‹ Le vicomte C. de Léry [microforme]Chapitre 16 sur 76 · BRANCHE AINÉE · texte numérisé non relu

BRANCHE AINÉE

To LOU: RENÉ CHAUSSEGROS DE LERY.—Mr Louis-René Chaussesgros de Lery est le chef de cette branche. N6 à Paris, le 13 Octobre 1762, sur la Paroisse S* Eustache, il fut ten: sur :: fonts sacrés par Mr Jean-Louis de la Corne, ancien Chanoiïne de la Cathédrale de Québec, et par M®% René de la Vallière, épouse de Mr de Lino, cidevant Conseiller du Roi et Grand-Voyer à Québec. Il était le second des fils survivants de Mr J. G. de Lery et de Dame M. L. de Brouage. Il demeura chez M Landrieff, sa tante, jusqu’à l’âge de sept ans, ainsi que son frère ainé, François-Joseph, le futur Baron de l’Empire français. Ses parents ayant alors jugé à propos de le faire venir en Canada, plusieurs lettres fürent échangées à ce sujet entre les membres de la famille. Ces lettres, et les démarches qui en furent la suite, faisant connaître les épreuves par lesquel!es passèrent alors tant de nobles familles, nous croyons devoir en reproduire quelques unes.

La première est de 1768. Après son retour en Canada en 1764, s'étant déterminé à y rester, Mr J. G. de Lery fit part à sa famille, en France, de la résolution qu'il avait prise. C'est alors qu’il reçut de M® de Landrieff, sa sœur, la lettre suivante : ‘‘ Paris, 22 Avril 1768. Mon “ cher frère, j'ai reçu votre lettre du 1e" Sepiembre, par ‘“ laquelle vous m'annoncez la détermination où vous

“ êtes de rester sujet de Sa Majesté britannique. Vous “ ne devez pas douter de la peine que me cause cette résolution. puisqu'elle m'ote tout espérance de vous “ revoir, ainsi que vos chers enfants que j'aime comme “les miens propres. Mon mari vous marque les raisons “ qui l'ont empêché de vous les faire passer cette année. “Je n'ai pas fait connaître à ces enfants le parti que “ vous aviez pris à leur égard : cela aurait pu leur faire “ tort pour leurs études, à l’ainé surtout. Il sera tou- ‘ jours assez temps de le leur faire savoir, lorsque vous ‘ aurez trouvé une autre occasion de les faire passer en * Canada. Madame de Repentigny n’est pas moins afili- “ gée que moi dé la décision que vous avez prise, d'autant “ qu'elle vous voit à présent sans position. Elle est éia- & blie à Tours, où elle se plait beaucoup et jouit d’une “ meilleure santé que moi. Mr de Repentigny m'a laissé & votre portrait, dont je compte faire tirer une copie. Je & ferai prendre aussi le mien, afin de vous l'envoyer ; “ mais j'attends pour cela a être moins triste. Je pense laisser Paris au printemps; le sort de mon mari n’étant “ pas encore fixé, je dois y passer l'été. Landrieff a reçu “ du Ministre une lettre qui lui donne bon espoir. Nos ‘ enfants sont toujours au nombre de deux ; la petite fille “ que j'ai eue au mois d'Août dernier, est morte à mon “ grand regret. Pierre-Paul parle souvent de vous et “ de sa cousine Lilique. Soyez sans inquiétude au sujet “ de vos deux enfants; je ne les ferai partir que sur vos ‘ ordres, et prendrai toutes les précautions possibles pour “ leur adoucir les fatigues du voyage. Mes compliments “ à tous nos parents et amis. Je vous embrasse vous et “ vos enfants et demeure pour toujours votre tendre et “ dévouée sœur. (Signé) LERY LANDRIEFF.”

. Nous avons vu plus haut que Mr de Repentigny, époux de Melle M. R. de Lery, avait plusieurs frères. Après avoir annoncé à son beaufrère la mort de l’un d’eux et la promotion de l’autre, nommé Gouverneur à Pondichery, celui-ci lui fait part à son tour de la pénible impression

qu’a faite sur lui la détermination qu'il a prise de rester en Canada. Sa lettre est ainsi conçue : ‘ Mon cher de ‘ Lery, j'ai à te faire part d'une bien triste nouvelle : ‘ mon pauvre frère, le marin, est mort. C’est une perte ‘“ dont je ressentirai l’'amertume jusqu’au tombeau. Il ‘ était parti d'ici, le 24 Décembre, avec mon fils, pour le ‘ conduire à Rochefort et lui procurer des maîtres que ‘ je ne trouvais pas ici. Le 31, à sept heures du soir, étant chez un de ses amis, où il devait souper, i! est “ tombé sans connaissance d’une douleur à l'œil. Il n’a ‘ recouvré la parole que pour se confesser, et, le 16 Jan- “ vier, il nous a été ravi pour toujours. On lui a trouvé ‘4 la manbranne qui sépare le cervelet du cerveau une ossification qui rendait son mal incurable. C’est un “ grand malheur pour nous; avant dix ans il eût été fait “ officier général. Tel était l'attachement qu'il avait su ‘ inspirer, que tous les officiers ont demandé pour mon “ fils, son neveu. une place de Garde-marine. Je l'ai fait revenir, et j'e‘‘ends à présent l'effet des promesses “ du Ministre ; mais, quand il s’agit d'accorder des grâces, M° de Praslin est long à se décider. Nous avons “ appris aujourd'hui même que mon autre frère venait “d'être nommé Commandant et Major Général des ‘ troupes de la Compagnie des Indes, à Pondichery. ‘ Il part le 10 on 12 de l’autre mois pour se rendre ‘ à sa destination. Sans tes projets, mon cher de Lery, ‘“et les ordres formels de ne pas engager ici l’avenir de tes enfants, il eût emmené l'aîné avec lui. C'est “bien dommage! Cet enfant eût fait son chemin: il ‘ est taillé pour réussir partout. Avec le parti que tu “ prends, tu élève entre nous, mon cher et plus ancien ‘ ami, un mur de séparation. Nous ne pouvons blâmer tes intentions : les efforts que tu as faits pendant ton “ séjour en France, te justifient aux yeux des honnêtes “ gens. Je ne plains que tes enfants qui, malgré tous ‘ les avantages que Mr Carleton, votre digne Gouverneur, “ se propose de leur procurer, n’avanceront jamais autant

rester er de elle :

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« que s'ils füssent restés ici. Si ce Gouverneur entendait “ bien ses affaires, il formerait avec les Canadiens un ‘ Corps de troupes et mettrait à sa tête un officier de “ mérite. Rompu à la discipline militaire, ce Corps “ deviendrait redoutable et pourrait être employé avec “ succès dans les Colonies françaises. Avec les Sauvages, “ en leur donnant des blancs pour les commander et en “les assujétissant peu à peu à la discipline, il est pos- “ sible aussi d’en faire de bons soldats. Dumas vient “ d'être relevé de son commandement général à l’Ile “de France et de Bourbon; nous l’attendons inces- “ samment. C’est le Chevalier de Roche, Major de “la marine à Brest, qui le remplace. Landrieff est “ toujours à Paris, où il se trouve mieux qu’en province. ‘ Le jeune du Sablé est parti pour Toulon. Mille choses “ aimables à M‘ de Lotbinière. Mes amitiés à de Lanau- “ dière et de Gaspé. Je t'embrasse, toi et tes chers enfants. “ Ton ami et frère. (Signé) Le Cuev. DE REPENTIGNY.”

La lettre qu’on vient de lire était du 27 Février 1769. Un mois après, Mr J. G. de Lery en recevait une autre de Mr de Landrieff, son beau-frère : “ Paris, 30 Mars 1769. “ Mon cher ami, j'ai reçu, en Janvier, la lettre que vous “ m'avez fait le plaisir de m'écrire. J’ai été charmé d’ap- ‘ prendre que vous remplissiez, à Québec, la charge de ‘“ Grand Voyer. Vous ne le serez pas moins de savoir que vos deux enfants se portent bien. Mr Berthaud est “très content de l’ainé qui mord dans les mathéma- “ tiques ; Le cadet fait aussi très bien. Suivant les appa- ‘‘ rences, les mesures que vous aviez prises par rapport à ‘ eux, n'auront pas plus de succès cette année que l’année “ dernière. L'Ambassadeur à Londres dit qu’il n’a entendu ‘“ parler de rien à ce sujet. Le Major, votre ami, avec ‘ lequel je me suis expliqué, m'a répété la même chose. “ Si je n'avais reçu de vous la défense absolue de prendre ‘ des engagements pour eux, j'aurais laissé partir l’aîné ‘ avec le Gouverneur de Pondichéry. Il est pourtant bien

‘ temps de songer à leur avenir. Mr de la Potherie vient

‘ de nous écrire; il est arrivé en parfuite santé à la ‘4 Guadeloupe, Le gouvernement anglais ayant porté les “ défenses les plus rigoureuses de ne rien laisser passer au ‘ Canada, je n'ai pu vous envoyer les effets qui. étaient “ pour ma nièce. On vient de me proposer St Lucie : “ j'ai refusé. Si je ne puis trouver de l'emploi en France, “ je renoncerai au service. Je suis, avec tous les sen- ‘ timents d’attachement que vous me connaissez, votre ami dévoué. (Signé) LANDRIEFF DES BoRpDEs.”

Par cette lettre, on voit que toutes les démarches de Mr de Lery pour placer ses enfants et assurer leur avenir, étaient restées infructueuses. Une nouvelle lettre de M de Repentigny, sa sœur, en date du 30 Avril, lui confirme ces fâcheux résultats La voici : ‘ Mon cher frère, ‘ je reçois à l'instant une lettre de Landrieff qui confirme “ que Mr Mills, à qui il avait écrit au sujet de vos enfants, “ a répondu qu'il ne savait de quoi il était question. “ Encore un échappatoire ! Soyez sûr qu'on vous joue. « Qi j'avais connu plus tôt cette réponse, et bien.que vous « nous ayez lié les mains, j'aurais laissé votre aîné aller ‘“ aux Indes avec de Repentigny qui voulait le faire Lieu- ‘ tenant. Vous lui avez fait perdre là une belle occasion, le certain étant préférable à l'incertain. Landrieff et sa «“ femme en prennent le plus grand soin, ainsi que du “ cadet S'il était placé, je m'inquiéterais moins, René & étant plus jeune. M* Bouchette est morte à Blois. M«* « de Lino est à la veille d'épouser un Américain, riche de « plus de cinquante mille écus, et qui compte sur une suc- “ cession plus considérable encore. Lilique ne tardera pas ‘ à en faire autant. Nos Canadiennes sont très recherchées “ici; on les trouve aimables. Si elles étaient fortunées “ en proportion, elles auraient la préférence sur toutes & les autres; mais ici ôn fait attention à l’argent, et ce ‘ n’est pas sans raison. Tout est hors de prix depuis deux “ anset on n'entend parler que de banqueroutes. Nos “ reconnaissances perdent cinquante par cent ; encore n’es- “ père-t-on en avoir que l'intérêt. Il n’y a plus de Loteries,

“ ce qui nous fait croire que nous ne rentrerons jamais “ dans nos fonds. Sur les sept mille cinq cent livres que “ Duclos a du vous payer, vous voudrez bien remettre “ trois cent livres à Mr de Villeray, que son fils, mort à “ St Domingue,' nous a chargé de lui faire parvenir. Tous les Canadiens se portent bien. Courtemanche est toujours à Paris, mais n’a pas de situation. La mort “ de son frère l’a beaucoup affecté. Pour moi, je suis “ très-bien. Je serais au comble de mes vœux si je pouvais “ avoir une maison de campagne, pour y passer l'été. De Repentigny a mis sa fille à St Denis; elle sera très “ riche, si son père demeure quelque temps aux Indes. ‘“ Mes compliments à la Sœur S* Marie, à tous nos amis. Embrassez pour moi Lilique et tous vos enfants. Je “ suis avec tout l'attachement possible votre moNonnee “sœur. (Signé) LERY DE REPENTIGNY.”

Frustré dans son attente, ne trouvant jour nulle part en Angleterre pour faire avancer ses enfants, et craignant, d'autre part, d’indisposer le gouvernement anglais en les laissant en France, Mr de Lery insista pour qu'on les lui renvoyât. Le Chevalier de Repentigny ne put alors s’empêcher de lui exprimer ainsi sa désapprobation : ‘“ Tours, 29 Mai 1769. Mon cher de Lery, nous t'avons écrit le ‘“ mois passé. Je ne reviendrai pas sur ce que ta sœur t'a “ marqué: ce serait te faire trop sentir l'inconséence “ des démarches que tu as faites pour tes enfants. D'abord, “jamais tu ne me persuaderas que la présence de tes “enfants en France eût diminué la bonne volonté du, ‘ Général Carleton à ton égard ; il y a ici dans le service “ des enfants dont les parents ne laissent pas que-d’être ‘ tranquilles sous la domination anglaise. Ensuite, que “ peut-on reprocher à un père qui a fait son possible pour ‘‘ faire revenir ses enfants, si ses ordres ne sont pas exé- “cutés? De plus, lors même que tu serais parvenu à ‘ placer tes enfants en Canada au gré de tes désirs, crois “tu qu'ils n'auraient pas été mille fois mieux placés en “ France? Si cette perspective d’un brillant avenir ne se

“ fût présentée pour ton aîné, de Repentigny se serait-il “ chargé de l'emmener daïis un pays aussi sain que l'est ‘ le Canada ? Tous les avantages que tu espérais pour lui däns sa malheureuse patrie, ne se seraient-ils pas mieux “ réalisés? Laisse moi te le dire: des ordres donnés ‘“ douze cents lieues de distance, sont sujets à beaucoup “ d'erreur. Quoiqu'il en soit, sois tranquille sur le compte “ de ces enfants. Entr'eux et ceux de Landrieff, il n’y a ‘“ nulle différence : ce sont les même soins; c'est à ce point “ qu’on les prendrait pour des enfants de la même famille ‘“ Landrieff vient d'obtenir la place de Commissaire qui ‘* lui vaut six cents livres. Le jeune Duchesnay est à la # veille d’avoir une commission de Capitaine. Ma femme “ est allée au mariage de Melle de Lino : c'était princier. Son père a fait les choses magnifiquement : le trousseau ‘et la garde-robe de la mariée s’élevaient à mille cinq “ cents francs. Pas moins de quatre-vingt personnes ‘“ avaient été invitées à la noce. Pour moi, qui, moins ‘ que jamais, aime les fêtes brillantes, j'ai préféré rester “ici, trouvant plus doux le plaisir de m’entretenir avec ‘un vieil ami. Fais nos amitiés à tous nos amis et parents, “en particulier à M de Lotbinière, à de Gaspé et à de ‘“ Lanaudière. Ton fidèle ami et beau-frère. (Signé) Cxe- VALIER DE REPENTIG: z.”

On@onçoit sans peine dans quel embarras ces lettres devaient jeter un père aussi tendrement affectionné à ses enfants que l'était Mr de Lery. D'une part, il voulait assurer leur bonheur ; de l’autre, il craignait toujours de déplaire à l'Angleterre et de compromettre ainsi l'avenir de ceux qu'il avait avec lui. Il hésitait donc dans le parti à prendre. Il était dans ces fluctuations, lorsqu'une lettre de M** de Repentigny lui annonça qu'elle avait tranché la difficulté : ‘Ile de Rhé, 2? Décembre 1769. Mon cher “ frère, nous venons de recevoir votre lettre du 24 Sep- “tembre. C’est la seule qui nous soit parvenue depuis “un an. Il paraît bien que les nôtres ont eu le même “sort. Dans l’état de hésitation où vous êtes par rapport

à vos enfants,:et vu l'inutilité de vos démarches, nous ‘ avons pris sur nous de les garder et de ne pas vous les “ renvoyer,au moins l'aîné. Nous allons le faire venir, et, “ comme il est d'âge à être placé, nous allons tâcher de le “ faire entrer dans le Génie. Nous venons d'écrire a Mr de 4 Chaussegros, Ingénieur, pour le prier de s'intéresser à lui, En attendant, nous lui donnerons des maîtres et “ nous lui fournirons tout ce qui lui est nécessaire. Nous “ serions bien désolés, mon mari et moi, si vous vous “ opposiez à nos désirs et n'acceptiez pas notre offre. ‘# Cependant, pour ne rien faire sans votre autorisation, ‘ nous allons attendre votre dernier mot. Gardez-vous “ de croire qu’il sera perdu pour toujours : après quelques ‘ années, il pourra obtenir un congé et vous aller voir. “ Le cadet a eu la petite vérole, ainsi que le jeune Landrieff ; mais cela n’y paraît pas. Si nos lettres “vous füssent parvenues, vous auriez su que mon “ mari a été nommé Commandant des troupes de la “ Légion de St Dominque à l'Ile de Rhé. C’est un ache- “ minement au grade de Lieutenant Colonel, et peut- ‘ être à quelque chose de mieux encore. C'est là que ‘* nous sommes depuis quatre mois. Nous résidons à S' “ Martin de Rhé, à deux pas de la Rochelle et de Roche- “fort. Cet endroit est des plus agréables et la société ‘“ bien choisie. De l’Echelle est à la Rochelle avec sa “ femme. Courtemanche est encore à Paris. Nousatten- ‘ dons des nouvelles de S' Luc. Adieu. Votre affectionnée ‘Sœur. (Signé) Lenv DE REPENTIGNY.?

Se. confiant en la tendresse de ses sœurs et de ses beaux frères, Mr de Lery se détermina, quoiqu’à regret, à laisser son aîné en France. Mais pour le cadet, il ne voulut pas en entendre parler. Il donna donc ses ordres pour qu’on le fit passer en Canada. C’est alors que Mr Landrieff lui annonça ainsi le retour de cet enfant : ‘ Paris, 17 Mars 1770. “Mon cher de Lery, pour me conformer à vos ‘ intentions, j’envoie aujourd'hui votre plus jeune, avec ‘un conducteur, par la diligence de l'Isle, d’où il se

86 sÿ LA FAMILLE DE LERY.

“ rendra à Calais, où je l'adresse à Mr Audibert Dupont, ‘ le priant de l’adresser à Douvres et, delà, de le faire “ parvenir à Londres. 1l emporte avec lui son passeport, ‘ son extrait de Baptème et tous les effets qui lui sont néces- “saires. Je préviens de son départ le chef du Bureau “ des Colonies et lui notifie que l'aîné reste. Mr Tous- ‘* saint Pothier me marque qu’il aura grand soin de lui ‘s’il s'embarque sur le même vaisseau. Le Dr Brock- # lesly .se charge, de son côté, de pourvoir à tous ses be- ‘“ soins à Londres et de retenir son passage pour Québec. # Donnez de nos nouvelles à mon neveu: son père et ‘ son frère se portent bien. Mon frère le Chanoine est “ mort. Melle Pean est mariée avec un officier des Gardes “ françaises. Perthuis est toujours ici, ainsi que M* Ger- ‘ main qui n’a pu encore rien obtenir. M‘ Vergor est à “ la Flèche. L'intérêt des papiers du Canada est réduit à ‘“ deux par cent. Mille amitiés de notre part à M de Lery, à tous vos enfants, à la Mère S* Marie, à M de “ Lotbinière et à tous mos amis. Votre ami de cœur. ‘€ (Signé) Lanprierr Des Bonnes.” De son côté, sa sœur lui confirmait ainsi cette nouvelle : Paris, 18 Mars 1770. ‘“ Vos souhaits ne seront réalisés qu’en partie, mon cher “ frère; mais il y allait de l'intérêt de votre aîné. M“ ‘“ de Repentigny a sagement fait de prendre sur elle de ‘“ le garder. Il sera en état de passer à l'examen au mois “ de Septembre et d'entrer dans le Génie. Vous allez “ revoir le cadet ; il a bien grandi. J'espère qu'il vous “ parviendra en bonne santé. Mes deux enfants sont bien affligés de voir partir leur cousin, et moi encore plus. & Il nous a bien promis, à sa tante Germain et à moi, de “ ne pas nous oublier. Le Chevalier de Repentigny, Commandant à l'Ile Rhé, vient d’être faif Lieutenant- “ Colonel, et sc fils Garde-marine à Rochefort. De ‘“ Repentigny nous a donné de ses nouvelles, de l’Ile-de- “ France, au mois de Juillet dernier. M® Charly est tou- ‘“ jours à S* Domingue. Vous recevrez mon portrait cette ‘année et celui de mon mari; j'attends une occasion

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“ pour vous les envoyer. Rappelez-nous au souvenir de ‘ nos amis, et, dès que votre fils sera arrivé, veuillez-nous ‘“ en informer. Votre «ffectionnée sœur. (Signé) Lery ‘ LANDRIEFF.”

Comprenant le sacrifice que M" de Lery faisait en laissant entre ses mains son fils aîné, Mr de Repentigny consola ainsi son beau-frère. En lisant cette lettre, on ne sait ce que l’on doit le plus admirer, ou de la tendresse du Chevalier, ou de sa perspicacité sur l’avenir du futur Ingénieur en Chef de Napoléon 1*. Voici cette lettre: “ Ile de Rhé, 5 Avril 1770. Mon cher de Lery, tu es sans “ doute bien courroucé contre ma femme et moi de ce “ que nous avons gardé ton aîné, et ta tendresse de père “ se révolte contre la nôtre. Mais, crois-le, nous n'avons “ pris conseil que de son intérêt, et nous avons pensé que cette considération nous ferait trouver grâce auprès de “toi. IL eût bien souhaité pouvoir accompagner son frère “et aller vous présenter ses respects; mais il espère le “ faire plus tard. Il sent tout ce qu’il doit en coûter à “ votre tendresse de ne pas le revoir: mais, persuadé que ‘“ vous l’aimez encore plus pour lui que pour vous, il ‘ compte que vous ferez taire les sentiments de la nature, ‘“ pour n’écouter que ses avantages. Repose-toi donc sur “ nous pour son avenir: nous en prendrons soin comme “ de notre propre fils Son cousin qui l'aime comme s’il “ était son frère, est au comble de la joie de le voir rester. “ Nous avons écrit de nouveau à Mr Chaussegros qui est “ à la veille d’être fait Brigadier. Dès que Joseph aura “ subi son examen, nous l’enverrons à l’école du Génie, “à Mézières. Il a tout pour réussir et se faire aimer: “ talent, esprit, figure intéressante. Comme le nom de ‘“ Chaussegros est plus connu dans le Génie, c’est celui “ que nous lui conserverons. Depuis que ces lignes sont “ écrites, un heureux évènement a eu lieu. Ton fils a ‘“ subi son examen, et, sur soixante-et-huit concurrents, “il en a dépassé soixante-et-quatre : juge de notre bon- “heur. Tu le partageras avec nous. Bien des amitiés

“à ta chère Lilique et à tes autres enfants. Ne nous “ oublies pas auprès de M‘ de Lotbinière et de son fils. Ton ami pour la vie. (Signé) Le CHEVALIER DE REPEN- ‘ meny, Lieutenant-Colonel.”

Cependant le départ du jeune Louis-René avait été différé par suite de contretemps inévitables. (Craignant que son père ne fût justement inquiet, Mr de Landrieff s’'empressa de le rassurer par la lettre suivante: ‘* Paris, -. 11 Juin 1770. Mon cher ami, votre jeune fils *<t arrivé “à Londres, comme je vous le faisais espéi : par ma “ dernière du 19 Mars. Après s'être reposé quelque temps ‘ chez le Dr Broklesby, il n’a pu partir que le 11 Avril. “Il s’est embarqué sur le navire Le Püiters, Capitaine “ Charles Woder. Nous souhaitons bien ardemment qu'il “ arrive à bon port. M® de Rocheblave est morte à Gorée, “au mois de Décembre dernier, laissant trois enfants. Méde Vergor est morte aussi à la Flèche au moisd’Avril ‘ Ce sont deux Dames de mérite de moins : elles emportent “les regrets de tous leurs amis. Courtemanche est à ‘ Loche avec six cents livres de pension. Nous n’avons pas de nouvelles de M de Lotbinière : MM. de Vau- “ dreuil et de Rigaud ne sont pas contents. Je n’approuve “ pas trop que mon neveu se soit fait Notaire ; j'ignore “ quelles sont ses aptitudes comme Avocat. Mr Foucault “est toujours détenu pour l'affaire du Mississipi qui est “ une affaire de politique entre la Cour d’Espagne et la “ nôtre. M Germain a obtenu pour son mari la place “de Major à Port-Louis; cette place vaut de quatre à “ cinq mille livres au moins. Nos amitiés à tous ; mes “ enfants embrassent leurs cousins et cousines, et en “ particulier celui qui est parti. Votre fidèle ami. (Signé) LANDRIEFF DES Bonnes.”

Après tous ces pourparlers, toutes ces démarches et tous ces retards, le jeune Louis-René arriva enfin à Québec.

Il y arriva le 24 Juin, presqu’en même temps que la lettre

qu'on vient de lire. Suivant M et M‘ de Landrieff, il avait commencé ses rudiments et annonçait beaucoup de talent.

Pour ue pas lui faire interrompre ses études, son père s'empressa de l’envoyer au Petit Séminaire de Québec. ‘ 11 y demeura jusqu’au mois d’Août 1782, c’est-à-dire à peu près douze ans. Pendant tout ce temps, il étudia successivement la Rhétorique, la Logique, la Philosophie, les Mathématiques, l’Astronomie etc. Son cours d'études achevé, son père le présenta au Gouverneur qui était alors le Général Haldimand. Après la peine qu'il avait prise de le faire revenir d'Europe, pour se conformer aux désirs du Général Carleton, il devait espérer que son patriotisme serait compris et apprécié. Mais Mr de Lery n’était pas au bout des désagréments qu’il devait essuyer de la part de l'administration. A la vérité, le Général lui répondit devant le Major Larnaux que dès qu’il aurait une place, il se ferait un plaisir de la donner à son fils; ce n’était là toutefois qu’une vaine promesse, comme la suite le fera voir. Pour voiler son refus et reculer le plus possible l'effet de ses promesses, le Gouverneur l’engagea à lui faire étudier l'anglais. C’est ce que fit Mr de Lery. Après avoir procuré à son fils les moyens de se perfectionner dans cette langue, il le présenta de nouveau au Gouverneur. C'était au mois de Janvier 1783. ‘ Je dinai “ au Château, avec mon fils, rapporte Mr de Lery lui- “ mème. L’Evèque de Québec s’y trouvait. La conversa- « tion roula sur l’histoige. Se tournant alors vers mon ‘6 fils: “ Voilà M" Chaussegros qui est tout frais moulu, dit le Général: c’est lui qui va nous satisfaire” C'est, en effet, ce qui eut lieu : chacun fut charmé des connaissances du jeune élève ; mais, lorsqu'il fut question de place, le Gouverneur ne donna que des réponses évasives. Cependant Mr de Lery touchait à sa vingt-et-unième année, et il était temps pour lui de prendre un parti. Après avoir laissé passer tout l'été, ayant appris qu'une place était devenue vacante et qu'elle avait été donnée à un autre, Mr de Lery, accompagné de son fils, se rendit au Château, et représenta au Gouve”neur que s'il ne pouvait l’employer, il voulût bien le laisser passer en France, où, à $ 12

l’aide de ses parents, il pourrait entrer dans le service. C’est alors que, montrant le fond de sa pensée, le Général Haldimand lui répondit qu’il était bien fâché de ne pouvoir lui donner satisfaction ; mais, qu'avant de s’occuper de son fils, il était obligé de placer plusieurs personnes qui, après avoir exposé leur fortune dans les autres colo. nies pour la cause du Roi, étaient venues dans celle-ci. Après une réponse aussi claire, toute illusion était impossible. Aussi, Mr de Lery demanda-t:il ses passeports. Avant de suivre le jeune officier en Europe, il nous faut revenir sur des démarches qui avaient eu lieu les années précédentes, et qui vont mettre dans tout leur jour les vrais motifs d’une conduite aussi inqualifiable.

Au mois de Décembre 1774, le Général Carleton ayant engagé Mr de Lery à solliciter une Lieutenance pour son fils de Milord Townshend, Grand Maître de l'Artillerie en Angleterre, et s'étant mème offert pour appuyer sa demande, M'° de Lery écrivit à ce haut fonctionnaire la lettre suivante : ‘ Milord. les favorables dispositions du “ Roi envers les Canadiens m’encouragent à vous prier “ de procurer à Louis-René Chaussegros de Lery, le “ second de mes cinq fils, une Lieutenance dans l’Ar- & tillerie, dont vous êtes Grand Maitre, et de lui per- ‘ mettre de servir sous les yeux du Général Carleton à ‘ Québec le temps nécessaire pour le mettre en état de & suivre la Compagnie à laquelle vous l’attacherez., Les ‘ offres de service que vous me fites en 1759 à Québec, et “ que vous me renouvelâtes en 1764 à Londres, où vous “ voulôtes bien parler en ma faveur à Lord Grenville, “ sont pour moi, avec le Bill pour la province de Québec, “ un motif de plus de croire que vous accueillerez favorablement ma demande. Dans cet espoir, je vous prie, Milord, de voulcir bien recevoir, ainsi que Lady Towns- “ hend, dont on ne cesse de vanter ici les aimables qua- ‘lités, l'expression du respectueux attachement avec & Jequel je suis, aussi bien que mon mari, votre, etc. & BROUAGE DE LERY.”

Cette lettre était du 7 Décembre. Au mois de Mars de l’année suivante, Mr Townshend fit à Mr de Lery cette réponse : ‘* Monsieur, j'ai reçu la lettre que Madame de “ Lery a bien voulu m'écrire, le 7 Décembre. J'ai été “ heureux d'apprendre que vous et Madame de Lery étiez ‘ en bonne santé. Je suis toujours dans la disposition de “ vous rendre tous les services qui dépendent de moi; “ mais la demande que vous me faites, outrepasse mes “ pouvoirs. Les jeunes officiers du Génie de l’Artillerie, ‘ dont Sa Majesté m’a donné le commandement, sont tirés

. de l’Académie royale de Woolwick, établie exprès pour

‘ les initier aux connaissances qui regardent leur pro-

‘4 fesion, et les plus capables ont toujours la préférence.

“ Outre cela, Monsieur, je crois que, même chez vous, “ vous ne pouvez avoir aucun espoir, à moins d’être pro- “ testant. C’est là une condition sur laquelle, ni vous, ni “le Général Carleton, ne vous êtes expliqués. , Vous ‘“ me rendez justice en croyant que rien ne me ferait “ plus de plaisir que de vous être utile, surtout si cela ‘ était d'accord avec la confiance dont Sa Majesté m’ho- “ nore. Personne plus que moi ne se réjouit de la bien- “ veillance du Souverain et de son Parlement envers “ le Canada et les Canadiens que je n’estime pas moins “ pour leur attachement à la Capitulation de Québec que ‘ j'eus l'honneur de faire, que pour leur bravoure et leur “ fidélité. J'aime à rendre témoignage à ce noble carac- “ tère, et j'espère qu’il contribuera à cimenter l'union ‘“ entre les deux nations. Le gouvernement dont vous jouiss2z, est de beaucoup préférable au système répu- “ blicain, où les gens de bien sont souvent opprimés et ‘“ où le peuple est presque toujours victime. Veuillez “ faire mes compliments et ceux de Milady Townshend “ à Madame de Lery, et soyez persuadé que je serai tou- “ jours, avec beaucoup d'amitié, votre etc., ToWNSHEND.”

Ayant donc perdu tout espoir de trouver de l'emploi dans son pays, Mr L. R. de Lery laissa Québec. Il s’embarqua le 26 Août et arriva peu après en Angleterre. D'An-.

gleterre il passa en France, où, grâce à la protection du Chevalier de Repeñtigny, son oncle, il entra, le 8 Janvier 1784, dans les Gardes du Corps du Roi, Compagnie du Duc de Villeroy, avec le grade de Capitaine de Cavalerie. Il servit auprès de Sa Majesté, de 1784 jusqu’à 1789. Au mois d'Octobre de cette même année, les Gardes ayant été licenciées, il suivit en Allemagne ceux de son Corps qui y étaient passés, et servit avec eux sous les frères du Roi. Le {er Octobre 1791, il se trouvait à Coblentz. L'année suivante, il fit la campagne dans l’armée du Centre, sous les ordres du Roi de Prusse. Le 9 Octobre de cette année, les Gardes du Corps ayant été de nouveau licenciées, aussi bien que le Corps d'armée dont elles faisaient partie, il se rendit à Bruxelles et de là passa en Angleterre. Il y demeura jusqu’au mois d'Avril 1794,séjournant tantôt à Londres, tantôt à Worwick.

Tout était alors en combustion en France. Le trône et l'autel étaient renversés ; le sang coulait par torrents dans la Capitale et dans les principales villes de province. Et ce qui n’était pas moins désolant, c’est qu’il n’y avait aucune apparence que cette anarchie dût finir de sitôt. Les grandes puissances qui seules pouvaient arrêter le fléau dévastateur, demeuraient l’arme au bras, muettes de terreur, et n'osaient intervenir. Dans cet état de choses, Mr de Lery pensa qu’il était mieux pour lui de retourner dans son pays. Peut-être son gouvernement serait-il plus favorable ; peut-être des jours meilleurs viendraient-ils à luire. Il s'embarqua donc pour Québec, où il arriva le 26 Juin. Il était muni d’une lettre du Ministre pour le Général Carleton, devenu Lord Dorchester. Dès son arrivée, il se présenta à ce Gouverneur et lui offrit ses services. L'année suivante, il profita de la icrraation du Bataillon des Royaux Canadiens pour renouveler ses instances. La vérité nous oblige à dire que ses démarches n’eûrent pas plus de succès qu’en 1783. ‘“ Pour le mo- ‘“ ment, lui fut-il répondu, Son Excellence ne peut accorder “à Mr de Lery la Compagnie qu’il demande” Après

. s'être adressé aussi inutilement au Gouverneur Simcoe qui tenait alors les rênes de l’administration dans le Haut- Canada, il résolut de s'adresser au prince Edouard, depuis quelque temps en Canada. Ce fut son père qui se chargea d'écrire à son Altesse Royale. Sa supplique était ainsi conçue : ‘* Monseigneur, qu'il plaise à votre Altesse Royale “ me permettre de lui représenter qu'après avoir inuti- “ lement sollicité, en 1782, une plare dans les troupes “ auprès du Général Haldimand, alors Gouverneur du ‘ Canada, pour mon second fils, Louis-René Chaussegros “ de Lery, je fus contraint de le laisser passer en France, ‘ où il a servi comme Capitaine des Gardes du Corps ; qu’à “ son retour en Canada, le 26 Juin 1794, i! s’est présenté, ‘“ avec une lettre de Mr Dundas, l’:n des Secrétaires ‘ d'Etat de Sa Majesté, à Lord Dorchester, pour lui offrir “ ses services et obtenir une Compagnie dans le régiment “ des Royaux Canadiens, et que ses démarches sont restées ‘ sans résultat. Dans cet état de choses, et comptant sur les ‘ bontés de votre Altesse Royale pour les familles cana- ‘ diennes, j'ose la supplier de vouloir bien accorder à mon fils une Lieutenance dans son régiment des Royaux & Fusilliers. S'il plait à votre Altesse Royale de lui faire ‘ cette faveur, ma reconnaissance égalera le respect avec “ lequel je suis, Monseigneur, de votre Altesse Royale, “le très-humble, etc., J. G. CHAUSSEGROS DE LErRY.”

Cettre lettre était du 20 Janvier 1796. Quelques mois après, Mr de Lery, père, reçut d'Halifax, où était toujours le prince Edouard, la réponse qu'on va lire : ‘* Halifax, 13 Mars 1796. Mon cher Chevalier, j'ai reçu votre très- ‘ honorée, du 20 Janvier. Rien ne me ferait plus de “ plaisir que de pouvoir me rendre à vos désirs, et à ceux < de votre fils, en le plaçant comme Lieutenant dans mon 4 régiment. Pour le moment, la chose est impossible : ‘ j'ai devant moi une lettre de huit, sinon de neuf Mes- ‘ sieurs, qui font la même demande, et je me suis en- “ gagé a les placer à tour de rôle. Cela étant, voyez “s'il conviendrait à Mr votre fils d'attendre quelques

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‘“ années, avant d’être placé, pour être ensuite réformé, ‘au moment de la paix? Vous n’ignorez pas, en effet, “ que suivant le plan d'après lequel il a été formé, le “ s:cond Bataillon doit être réformé quand la guerre ‘ sera finie, et que les officiers cadets de chaque Bataillon, ‘“ sans distinction, doivent subir le même sort. Je vous ‘“ rappelle ces circonstances, afin que vous restiez per- “ suadé de mes bonnes dispositions envers vous et votre “ famille, car je serais désolé si vous pouviez en douter un instant. J’ai fait là même réponse à Mr de Salaberry, votre ami, lorsqu'il s’est intéressé auprès de moi pour ‘€ un de ses parents. Si vous m’eussiez fait cette demande ‘au moment de lever le second Bataillon, je me serais ‘ fait un plaisir de réaliser alors vos vœux à l’un et à ‘“ l'autre. Croyez donc aux sentiments d'estime et de “ considération, avec lesquels je me souscrirai toujours ‘“ votre plus dévoué, etc., Enouarn.”

Mr de Lery était chez sa tante à Vaudreuil lorsque parvint à son père cette lettre qui lui laissait si peu d'espoir. Rébuté por tant de difficultés, il était bien décidé à ne plus entreprendre de démarchesde cette nature et à laisser à la Providence le soin de son avenir; mais ce qui répugne à l'amour propre d’un fils, ne coûte pas à la tendresse d’un père, dès qu’il s’agit du bien-être de ses enfants. Mr de Lery, père, revint donc à la charge. Le 24 Mai il écrivit au prince Edouard cette nouvelle lettre : ‘* Monseigneur, permettez-moi de remercier votre Altesse ‘‘ Royale de la bonté qu'elle a eue d’honorer ma lettre, du “ 20 Janvier, d’une réponse aussi obligeante, et d'ajouter “ aujourd’hui quelques mots. Mon fils consentirait volon- “tiers, j'en suis persuadé, à patienter deux ans, sil “ pouvait avoir la certitude d'entrer alors dans le régi- ‘“ ment de votre Altesse Royale. Il est à Vaudreuil, chez ‘ Mne de Lotbinière, ma sœur, et je vais lui faire part de “ vos dispositions favorables. Je comprends, Monseigneur “que j'aurais dû m'adresser plus tôt à votre Aïltesse ‘ Royale; mais, lorsque mon fils laissa Londres, il em-

‘ portait des assurances si positives d’être employé dans ‘ l’un des Bataillons qu’on levait à Québec, qu’il ne pouvait “ naturellement s'attendre à un refus de la part de Lord “ Dorchester. Pour que ce qui est arrivé à mon fils Louis- “ René, n'arrive pas à mon autre fils Gaspard-Roch- Georges qui sert présentement en France, dans le Génie, “et est Ingénieur dans le Corps, commandé par son ‘ Altesse Sérenissime, le prince de Condé, je prends la « liberté de le recommander à votre protection, s’il revient ‘“ en Canada. Quelque soit l’issue de mes démarches, votre ‘ Altesse Royale peut croire que ma famille et moi nous “ conserverons toujours la plus vive reconnaissance pour “vos bontés, et, que c’est avec bonheur que je demeure, ‘ Monseigneur, votre etc., J. G. CHAUSSEGROS DE LERy.” La réponse à cette lettre ne se fit pas longtemps attendre. Dès le 15 Août, son Altesse Royale faisait parvenir à Mr de Lery les lignes suivantes : ‘ Monsieur de ‘ Lery. j'ai eu le plaisir de recevoir votre dernière du 24 Mai. Vos deux fils, le Garde du Corps et l'Ingénieur, ‘ ayant servi pour la plus honorable cause, vous pouvez croire que je me ferai un devoir de leur être utile, ‘ aussitôt que j'aurai rempli mes engagements auprès ‘“ des autres aspirants qui ont ma parole. Je voudrais ‘“ pouvoir le faire dès à présent et les placer comme Lieu- ‘ tenants dans mon régiment; mais j'ai les mains liées. ‘ Aussitôt que le moment sera venu de leur procurer cette & place, je vous ferai avertir et vous aurez la bonté de me “dire s'ils sont toujours dans les mêmes dispositions. ‘ Permettez-moi de me souscrire avec la plus parfaite ‘“ considération, Monsieur de Lery, votre etc., Ebouarn.” L'année 1796 s’écoula au milieu de cet échange de lettres. A la fin de cette année, ayant reçu du prince Edouard l'assurance qu’il recommanderait son fils au Général Prescott, Mr de Lery ne put s'empêcher d'’exprimer ainsi sa reconnaissance à son Altesse Royale : ‘* Québec, 21 Janvier 1797. Monseigneur, je ne saurais ‘témoigner trop de reconnaissance à Votre Altesse

‘ Royale pour l'intérêt qu'elle porte à mes deux fils, et ‘ dont votre lettre du 21 Novembre dernier en est une ‘ nouvelle preuve. Le Colonel Dalton a assuré au Garde “ du Corps que votre Altesse Royale s’occupait particuliè rement de lui, et qu’en conséquence de vos recomman- & dations le Général Prescott saisirait la première occa- “ sion qui se présenterait pour le placer. Si la chose a & lieu, il prouvera, j'espère, son dévouement à sa Majesté, et comme il vous devra cette grâce, il sera heureux ‘ de pouvoir vous en témoigner sa gratitude. Quelque ‘ soit l'événement. mes sentiments de respect et d’attachement pour votre Altesse Royale ne sauraient dimi- “ nuer. C’est dans ces sentiments que je demeure, Monseigneur, votre etc., J. G. CHAUSSEGROS DE LERY.” Cette lettre est la dernière que ce noble vieillard ait écrite, étant mort, comme il a été dit, au mois de Décembre de cette année. Avant fait part à son Altesse Royale de ce douloureux événement, Mr L.R. de Lery en reçut cette lettre encourageante : ‘ Halifax, 12 Février ‘1798. Monsieur, j'ai reçu la lettre que vous avez bien “ voulu m'écrire, en date du 26 Décembre dernier, avec “le mémoire que vous adressiez à son Excellence le ‘ Général Prescott. Animé du plus vif désir de vous être “ utile, je n’aurais pas hésité un instant à vous recom- ‘“ mander au Gouverneur pour la place qu'occupait au * Conseil votre respectable père, si, cette fois encore, ma ‘“ parole n'avait été engagée.. J'ai promis, il y a déjà ‘ lontemps, de solliciter la première place qui viendrait “ à vaquer pour un autre auquel je ne m'intéresse pas ‘ moins, mais qui à la priorité sur vous. Jugez par là du regret que j'éprouve de ne pouvoir vous rendre un ‘ service qui m'aurait procuré tant de plaisir. Néanmoins & j'ai profité de l'occasion pour rappeler au Général que je m'intéressais vivement à vous et que j'espérais qu’il “ trouverait moyen de vous être favorable. Soyez donc ‘“ persuadé que j'apprenderai avec bonheur que son Excel- ‘ lence a fait présenter votre nom à cet effet devant Sa

# Majesté. Permettez-moi de vous offrirmes compliments & de condoléance sur l'événement douloureux que vous “ m'avez annoncé et auquel je prends bien sincèrement “part. Je suis votre très dévoué etc, EnouarD.”

Profondément touché de ces marques d'intérêt, Mr de Lery crut de son devoir de remercier le prince. Il le fit dans les termes suivants : ‘* Québec, 18 Avril 1798. Mon- ‘* seigneur, j'ai reçu la lettre gracieuse dont votre Altesse “ Royale m'a honoré le 12 de Février. La part qu’elle ‘ prend au malheur qui vient de me frapper, me touche ‘“ profondement. Je ne suis pas moins sensible à l’intérèt ‘“ qu’elle me porte, et je m’empresse de lui offrir l’expres- ‘“ sion de ma vive reconnaissance pour la bonté qu'elle “a eue d'écrire au Général Prescott en ma faveur. ‘‘ Avec cette recommandation, je ne doute pas que le ‘“ Gouverneur ne profite de la première occasion qui ‘se présentera pour prouver ses bonnes intentions “envers ma famille. Permettez-moi, Monseigneur, de ‘vous offrir, avec l'hommage de mon profond res- ‘ pect, l'assurance des sentiments dévoués avec lesquels ‘‘ je suis, de votre Altesse Royale, le très humble, etc., “ L. R. C. ne LERY.”

Cette fois, ces remerciments étaient molivés. Les recommandations de son Altesse Royale avaient eu leur effet. Le 6 Novembre de cette même année, M" de Lery reçut de James Green une lettre qui lui annonçait que son Excellence le Général Prescott l'avait enfin nommé Capitaine du deuxième Bataillon des Royal Canadian Volunteers. Cette notification lui était confirmée par William Doyle, alors Député Adjutant-Général. Les lettres de commission sont du mème jour. M'de Lery était alors dans sa trente sixième année. Pour un officier de cet âge, plein de santé, au fait de la guerre, le service actif convenait beaucoup mieux. Mr de Lery le comprit. Aussi, profitant de l’arrivée du Général Milnes, envoyé pour remplacer le Gouverneur Prescott, il lui adressa cette supplique : ‘“ A son Exsellence Sir Robert

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‘“ Milnes, Baronet, Lieutenant-Gouverneur de la Province du Bas-Canada, etc. Qu'il plaise à votre Excellence ‘ permettre au soussigné de lui représenter qu’à l’époque ‘ de l'avant dernière paix, n'ayant pu trouver de service “en Canada, il passa en France avec l'agrément du Général Haldimand, qu'après avoir servi dix années dans les armées de sa Majesté très Chrétienne sous les “ drapeaux des frères du Roi, il revint en Canada, où le “ Commandant en chef lui fit espérer une Compagnie “ daus le second régiment des Royaux Canadiens Volon-

‘ taires, et qu'ayant vingt aus de services il ose croire

“que votre Excellence voudra bien lui accorder une ‘“ place dans le Corps de milice active où il pourra être “ utile, particulièrement dans le Sud, ayant le projet d'aller habiter prochainement sa Seigneurie de Gentilly. ‘ Dans cet espoir, et plein de confiance dans les bonnes “ dispositions de son Excellence, il est heureux de se “ souscrire son très humble etc. L. R. C. de Lervy.

La démarche de Mr de Lery ne fut pas tout à fait vaine. Trois ans après, appréciant son mérite, le nouveau Gouverneur le nomma Aide-Major des milices du premier Etat Major de Boucherville, ainsi qu’en fait foi le document qu’on va lire : “ Sir Robert Shore Milnes, Baronet “etc. Ayant confiance dans votre loyauté, courage et bonne conduite, nous vous nommons par ces présentes “ Capitaine Aïde-Major des milices du premier Etat Major ‘ de Boucherville, dans le District de Montréal, durant ‘“ notre bon plaisir, pour qu’en cette qualité vous agissiez “ avec soin et diligence et remplissiez les devoirs de votre “ charge, en exerçant et disciplinant les officiers infé- “ rieurs et les miliciens des dites milices, lesquels sont “ commandés de vous obéir comme à leur Cam, ; et ‘“ nous vous en joignons d'observer et de suis ordres ‘et directio ns que vous recevrez, de temps « autre, de “ notre part ou de vos officiers supérieurs, concernant! le “ service de Sa Majesté, conformément à la loi. Donné “ sous notre seing et sceau, au Château S' Louis en

“ Ja ville de Québec le 15 du mois d'Août 1803. (Signé) “ Ros. S. Mines, B.”

Là toutefois ne devaient pas s'arrêter les honneurs qui attendaient Mr de Lery. Comme si l'administration d'alors eut tenu à réparer l'oubli dans lequel l'avaient laissé les administrations précédentes, ! deux ans après il fut fait Adjudant à Boucherville. Ce fut l'Honorable F. Baby, alors Adjudant Général des milices, qui lui fit part de cette nouvelle par les lignes suivantes : ‘ Québec 4 Mars 1805. Monsieur, je vous remets avec satisfaction “ la commission d'Adjudant qu'il a plu à Son Excellence, ‘le Lieutenant Gouverneur, de vous accorder pour les ‘ quatre Divisions au Sud de Montréal, vous assurant que “ je prendrai toujours un très grand intérêt à tout ce qui “ pourra contribuer à vous aider à remplir vos devoirs. ‘ Je saisis cette occasion pour vous renouveler l’assurance “ des sentiments avec lesquels j'ai l'honneur d'être bien “ sincèrement, Monsieur, votre, etc. (Signé) F. Bay. Adj. Gl”

Une autre faveur attendait Mr de Lery, l’année suivaute. Le 7 Avril, il fut appelé à remplir la charge de Grand-Voyer pour le District de Montréal. Voici les lettres qui lui fûrent adressées à cette occasion par l’Houorable Thomas Dunn, Administrateur de la province. ‘ À tous ceux qui ces lettres verront, salut. Nous faisons ‘“ savoir par ces présentes que, sur la connaissance par- *‘ faite que nous avons de la loyauté, prudence et capacité “ du Sieur L. R. Chaussegros de Lery, nous l'avons

{ Assez récemment, au moins pour la centième fois, un journal français, après avoir fait le rapprochement des Représentants anglais, dans le futur Parlement, des Représentants canadiens, donnait le chiffre des Canadiens employés jusqu'à ce jour dans les différentes branches de l'administration. La population d'origine française était loin d'y être représentée sur un pied d'égalité. “ Ce sont là des faits “ qui pouvaient avoir leur raison d'être, ajoutait-il, au moment de la ‘ conquête, mais qu'il est difficile de justifier depuis l'octroi de la “ Constitution.” Espérons que, sous le nouveau régime, justice sera

aite à tous, et que la paix et la prospérité du pays n'auront qu'à y gagner.

‘< appointé et constitué dans la charge de Grand-Voyer ‘et Surintendant des Voies Publiques pour le District de “ Montréal, au lieu et place de l’'Honorable René-Amable * de Boucherville qui a résigné, avec pouvoir de reparer ‘ les grandes routes, les ponts et tous les chemins publics, “ suivant qu'il le jugera nécessaire, à la condition toute- “ fois de se conformer aux lois présentement en vigueur ‘et à celles qui pouront être portées par la suite. Donné “ au Château St Louis, sous le sceau de nos armes, le 7 ‘* Avril 1806. (Signé) Tanuas Dunn.”-

Lorsque Mr de Lery fut ainsi pourvu de cette place il était marié depuis plusieurs années. Il avait épousé, comme il est rapporté ailleurs, Melle Charlotte de Boucherville. Son mariage fut béni par Monseigneur P. Denaut, Kvêque de Québec. En voici l'acte : “* Le 20 Mai 1799, après la publication d’un ban de mariage et ‘“ la dispense accordée des deux autres, et ne s'étant pré- ‘“ senté aucun empêchement, nous Evêque de Québec, ‘‘ soussigné, avons reçu le mutuel consentement de Louis ‘René Chaussegros de Lery, Capitaine du régiment Royal Canadien Volontaire, fils majeur de feu l’Hono- “ rable Joseph Gaspard Chaussegros de Lery, Chevalier ‘“ de l'Ordre militaire de St Louis, Conseiller au Conseil ‘“ Législatif de cette province, et de Dame Marie-Louise Martel de Brouague, de la Paroisse de Québec, d’une # part, et de l’autre, de Demoiselle Charlotte de Boucher- ‘“ ville, fille majeure de l’'Honorable René-Amable Bou- “ cher de Boucherville, Seigneur de cette Paroisse, Con- ‘ seiller au Conseil Législatif, et de Dame Marie-Madeleine Raimbault de St. Blain, ses père et mère, de cette ‘ Paroisse, et leur avons donné la bénédiction nuptiale “ suivant les rites prescrits par notre mère la Sainte “ Eglise, en présence de Sieur François LaPerrière, de ‘“ Dame de Contrecœur, son épouse, du Sieur Hughes, “ Major de la place, de Messire Gonnefroy, Curé du lieu, “ de Réné-Amable de Boucherville, père de l'épouse, de “ Dame Marie-Madeleine S* Blain, sa mère, de Pierre de

“ Boucherville, son frère, de Dame Veuve René La- ‘* Bruère, sa tante, de Dame Catherine Boucher, veuve “ de Louis Frémont, de Dame Françoise Boucher, épouse “ du Sieur de Cuisy, ses tantes, et de plusieurs autres “ parents et amis, qui tous, ainsi que l'époux et l’épouse, “ont signé avec nous. (Signé) + PIERRE, EVÊQUE DE Quépec. ”

Ce mariage eut lien précisément au moment ou le Général Prescott était rappelé. Mr de Lery qui lui avait des obligations, se fit un devoir de lui présenter ses hommages avant son départ et de lui exprimer le regret qu’il en éprouvait. Sensible à cette démarche, le Gouverneur lui fit répondre par Mr de Bouillé. Voici la lettre de ce dernier : ‘ Mon cher Capitaine, je saisis l’occasion de # mon prochain départ pour vous féliciter sur votre ma- ‘ riage et vous prier de vouloir bien présenter mes ‘ respects à Madame de Lery. Le Général a été très ‘* sensible au regret que vous lui avez exprimé de son “ départ, et il me charge de vous remercier. Il est ‘“ heureux de trouver dans ces sentiments une compensation pour les censures injustes-qu'on a faites de sa “ conduite. Permettez-moi de vous assurer du plaisir “ que j'aurai à vous rendre en Angleterre tous les ser- ‘“ vices qui dépendront de moi et de vous prouver les ‘ sentiments d'estime et d'affection avec lesquels je suis, “ mon cher Capitaine, votre etc. (Signé) Francis DE “ BouiLLé.”

Mr de Lery était Graud-Voyer depuis quatre ans, lorsqu’il fut nommé Représentant pour le Comté de Kent. Sir James H. Craig tenait alors les rènes de l’administration. Nous avons encore le parchemin sur lequel ce Gouverneur ratifia son élection. Ces lettres sont du 5 Mars 1810. On touchait au moment où de graves événements allaient mettre tout le Canada en mouvement. C’est alors que Mr de Lery fut fait Major pour la Division de Boucherville. Sa commission est du 1er Septembre 1812, et signée par Sir Ueorge Prévost, ce Gouverneur

qui, par son attachement aux Canadiens et son esprit de justice, contribua plus que toutes les armées de la Grande-Bretagne à sauver le Canada et à l'empècher de tomber aux mains de ses puissants voisins. Sentant renaître dans son cœur la flamme des combats, l’ancien Garde du Corps de Louis XVI montra à la frontière cette intrépidité qui, au 10 Août 1792, lui avait fait braver le fer des assassins, afin de préserver le Monarque de leurs insultes. Telle fut sa belle conduite dans ces circonstances mémorables, que, l'année suivante, il fut nommé Lieutenant-Colonel.' Cet honneur lui fut fait le 4er Juin 1813. Ses lettres de commission sont signées par le Major Général, F. de Rottenburg.

La paix s'étant rétablie, Mr de Lery fut appelé à siéger au Conseil Législatif. Le dévouement qu’il avait montré pendant la dernière guerre, la grande capacité dont il avait donné des preuves, son esprit de modéretion et d'équité, firent penser à lui pour cette charge. Sir John C. Sherbrooke était alors à la tète de l'administration. C’est lui qui le somma au Conseil, en 1816, l’année même où il prit les rênes du gouvernement. Accumulant ainsi les places de Grand-Voyer et de Conseiller, Mr de Lery put rendre de plus grands services encore à son pays et c'est ce qu'il fit jusqu’à sa mort qui arriva en 1833. Les journaux annoncèrent ainsi son décès. ‘ Décédé à Bou- “ cherville, le 28 Octobre, à l’âge de soixante-et-onze ans, l'Honorable Louis-René Chaussegros de Lery, Ecuier, ‘membre du Conseil Législatif, Lieutenant-Colonel de “ mülice, Seigneur de Gentilly etc. La société perd en ‘lui un de ses membres les plus distingués par ses ‘ lumières, son patriotisme, sa générosité, son exactitude “ à remplir ses devoirs publics, son esprit conciliateur, l'aménité de ses manières, en un mot par toutes les ‘“ qualités qui constituent l’homme aimable et le vertueux “citoyen. Il emporte avec lui les regrets bien mérités ‘ de sa famille et de tous ceux qui ont été à portée de le “ connaitre et d'apprécier son mérite.” De son mariage

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avec Melle C. de Bouchervilie, M. de Lery avait eu quatre enfants. L'ainé mourut presque aussitôt après sa naissance. Louis-René, né en 1802 à Amherstburg, épousa en 1832 Melle Louisa McCarthy, fille du Lieutenant-Colonel McCarthy, du quatrième Royal Veteran Bataillon. C’est l'excellente Dame qui, par amour pour la famille de son mari, a bien voulu nous fournir la plus grande partie des documents reproduits dans ces pages. Charlotte fut enlevée à la fleur de l’âge en 1823. Elle était chez les Dames Ursulines de Québec, ainsi au’ii a été dit ailleurs, lorsqu'elle fut atteinte de la maladie qui l’emporta.

ITo CHARLES-AUGUSTE CHAUSSEG OS DE LERY.—Mr Charles- Auguste Chaussegros de Lery, second fils de l’'Honorable L. R. de Lery et de Dame (4 de Boucherville, reçut le jour en 1813. Il eut pour parrain Messire Chahoillez et pour marraine Madame Louise Perrault, épouse de François Vassal de Montviel, Adjudant-Général des milices du Bas-Canada. C’est le seul enfant qui représente aujourd’hui la branche aînée, la mort ayant enlevé à la fleur de l’âge l'enfant né du mariage de son frère ainé avec Melle L. McCarthy.

Mr C. A. de Lery a laissé le Canada depuis dnter années. Après avoir séjourné quelque temps en France, il est passé en Italie, où il a épousé une Demoiselle de cette nation. Il est le troisième Seigneur de Gentilly, conjointement avec sa belle-sœur qui a la jouissance de cette Seigneurie, sa vie durarte. Cette propriété avait été ac. quise successivement, de i ;?2 à 1774, par MrJ. Gaspard de Lery, son grand père, et érigée en Paroisse en 1784 par Ms 0. Briand, Evèque de Québec. Voici un extrait du Mandement qui en fait foi: ‘“Jean-Olivier Briand, par la “ miséricorde de Dieu et l'autorité du StSiége, Evêque de ‘ Québec, etc. Rien n'étant plus digne de la sollicitude “ d’un Evêque que de bâtir des Eglises dans les endroits ‘ où se trouve réuni un peuple nombreux et fidèle, d'y “ ériger des Paroisses et d'y envoyer, comme à la vigne ‘“ du Seigneur, des ouvriers apostoliques qui étant spécia-

‘“* lement chargés de la cultiver, s’acquittent de leurs “ devoirs avec zèle, annoncent la parole de Dieu, admi- ‘ nistrent les sacrements, font l'office divin, et enfin ‘“ remplissent les autres exercices du saint ministère, “ conformément aux saints canons; et étant, de plus, ‘ informés qu’il y a dans la Seigneurie de Gentilly assez de peuple pour composer une Paroisse et que déjà une ‘ Eglise y est bâtie; mus d’ailleurs par les vœux des & habitants, par les prières du Révérend Père Louis et ‘ par les représentations de l'illustre et honorable Joseph- Gaspard Chaussegros de Lery, Ecuyer, Chevalier de ‘ l'Ordre militaire de St Louis, Conseiller Législatif de “ cette province et Seigneur du lieu : le saint nom de Dieu invoqué, et après en avoir conféré avec le dit ‘ Seigneur, nous avons jugé à propos d’ériger et nous “ érigeons par ces présentes la dite Seigneurie de Gentilly & et les lieux qui en dépendent en Paroisse, sous le titre ‘ et l’invocation de St Edouard, Roi d’Angletèrre, la soumettant en tout à notre juridiction et à celle des Evêques de Québec, nos successeurs ; voulons, en outre, et or- ‘“ donnons que les habitants du dit lieu s’empressent & d’orner décemment la dite Eglise et lui fournissent tout “ ce qui est nécessaire. Et afin que le Curé qui y sera proposé, y vive honnètement, nous lui adjugeons, par ces présentes, toutes les dimes, Les oblations qui se font ‘ aux Messes solennelles, et généralement tous les autres & droits qui sont accordés aux autres Curés. Fait et donné tt à Québec sous notre seing et le sceau de nos armes, le 24 Juillet 1784. (Signé) + J. Ouivier, EVÊQUE DE Quésec.” Suivant l’arpentage de 1774, cette Seigneurie contenait huit cents sept arpents et demie.

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