‹ Le vicaire des Ardennes publChapitre 42 sur 46 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Leurs adieux. — Retour inopiné. —Fin du manuscrit du vicaire. — Il revient.

Lorsque le bon curé eut pris son verre de Malaga , il dit à sa gouvernante : « Achève vîte , car cela m'étouffe et je ne pourrai pas dormir !.... »

Marguerite reprit le manuscrit, et continua en ces termes :

Quand j'eus irrévocablement arrêté ma destinée , je sortis de ma retraite; et, Mélanie vit, à l'altération de mes traits, qu'un nouveau chagrin me désolait. Usant de cette douceur d'ange qui formait la base de son ca-

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ractère , elle souffrit en silence , rcs pecta mon secret, mais elle me fit bien voir qu'elle participait à ma douleur , car i chaque instant son visage , reluisant d une auréole divine d'humanité, me suppliait de l'instruire du secret que je renfermais dans mon sein. Ses yeux semblaient aller jusqu'au fond de mon âme , et ses douces paroles étaient une musi que digne du trpne de l'Eternel : je fus inébranlable.

En parcourant la liste des diocèses, j'aperçus mon nom à l'évêché d'A le voisinage de cette ville avec la forêt des Ardennes, mais principalement le nom de M. de Saint-André , me détermina à aller de ce côté préférablement à tout autre. Je fus chez mon banquier , je pris cinquante mille francs que je déposai chez un notaire inconnu , afin que si Mélanie

faisait des recherches , elle ne trouvât aucun renseignement. J'arrangeai toutes nos affaires , et je liquidai notre fortune , que je plaçai sur le grandlivre au nom de Mélanie;et, lorsque les grands intérêts furent traités , je m'occupai des plus petites choses, pour laisser ma sœur dans l'impossibilité de se douter de mon départ et de suivre mes traces. J'achetai une chaise de poste , du linge ; j'envoyai d'avance mon argent à A..,.„y. Bientôt et trop tôt tout fut prêt : je marquai le jour fatal.

Cette activité inusitée avait singulièrement alarmé Mélanie > et chaque fois que je rentrais ou que je sortais, elle m'épiait avec la douce inquiétude de l'amour. Elle ressemblait à une mère qui veille à son enfant. Enfin le jour que j'avais indiqué arriva , dès

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le matin j'avais le frisson d'une fièvre violente.

— Mon frère, me dit Mélanie, vous êtes malade : qu'avez-vous ?. . . .

dis-le moi, Joseph? sinon, j'userai de mon droit en t'ordonnant de m'en

instruire.

Ah ! ma sœur. . . tu ne le sauras que trop tôt ! savoure bien cette demi-journée ? à cinq heures nous serons dans les larmes.

— Eh , Joseph , dit-elle , en me regardant d'un air effrayé , est-ce qu'il peut y avoir encore des malheurs pour nous.... je n'en devine pas !....

— Ecoute , Mélanie , l'amour à cela de beau que les plus grands sacrifices ne sont rien, lorsqu'ils sont faits pour la personne aimée... Ce sentiment rend léger ce qui est pesant , il rend doux ce qui est amer... Dieu

m est témoin que je donnerais cent mille fois ma vie plutôt que de te causer la moindre peine.

— Joseph, tu nés plus le même, dit-elle , en me lançant un douloureux regard , que signifient ces paroles? jadis aurais - tu préludé par tant de phrases à ce que tu versais dans le sein de... d'une... de ta sœur?

— Ah, Mélanie! que les temps sont changés ! nous étions innoce n s et nous sommes coupables !....

Mais tu as raison! eh bien, sache Mélanie , que pour assurer ton repos, ton innocence et la mienne , j ai résolu de t'offrir un sacrifice. . . .

— Tu vas te tuer! s'écria- 1- elle avec l'accent sublime de l'horreur et de la crainte : elle était à quatre pas de moi , le visage contracté et pâle comme la mort , les yeux secs et fixés sur moi.

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— Non, Mêlante (elle respira), non , et la prenant dans mes bras je l'attirai sur moi. Cette charmante fille appuyant sa noble tete presque écheveléesur mon épaule, versa des larmes amères qui soulagèrent son cœur.

Je pleurais aussi : — « Ma sœur, lui dis-jc , jure-moi que jamais tu n'attenteras à tes jours?... que telle malheureuse que tu puisse être, tu vivras?

— Oui! répondit-elle avec le sourire des anges, mais , tant que tu resteras sur la terre.

— Mélanie, c'est bienl car la mort de l'un sera celle de l'autre* II n'y a rien que de juste. Maintenant, metstoi à ton piano! joue-moi le plus beau de tes morceaux ! jette dans ton jeu enflammé tout l'amour qui te rend une mortelle, et toute la mélodie , toute la pureté qui te rendent un ange. Entourons cette matinée

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d'automne des plus brillantes caresses et des plus grandes beautés? que ces heures s écoulent suaves , pures , sans chagrin, enivrons-nous!...

Elle me regarda avec étonnement , et, plongée dans la rêverie par mes paroles énigmatiques, elle s assit sur son tabouret ; toucha , sans s'en douter, quelques notes plaintives,et parut chercher la conséquence de mes discours. Enfin elle se leva , vint à moi, puis, avec cette tendresse sans égale, presque d'une mère, elle m'embrassa, et me dit : « N'importe.,, tu le désires! je vais te plaire, cela doit me suffire. »

Alors elle me fit entendre une masse de sons et d'accords, une harmonie divine, pour moi : pour elle , c'étaitle chant du cygne , aussi tout en écoutant , des larmes involontaires sortaient de mes yeux. Jamais l'idée d'une sépar. ii. 7

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lion ne inapparut plus cruelle, j'en aperçus toutes les conséquences. Lorsqu'elle eut fini , j'embrassai le piano , les touches , ses doigts avec un délire inimaginable : elle ne revenait pas de surprise; cette indécision que produit l'étonnement régnait dans son altitude, dans son regard , dans ses gestes. Elle resta immobile, cherchant de l'œil , dans les airs , un objet inaperçu, demême qu'Ariane dût être sur son rocher , lorsqu'elle suivit le vaisseau de Thésée , et que , presque statue, elle regarda toujours l'immense mer où elle ne voyait plus rien.

— Mélanie, lui dis -je, chantons ensemble cette admirable morceau :

Comme un dernier rayon , comme an dernier icphyre; Anime la fia d'un beau four.

En finissant , elle s'écria : — Joseph , tu as des idées bien tristes! j'aime

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mieux mourir que de rester dans l'incertitude où tu me plonges. »

— Mélaaie , un seul mot , et tu

comprendras tout mais je ne te

crois pas assez de force , je voudrais

À ces mots elle me regarda fixement et dit :

— Tu veux me quitter! puis

elle tomba sur le tapis, sans force et sans vie : son visage était pâle comme la mousseline qui badinait sur son col.

Effrayé, pleurant, je la relevai; et, lorsqu'elle eut repris ses sens à force de sels que je lui fis respirer, elle répéta sans cesse avec l'accent de la folie et du désespoi r. — t Je veux mourir!... je veux mourir!... je veux mourir!...» — Jeme jetai à ses genoux, je la pris sur moi , je la réchauffai des baisers les plus enflammés , je la consolai parles paroles les plus délirantes:

à tout, elle ne répondit que par sa

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phrase. « Je veux mourir !.... » et ses yeux égarés parcouraient l'appartement avec une effroyable vivacité.

Alors la regardant avec une sévérité affectée. — « Mélanie, lui dis-je, vous ne m'aimez pas !... ■

Pour toute réponse elle se tut et vint m'embrasser! Grand Dieu quel baiser !.... ou plutôt, quel discours!...

Au bout d'une heure elle fut plus calme , mais en réalité plus abattue ; à son aspect , je me disais intérieurement • partirais-je?.... ne partirais- je pas?...»» A chaque fois quejemelevais, elle poussait un cri lamentable qui nie faisait frémir. Enfin , elle quitta sa place, se dirigea lentement vers la mienne et se mettant à mes genoux elle s'écria :

Mon frère , je t'en supplie? ayes pitié de moi... ne pars pas?... tu m'enlèves mon air, ma vie ! ?ious resterons sépa-

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rés par des cachots , par des murs de fer , si tu le veux, mais reste? que je sache que tu respires le même air que moi , que tu es à deux pas de moi , que lorsque je rendrai ledernier soupir, tu n'ayes qu'un pas à faire pour le recevoir?... heureuse de t'avouer sans crime que tu fus ma pensée de tous les instans!... je bénirai les sévérités que nous emploverons mutuellement !

mais, 6 Joseph ! ô mon seul ami , mon frère , reste , reste ? tu es tout pour moi I

— Eh malheureuse 1 répondis-je , en repoussant ses mains , veux-tu perdre ton âme et perpétuer ton malheur dans l'autre vie ! Ame lâche! ne saurais-tu prendre une résolution grande et fière?

— Non, je ne le puis! et, me regardant avec des yeux qui me reprochaient ma brusquerie: «Joseph, si je

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ne damnais que moi, il y a longtemps que tu serais heureux !.... »

Cet admirable dévouement qui n'appartient qu'à l'espèce féminine , parce qu'elle y met la grâce et le charme dont nous dépouillons nos sacrifices, fit trembler toutes mes fibres , et les moindres cheveux de ma tète. Je la relevai , la pris dans mes bras et je m'écriai :

— Périssent la vertu, l'honneur....

Mélanie, tu l'emportes...

Elle se recula de trois pas , me regardaavec unedignitéincroyableetme dit : — « Joseph , je veux bien te voir toujours, mais sans crime....» La majesté qu'elle déploya la froide beauté de son accent me rappelèrent à la raison , et je sentis qu'il était impossible , plus que jamais, de rester au milieu de dangers pareils.

— Il faut que je parte.... À cette

parole elle me répondit :— Eh bien! s'il n'y a qu'un crime qui puisse te faire rester,. En parlant ainsi elle s'élança sur moi , et m'embrassa par une étreinte pleine de chaleur.

— Non, non, adieu, Mélanie!... et regardant une dernière fois , le salon, les tableaux , le piano , les meubles :

— Je laisse mon âme en ces lieux , lui dis-je, et je m'avançai vers la porte:

mais, ma sœur, me tenant étroitement serré 4 ne voulait pas se séparer de moi , et elle jetait des cris inarticulés noyés dans un déluge de pleurs.

Je la séparai de force , cette violence de ma part mit fin â ses larmes , et elle me regarda en me disant : «ô Joseph !... »

Profitant de cet étonnement , je

m'enfuis ! je l'entendis crier :

«— Et notre adieu!. .Je ne t'ai pas vu! .

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barbare !.... notre adieu !.... » Inquiet* je m'arrêtai dans la cour et j'aperçus madame Hamel et tous les gens accourir. * Elle se meurt !... pensais-je, ehl qu'elle meure!... c'est son plus beau moment , je vais la rejoindre. »

Je voulais retourner la voir, mais dans cet instant l'inflexibilité de mon père s'offrit à ma mémoire; et, plus cruel qu'un tigre , j'ouvris la porte et courus à la poste aux chevaux. J'étais égaré , presqu'en convulsion ; l'idée de la mort de la tendre Mêlanie me remplissait le cœur d'un froid glacial. Je ne sais comment il se fit que je fus à deux lieues de Paris, san savoir encore pu rassembler une idée.... Alors maudissant ma barbarie, je me représentai vivement les derniersmomensdemasœur!....— « Si elle expire, me disais-je, il faut être

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indigne du nom d'homme pour la priver du plaisir d'exhaler son dernier soupir sur mes lèvres.... »

11 était nuit, j'ordonnai au postillon de retourner, feignant d'avoir oublié quelque chose. Je rentrai dans Paris et revins à la maison. Je sautai pardessus le mur du jardin pour ne pas être aperçu , je montai l'escalier avec un tremblement convulsif. Je me glisse dans ma chambre; de là je m'achemine , vers le salon ; et , sans m'y montrer, je regardai par la porte entr'ou verte ce qui s'y passait.

Mélanie , étendue sur un canapé , était contenue par ses femmes ; un médecin examinait avec attention les moindres traits de son visage. Je fis sigue à madame Hamel qui vint me rejoindre.

— Eh bien ! lui dis-je....

— Ah mon Joseph ! on craint que

ta soeur ne soil folle!.... — Je frisson* nai. — Elle s'est écriée pendant dix minutes en se tordant les bras , et dans desconvulsious affreuses : « Sans adieu !.... sans un baiser !.... le nions* tre!...» Tout à l'heure elle a dit :«Que ver rai- je?.... Quel visage me plaira I...»

Enfin elle vient de s'écrier avec force il y a environ cinq minutes : • Si je le voyais seulement une minute 1.... je sens que je me résignerais !....»

En ce moment , Mélanie , brisant toutes les entraves , secouant toutes ses femmes qui ne purent la retenir, s écria en errant dans le salon , échevelée f furieuse : — • Il est ici, il est ici !.. » Jemeprécipitai dans ses bras!.

— - Je t'aurai donc revu , dit-elle?....

Hélas ! son sourire n'avait déjà plus cette douceur d'ange. — « Mélanie , lui répondis- je, je suis revenu te dire adieu!....» — J'en étais sûre, s'écria-t-

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elle, je te connaissais.» — Puis, elle m'embrassa avec délire.... Non! je n'ai pas la force d'achever

— Mais c'est une agonie que cela?., interrompit le bon curé qui s'essuya les yeux.

— Monsieur , repartit Marguerite , mon cœur est tellement gonflé que je ne puis plus lire. La gouvernante et son maître, se turent, se regardèrent en silence ; et en ce moment, la pendule sonna onze heures.

— Il y a encore là du barbouillage, reprit la curieuse servante.

— Les pauvres en fan s!.... s'écria M. Gausse, ils méritent le Paradis comme Satan a mérité l'Enfer.

Marguerite reprit le manuscrit et continua ainsi :

Enfin je partis , laissant Mélanie entre la vie et la mort. J'arrivai à À....y, je mo fis descendre au séminaire.

Loin de me donner pour M. le marquis de Saint-André, je ne me présentai que sous le modeste nom de Joseph, disant que tous les papiers de ma famille étaient perdus, et que je n avais plus ni père ni mère. Lorsque je fus seul dans ma cellule , c'est alors que je sentis toute l'étendue de mon malheur; c'est alors que je vis que la mort arrivait à grands pas.

L'existence me devint à charge, mon Âme errait sans cesse dans l'hôtel habité par Mélanie. Je ne pouvais me passer d'elle. Enfin , je fis son portrait de mémoire, et il est d'une fidélité incroyable. Ce portrait est pour moi la somme totale de mon bonheur. Un jour, craignant que Mélanie ne perdit tout-à-fait l'espoir, et ne crût que j'avais été finir mes jours loin d'elle, voici ce que je lui écrivis :

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« Ma sœur, je vis!., ce seul mot

• doit te conter toute l'étendue de -mon malheur, de ma résignation,

• de mon courage. Je t'adresse cette > lettre pour t'engager à supporter «l'existence; écoute? car, en t'écri- •vant, je crois te voir et te parler; «lorsque nous aurons atteint lage

• auquel les passions meurent dans •le coeur de l'homme, lorsque tu •n'auras plus rien qui ne soit de » l'ange , lorsque tes qualités humai- •nés, tes désirs seront usés par le

• temps, alors nous nous reverrons,

• alors , nous jouirons d'avance des » plaisirs d'une vie toute céleste : car,

• en regardant en arrière, et voyant

• les écueils que nous aurons évités ,

• notre âme se remplira de joie, nos

• cœurs, dégagés des impuretés du •désir, frémiront doucement. Con~ » serve-toi pour ce moment, auquel

•jaspire... Je voudrais voir le temps

• fuir plus vite pour y arriver, O toi » que j'ose, de loin, appeler encore du

• doux nom d'épouse! toi, la pensée •de mes pensées, lame de mou âme!

• adieu! Songe que tu peux encore

• faire mon bonheur, et tu vivras de

• même que je ne vis.... qu'à cause de •toi. Prends courage, espère! adieu •donc, charme de tous mesinstans.

•Ton frère qui t'aime d amour!...

J'envoyai cette lettre par un exprès, avec Tordre de la mettre à la poste de Paris.

Hélas! cette effrénée passion me rongé toujours. Aucune circonstance humaine ne peut atteindre mon cœur. A À... y, je trouvai mon oncle, il ne me donna point de renseigne* mens sur mon père. Quand je le questionnai sur ma mère, des larmes

lui sont venues aux yeux et il ni a regardé avec unfe tendresse inimaginable. Elle était d autant plus surprenante que mon oncle a tout le caractère de mon père, et l'état ecclésiastique lui a donné dans les mœurs une austérité singulière. 11 a une réputation de sainteté qui le rend un objet de vénération. Ce trouble, lorsqu'il s'agit de ma mère , me parut singulier ; car mon père aussi , était ému lorsque je lui parlais de ma mère.

Toutes ces bizarreries qui eussent allumé la curiosité d'un jeune homme, ne me touchèrent même pas; l image de Mélanie régnait dans mon âme d'une manière tyrannique.

Elle y règne encore , elle y régnera toujours!., je meurs consumé par cet infernal amour, et j'aperçois chaque

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jour que le chemin de ma tombe devient plus court

Âh ! béni soit le jour où le bon curé , près de qui le hasard m'a placé-

—Pauvre ami! s'écria M. Gausse,—

me fermera les yeux !... Alors , je

lui donnerai ce manuscrit , et je le prierai d'aller. •••••••••

— Voyez-vous , Monsieur, s'écria la triomphante Marguerite, voyez-vous qu'il n'y a ni crime, ni péché, et que tôt ou tard vous deviez le lire.

— Continue donc Marguerite? s'écria M. Gausse.

Et je le prierai d'aller voir, en

mon nom, Vin fortunée! il lui portera mes derniers mots , qui seront pour elle l'ordre du départ!... Je n'aurai eu dans ma vie qu'une seule idée, et cette idée, je l'aurai, je crois, pardelà le cercueil. A chaque instant du jour, jemedis : «MélaniepenseàmoH»

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Elle est la compagne fidèle de toutes mes actions, je ne fais pas un seul mouvemen sans la voir. 0 Mélanie, est41 vrai que nous ne nous reverrons plus?... L'amour que j'ai dans mon cœur me brûle d'un feu noir qui n'a rien de pétillant; tout ce que je vois n'a de grâce que quand des pensées funèbres se marient à mes sensations, et... je n'ai pas un seul ami dont la

voix bienfaisante m'encourage!

Non ! mon fatal secret mourra dans mon sein.

Lorque je parlai à mon oncle de mon dessein d aller mourir à Aulnayle-Vicomte, il

Marguerite en était là , lorsque le petit enfant de chœur accourut avec la vélocité d'un lièvre, et s'écria, en dehors et contre les volets : — «Voici M. Joseph!... » Marguerite effrayée , courut au cabinet du vicaire et remit

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le manuscrit à la même place, elle regarda le portrait beaucoup plus attentivement, arrangea tout dans le même état , et redescendit en entendant sonner à la porte. En effet, c'était le vicaire qui n'avait pas voulu découcher; il parut à Marguerite être très-inquiet , et sa première question fut : — «Marguerite, n'ai-je pas laissé la clef à la porte de mon cabinet ?»

— Ohl mon dieu , je n'en sais rien, repartit l'astucieuse gouvernante , en regardant le bon jeune homme, avec cette obliquité, apanage ordinaire de l'œil des servantes de curé ; car je ne suis pas remontée au premier depuis quevousétes parti.— « M. Gausse, ditelle en élevant la voix , pour que le curé put entendre; le pauvre cher homme, s'est trouvé bien affecté! sérieusement pris ! il a eu des éblouissemens comme lorsque son attaque

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d'aploplexie veut lui prendre; mais, dans ce moment-ci 9 il va beaucoup mieux, ajouta- t-elle, en suivant lé jeune homme qui se précipitait vers le salon.

— Eh bien, Monsieur, dit-il au curé, vous souffrez?

— Oh oui, répondit le brave homme, *je souffre au cœur/» Le vicaire resta quelque temps auprès de M. Gausse; et, pendant ce temps-là, Marguerite , le curé , regardèrent en silence et avec respect la figure altérée du jeune homme : ils y lurent une seconde fois et tout d'un coup , le récit de ses aventures, son œil leur parut mille fois plus éloquent.

De temps en temps , le curé et la gouvernante se lançaient un coup d'œil significatif. Bientôt, le jeune marquis de Saint- And ré prit son flambeau et

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courut à sa chambre , après avoir salué M. Gausse.

Marguerite admira plus que jamais la noblesse de sa marche, que sa longue soutane noire rendait imposante.

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