IL
lu prince, l' tion du n
ir et l'espèce d'hypnose adorante de Wludimir lànt les récits de bouges et de traversées du PrxK vençal; le réel talent du Rabassol ponr évoquer les ciels, les atmosphères et les paysages, la transfigura* tion du prince en l'écoutant; le prince métamorphosé, rajeuni, presque guéri, du sang aux joues et de la vie dans les yeux, quand le Provençal le conduisait de
avec des mots, éYOcateurs de larges échappées et d'infinis horizons. ..> Et la princesse songei; ux ailleurs et pourtant',
attentive, interrompait parfois : « Oui, oui, c'est biencela. Tout enfant, il adorait Les contes... Déjà fantasque et révolté, on obtenait tout de lui en lui disant les génies, les géants et les fées; il aune im de poète... Ah! si Paris et Vienne et Pétersbourg ne l'avaient pas gâté, mon Sacha eût peut-être été un iionlof, un i ki, un Tolstoï! Il avait des
dons merveilleux! » Et l'orgueil de cette mère imaginative, comme son fils, se consolait des hontes présentes dans les hypothèses de l'avenir, qui aurait pu. être, et le mirage décevant du souvenir.
Et quand je lui eus établi la situation réelle entre le crédit menacé de la comtesse et la faveur inconsciente du marin et, malgré l'imprévu des frasques récentes, la villa comme assainie par la présence des deux hommes et la santé qua^i revenue au tuberculeux, comme si le Marius lui eût soufflé dans les poumons le vent du large. « Oui, il y a quelque chose à faire. Je le sens, je le devine, mais quoi? » Et devant le geste à mains jointes de cette mère suppliante j'oubliais ma visil^
et mon premier entretien avec la Schoboleska. Ne m'avait-elle pas trahi d'ailleurs, et, en faisant cesser les promenades en voiture, n'avait-elle pas rompu d'ellemême le traité d'alliance ! et puis la princesse Benedetta m'étreignait et me remuait le cœur par l'intensité de sa passion pour son fils.
« Quoi l Mais il y a les voyages. Si Ton pouvait y décider le prince ! si on pouvait l'arracher de Nice et de cette villa. — Non, cela il n'y faut pas compter : lui faire quitter son luxe, ses aises, son atmosphère ; et puis les chemins de fer, les longs trajets, les heures de départ avec ses accidents nerveux et cette santé détruite ! et puis que ferions-nous des deux matelots? Je ne vois pas. Je ne saisis pas. — Mais si on emportait tout ce luxe, ce confort et cette atmosphère avec soi. Si l'Etchegarry et le Rabassol devenaient nécessaires, mieux, si leur présence s'imposait et s'expliquait dans l'expédition que je vous propose 1 — Gomment? — Si la Polonaise était du coup supprimée de la vie du prince et si, dans le voyage que je vois, la santé de votre fils, au contraire, s'améliorait. — Mais dites alors, dites, docteur, sauvez-nous, sauvez-le, sauvez-moi ! — Et la vie en yacht ? princesse. Un yacht de luxe comme il en mouille au port de Cannes, et parfois, ici même, au pied de la villa. Vous n'en êtes pas à trois cent mille francs près? — Ah ! vous pensez bien que je donnerais le double et plus encore pour sauver Sacha. — Un yacht de grand luxe, le Wladlmir ou VAlexandre? — Oh ! pas le Wladimir ! V Alexandre. Wladimir est un nom déjà porté qui appelle le malheur ! — Le Rabassol et l'Etchegarry installés à bord comme
seconds ou cuisiniers même, et les grandes croisières dans la Méditerranée, les escales le long de l'Adriatique : Venise, Trieste et Ravenne; les longs séjours dans les ports de Sicile, ces ports, dont les noms prononcés font hennir et frémir votre fils ; cela, je l'ai vu de mes yeux.
Les îles de l'Archipel et les villes de la Grèce! Voyez-vous cet avenir : un hiver à Corfou, un printemps à Palerme, l'été dans la baie de Naples, dans la fraîcheur ombreuse de la forêt de Castellamare, un peu de l'automne à Amalfi, la féerie de Pœstum et puis la course errante reprise dans l'infini des horizons changeants et leur libre allégresse; et puis après, ce seraient les Baléares et les ports d'Espagne : Carthagène, Malaga, Alicante et puis l'Afrique, et puis Malte, et puis encore Athènes; la vie à pleins poumons dans des décors de songe, entre le ciel et l'eau î — Oui, et vous viendriez avec nous, docteur, n'est-ce pas ? tandis que l'autre se consumerait ici d'impuissance et de rage. » Elle m'avait saisi brusquement les mains et ne nommait même pas la Polonaise : /'autre, elle la désignait de ce terme vague et autrement éloquent dans son imprécision. L'autre! toute une joie la possédait, moins de sauver son fils que de l'arracher à cette femme.
« Oui I je naviguerais bien avec vous pendant six mois, et pais vous me débarquerez quelque part, à Reggio ou à Salerne, en eau italienne? — Oui, c'est cela, là- bas, je ne crains personne; en Italie, je suis chez moi. On pourrait peut-être emmener la Polooaise !» Et un sourire aigu retroussait ses lèvres
blêmes, un bout de langue y pointait, caresseur et gourmand. Oh 1 pour détester la comtesse, la princesse Benedettra la détestait bien.
« Oui ! Mais comment décider Sacha, il a horreur de la mer, il y a toujours été malade. La plus longue traversée qu'il ait jamais faite a été de Naples à Palerme et, à l'aller comme au retour, il n'a pas quitté sa cabine. — Justement, le mal de mer le guérira : c'est >vingt-quatre heures à passer. Je réponds de sa santé une fois au large; mais voilà, comment l'amener à cela? — Ordonnez-lui le voyage. A la prochaine consultation conseillez le yacht et une croisière en Sicile, en Grèce, où il voudra ; insistez, convainquez-le. Je demanderai la consultation, docteur, c'est moi qui la ferai naître! — Oui, mais il faudrait l'y préparer, lui donner le désir de partir, la nostalgie de l'au delà. — Vous me dites que Sacha s'anime et revit au seul récit d'un voyage, qu'il a l'aventure dans le sang? —Certes, il a surtout le Rabassol en tète et c'est celui-là qu'il faut acquérir tout d'abord. Rien à faire sans lui et son ami, sans tous les deux d'ailleurs. Nous avons besoin du concours des deux hommes, il faut les faire sntrer dans notre projet, les associer à notre dessein ! — Mais, avec de l'argent? Ces gens sont besoigneux. En leur donnant une forte somme? — Ces gens-là sont, avant tout, des marins; ils aiment surtout la mer et s'ennuient déjà de ce long séjour à terre ; et puis jusqu'à nouvel ordre ils sont à la comtesse. Elle a toujours le prestige de la bienfaitrice; ils lui doivent leur fortune et ne se rendent même pas compte de leur pouvoir; il sera bien difficile de les détacher d'elle! —
;aire. — Absolument! Rien .îplirasans eux. IJ faudrait les sonder habilement, faire briller à leurs yeux le commandement du yacht, séduire les aventuriers qu'ils sont par l'existence de luxe et de liberté de la croisière, dont je vous parlais. Vos de-ux drôles n'y résisteraient pas; mais ent leur proposer la chose sans exciter leur défiance.' — Mon chapelain peut-être y parviendrait. Ils doivent être superstitieux, des marins ! — Non,1 votre Père Angelo est Italien, il n'aurait aucune action sur cet homme d'Àigues-Mortes. Laissez-moi y réfléchir. Nous trouverons, mais de la prudence et des précautions, princesse. Les trois quarts de cette maison domesticité et fournisseurs, sont aux ordres de la Schoboleska ! — Je suis sûre de Gourkau ! — Oui, je sais. Il pourrait, lui, négocier l'achat du yacht; mais il nous faut d'abord l'appui des hommes de joie. — Des hommes de... — Pardonnez-moi, princesse, le terme court; ii est de la Schoboleska. »