‹ Le vicomte C. de Léry [microforme]Chapitre 13 sur 76 · JU · texte numérisé non relu

JU

“ seaux anglais. Il était temps que Mr de Court arrivât. ‘ [l parut enfin. Alors commença une nouvelle action, ‘ impossible à décrire. Elle dura une heure entière, et ‘ la nuit seule vint séparer les combattants. Tous les ‘ vaisseaux étaient mêlés, et c'était partout une confusion ‘ incroyable.

‘“ Le lendemain, nous reprimes Le Poler, et comme les “ Espagnols avaient été fort maltraités, nous fimes passer “leurs vaisseaux sous le vent de notre Escadre. Les ‘ Anglais qui s'étaient ralliés, virent, yent arrière, pour “ les attaquer ; mais voyant M"f.e Court prèt à les recevoir, “quoiqu'il n'eut que dix-scpt vaisseaux de ligne, ils “ n’osèrent le faire avec va nombre presque double, et “ passèrent outre. Nos pertes ont été insignifiantes : “ nous d’avons eu qus trente ou quarante tués ou blessés. Il n’en pas été air.si du côté des Espagnols ; on porte à ‘ sept ou huit cents le nombre de leurs tués et blessés. « Celui des Anglais a été plus grand encore.

“ Notre armée de terre est commandée par le prince “de Conty. Avec celle de Don Philippe, elle s’est emparée, il y a deux jours. du Comté de Nice. Depuis ‘ que ces événements ont eu lieu, le Roi d'Angleterre a “envoyé à la Cour un Ambassadeur extraordinaire, “ portant des propositions de paix. C’est Milord Quinston. “ Puisse la paix être faite !

‘“ Je ne doute pas que mon frère ne fasse honneur à la & lettre de change que vous lui avez envoyée. Ma sœur “ me charge de vous faire ses compliments. Ma femme, “ mon fils aîné, le cadet, vous présentent leurs respects, % ainsi que ma petite fille. Croyez-moi toujours, mon ‘“ cher frère, votre etc. (Signé) CHaussEGros. ”

ie fils cadet, dont il est ici question à la fin de la lettre, est celui-là même qui devint plus tard Contre Amiral, et au sujet duqnel Mr Guérin s'exprime ainsi dans son Histoire maritime de France : “ Marin-Benoiït Chaussegros ‘ appartenait à une famille, qui, pendant près d’un siècle, ‘a fourni des Ingénieurs distingués à la Nouvelle-

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tt France. Né en 1737, entré au service en 1748 comme « Lieutenant des Gardes côtes du Bataillon de Toulon, “ fait Enseigne de port, dix ans après, Chaussegros n'avait “ pas tardé à comprendre que le service de port convenait “ aussi peu à son activité qu'à ses goûts, et, en dépit de “ son titre, il n'avait laissé échapper aucune occasion de “ s'embarquer. Il servait sur une frégate commandée “ par le savant Marquis de Chabert, dans l’Escadre de la “ Galissonnière, le vainqueur de Port Mahon, lorsque, & satisfait de lui, Le Marquis se l’attacha. En quinze & ans, de 1756 à 1771, Chaussegros prit part à douze cam- “ pagnes scientifiques ou militaires. Ayant obtenu en “1772 la permission d’opter entre le service de port et ‘ celui de vaisseaux, il ne balança pas un instant. Dès “ lors il avança rapidement. De Lieutenant de vaisseaux “ qu’il était en 1772, il devint Chevalier de S* Louis en “ 1773, Capitaine d’une Gompagnie d'Infanterie en 1774, “ Lieutenant Colonel en 1779, Capitaine de vaisseaux en ‘1780. La belle conduite qu’il tint sur le vaisseau le St, Esprit, au combat naval de la Chesapeack, lui valut ‘“ une pension. Enfin, en 1781, il fut fait Chef de Division. “Il occupait ce grade, lorsque survint la Révolution. ‘ Alors, après avoir été nommé Major d'armes à Toulon, ‘il fut élevé au poste de Commandant de la marine, ‘ puis, peu après, fut crée Contre-Amiral. On ne pouvait ‘ pas être investi de fonctions difficiles en des circons- ‘{ tances plus tragiques. Aussi, ne voulant ni sacrifier son ‘‘ passé, ni exposer son avenir, et se trouvant placé entre ‘ deux partis également extrêmes avec lesquels son hon- ‘*neur ne lui permettait pas de transiger, il prétexta ‘ des raisons de santé, pour demander sa retraite.”

Mr de Lery vécut encore sept ans. Il mourut à Québec au mois de Mars 1756, dans la soixante-quatorzième année de son âge, et fut inhumé avec beaucoup de pompe et au milieu des regrets universels. ‘ Le 23 de Mars 1756, ‘ portent les registres de Québec, a été enterré dans ‘ l'Eglise paroissiale de cette ville Mr Joseph-Gaspard

“ Chaussegros, Ecuyer, Sieur de Lery, Ingénieur en chef “ de ce pays. Chevalier de l'Ordre royal et militaire de St Louis. Etaient présents, Mr LeMoyne de Longueuil, ‘“ Lieutenant du Roi à Québec, Mr de Ramezay, Major ‘ de la place, et grand nombre d’autres de tout état et “ condition.” Mf° de Lery était morte treize ans auparavant, un an après son père qui décéda, à l’âge de quatre-vingt-trois aus, en 1742, et non en 1743, comme on nous l’a fait dire par erreur. Elle avait été également inhumée dans l'Eglise paroissiale de Québec.

De son mariage avec Melle de Beauvais, Mr de Lery avait eu, de 1720 à 1754, dix enfants, dont quatre avaient été enlevés à la fleur de l’âge : Marie-Gertrude, née en 1720 ; —René-Antoine, né et décédé en 1722 ;—Jeanne- Geneviève, née en 172% et morte cinq ass après ; —Joseph- Etienne, né et décéäé en 1724 Les survivants furent: Gaspard-Joseph , Marie-Madeleine-Régis , Louise-Madeleine, Charles, Josephte-Antoinette et Marie-Gilles.

Marie-Madeleine-Régis, l’ainée des filles, née en 1723, épousa à Québec, le 20 Avril 1751, Mr Louis LeGardeur de Repentigny. Le mariage fut béni par Mr de la Corne, Chanoïne de la Cathédrale. Parmi les personnes présentes, on remarquait MM. de St Ours, Capitaine ; Péan, Major ; de Bonne, de Montesson, des Meloises, de la Vallière, St Martin, de Lotbinière, Aubert de la Chesnaye, Foucault; ?2s Dames et les Demoiselles de Beaujeu, des Meloises, de Lery. Mr de Repentigny, dont Melle de Lery accepta ainsi la main, était fils de Mr Jean-Baptiste le Gardeur de Repentigny, Lieutenant d'Infanterie, et de Dame Catherine Juchereau. Comme nous devons, par la suite, reproduire plusieurs de leurs lettres, on nous permettra d'ajouter ici quelques détails à ce que nous avons déjà dit ailleurs sur la famille de Repentigny.

Suivant une généalogie qui nous a été communiquée par la gracieuse Demoiselle C. de Lery, de Ste Marie de la Beauce, Mr Louis de Repentigny était arrière-petit-fils de Mr Pierre LeGardeur de Repentigny, qui, le premier,

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de concert avec Mr Charles de Tilly, son frère, vint s’étahlir dans la Nouvelle-France, et eut cinq enfants : Jean- Baptiste, Villieu, du Ponceau, Catherine et une autre fille.—Jean-Baptiste, l’aîné, ayant épousé Melle Marguerite Nicolet, fut, comme il a été rapporté, père d’une nombreuse postérité. Outre les enfants que nous avons déjà nommés, le Gardeur de St Pierre, le Gardeur de Courtemanche, etc. il eut encore LeGardeur de Croisille, Tean- Paul qui épousa Melle Josephte LeNeuf de la Vallière, et pl: sieurs filles, dont une se fit Religieuse à l’Hôpital- Général de Québec, sous le nom de Sœur de la Visitation.— De son mariage avec Melle Agathe de St Père, Pierre le Gardeur , fils aîné de Jean-Baptiste, laissa plusieurs enfants, ent autres : Jean-Baptiste qui, alors qu'il était Lieutenant, périt dans un combat contre les Sauvages ;— Agathe qui fut quelque temps Seigneuresse de Repentigr y. et qui, après la mort de son mari, Mr Gouät des Gruis, Conseiller à Québec, se retira, ainsi que Marie- Catherine, sa sœur, à l’'Hôpital-Général de Villemarie, où elle mourut ; — Michel qui, après avoir reçu le jour à Repentigny en 1679, mourut en 1763 ;—et Madeleine qui se fit Ursuline à Québec.—Issu du mariage de Jean- Baptiste, tué par les Sauvages, et de Dame C. Juchereau, Mr L. de Repentigny, époux de Melle de Lery, passa en France, après la conquête, de concert avec ses frères, devint Brigadier des armées, et, comme il a été dit, fut fait Gouverneur Général du Sénégal. Telle avait été la bravoure du Commandant du Bataillon de Montréal, à la bataille de Ste Foye, que le Chevalier de Lévis ne craint pas de s'exprimer ainsi dans son journal des opérations militaires : ‘* Le Bataillon de la ville de Montréal,

1 La Seigneurie de Repentigny fut vendue, en 1764, par le Chevalier de Repentigny, à Mr Jean-Baptiste Normand qui la revendit à son tour, en 1771, à Mr G. P. Christie qui la légua, en 1842, à M: G.H. Gordon, lequel l’échangea, en 1846, avec Mr H. O. Andrews, contre une maison. Ce dernier l’a vendit, en 1848, à feu L. M. Viger, de sorte ge ee Seigneurie appartient aujourd’hui à son épouse, née Delle

aribault.

‘“ sous les ordres de M' de Repentigny, a servi avec le ‘ même courage que les troupes réglées.” En 1750, conjointement avec Mr de Bonne qui fut tué,comme on l’a vu, à cette bataille, M'de Repentigny avait obtenu, au Sault Ste Marie, une vaste concession de six lieues de front sur dix de profondeur, le long de la rivière qui sépare les deux lacs C’est cette riche propriété qui a depuis doublé de valeur, que reclament aujourd’hui ses héritiers. De son mariage avec Melle de Lery, le Chevalier de Repentigny eut un fils: Louis LeGardeur, depuis Capitaine de vaisseaux. Celui-ci épousa à la Guadeloupe Melle Marguerite le Prevost Duquesr'el, et en eut trois fils, dont deux sont morts sans laisser de postérité. Antoine - Camille Le- Gardeur, celui des trois qui eut des enfants, s'était aussi marié à la Guadeloupe. Il avait épousé Melle Aimée de Ganthiaume qui lui donna un fils et trois filles. Suivant desinformations que nous regardons comme très-exactes, une de ses Demoiselles, Melle Honorine, est devenue l'épouse de Léon Formose, Marquis de Barbençois, ! Chevalier de St Louis et de la Légion d'Honneur, et Sénateur.

Louise-Madeleine, sœur de la précédente, née en 1726, fit alliance avec M* Michel Chartier de Lotbinière, ainsi qu’il a été rapporté ailleurs. Le mariage eut lieu à

1 ‘“ Le Marquis de Rarbançois, né le 24 Mars 1792, et mort en ‘1863, dit la Minerve, appartenait à une famille très-ancienne qui ‘ jouit, dès le XIe siècle, des honneurs de la Cour et se distingua par ‘“ ses services militaires et ses alliances. En 1826, il avait épousé 4 Melle H. LeGardeur de Repentigny, arrière petite fille du Chevalier “ Louis de Repentigny, Gouverneur du Sénégal et concessionnaire, “ avec le Chevalier de Bonne, de la Seigneurie du Sault Ste Marie. ‘“ C'est à son infatigable énergie et à son activité persévérante qu'est ‘“ due la revendication de cette immense propriété qui aujourd’hui ne ‘“ contient pas moins de neuf Townships, avec un très-florissant village. ‘# Par ses démarches, il est parvenu à faire passer cette grave affaire ‘“ du Congrès devant les tribunaux des Etats-Unis.” S'il est bien avéré qu'à raison des lois portées lors de l'Indépendance, les seuls héritiers raconnus par l'Etat, soient ceux qui sont restés dans le pays, cette succession reviendrait de droit à la famille de Lery. Quoiqu'il en soit, le Gouverneur du Sénégal ne doit pas être confondu avec le Gouverneur de Mahé, comme nous l'avons fait à tort, en nous appuyant mal à propos sur d’autres écrivains, ainsi que la suite le fera voir,

Québec, le 20 Novembre 1747, et fut béni par Ms Pontbriand, au milieu d’un grand concours de parents et d'amis, parmi lesquels on distinguait MM. Chartier de Lotbinière, prêtre, Duchesnay, Charles Chaussegros de Lery, officier dans les troupes, François Martel de Brouage, Godefroy de Tonnancour, Boucault, Chanoine de la Cathédrale, des Meloises, Joseph de Lery, et grand” nombre de Dames et de Demoiselles. Me de Lotbinière mourut à Vaudreuil, à l’âge de quatre-vingts ans passés, non en 1802, ! comme on nous l’a fait dire, mais en 1807. On ne peut rien ajouter à l’éloge qui en fut fait: ‘ D'une “beauté remarquable, M* Louise-Madeleine de Lervy, veuve de Michel Chartier, Marquis de Lotbinière, Che- ‘“ valier de St Louis, conserva jusque dans son extrême &“ vieillesse ces manières distinguées qu’elle avait con- “ tractées dans sa jeunesse et qu’elle tenait de famille. ‘ Aux dons de la nature, elle joignait un esprit cultivé et “ une grande variété de connaissances. Elle s’en servit “ constamment pour le bonhevr de sa famille, le bien ‘être et le soulagement des pauvres. La solide piété. dont elle avait donné des preuves si touchantes pendant ‘ toute sa vie, la soutint à ses derniers moments au milieu ‘ de ses longues et cruelles douleurs. On ne pouvait se “ lasser d'admirer sa patience et son courage. Ses funé- ‘ railles ont eu lieu le quatre de ce mois au milieu d’un “ immense concours de personnes que le mauvais temps “ n'avait pu empêcher d’accourir des Paroisses voisines, ‘et qui tenaient à donner à l’illustre défunte, ainsi qu’à ‘sa famille, cette dernière marque de leur estime, de “ leur attachement et tout à la fois de leurs regrets. Ses

Malgré le soin que nous avons pris de vérifier les dates et de donner aux noms leur véritable orthographe, quelques erreurs typograhiques nous ont échappé. Ainsi, on a mis à tort Dollar, au lieu de

ollard, 26 au lieu de 16 ; de Tresnoy, au lieu de Fresnoy; dix, au lieu de six, en parlant de Mr C. Lemoyne, 1685, au lieu de 1785, en parlant du Colonel de St Ours, etc. Le lecteur éclairé saura rectifier de lui-même.

‘ dépouilles mortelles ont été déposées dans l'Eglise de ‘“ Vaudreuil.”

De son mariage avec Mr de Lotbinière, Melle de Lery avait eu, comme il a été dit, un fils et une fille. C'est ce fils qui devint, après l’Honorable Panet, Orateur de la Chambre d'Assemblée. Il décèda en 1822 et non en 1821, à Montréal et non à Vaudreuil, comme on nous l’a fait dire. Voici, avec les lignes que lui consacrèrent les journaux du temps, le magnifique éloge qu’en fit le vénérable Mr Roux, Supérieur du Séminaire, en remettant sa dépouille mortelle au Curé de Vaudreuil: ‘‘ Est décédé ‘en cette ville l’'Honorable M. E. G. Alain Chartier de ‘ Lotbinière, Ecuyer, Seigneur de Lotbinière, Vaudreuil, ‘ Rigaud, etc, membre du Conseil Législatif, à l’âge de ‘ soixante-et-treize ans et quatre mois. Il laissse une ‘ épouse et trois Demoiselles, pour lesquelles sa perte est ‘au-dessus de toutes consolations. Distingué par son ‘ amabilité, sa tendresse pour sa famille, son zèle pour ‘ le service de son Roi, son amour pour son pays et sa ‘ charité pour les pauvres, il emporte les regrets de tous ‘“ les bons citoyens. Sa mémoire vivra dans le souvenir ‘ de tous ceux qui ont eu l'avantage de le connaitre. Le “ quatre de ce mois, ses restes mortels, accompagnés de ‘tout le Clergé, ont été portés, au milieu d’un grand

‘concours de personnes des plus respectables de cette “ ville et des Paroisses voisines, à l'Eglise paroissiale, où “ un Libera a été chanté solennellement. Après la céré- “ monie, le Révérend Mr Roux, Grand Vicaire, s’adressa “ en ces termes au Révérend Mr Archambault, Curé de “ Vaudreuil, venu pour recevoiret accompagner le convoi “jusqu'à Vaudreuil, lieu de la sépulture : ‘“ Monsieur, ‘je vous remets Le corps de notre cher frère Chartier de “ Lotbimière. Si je vous disais ce qui le rendait hau- ‘“ tement recommandable dans la société, je vous parlerais ‘ du rang qu'il y tint, de ses titres, de ses richesses, de ‘ l'estime dont il jouissait; mais tout cela s’est éclipsé “ devant la mort. Il ne lui reste que le bonheur qu’il a

“eu de naître, de vivre et de mourir dans le sein de « l'Eglise. 11 ne lui reste que son amour inaltérable pour & la Religion, son amour tendre pour les pauvres. Il ne “lui reste que la patience qu’il a témoignée dans ses « douleurs, que la foi vive et la piété tendre avec les- “ quelles il a reçu les sacrements de l'Eglise. Nous “ espérons que Dieu l'aura reçu dans sa miséricorde. “ Mais comme sa justice est bien sévère, je le recommande, “ Monsieur, à vos prières et à celles de votre peuple qui “ va recevoir ses cendres, comme il reçut ses bienfaits. # Nous prierons avec vous pour ce cher défunt. Nous ne “ cesserons de présenter à la bonté divine notre fidèle et honorable ami, dont la mémoire nous sera toujours “chère.” Après ce discours, le convoi se rendit à l’ex- “trémité de la rue Notre-Dame, où il s'arrêta pour ‘ prendre les corps de trois des enfants de Pillustre “ défunt, décédés en cette ville à différentes époques, et ‘“ exhumés d’après les ordres qu'il en avait donnés, afin “qu’ils fûssent tous réunis dans un même tombeau. “ Alors les bières furent mises dans les charriots mor- “ tuaires qui s'acheminèrent vers Vaudreuil, suivis de ‘ Mr Archambault, de Mr de Bellefeuille, prêtre du Sémi- “ naire, de plusieurs citoyens respectables de cette ville, & et d’un grand nombre des habitants les plus notables de # Vaudreuil, venus tout exprès pour rendre à un Seigneur ‘‘ respecté et regretté les derniers devoirs qu’ils pussent ‘ lui rendre en ce monde.”

Charles, unique fils survivant avec Joseph-Gaspard, fut un vaillant guerrier. Dès 1740 il faisait son entrée dans les troupes. Il avait reçu le jour à Québec le 16 Mai 1729, et avait eu pour parrain le Marquis de Beauharnois et pour marraine Melle Angélique Chartier de Lotbinière, épouse de Mr des Meloises, Lieutenant dans les troupes. N'ayant encore que dix-sept ans, il prit part, en 1746, à l'expédition de Mr de Ramesay, en Acadie, et se fit remarquer par son courage. Mrdela Jonquière ayant pris le commandement de la flotte après la mort du Duc d’Anville,

le jeune Enseigne le suivit à Port Royal. L'année suivante, il fit la campagne des Mines sous les ordres de Mr de Villiers et se trouva au combat où les troupes anglaises furent défaites. Quatre ans après, ayant été fait Lieutenant, il concourut à l'établissement de Beauséjour que Mr des Herbiers, Commandant à l'Ile Royale, avait jugé à propos d'entreprendre. M" d’Eschaillons commandait alors à la frontière de l’Acadie. S'étant décidé, de son côté, à se fortifier à la Baïe Verte, M' de Lery l’aida à élever le fort Gaspareaux, dont il eut le commandement une partie de l'année. De retour en Carada, l’année suivante, il fut envoyé par M' Duquesne à la Belle-Rivière, où Mrde Boishébert, à la tête de trois cents hommes, avait ordre de repousser les traitants anglais. Peu après, Mr de la Galissonnière l’associa à son père pour travailler aux fortifications de Québec. Il revenait alors d’une expédition sur le lac Erié, où le Capitaine Marin venait, par ordre du Gouverneur, d'élever les forts de la Presqu’Ile et de la Rivière-aux-Bœufs. Cinq ans après, en 1758, il repassa en Acadie, et fut un des défenseurs de l'Ile Royale. Après la prise de Louisbourg, il fut conduit en Angleterre, et de làen France. Le Ministre de la marine était alors M' Berryer. Par son ordre, M' de Lery s’em- -barqua le 11 Avril, à Bordeaux, sur le navire la Fidélité, commandé par le Capitaine Canon. Il y avait dix-huit jours que ce vaisseau avait mis à la voile, lorsque le 29 il sombra en pleine mer. ‘“ Sur cent-cinquante que nous ‘ étions, écrit M" de Lery, je suis le dix-huitième qui ai échappé au naufrage. Tout le reste a péri.” Rentré en France à la suite de ce désastre il se rendit à Rochefort, où commandait Mr d’Aubigné, et prit du service sur La Cunégonde, vaisseau du Roi. Après une campagne de dix mois, il fut fait Capitaine. C'est alors qu’il passa à la Nouvelle-Cayenne, où il mourut en 1767. ‘J'ai une “triste nouvelle à vous annoncer, écrivait à son frère ‘* Joseph-Gaspard, le 22 Avril 1768, Mr de Landrieff, son “ beau-frère. Nous venons d'apprendre la mort de votre

“ frère qui commandait à Kouroux. C’est Mr Fiedemont «“ qui en fait part au Chevalier de Repentigny. Il lui écrit “ qu’il est mort des fièvres et qu’il a chargé Mr de Ligneris “ de régler ses affaires. Je suis très-affecté de cette mort ; “ mais en cela, comme en tout le reste, il faut nous con- “ former à la volonté du Seigneur.”

Josephte- Antoinette, la troisième des filles, née à Québec le 4 Juillet 1729, ne se sentant aucun goût pour le monde, se fit Religieuse à l'Hôpital-Général de Québec, où elle prononça ses vœux au mois de Mars 1749, ainsi qu'en fait foi l’acte qu’on va lire : “ Le 10 Mars 1749, à “la demande de Delle Josephte-Antoinette Chaussegros “ de Lery, présentement Novice au Monastère de l'Hô- “ pital-Général de Québec, et requérant les Dames Reli- “ gieuses de cette Communauté de vouloir bien l’admettre “ à la profession, se sont assemblées, au son de la cloche : “ les Révérendes Mères, Dame Marie-Josephte LeGardeur “ de Repentignv, dite de la Visitation, Supérieure, Dame “ Marie-Charlotte de Ramezay, dite de S' Claude, Assis- “ tante, Dame Marie-Charlotte Beaudoin, dite de St Agnès, “ Maîtresse des Novices, Dame Dorothée Lessard, dite ‘de Ste Thérèse, Dame Marie-Josephte Juchereau Du- “ chesnay, dite de l'Enfant Jésus, toutes deux Déposi- “taires, et ont consenti volontairement à prendre et à ‘* admettre la dite Demoiselle Chaussegros de Lery pour ‘“entrer en Religion dans leur Monastère, en qualité de ‘ Sœur de Chœur, sous le nom de Sœur Ste Marie. Et ‘ pour satisfaire à sa dot, fixée à trois mille livres par Sa ‘* Majesté pour les Religieuses de ce pays, Mr Gaspard ‘ Chaussegros, Sieur de Lery, Chevalier de l'Ordre mi- “ litaire de St Louis, Capitaine d'Infanterie et Ingénieur ‘* en Ghef de ce pays, aussi présent, a payé comptant, en ‘ monnaie ayant cours dans ce pays, la somme de deux ‘mille livres qui, avec la somme de mille livres, dont ‘les Dames sont tenues pour un tiers de dot. accordé à “ la dite Demoiselle, forment celle de trois mille livres. “ En foi de quoi, et après lecture faite des présentes, les

‘ dites Dames, ainsi que Mr Chaussegros, Sieur de Lery, “ ont signé.” Après une vie passée dans la pratique des plus touchantes vertus, la Mère St Marie s’éteignit doucement dans le Seigneur, à l’âge de quatre-vingt-dixneuf ans, et alla recevoir la récompense qui l’attendait au Ciel.

Marie-Gilles, la plus jeune des Demoiselles de Lery, née en 1732 et tenue sur les fonts baptismaux par Mr Hocquart, Intendant du Canada, et par Delle Pecaudy de Contrecœur, épouse de Mr Péan, Capitaine dans les troupes, fut celle qui contracta mariage avec Mr Jean- Marie Landrieff, Commissaire pour Sa Majesté très Chrétienne en Canada. Mr Landrieff était fils de Mr Gabriel-Alexis Landrieff des Bordes, Conseiller du Roi, Président au Siége de la Marche, et de Dame Marguerite Mercier, d'Aubusson, Diocèse de Limoges. La cérémonie du mariage eut lieu à Montréal, où résidait alors la famille de Lery, le 25 Juin 1761. Parmi les personnes marquantes qui signèrent le contrat, on trouve le nom des suivantes : Roch de St Ours, Pierre Landrieff, LeMoyne,

René Pecaudy de Contrecœur, Dufy Desaulniers, Jacques Lemoine, Veuve de Beaujeu, Lisette de Beaujeu, Charlotte de Beaujeu. Peu après la célébration de ce mariage, M® de Landrieff passa avec son mari en France, et alla s'établir à Tours, d’où nous la verrons écrire à sa famille du Canada.

[lo JOSEPH-GASPARD CHAUSSEGROS DE LERY.

Mr Joseph-Gaspard Chaussegros de Lery, fils aîné du précédent, reçut le jour à Québec, le 20 Juillet 1721. Entré de bonne heure dans le Génie, il égala, si même il ne surpassa son père. Homme de science et homme de main, dit fort bien Mr Bibaud, : il fut à la fois Ingénieur

! Nous sommes heureux de rencontrer encore une fois le nom de M: Bibaud, auquel le pays a des obligations pour les travaux historiques qu’il a entrepris. Héritier du zèle, de l’application et du patriotisme de l’auteur de l'Histoire du Canada sous la dominalion anglaise,

savant et intrépide guerrier. On a de lui un In-folio, de près de six cents pages, traité complet de l’art des fortifications, avec de magnifiques dessins, entièrement de sa main.

Il n'avait encore que dix-huit ans lorsqu'il fut chargé de préparer les voies à la campagne contre les Chicachas, dont on a parlé. Voici l’ordre qu'il reçut à cet effet de l'Ingénieur en chef de la Louisiane : ‘ Mr Chaussegros “ de Lery est chargé d'aller, avec un détachement, recon- & naître la route qu’il convient de tenir pour se rendre “ d'ici aux Chicachas et d’en dresser une carte. Il se fera ‘ accompagner de Sauvages qui lui serviront de guides. “ Il remarquera la pente des terres, la chûte des eaux, ‘“ marquant avec soin les endro:‘s capables de porter du “ canon et les bas fonds que l’on devrait combler de fas- “ cines. Il notera aussi le nombre des rivières et en “ mesurera la profondeur, indiquant celles que l’on peut “ passer à gué, et celles sur lesquelles il faudra jeter des “ ponts. Il n'oubliera pas, non plus. de voir s’il y a sur “le parcours de sa route, des bois en quantité suffisante “ pour construire des ponts et des cannes pour la subsis- ‘“ tance des chevaux. En partant d'ici, après s’être bien “ orienté, il balisera la route, en faisant, des deux côtes, “ des entailles dans les arbres, mesurera la distance à ‘“ parcourir, en comptant ses pas, et marquera le temps ‘ qui est nécessaire pour se rendre aux Chicachas. Il ‘ pourra revenir par une autre route, s’il le juge à propos. ‘ En ce cas, il la balisera comme la première, afin que l'on puisse choisir celle qui est préférable. Toutefois,

Mr M. Bibaud a contribué pour sa bonne part à faire étudier et connaître l’histoire du Canada. Ses publications sur les anciennes tribus sauvages, les personnages illustres du pays, les événements les plus importants de la Colonie, etc., fruit de patientes recherches, et qui ne forment pas moins de quatre volumes, lui donnent un droit incontestable à la reconnaissance de ses concitoyens. Le compte-rendu qu'ont fait, dans le temps, de ses ouvrages la plupart des journaux, dit assez que] en est le mérite. Mr Bibaud est Doyen de la Faculté de Droit et professeur de Législation au Collége Ste Marie.

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