LA DISGRACE
Ces décors de songe et de réalité, cet Orient de fée*1 rie et cette Sicile d'apothéose, le Provenç/il ïes peuplait d'aventures. Des burnous, des gandoir^s dft soie, des caleçons brodés de femmes juives, des hàïcks transparents de Fathmas, des colliers de fleurs de jasmin et des vestes cuirassées d'or chatoyaient et flottaient dans les récits d'Alger et de Tunis; pêle-mêle et çà et là des dolrnans d'officiers y coudoyaient de? uniformes bleus de tirailleurs. Dans les histoires de Sicile, des paysannes à profil de médaille dansaient, gainées de châles roses et de robes lourdes, avec des hommes sveltes et bruns comme des Maures. Pour le marin Naples et la Sicile étaient des pays de gitanes dévots à la Madone, impudiques et rageurs; les hommes y couraient nus sur les grèves, et les femmes très empaquetées allaient et venaient, crasseuses et hypocrites, du Dôme à la maison de rendez-vous et de chez d'entremetteuse à la chapelle du Sacré-Cœur. Siciliens, Napolitains, Espagnols, Corses môme (car cô
damné matelot avait été à Barcelone et à Bastia), Marius les désignait tous du nom méprisant de mauirôni; il affirmait ainsi l'orgueilleuse supériorité que le Marseillais s'arroge sur toutes les races latines et le dédain tout spécial du Phocéen, ce Grec, pour les race3 d'Italie.
Macaroni! et par sa mère le prince Wladimir était •1. 11 n'avait- même pas tressailli, tout au charme de la voix et des yeux gris du conteur; le conteur pourtant ne se renouvelait guère. Au décor près, c'étaient toujours les mêmes rixes, les mêmes aventures de bouges et de gouges, les mêmes soûleries de marins en bordée, pour la plupart, terminées dans le mis-eau ou à la Ouesture, où venait les réclamer le 1 ; à la longue le répertoire de Marius exhalait une monotone odeur de grabat, d'anisette et de chenil. La comtesse y bâillait ostensiblement, et aux dîners, où. Noronsofî imposait maintenant le chineur, c'était à qui ; ait à L'anglaise et déclinerait l'invitation ! Les - aux nuques rondes de Nicolas et de Boris, Wla- . lui, ne se lassait ni d'écouter, ni d'entendre. C'étaient surtout les décors qu'il vivait, emporté par un étrange dédoublement de son être dans les pays qu'évo conteur ; la magie des ciels et des eaux
surtout le ravissait. Pour les peindre, ce Provençal un véritable don d'images et de couleur... Oh! ules d'or rose et de soufre incandescent de t les nuées enflammées des aubes, posées à n comme au bord d'un miroir... ! Ce matelot avait aussi des histoires pires, il ne se cachait pas d'avoir goûté aux prostitutiuns de toutes les lati-
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tudes, et c'est ce genre d'aventures qui enchantait sur* tout Wladimir. Le Marius les assaisonnait d'anas et de gaudrioles marseillaises; il sortait alors tout le vocabulaire et tout le répertoire spécial qui traîne des rues Ventomagy et de la Rose aux bars de mathurins du vieux port.
Wladimir se délectait à ces turpitudes, néanmoins rajeuni, revenu, on eût dit, à la santé, comme si ce Rabassol lui avait fusé du sang nouveau avec ses histoires. Décidément le malade ne buvait pas que les paroles et les yeux du chineur, on aurait cru qu'en l'endormant de ses récits l'autre lui avait versé de sa jeunesse et de sa force. Le prince ne pouvait plus se passer de Marius; il avait voulu l'installer à la villa, mais le marin entendait garder la liberté de ses nuits. Il arrivait le matin, à midi, et s'en allait tous les soirs, à onze heures, mais il avait amené son ami, son compagnon de vente, Pierre Etchegarry; et les exclamations du Basque: « T'en souviens-tu! Oui, c'est bien cela! Non, tu oublies! » animaient maintenant les récits de Rabassol et renouvelaient la joie de Wladimir.
C'était pour les deux compagnons une perpétuelle frairie. Vêtus de neuf, chaussés de fin, le gilet sonnaillant de chaînes d'or, les doigts étincelants de bagues, ils s'abreuvaient de limonade et fumaient des londrès tout le long du jour. Coquets tous deux, Marius comme un Marseillais et Etchegarry comme un Basque, ils arboraient des cravates éclatantes et empestaient le musc et les odeurs. \
Dans l'entourage, on gouaillait leurs prétentions et leurs maladresses, « Ce sont les nouveaux perroquets
du prince », souriait la comtesse, mais, «au fond, la Polonaise riait jaune; elle se dévorait d'inquiétude et supportait mal la faveur grandissante de l'intrus : deux ou trois fois, elle avait voulu intervenir au milieu des contes interminables du Rabassol et s'était fait durement rembarrer par le prince. Un jour, à un des quatre-à-sept, elle interrompait le conteur et voulait placer un souvenir à elle, une anecdote spirituelle dont elle avait été témoin et d'un à-propos relatif à l'aventure narrée par le Marins. « Ne lui coupez pas la parole », avait sifflé la voix brève du prince, et, comme avec une moue de jolie femme, la Polonaise insistait : « Mais j'ai voyagé, moi aussi. » « Pardon, comtesse, intervenait Noronsoff, monsieur a navigué, vous, vous avez roulé. » Et la Schoboleska se l'était tenu pour dit.
Une autre fois, après un racontar plus qu'épicé, la Polonaise se levait de table, faisait signe à ses fils et* retrouvant tout à coup de la pudeur : « Comment pouvez-vous supporter cela, prince, c'est du fumier qu'on remue devant vous. » A quoi le Noronsoff, jouant avec ses perles : « Fumier de varech qui vaut bien le fumier de serre. Compareriez-vous, Vera, votre passé à son passé, à lui ? » L'injure était sanglante, la Schoboleska s'évanouit; elle se laissait emporter par les femmes. Comme le dit le prince : « Elle avait sauvé sa sortie I »
Elle, bouda pendant trois jours et revint ; elle ne trouvait pas Wladimir dans la salle de bain. Il était aux cuisines à surveiller une bouillabaisse que lui confectionnait Marius. Le Provençal régnait maintenant par
sestalents culinaires; il mijotait, avec une escouade de ^marmitons à ses ordres, des soupes aux crabes et des laïolisqui ravissaient Wladimir; le prince s'en pourléchait les doigts. 11 passait maintenant ses journées tians le sous-sol, autour des fourneaux, intéressé au Smaniement des casseroles, au dosage des épices et à la combinaison des coulis.
Dans la salle de bain, au milieu des fresques éroti- "ques, les habitués de Ja villa commentaient l'absence -ie Wladimir; c'était le train ordinaire des sous-enten^ /dus et des allusions désobligeantes à l'empire exercé ipar le nouveau favoui. La comtesse arrivait à point t>our entendre dénigrer cet abominable Marseillais et, joute au plaisir des propos chers à sa rancune : « Le prince et ses hommes de joie », ricanait-elle d'une ivoix stridente. — « Ses hommes de joie et sa dama d'ennui. » C'était Noronsoff qui venait d'entrer dans ;îa salle et cérémonieusement lui baisait la main.
Ceints de tabliers blancs, des vestes de cuisiniers passées sur leurs vestons, le Basque et le Provençal ^s'esclalFaient dans son ombre.
Toute l'assistance crut devoir se tenir les côtes. Pour la Polonaise c'était décidément la disgrâce, la mise au second plan, l'atroce déchéance; et c'était elle qui avait introduit ce Marseillais de malheur.
A l'office comme aux cuisines la fête continuait ; les deux compagnons n'avaient-ils pas invité le prince à déjeuner dans un petit restaurant des Ponchettes, où des portefaix et des pêcheurs dansaient entre eux, le soir, et, affriolant Sacha de la description des danses ^ratiquée^au Chapeau-llouge comme dans toutes les
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: ■ uleurs de
. décidé le grand seigneur russe à les suivre dans ce taudis!
ronsoffen était revenu enchanté de la cui délecté du menu et surtout enthousiasmé de l'accueil... Oh! la bonhomie de ces gens-là, leur entrain et la franchise de leur rire, la forte étreinte de leur poide m iin ! Comme on sentait là des natures et des caractères! Ces cœurs-là n'avaient jamais menti. Et il fallait voir le regard dont le prince scrutait la comtesse; mais ce qui l'avait charmé et sur ce dont il ne tai pas, c'étaient les danses.
Nos deux compères avaient rassemblé une dizaine de drôles, gars à tout faire, découplés et hardis, débardeurs du port, matelots débarqués, la fine écume de Gènes, de Toulon et de Nice, mais tous danseurs accomplis; et, aux sons des guitares de trois racleurs de cordes prévenus, toute cette racaille, arrosée d'Asti, avait envahi le restaurant au moment du dessert. Tous, se prenant à la taille ou les mains aux épaules, avaient émerveillé le prince par la souplesse de leurs torses, le pliant de leurs jarrets et la grâce de leurs attitudes.
Ils valsaient, les yeux dans les yeux, les jambes enchevêtrées et pourtant libres, les doigts noués aux hanches avec un ensemble dans le mouvement en vérité unique, une certitude de rythme qu'on ne rencontre que dans CbC pays.
De ce déjeuner le prince revint transporté et voulut à toute force apprendre à danser cette manière de valse avec, pour professeurs, Rabassol et Etchegarry.
C'est invraisemblable, roais c'est comme je vous le
dis. Nous eûmes ce lamentable spectacle du prince Noronsoff, de cette guenille et de cette loque, de cette tuberculose et de cette neurasthénie valsant, pâmé comme une petite fille, tour à tour aux bras de l'aventurier basque, tour à tour aux mains du Marseillais favori.
La Russie agonisante agonisait deux fois dans le Midi.
L'orchestre des Tziganes rythmait les premiers pas du prince. Une effroyable quinte de toux arrêtait ses débuts, des sanguinolences lui giclaient de la bouche, salissant son plastron de chemise. Il s'effondrait entre les bras de son danseur et nous l'emportions, souillé de bavures rouges, les prunelles révulsées, raidi d'hypnose, fantoche brisé de l'hystérie.
Cette première leçon de valse le tint couché pendant huit jours. Pendant cette huitaine, la Schoboleska eut cette idée lumineuse de demander aux deux marins d'apprendre à danser à ses fils ; elle n'en était plus à reculer devant les moyens de plaire. Boris et Nicolas apprirent donc la valse mokote. En bons compagnons le Basque et la Marseillais consentirent aux leçons; ils devaient trop à la comtesse pour pouvoir lui refuser quoi que ce fût, et puis les deux mignons étaient vraiment trop jolis.
Le jour de ses relevàilles, comme il le disait lut* même, le prince eut ce spectacle de Rabassol et du Basque valsant avec les jeunes Schoboleski. Leur mère avait organisé la chose avec la complicité de tous ses amis : les deux chineurs, pour la circonstance, étaient costumés en marins de l'Etat, Boris et Nicolas velus à la Polonaise.
Tout blême encore de huit jours d'hémorragie, le malade regardait évoluer les couples avec un mystérieux sourire. « C'est un ballet », disait-il sur les derniers accords de la valse tzigane, et, baisant délicatement les doigts de la Schoboleska: « Quelle amie vous êtes, comtesse! Vous avez deviné mes plus chers désirs. »
Il n'en dit pas plus.
La comtesse demeurait interdite, mais no rentrait pas en grâce.
Les deux hommes de joie, comme elle les avait stigmatisés elle-même, continuèrent de régner à la villa. La santé était revenue à NoronsofT et le convalescent noçait avec eux : leurs fantaisies et leurs frasques étaient pour lui paroles d'Evangile.
N'eurent-ils pas un soir l'aplomb de persuader au prince de les suivre aux Briques, les maisons closes du quartier Riquier, l'affreux pâté de vieux logis qui s'entassent au coin de la même petite rue, presque en pignon sur la grande voie qui conduit aux casernes. Merveilleusement placées entre les flâneries italiennes de la place Garibaldi et la ruée quotidienne des soldats permissionnaires, leurs cinq façades lépreuses constituent le quartier chaud de Nice; l'intérieur en est sordide. Des pièces s'ouvrent, blanchies à la chaux ou revêtues d'un enduit jaunâtre, avec des bancs cirés scellés dans les murs; des hommes en feutre mou, des chasseurs alpins et de l'artillerie de forteresse s'y vautrent pêle-mêle avec des matelots, de yachts et des débardeurs; ces messieurs fument, crachent, se bousculent et paressent. Lamentable et
résigné cl costumes trop courts de. bébé ou de
Suissesse, un bétail de femelles tourne en rond dans les salles avec des mines atrocement lasses ; les hommes assis continuent à parler entre eux, indifférents à la promenade des femmes; ils viennent là passer la soirée, c'est moins cher qu'au café; l'étal errant passe et repasse. Parfois un homme se décide et touche l'épaule d'une fille du bout du doigt; l'endroit est d'une, monotonie et d'une tristesse abominables.
Le Noronsoff en revint réconforté, ravi de l'altitude dédaigneuse des hommes, de leur mysoginie évidente (la femme pour le vrai Méridional n'est qu'une pondeuse ou un instrument de plaisir), flatté surtout dans sa férocité russe par l'air abruti et les yeux d'esclave des filles.
« Voilà des gens comme je les comprends, disait-il le lendemain à la comtesse, pour eux la femme n'est pas un but dans la vie comme chez nous, elle est ce qu'elle doit être: un accessoire et encore! Ces maisons m'ont consolé de vivre, je me sentais vengé en regardant tourner ces créatures. Ah! le Midi a la vraie supériorité sur nous. » Et ses prunelles vitreuses fouillaient la Polonaise d'un regard singulièrement aigu. La Schoboleska ne pouvait plus douter, c'était bien la ,kef
EL avec la complicité de Gourkau le complot s'éla-
L'imporl It d'avoir le yacht sous la main
lorsqu'on décidi rait Wladimir à la i projetée;
il fallait ne pas lui laisser le temps de se reon l'amenait à s'e nbarqu t. la chose d> ■ faite
dans les deux jours sans qu'il eut la minute d'u: flexion; tout était à craindre de cette nature friable et
mouillait justement à Cannes, qui : ;it les conditions de luxe et de
confor i opnétaire voulait bien le i
pour six mois, les six mois ires à la construc-
tion du bâtiment qu'eût voulu la princesse pour son lils. Gourkau, coin intau nom du prince, entra
irlers avec le propriétaire de Y Edouard III; it d'accord sur le prix de la location, il ne s'agissait plus que de fixer les dates et cette date demeurait au caprice de Wladimir.
Aucune démarche n'avait encore été faite aupn lui; il fallait se défier et de lui et de la comtesse et des
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deux suppôts de la Polonaise, ses amants peut-être, dressés et façonnés par elle pour achever de ruiner le prince de réputation et de santé ; leur installation ici était un permanent scandale. Un Noronsoff qui a du sang impérial dans les veines ne s'acoquine pas avec deux matelots ; la Polonaise suffisait pour le déshonorer. Cette gueuse voulait lui tuer son fils, et elle me citait, comme preuves à l'appui, et la fameuse leçon de danse terminée dans une crise d'hystérie et du sang, et la visite de Wladimir aux mauvaises maisons de Riquier. Ces deux ruffians l'entraînaient maintenant dans les bouges, et l'agonie d'un Noronsotf traînait dans les mauvais lieux. « Mon fils joue les Néron, parole 1 Je ne sais quel sort il me réserve avec cette Juive damnée dans son ombre, mais je ne jouerai pas, moi, les Agrippine. Je me défendrai contre mon fils et je saurai le défendre et contre elle et contre lui-même. Nous vivons dans des temps effroyables, docteur. A croire que le charme abominable est revenu et que l'âme affreuse des [princesses de la race tourmente parfois mon Sacha! »
Elle allait, dépêchant le long chapelet de ses rancœurs. J'écoutais silencieusement cette mère décharger le lourd fardeau de ses souffrances. Sa face pâle, ses yeux de fièvre, sa haute stature et ses longs habits de deuil en faisaient une vivante statue de la Douleur ; ses paupières étaient rouges tant elle avait pleuré ; mais, par orgueil, elle avait séché ses larmes et dans le violent éclat de ses prunelles brûlait plus que Tan* goisse d'une mère, l'angoisse de toute une race.
La princesse reprenait : «Le comble enfin, docteur ,
le comble da la folie ou de l'audace! Mon fils ne s'est-il pas mis en tête de me faire déjeuner avec ces deux rouleurs, et de me faire goûter à leur cuisine! Il veut le6 amener à ma table ! Il ne tarit pas d'éloges sur leur compte, leur caractère et leur gaieté; il est entiché d'eux comme jamais je ne l'ai vu de personne ; il cuisine avec eux les plats et me harcèle pour me faire manger je ne sais quelle horreur de leur invention qu'ils appellent bouillabaisse... une sorte de soupe au poisson, paraît-il: c'est à faire frémir! Et c'est que Sacha tient à me faire déjeuner avec ces deux espèces, moi qui ai toujours refusé de voir sa Polonaise ! »
Une pitié en même temps qu'une idée me venait : « La comtesse Schoboleska n'est pas de ce déjeuner, je pense. Elle ne vient ici qu'à quatre heures ! — Vous ne voudriez pas? J'ai signifié une fois pour toutes à mon fils que je ne verrai jamais la Schoboleska. — Alors c'est un déjeuner avec les deux hommes seulement? — Oui. Pourquoi me demandez-vous cela? — Parce qu'il faut consentir à ce déjeuner, princesse. — Moi! »
Et je lui expliquai la faveur, en effet, inouïe de Marius et la disgrâce évidente de la Polonaise ; il y avait peut-être quelque chose à tenter en flattant le goût du prince pour ces deux camelots. C'était peut-être même le seul moyen de ruiner à jamais le crédit de la Schoboleska: son influence ne tenait plus qu'à un fil ; le nouveau favori paraissait une assez bonne nature, on pouvait le circonvenir. La princesse ouvrait de grands yeux et buvait mes paroles comme celles d'un oracle, un nouvel horizon venait de lui apparaître; elle eût
tout accepte dans sa haine pour la Schoboleska ; elle me comprenait à demi-mots. «Alors, il faut déjeuner avec ces hommes? — Il le faut. Vous les jugerez vousmême à table. — Soit, je déjeunerai. Merci. »
Le déjeuner eut lieu. Le soir même la princesse me faisait appeler. « Ils ne sont pas dangereux, en effet. Je les ai vus, merci ! » Et, me forçant à m'asseoir auprès d'elle : « ils ont de l'entrain, une espèce de gaieté commune et de bagout facile dont s'amuse la veulerie de Sacha, mais pas Tombre de ruse. C'est de la canaiile vulgaire, et que roulerait d'un geste le dernier fachino de Naples. Leur grosse nature simple délasse et repose le prince des complexités de la Polonaise. Je connais mon fils, c'est un enfant. Il se retrouve avec ces deux brutes... oui, deux brutes joyeuses avec toute la santé et la fraîcheur de sang que Sacha n'a plus, mais ils n'en sont pas moins un péril pour le prince, puisqu'ils le traînent dans les bouges et le ramènent mourant d'expéditions où il finira par rester quelque jour. Que voyez- vous à faire avec ces deux matelots? Avez-vous un projet, une idée? Ils ne sont pas assez ambitieux pour qu'on les intéresse au renvoi de la comtesse. Pour eux elle reste leur bienfaitrice ; ce sont des âmes encore trop neuves pour goûter le plaisir d'une trahison... Je sens en eux un levier possible, une chance de nous débarrasser de la comtesse... Mais comment? J'y songe, mais jusqu'ici je ne vois pas, je ne trouvepas! »
Je priai la princesse de vouloir bien m écouter. Je lui narrai par le menu l'entrée de Marius, le subit en-