‹ Le Vertige: Symptome Des Affections De L'Appareil Cardio-VasculaireChapitre 12 sur 23 · NO · texte numérisé non relu

NO

rougissent; de pénibles fourmillements s’y produisent; souvent une douleur cuisante annonce le retour de la sensibilité et le mouvement.

Si ce spasme peut être localisé à certain district vasculaire — cérébral, pectoral, abdominal et oculaire (amaurose intermittente) en dehors de la localisation périphérique comme dans la claudication intermittente ou dans le phénomène du Raynaud des extrémités, il ne serait pas étonnant de voir le même phénomène se passer dans le labyrinthe.

C'est, en effet, grâce à M. Lermoyez (1919) que nous avons une notion claire sur l’angiospasme labyrinthique. Il décrit une sorte de syndrome de Ménière à rebours. Dans le syndrome de Ménière, la succession des actes est : bonne audition, brusque vertige, surdité subite et dégressive, malaise traînant et rétablissement lent. Dans le nouveau syndrome de Lermoyez, leur ordre est renversé et le vertige, au lieu d’être le point de départ de la crise, en est au contraire la terminaison : malaise croissant, surdité progressive, puis brusque vertige et bonne audition.

En raison de l’éclosion et des caractères passagers des troubles qui le caractérisent, qu’elle qu’en soit l’intensité, il l’attribue à une crise vaso-motrice, à un angiospasme dans le territoire de l’oreille interne. Le spasme de l’artère auditive interne, survenu lentement, provoque l’anesthésie progressive de l’oreille interne, c’est-à-dire la surdité, mais le spasme se détend brusquement, le sang se précipite de nouveau dans le labyrinthe qu’il étourdit et ce trop brusque afflux provoque en même temps la douleur spéciale de l'organe cochléaire, c’est-à-dire le bourdonnement et la souffrance de l’organe vestibulaire, c’est-à-dire le vertige; il fait, en outre, disparaître l’anesthésie de l’oreille interne, c’est-à-dire la surdité.

Ces accès de vertige peuvent être observés avec une manifestation extérieure du même phénomène, comme

ETS

l’avait observé M. Lermoyez dans un cas d’angiospasme typique du labyrinthe antérieur, chez une dame qui a présenté en même temps la maladie de Raynaud.

IT peut, inversement, exister une stase dans le territoire de l’auditive interne ou d’une de ses branches, étant donné que le spasme et la stase sont de même origine : trouble vaso-moteur d'ordre sympathique. Cette congestion déclanchera l’accès de vertige comme ce dernier est déclanché par l’irruption sanguine qui vient détruire l’anesthésie labyrinthique chez les malades de M. Lermoyez.

Enfin, il faut dire que l’évolution de la crise labyrinthique n’est pas toujours bénigne, étant donné que ce spasme est souvent un des phénomènes de l'hypertension (Trunecèk) ou est souvent associé à une artérite; ici comme dans le cerveau, comme dans la rétine une hémorragie peut succéder aux secousses vasculaires répétées et transformer l’accident passager en une lésion définitive dont la traduction clinique serait alors le syndrome de Ménière typique.

OBSERVATION (résumée).

(M. Lermoyez.— Le vertige qui fait entendre.— Presse médicale, Paris 1919.)

M. F.., cinquantenaire, vigoureux; son aspect éveillant des soupçons d’hypertension artérielle ou d’azotémie, que plusieurs examens n’avaient cependant pas confirmé, En 1913, au retour d’une partie de chasse, pendant laquelle ses oreilles étaient péniblement affectées, il devient progressivement sourd. On lui conseille du repos à la campagne. Par une chaude après-midi, il faisait une calme promenade, lorsqu'un violent étourdissement le fit tomber. Il put avec peine se relever et rentrer chez lui, vomissant et titubant. Pendant 5 heures, un terrible vertige le tint au lit. Dans la soirée, comme il se sentait mieux, il s'aperçut que sa surdité venait de disparaître. Il reprenait son existence antérieure sans aucune gêne auditive.

En 1916, la surdité revint, mais ne frappe que l'oreille gauche. Elle dura 7 minutes; après quoi trois heures de vertige

ramenèrent encore l’audition. En 1917, se montra encore une période de surdité, liquidée brusquement par un accès de vertige.

Dans l'intervalle des grandes crises à dénouement vertigineux, il aurait eu quelques crises de petite surdité, à apparition lente, à disparition brusque sans vertige.

(E) Vertiges dûs à l’hémorragie intralabyrinthique.

Ménière avait remarqué depuis longtemps que chez certains sourds « les vertiges, l’état syncopal, la chute subite du corps, les vomissements avaient été précédés de bruits dans les oreilles, que ces bruits ne reconnaissaient aucune cause appréciable, qu'ils persistaient dans l’intervalle des accès, qu'ils coïncidaient souvent avec augmentation des étourdissements ». Et il était convaincu que des phénomènes si graves en apparence mais capables de disparaître peu à peu, devaient dépendre des lésions d’un appareil spécial compatibles avec la conservation de la santé générale. Ces lésions sans doute siégeaient dans les canaux semi-circulaires du labyrinthe, dont les expériences de Flourens avaient démontré, en 1842, le rôle dans la coordination des mouvements pour assurer l'équilibre du corps.

Ménière apporta la vérification de cette hypothèse par une autopsie d’une jeune fille, qui ayant voyagé la nuit en hiver, sur limpériale d’une diligence, étant alors en époque cataméniale, éprouva par suite d’un froid considé- ‘able une surdité complète et des vertiges. Reçue dans le service de M. Chomel, elle présenta comme symptômes principaux des vertiges continus : le moindre effort pour se mouvoir produisait le vertige et la mort survint le cinquième jour.

La nécropsie démontra que le cerveau, le cervelet et la moelle épinière étaient absolument exempts de toute altération, mais comme la malade était deveune tout-à-fait sourde après avoir toujours parfaitement entendu, Ménière enleva les temporaux afin de rechercher avec soin quelle

pouvait être la cause de cette surdité complète survenue si rapidement. Il trouva pour toute lésion les canaux semicirculaires remplis d’une matière rouge plastique, sorte d’exsudation sanguine, dont on apercevait à peine quelques traces dans le vestibule et qui n’existait pas dans le limaçon, ce qui lui permit de confirmer que les canaux semi-circulaires étaient les seules parties lésées.

Mais, plus tard, beaucoup d’auteurs ont observé que ces hémorragies peuvent avoir lieu également dans le limaçon ou dans le vestibule tout en présentant les mêmes symptômes grâce aux communications de ces différentes parties de l'oreille interne et au rôle joué par le liquide endolymphatique dont la tension est augmentée par l’hémorragie créant ainsi une excitation des terminaisons nerveuses vestibulaires et cochléaires. D’autre part, ces hémorragies sont observées à tous les âges et dans beaucoup de maladies surtout les affections vasculaires, en particulier, les artérites syphilitiques, l'hypertension simple ou Partério-sclérose et même les crises vasculaires.

Voyons maintenant comment les choses se passent dans la maladie de Ménière. « Un individu qui, jusque-là, n’avait jamais eu à se plaindre d’aucun accident du côté des oreilles, s’affaisse subitement pendant le cours d’une conversation ou d’une occupation quelconque, et tombe comme frappé par la foudre. Tous ses membres sont dans un état de complète résolution, la face est pâle, baignée de sueur, la peau froide; puis la connaissance, un instant éclipsée, reparaît rapidement. Le malade au sortir de sa torpeur, est souvent pris de nausées, de vomissements; il peut analyser ses sensations, il se plaint de céphalalgie, accuse de grands bourdonnements dans les oreilles, un trouble profond de léquilibre; il voit tous les objets tourner autour de lui; souvent il ne peut marcher qu’en prenant un point d’appui, et exécute des mouvements involontaires qui l’entraînent dans un sens déterminé ».

« Dans d’autre cas, les phénomènes apoplectiformes sont

moins accusés; le malade ne tombe pas, il est pris subitement de vertige sans perte de connaissance. Il ressent parfois comme un coup de sang dans les oreilles; il est obligé de s'asseoir, de s’appuyer contre un meuble, parce que les objets paraissent à ses yeux comme couverts d’un voile grisâtre, et semblent animés de mouvements illusoires; puis la scène se termine par quelques vomissements ou nausées et par des troubles de l’équilibre. Les bourdonnements et la surdité ne font jamais défaut ».

La maladie ainsi constituée peut se manifester de deux façons différentes. Tantôt et c’est le cas le plus fréquent, les attaques vertigineuses reviennent à des intervalles plus ou moins éloignés; elles sont toujours précédées ou accompagnées par des bourdonnements, des sifflements d’oreille qui se redoublent d'intensité à l’approche de la crise. TFantôt, les crises se rapprochent, se confondent mème de manière à constituer un état vertigineux presque permanent au milieu duquel on peut voir se dessiner des paroxysmes plus où moins accusés.

En résumé, la maladie de Ménière se caractérise par une triade symptomatique : bourdonnement, vertige et surdité et est due aux hémorragies intralabyrinthiques et doit être différenciée avec le syndrome de Ménière causé par les lésions de l'oreille moyenne ou externe, etc. C’est pourquoi en présence d’un malade atteint de syndrome de Ménière, il faut examiner attentivement ses appareils de transmissions et après avoir éliminé toutes les causes possibles d'erreur, on peut affirmer ici que le syndrome constaté dépend d’une hémorragie intralabyrinthique. D’ailleurs l’histoire du malade, les états de ses artères périphériques, la pression sanguine, ete, nous aideront pour la diagnostiquer. Comme nous le disons plus haut, l’hémorragie intralabyrinthique n'est pas une maladie ordinairement de cause purement locale. Elle relève le plus souvent de diathèses générales, telle que syphilis artérielle, artério-sclérose, syndrome d’hypertension, scléroses rénales, etc,

FA EEE

Page 1