‹ Le vicaire des Ardennes publChapitre 44 sur 46 · DES AU DENIS ES · texte numérisé non relu

DES AU DENIS ES

• j'avoue qu'il n'y a pas dans la vie hu- » m line de plaisir plu s pur, plus suave,

• plus délirant, et je ne croyais pas ■ qu'on pût le rencontrer deux fois !. .»

L'œil de la marquise devint humide et ellcs'arréta un moment en contemplant M. Joseph qui ♦ la tête entre les mains, semblait vouloir dérober à madame de llosann îa vue de ses larme?, (/infortuné pensait àMélanie, et le récit dë madame de Rosann donnaita son Cœur une bien douce fôte de mélancolie. Joséphine reprit bientôt ainsi:

— « Nous marchions, comme vous » voyez, bien lentement dans la car- »rtère; timides l'un et l'autre, tous » deux religieux et candides, satisfait*

• d'un regard, nous restâmes long- » temps dans cetétat plein decharmes.

• Nous eûmes le bonheur de tromper •■ma tante sur nos intelligences secrè-

• tes. Ce fut ve s ce temps que la per

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v sédition que Ton exerçait envers

• les nobles et les prêtres, devint •cruelle. Un jour j étais assise à côté »de ma tante , et je lui lisais un saint •livre , lorsque tout-à-coup, la porte »de la chambre s'ouvre ♦ et je vois

• Adolphe. M IU de Karadeuc dormait, » il s'approche de moi , et me dit :

— » Mademoiselle, je su is pou r suiv i , •et je n'ai échappé aux dangers qui

• m'environnent que par le plus grand » des hasards , je viens chercher un «asile dans votre maison , et j'ai osé •croire que vous ne me refuseriei

• pas...

— » Monsieur , je ne crois pas , lui

• dis-je . que matante vous repousse, »clle sera enchantée, j'en suis sûre, de «vous rendre service, et vous... Je m'en pouvais plus de joie, en le » voyant , je m'arrêtai. Mon regard «lui dit tout ce que je pensais.

« Alors M ll< de Karadeuc s'éveilla et fut » grandement étonnée de le trouver à

• mes côtés, mais comme il avait l'œil » sur matante, il se composa très-bien •et l'instruisit des circonstances faucheuses dans lesquelles il se trouvait. M Ue de Karadeuc réfléchit •long -temps avant de répondre; » elle me parut calculer et les dangers » qu'elle courrait elle-même en recé- » lant un prêtre , et ce qui pouvait lui !• en revenir de bon dans cette vie et

• dans l'autre. Je tremblais pendant *ce silence , enfin elle prononça avec » une répugnance évidente, qu'elle » consentait à cacher Adolphe , mais

• pour quelque temps seulement.

» Une joie divine s'empara de mon •âme à ce décret de la sainte fille , et je

• pris un plaisir inexprimable à tous les •détails qu'entraînèrent les soins qu'il » fallut prendre pour dérober Adol-

» phe à tout letrcgards.il habita donc •notre maison : ce fut alors que, » sans cesse en présence l'un de Tau- »tre, notre passion 8 alluma plus

■ vive , plus ardente, et que l'enthousiasme qu'excitent les premiers «amours, s'empara de mon cœur.

» Quant à Adolphe, il paraissait soufa frir et combattre beaucoup, il luttait «avec un Incroyable courage, et le

• feu secret dont il brûlait le fit chan- »ger et pâlir. Ce jeune prêtre avait

• été élevé par une mère extrêmement •pieuse, qui lui inculqua dès le ber- » ceau , la crainte de Dieu et les rigou-

• rcux préceptes de notre religion ,

■ en sorte que Vidée de compro- » mettre le salut de son âme et de ter- »nir l'éclat d'une vie sainte , de per- •dre sa réputation, avait, et eut tou- » toujours sur lui, le plut grand em-

• pire» Alors, il souffrit cruellement

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• et livra de rudes combats à son dîne »en délire. »

— Venez , dit madame de Rosaun au vicaire, venez , traversons le pont qui est devant nous et allons dans la chapelle ruinée , je vais vous montrer le seul monument que j'aye gardé de cet amour... M. Joseph suivit la marquise en silence : ils entrèrent dans l'antique chapelle ; et , parvenus à un autel de marbre noir, madame de Rosann , soulevant un fût de colonne, tira des papiers. S'asseyant alors sur un banc de pierre , elle reprit la suite de son aventure.

— «Au bout de quinze jours , » Adolphe , ne pouvant plus résister » à sa passion , et n'osant m'en instruire, il mit, pendant la nuit, la » lettre suivantesur ma table,» — Alors, la marquise dépliant un papier tout usé, lut avec une visible émotion.

« Mademoiselle , quelques soient » les dangers qui m'attendent au de- »hors, je dois fuir l'asile que votre

• tante m'a offert. Bien que ma mort

• soit presque certaine, je la préfère p au péril que je cours dans la maison » que vous habitez !.. Si je vous écris » ceci , c'est afin que vous ne soyez pas » surprise de me voir vous quitter » précipitamment , sans raison apparente; car alors, vous pourriez pen-

• scr que quelque sentiment de dé- ?<iain, (que sais- je?) causerait cette » fuite, et je ne voudrais pas, pour le » salut de mon âme même , apporter

• la moindre peine dans votre cœur; «car enfin, mademoiselle, je crois

• que vous avez un peu d'amitié pour » moi ! Hélas ! puisque je me retire , » que je fuirai pour jamais , me serait-il permis de vous écrire que je »vous aime? Le fatal secret sort de

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• mon cœur brûlant!.. 0 Joséphine, »je sais que le feu qui me dévore ne «peut pas vous atteindre, et c'est ce

■ qui m'enhardit à vous dire ce que » je sens. Vous êtes belle sans doute, » niais combien les beautés de votre

■ âme l'emportent sur vos charmes.

■ Quelle âme candide révèle votre re-

• gard pur et chaste ! voilà les perfections qui m'ont séduit, et ce n est » pas d'hier, c'est depuis long-temps.

■ La passion que je combats depuis

■ trois mois , fera encore battre ■mon cœur lorsque je mourrai ! je la ■voilerai toute ma vie d'une appa- » rente froideur , et je ne vivrai toute »ma vie qu'en me recueillant en moi- «même et cherchant les traits dont

■ mon cœur gardera une empreinte

• éternelle. Je ne cherche pasàsavoir

■ si vous m'aimez, je ne vous supplie * dem'accorder aucune faveur !... ou

• nous mènerait-elle?... Non , je roc

• contente de vous adorer de loin com-

• meunauteldonton n'ose approcher.

» Seulement , j'espère que vous aurez » quelque pitié pour moi , que vous

• vousdirez : «Il est dans l'univers !,..

• je ne sais où!., un malheureux qui

• m'aime!... sans espoir!... » L'idée

• que vous penserez quelquefois à » moi me fera plaisir ; et , lorsque je se- » rai mort , j'obtiendrai quelques lar-

• mes... Ce sont les seules que je veux

• que vous répandiez pour moi.

• Hélas, mademoiselle, si vous vouliez m 'assurer que vous déposerez

• votre touchante pitié , que vous

• armerez vos regards de sévérité !.. je

• puis répondre de moi... alors 9 Je

• resterais , et du moins, dans ma vie, » j'aurais encore quelques instans de » bonheur à compter ; car , lorsque je

• vous vois , j'éprouve tout ce qu'il y a

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• déplaisir sur la terre! et... si le ciel, » le hasard. . . que sais-je , faisaient que » vous eussiez pour moi quelque chose

• déplus que de l'amitié!... Ah! ma- «demoiselle, nous aurions les jouis- »sances les plus divines.... Dieu !.. si » nos âmes s entendaient ! Quels cou- » certs charmans ! Quelle vie pleine et » agréablelJenc demanderais que cette «jouissance dans le paradis que l'on » acquiert par une vie sainte. Vous remj> plissez tout mon cœur ; vous m êtes » tout.... Mais , je le sens, je viens de » donner carrière à mon imagination.

• Je dois partir, car il n'est rien de » tout cela ! ainsi donc , adieu , beauté

• pure et chérie , adieu , je te salue » comme le rivage de la patrie que Ton » quitte pour toujours! je vais traîner «ailleurs et mon amour et ma triste t existence, heureux si je rencontre en «chemin la hache révolutionnaire. »

« Monsieur , reprit la marquise , «vous ne sauriez croire dans quel état »mc plongea la lecture de cette lettre > touchante et pleine de mélancolie.

* Je restai long-temps les yeux remplis » de larmes , sans pouvoir réfléchir : le «lendemain matin, lorsque je rencontrai le jeune prêtre, je lui pris » la main , et l'attirant à moi , je lui dis » d'une voix altérée : « Ne partez pas. »

«C'était tout dire! aussi, il frémit >de bonheur et me lança un regard » attendrissant Ma tante ne nous lais- » sant jamais seuls , nous ne pouvions »nous dire tout ce dont nos cœurs

^étaient gros. Alors, me confiant en » notre mutuelle innocence , un soir » je suivis Adolphe dans sa chambre

• secrète ; et là , m'asseyantprèsdelui, < je saisis sa main , etpleurantde honte » je lui dis : «Ah! je vous aime !... »

.< —Joséphine! secria-t-il , ah, Jo-

»séphine! vous me faites mourir à «force de bonheur!

, — Mais qu« deviendrons-nous?lui

«dis- je.

Joséphine , ne sentez-vous pas

»dans votre cœur un plaisir éni-

• vraut?... 11 doit nous suflire : le » charmant accord de nos âmes nous

• fournira des voluptés calmes et pu- »res. Parcourons une carrière où «peu de mortels ont brillé; sépa- »rons-nous, dégageons -no us de ce i» qu'il y a de matériel en nous et ne «vivons que de la vie des anges....

«Avec une volonté forte nous étein- » drons tous désirs , et n'ayant plus «de combats à redouter, nous gourerons tout le bonheur d'ici-bas.

» Contcns , jouissant d'une félicité qui «ne fera point perdre à la vertu son « brillant coloris , nous mourrons en- » semble après avoir épuisé tous les » plaisirs de l'âme.

» — Ainsi donc , repris- je , dès

• aujourd hui nos coeurs s entendent,

• et lorsque )e vous regarderai tous

• comprendrez tout ce que je dirai.

• Alors, nous passâmes une heure » délicieuse , en proie à ce premier » bonheur d'amour , à ce charme des

• premières paroles où Ton ose tout » dire , avec des réticences , des mou-

• vemeos de honte , de joie qui sont •indéfinissables. Ce doux moment

• rempli par les prières , les soupirs ,

• les regards que Ton craint d'enten- »dre et que l'on aime à sentir, çc

• moment j?nchan leur est resté gravé

• dans mon souvenir, tellement , qu'il »ne m 'apparaît jamais dans l'imagi- » nation sans me causer une volupté «secrète que la distance des temps

• revêt d'une grâce attendrissante.

• Notre résolution sublime, prise

• avec courage, fut suivie avec cens- » tance cl sans murmure pendant

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» quelque temps ; niais , mon jeune

• ami! que de semblables promesses » sont imprudentes , et que de mou- » vemens impérieux s'élèvent dans

• lame, lorsque deux êtres qui se thé- » risseut sont en présence l'un de l'au- » tre!...

— Ah Madame ! . . s écria le vicaire, puis le jeune homme s éloignant de quelques pas de madame de Rosann , s'arrêta et parut à la marquise en proie à la plus vive émotion. Lorsqu'il revint , des pleurs sillonnaient ses joues pâles , et tout le feu de sa passion pour Mélauie brillait dans ses yeux.

— Madame , dit-il , je ne puis vous exprimer à quel point ce récit est cruel pour moi!... La marquise sourit et pressant la main du jeune prêtre, elle lui lança un regard qui semblait lui dire qu'elle corupro

naît sa phrase énergique et qu'il eût â espérer. Ce coup-d œil co m pâtissant fit tressaillir le vicaire qui se remit en silence à côté de Joséphine. Elle continua ainsi :

« Un soir Adolphe m attirant con- » tre lui me dit : — Joséphine > je dois » partir , car rien n'est moins sûr que »le salut de mon âme et de la tienne.

» — Que voulez-vous dire?...

» — Que je t'aime beaucoup trop » et que je ne puis résisler plus long- » temps ; nous avons trop présumé de » nos forces : je désire plus... je ne suis » pas content...

» — Eh bien, parlez, lui dis-je, que ■ voulez-vous? Pour toute réponse il »me prit la main et la serra contre

• son cœur. Il me regarda !... Ah ! j a- »vouc que ces simples mouvemens

• m'instruisirent de tout! Je le contemplai long-temps et ma tête pa-

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graissait attirée vers la sienne par » une force invincible. Nous restâmes »long-temps dans ce redoutable si- » lence : mais enfin Adolphe, se pen- » chant vers mon visage , déposa sur »mes lèvres un baiser que je reçus «avec ivresse.... Alors il se recula » brusquement de trois pas , et me » dit : — Séparons-nous !.. Joséphine, »jc t'aimerai toute ma vie! tu seras » la seule femme dont le nom , le soutenir feront battre mon cœur!...

» mais je t'aime assez pour préférer » ton honneur au plaisir, et ton bon- » heur futur au bonheur d'un instant.

» Il s'élança dans sa retraite et je Ten- » tendis se mettre en prière et soupi- » rer. Je l'écoutai long-temps... Je 1 ad- » mirais , et une douce compassion > »un attendrissement vainqueur se » glissaient dans mon âme.

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• Je rentrai dans mon appartement « et je me mis â réfléchir , si l'on peut «appeler du nom de réfleaion , les » vagues pensées qui viennent mon- •der l'âme d'

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