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il ne sera pas obligé d’en relever la carte. Fait au fort “ de l'Assomption, ce 29 Novembre 1739. (Signé) BrouTIN.”
Lorsque Mr de Lery entreprit cette mission lointaine ei des plus fatiguantes, il était Sous-Ingénieur. Il avait été nommé à sette place au commencement de cette même année, ainsi qu'on peut le voir par le document suivant: ‘ Sa Majesté estimant à propos d'établir un ‘“ Sous-ingénieur en Canada, et sachant que le Sieur Chaussegros de Lervy, fils, est au fait du Génie et pos- “ sède toutes les qualités nécessaires pour se bien “ acquitier de cet emploi, Elle l’ordonne et l’établit Sous- “ Ingénieur en Canada. Fait à Versailles, le 1er Janvier &« 1739. (Signé) Louis.”
Après quelques mois d’une marche pénible, Mr de Lery était de retour en Canada. C'est alors qu’il reçut de Mr Broutin tes félicitations: ‘ Mr Chaussegros de Lery, “ chargé de tracer le chemin des Chicachas et d'y mener ‘ de l’artiilerie, s'est acquitté de cette commission et de ‘ plusieurs autres qui lui ont été confiées avec un succes “qu: témoigne de sa rare capacité. Au fort de l'As- “ somption, 11 Mars 1740, (Signé) Brourin.”
Trois ans après cette expédition, au succès de laquelle ileut une large part, Mr de Lery fut chargé par Mr de Beauharnois de conduire un détachement au fort St Frédéric. C'était au mois de Mai 1743. Deux mois après, le même Gouverneur lui: donnait ordre de mettre ce fort en état de défense, d’y achever la prison et de prendre au fort Chambly l'artillerie qu'il croirait nécessaire. Le Commandant du fort St Frédéric était alors Mr de Fondeville. Làä promptitude avec laquelle le Sous- Ingénieur s’acquitta de ces opérations, porta Mr de Beauharnois à lui confier, l’année suivante, le soin d'élever plusieurs forts, enjoignant aux Capitaines et aux Commandants des milices de lui fournir tous les secours dont il pourrait avoir besoin, et lui laissant la faculté de donner des décisions dans les difficultés qui ReNTRARe surgir au sujet des repartitions.
Mr de Lery avait à peine commencé ces travaux, qu'il fut encore requis de mettre l’artillerie de Montréal en état de service. Cinq mois furent ainsi employés, tant à construire des forts dans toutes les côtes du gouverne. ment de Montréal, qu’à réparer et à rompléter l'artillerie de cette ville. Alors, il fut chargé d'une entreprise non moins importante : ce fut de mettre Montréal à l’ab\i de toute surprise, comme on peut le voir par l’ordre qui lui fut donné et qui est ainsi conçu: ‘ Mrde Beaucourt, “ Gouverneur de Montréal, nous ayant représenté que, # lorsqu'on a établi les fortifications de cette ville, on ‘“ avait fait autour de l'enceinte seize portes, dont huit ‘“ grandes, pour la commodité des charrois et des trans- “ ports, et huit pour faciliter aux habitants les moyens “ de puiser de l’eau, en cas d'incendie, ce qui n’est que “trop fréquent et trop dangereux dans un pays où les “ maisons sont couvertes en bois ; et que ces mesures qui & n’offraient alors aucun inconvénient, le pays étant en “ paix avec ses voisins, dont il n'avait rien à craindre, “ étaient contraires à ce que demande la sécurité de “cette place, aujourd'hui que la guerre est déclarée ‘entre la France et l'Angleterre, nous avons jugé à ‘“ propos de prendre tous les moyens possibles, afin “ d'éviter les surprises. Le Sieur de Beaucourt nous ‘ayant donc remontré que ce nombre de portes était “ trop considérable pour qu'il fût possible de les garder,
et qu'il était même impossible de pouvoir les ouvrir et
“ fermer chaque jour, ayant égard à ces représentations, ‘et tout à la fois au bien du service et à l'utilité publique, “ nous avons fait réunir MM. de Beaucourt, Gouverneur, “ de Gannes, Lieutenant du Roi, Michel, Commissaire- “ Ordonnateur, de Longueuil, Major de la place, et de “ Lery, Ingénieur: Leur avis pris et tout considéré, “nous ordonnons de faire murer et condamner quatre ‘“ des petites portes qui sont les moins utiles et dont le “ public peut se passer, savoir: celle qui aboutit au ‘“ moulin du Côteau, près des canons ; celle qui est près
“ du hangar et qui est contiguë à la maison du Sieur “de Contrecœur ; celle qui se trouve sur le glacis au “ bout de la rue St Paul et qui touche à la maison de ‘ Mue de la Chauvignerie ; et enfin la petite porte qui est “vis-à-vis Près-de-Ville. Nous ordonnons de fermer “ également les quatre autres petites portes, mais seulement pendant le temps de la guerre, et de les fortifier “ en dedans par des madriers placés debout, de manière ‘qu'on ne puisse les forcer, voulant qu'il en soit fait de “ mêne pour celle des frères Charon, que nous croyons “ devoir supprimer aussi pendant la durée de la guerre, “ et ne conservant que les sept autres grandes portes que “ Mr de Beaucourt fera ouvrir et fermer, suivant les cir- ‘“ constances, pour l'utilité publique. En conséquence “ de ces ordres, le Sieur de Lery, Sous-Ingénieur, est “ chargé de faire exécuter incessamment ces travaux. “ Montréal 24 Mai 1744. (Signé) BEAuHARNoIS.”
L'année suivante, Mr de Lery fut prié de passer au fort Chambly, afin d'y faire les réparations qu’il avait faites, en 1743, à celui de S' Frédéric, d'y construire des bâtiments pour une garnison plus considérable, et, en même temps, de visiter de nonveau le fort S' Frédéric et d'y ajouter les fortifications qu'il croirait les plus nécessaires pour la sûreté de cette place. La plus grande partie de l’année 1746 fut employée à ces divers travaux., Au mois de Mai de l’année suivante, craignant que le fort S* Frédéric ne fût attaqué, Mr de Beauharnois l’envoya en toute diligence renforcer le détachement de Mr de Rigaud, afin de contenir les Colonies voisines, de plus en plus menaçantes. La résolution ayant alors été prise de porter la guerre dans la Nouvelle-Angleterre, un détachement de Français et de Sauvages fut formé. Pour le commander, il fallait un homme de cœur. Le choix tomba sur M de Lery. Le succès prouva qu’on n’avait pu faire un meilleur choix. Mr de la Galissonnière qui avait succédé à M" de Beauharnois, félicite en ces termes le jeune officier: Québec 26 Octobre 1747. J'ai reçu avec grand plaisir,
« Monsieur, le rapport qui m'a été fait de la campagne “ que vous venez d'entreprendre contre les Anglais et la “ nation des Agniers et des Loups, et où vous avez pris “et brûlé un fort. Si les Sauvages que vous aviez avec “ vons, avaient eu aussi bonne volonté que vous, votre “ succès aurait été plus grand encore ; mais avec ces ‘ gens là, il faut se contenter d'en tirer ce que l’on peut. “ Je vous fais mes compliments sur le mariage de Made- “ moiselle votre sœur avec Mr de Lotbinière. Je suis “ avec une parfaite estime, Monsieur, votre etc. (Signé) ( La GALISSONNIÈRE.”
Comprenant qu'il était de la dernière importance de mettre le fort S' Jean en état de défense, comme on l'avait fait pour ceux de Chambly et de S' Frédéric, le nouveau Gouverneur s'empressa d'y envoyer M" de Lery, au mois de Mars 1748. Et afin de donner à l'Ingénieur les moyens de faire avancer les travaux, sans en être détourné, en même temps qu’il l’autorisait à y employer les habitants de Chambly et de Ste Thérèse, il l’établissait Commandant du fort, et même lui donnait la faculté d’en construire un nouveau, s’il le jugeait à propos. N'ayant pas voulu se déterminer par lui-même à choisir un emplacement, M' de Lery en écrivit à M de la Galissonnière qui lui fit la réponse suivante. Comme tout ce qui se rattache au fort S' Jean, emprunte un nouvel intérêt aux événements qui s’y passèrent en 1775, on aimera à la lire : ‘ L’incertitude où vous êtes, Monsieur, par rapport “ à l'emplacement de votre fort, m'embarrasse beaucoup, “ car les fautes qui se font en cette matière, se réparent ‘‘ rarement, et il me paraît difficile de décider ce que “vous même qui êtes sur les lieux, n’osez décider. Il ‘€ faut sans doute éviter de bâtir dans un endroit où l’on ait à craindre que la crue des eaux n’endommage les “ ouvrages ; mais il me semble que vous n'avez rien à “ redouter de ce genre: 1v parce que la rivière, vis-à-vis “ le fort, n’a que six ou sept arpents, et qu’elle ne peut “ par conséquent le battre, quelque temps qu'il fasse ;
‘20 parce qu'il y a très-peu de courant dans cetendroit, et ‘€ que dès lors, ni l’eau, ni les glaces, ne peuvent emporter “les terres, surtout si on les protège au moyen d’une ‘ rangée de pieux. Néanmoins, je crois plus avantageux “ et plus-sûr de laisser, entre le fort ot la rivière, une espla- “ nade de treize toises. L'inégalité du terrain étant peu “ considerable, vous pouvez y remédier en comblant les “bas fonds. Du reste, il n’est pas nécessaire que toute “ l'enceinte du fort soit parfaitement de niveau : il suffit “ que les Bastions le soient. L'important est que rien ne “ les domine au dehors, autrement ce fort deviendrait inu- “tile. Mandez-moi le parti que vous avez pris et croyez- ‘* moi très-parfaitement, Monsieur, votre, etc. (Signé) La GaLissonNiÈèREe.” Cette lettre était du 4 Juin 1748. Par celle du 17 Juillet, le Gouverneur lui marque qu'il espérait qu’il aurait assez de Sauvages pour repousser l'ennemi, les Agniers ne pouvant se hasarder à attaquer un endroit où il y avait tant de monde sous les armes. Quant aux malades, ajoutait-il, il vaut mieux qu’il en ‘“ coûte quelque chose au Roi, pour les faire tran: orter ‘à Montréal, que d'établir à St Jean un Hôpital. où ils “ seraient exposés à communiquer la peur aux autres.” Il termine en lui annonçant que MM. de Beaujeu et Varin lui ont fait beaucoup d’éloges de son fort. ‘“ Vous avez “ éié contrarié dans vos opérations par les maladies, lui “ mandait-il par celle du 10 Août; mais vous avez été “ bien favorisé par le temps. Aussi, j'espère que votre * fort sera en état, cet automne, de loger la garnison.” Dans sa lettre du 10 Septembre, il lui disait : “ Monsieur “ votre père m'a remis les plans et les profils du fort S* ‘ Jean: j'en ai été très-satisfait” Enfin, quatorze jours après, M" de la Galissonnière lui écrivait encore : “ Les ‘ éspérances que vous me donnez de la fin de votre ou- “ vrage, me font plaisir, ainsi que l'idée favorable que vous avez du chemin qui a été fait. J'approuve fort “ que vous restiez à S' Jean, tant que vous aurez de l’ou- “ vrage pour employer-le monde.”
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Par les travaux qu'il avait exécutés de 1743 à 1748, Mr de Lery avait mis le gouvernement de Montréal en état de se défendre, si le Canada était attaqué de ce côté. L'année suivante, il rendit un nouveau service au pays: ce fut de prendre une connaissance exacte de tout le littoral, à partir de Montréal jusqu’au Détroit, et d’en faire un rapport circonstancié. Voici l’ordre qu’il reçut à cet effet du Gouverneur. On a dit que Mr de la Galisonnière ét; un savant: l'instruction suivante prouve jusqu’à quel point il poussait les investigations sur toutes sortes de matières. ‘“ Le Sieur de Lery se rendra au Détroit ‘ avec le convoi de Mr de Sabrevois. Comme le but prin- “ cipal de sa mission est de se procurer et de fournir sur “ce pays des connaissances plus exactes que celles que “ l'on a eues jusqu’à présent, il aura attention à se con- # former à ce qui suit :
‘ Jo Il emportera avec lui un ou deux compas de route “et un plomb de sonde de deux ou trois livres. Il tiendra ‘un journal exact, à commencer du jour de son départ “jusqu'à celui de son retour; et quand il s’arrêtéra “ quelque part, il transcrira ce qu’il aura noté les jours ‘: précédents, ayant soin d'envoyer cette partie de son ‘ journal au Gouverneur par le Commandant du poste.
“ Ile Il marquera chaque jour la route qu’il aura faite & afin que l’on sache combien de temps! faut pour mon- “ter au Détroit, sans tenir compte de l'estimation des “ voyageurs, dont néanmoins il prendra note. Il fera une ‘“ estimation de ce qu’il en coûterait pour le portage le ‘“ plus aisé et le plus sûr.
Ile Il notera les découvertes qu’il aura faites dans “ les différents endroits où il a séjourné, sans faire men- ‘ tion de la rencontre des Sauvages, ce qui regarde le “ Sieur de Sabrevois.
‘ IVo IL prendra tous les jours la hauteur du soleil, “ particulièrement à Frontenac, au lac Ontario, à Nia- ‘€ gara, au lac Erié, à l'Ile aux Bois blanc et à Détroit, ‘Cet, lorsqu'il ne le fera pas, il dira les raisons qui l'ont
“ déterminé à en agir ainsi Le 8 Août, il doit y avoir “ une éclipse de lune. Ce jour-là, il prendra l’heure du “ midi sur le soleil, et observera ensuite à quelle heure “ a commencé et fini l'éclipse : elle doitcommencer à cinq “ heures et demie du soir, pour finir vers huil heures “trois quarts; si sa montre avance, ne fût-ce que d’une “ minute, il eu tiendra compte.
“ Vo Dans tous les endroits par où il passera, il tiendra ‘ un compte exact de la qualité des terres, de la variété “ des bois, du nombre des rivières et des montagnes, “ ainsi que de leur prolongation. En montant la rivière “ Cataracoui en particulier, il fera mention de ses chûtes, ‘* st remarquera s'il n’y aurait pas moyen de. rendre sa ‘“ navigation plus sûre, en faisant quelques dépenses, ‘ dont il donnera l'estimation. S'il rencontrait sur son “chemin quelques terres, renfermant des mines, il ne ““ manquerait pas de l’enrégistrer, et, s’il était possible, il tâcherait d’en extraire des échantillons et de les . apporter. Egalement, il aura soin de récueillir quelques “ graines des plantes qu’il rencontrera, et dont le nom se “ trouve dans le livre qui lui sera remis.
& VIe Sur tout le parcours de sa route, il marquera les “ endroits qui lui paraissent les plus propres à former des “ établissements ou à construire des forts, indiquant exac- ‘ tement la place où il conviendrait de les mettre. En passant par la Mission de Mr Piquet, il dira ce qu’il “ pense de sa situation. , À Niagara surtout, il verra s’il “ ne serait pas plus avantageux de rebâtir le fort à un ‘ autre endroit, ou s’il serait mieux de réparer celui qui “ existe, et marquera ce qu’il en coûterait. Peut-être con- “ viendrait-il de construire un fort plus considérable, et de laisser l’ancien avec un simple corps de garde et un ‘“ magasin de traite. Il fera particulièrement attention à “ ce point. Fait à Montréal, ce 29 Mai 1749, (Signé) La 4 GALISSONNIÈRE.”
Le journal que rédigea alors Mr de Lery, et dont une partie a été recueillie par les soins du Commandeur
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