nous n'avons marqué dans le texte, pour n'en pas compliquer l'aspect, que deux notes, la claire et la sombre. Le note éclatante apparaît surtout dans les vers:

La grande patience et la grande colère.

C'est moi. J'ai mes desseins. Brutes et ro/s, tyra/js,

Treuiblez, eux les mangeurs et vous les dévorants.

EXPRESSION DE l'IiNSISTANCE . 375

Sachez que je suis \à. J'abaisse et j'humilie ; Je tiens, je tords, je courbe, et je lie et délie La vague adrialique et le \'en[ syrien.

La note aiguë commence à :

J'abaisse et j'huniil/e ;

Je tiens, je tords, je courbe, et je lie et déh'e La vague adriat/que et le vent syrien,

et se poursuit presque jusqu'à la fin par : Je su/s... quatre fois répété, et par : Et qui. . . On pourrait relever enfin pour être complet (car cette observation rentre dans un chapitre précédent) les répétitions de consonnes qui contribuent aussi à insister sur chaque idée : Je tiens, Je tords, je courbe, etc.

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