BRANCHE CADETTE
1° CHARLES-ÉTIENNE CHAUSSEGROS DE LERY. Mr Charles- Etienne Chaussegros de Lery est le chef de cette branche. Il était le quatrième des fil8 survivants de l’Honorable
J. G. de Lery et de Dame M. L. de Brouage. Il reçut le jour à Québec, le 30 Septembre 1774 Contrairement à ses quatre frères qui passèrent tous en Europe, où ils prirent du service, Mr C. E. de Lery ne quitta jamais ce continent. Ayant atteint sa vingt-cinquième année, et alors qu’il était Seigneur de Rigaud-Vaudreuil, du Fief Se Barbe, etc, il épousa en 1799 Melle Marie-Josephte Fraser, fille 4e l’Honorable Fraser, l’un des Juges du Banc du Roi à Montréal, et de Dame Marie-Claire-Fleury d'Eschambault, dont nous avons fait connaître la famille, L'Honorabhle Fraser, père de cette Demoiselle, était venu en Canada avec le régiment des Fraser’s Highlanders qui prit part aux siége de Louisbourg et à celui de Québec. Il appartenait à l’illustre famille des Fraser de Lovat, alliée aux Fraser de Balnain, et était cousin germain du Brigadier Général Fraser qui fit partie de l’expédition du Général Burgoyne, où il trouva la mort, près de Saratoga, le 7 Octobre 1777.
Lorsque survint la guerre de 1812, Mr de Lery prit une part active à la défense de son pays, à l'exemple de son frère, l'Honorable L. R. de Lery, dont on vient de parler. S’étant fait remarquer par son esprit d'ordre, son aptitude aux affaires de détails, et plus encore par sa grande modération et son équité, il fut nommé Député Quartier- Maître. L’habileté avec laquelle il s’acquitta de ces fonctions pendant cette première période de la guerre, le fit désigner au choix du Gouverneur pour remplir en premier cette charge importante. Il fut donc fait peu après Quartier-Maître-Général.
Pendant que Mr de Lery se signalait en Canada par ses utiles services dans l’armée, ses frères se couvraient de gloire à l'étranger. La multiplicité des documents, reproduits pius haut, nous a empêché de suivre ces nobles enfants du Canada sur des plages lointaines. C’est ici le lieu de le faire; mais, pour ne pas trop nous étendre, après avoir dit un mot du plus jeune, nous passons rapidement aux deux autres.
Alexandre-André-Victor le plus jeune des cinq filssurvivants de Mr J. G. de Lery et de Dame M L. de Brouage, avait reçu le jour à Québec, le 12 Aôut 1778.' Apres avoir terminé son éducation, il passa en France, à la sollicitation de son frère ainé, en grande faveur auprès des officiers militaires. Il était alors dans sa vingt-troisième année. Afin d’être plus à même de réussir dans la carrière à la quelle il se destinait, il suivit quelque temps les cours ouverts en faveur des jeunes gens de famille qui se proposaient d'entrer dans le Génie. Au sortir de ces Ecoles, il devint Aide-de-Camp de son frère. C’est en cette qualité qu'il fit plusieurs campagnes, où il se fit remarquer par son excellente conduite, non moins que par sa valeur intrépide. Après avoir passé successivemeut par tous les grades inférieurs, suivant la règle invariablement observée dans les armées françaises, il fut fait Colonel. Ilen remplissait les fonctions à la tête d’un régiment français, lorsqu'il fut enlevé à un âge assez peu avancé. Il était alors à la Guadeloupe, où plusieurs autres jeunes Canadiens étaient passés et servaient dans les troupes.
Gaspard-Roch-Georges, aîné du précédent, devait fournir une plus longue carrière. Il était né à Québec le 22 Décembre 1771. IL venait de terminer sa classe de Belles-Lettres au Petit Séminaire de Québec et allait entrer en Rhétorique, lorsque son père reçut de Mr des Meloises, Chevalier de St Louis et ancien Aide-Major des troupes en Canada, une lettre qui lui annonçait que Georges, s’il le désirait, pourrait être admis à l'examen pour le Génie, au mois de Décembre. C'était une faveur qu’il lui avait obtenue. Sa lettre était du 30 Juillet 1787. Ayant alors demandé à son fils quelle carrière il voulait embrasser, et Georges ayant répondu qu’il désirait entrer dans le Génie, Mr G. de Lery lui fit part de la bonne nouvelle qu’il venait de recevoir. Georges venait de compléter sa seizième année. Enchanté de trouver une occasion aussi favorable de suivre ses goûts, il profita du temps qui lui restait, avant de laisser le Canada, pour se
perfectionner dans la langue anglaise. Le mois d'Octobre arrivé, il s'embarqua pour l'Angleterre. Parti le 25, il atteignit Douvres le 6 Décembre, et de là fit route pour Paris. Il y arriva le 10, et le 20 il entra à l’école de Mathématiques, faubourg St Antoine. Il y demeura jusqu’au 18 Décembre 1789, suivant avec ardeur le cours de Mr Bezout. Rappelant cette époque de la vie de son frère, le futur Baron de l'Empire Français s'exprime airsi dans une de ses lettres, en date du 3 Avril 1792: ‘Je me suis ‘ conduit avec Georges en frère et en ami. A mon arrivée à Paris, je l'ai mis chez Mr Berthaud, où, grâce à ses talents “ et à la perfection de l’enseignement, il a fait, en quatre “ mois de temps, des progrès incroyables. Je l’ai ensuite ‘ envoyé à Tours, où éloigné de toute influence dange- “ reuse, il a contracté des habitudes d'ordre et de travail, “ dont il n’aura qu’à s’applaudir. Je l’ai engagé à se con- ‘ tenter d’une pension de quatre cents livres, qui, jointe "& à huit cents livres qu’il a d’appointement, donne douze ‘“ cents livres, somme suffisante pour un jeune homme.” Lorsque cette lettre parvint à sa famille à Québec, Mr G. de Lery était Sous-Lieutenant. Il avait été promu à ce grade le ler Janvier, alors qu'il était à l'Ecole de Mezières. Il fut confiriné dans ce grade par les frères du Roi, au moment où ils se trouvaient à Birgen, et, un peu après, par le prince Régent, comme en fait foi le document suivant : ‘“ Nous Louis-Stanislas-Xavier de “ France, fils de France, oncle du Roi, Régent du ‘ Royaume au nom de Louis XVII, etc., prenant con- “ fiance dans les talents, bonne conduite et vigilance du “ Sieur Gaspard-Roch Chaussegros de Lery, élève du Corps royal du Génie, l'avons nommé et nommons à la ‘“ charge de Sous-Lieutenant au dit Corps, pour en jouit “ aux titres, honneurs, droits et prérogatives dont jouis- ‘* sent les Sous-Lieutenants du Génie au service du Roi ‘“ de France, et aux appointements fixés par les Ordon- ‘“ nances du Roi; voulant qu’il soit reçu et reconnu en ‘ la dite qualité, qu’on lui obéisse en tout ce qui concerne
“ le service du Roi et qu’il prenne rang, à partir de ce “jour, parmi les Sous-Lieutenants du Corps royal du ‘ Génie. En foi de quoi nous avons signé la présente, con- “ tresignée par le Maréchal de Broglie, commis à cet effet. ‘ Fait à Ham, le 10 Août 1794. (Signé) Louis ; par ordre “ de Monsieur, Régent de France, le M! ne BRoOGLIE.”
Telle fut la conduite sage et exemplaire de M" de Lery pendant ces premières années de sa vie militaire, que Mr Langlé de Moriencourt, Commandant le Corps royal du Génie, se fit un devoir d’attester que ce jeune officier était pénétré de bons principes, et qu’il n’y avait dérogé “ en aucune manière, ni action.”
Comme on le divine par ce qui précède, Mr G. de Lery, à l'exemple de son frère Louis-Réné, s'était attaché au parti des Bourbons, : et, lorsque la Révolution les eût
L Parmi les papiers du jeune officier, nous avons trouvé ces couplets, alors en vogue auprès des Gardes du Corps :
Oui, Je suis soldat moi, Braves Gardes, dont la mort Oui, pour ma patrie, Offre un si bel exemple, Pour la Reine et pour mon Roi Glorieux est votre sort ! Je donnerais ma vie. La vertu le contemple.
Oui, mourir pour son Roi Du démocrate insolent Et pour sa patrie, Quand la fureur éclate C’est emporter avec soi
Je n'en vais pas moins chantant: Les honneurs de la vie. Vive un aristocrate !
Oui, je suis etc. etc. Pauvre peuple à ta fureur, Offrons cet hécatombe :
Au diable l'égalité Tu semais, dans ton erreur, Qui produit la misère ! Des lauriers sur leur tombe. Je n’en suis pas mieux traité, Oui, mourir pour son Roi Ni fils d'un autre père. Et pour sa patrie, Oui, je suis etc., etc. C'est emporter avec soi
Les honneurs de la vie.
Périsse la liberté
Qui mène à la lanterne Allons gais, mes compagnons Qui détruit la royauté Battons une roulade Et qui fait qu'on nous berne ! À la santé des Bourbons, Oui, je suis etc., etc, Buvons une rasade.
Oui, je suis soldat, moi, Ma foi, vivent les héros Oui, pour ma patrie, Que Condé mène en guerre! Pour la Reine et pour mon Roi,
De ce peuple de bourreaux Je donnerais ma vie. Ils purgeront la terre.
Oui, je suis etc., etc.
renversés de leur trône, il les suivit sur la terre étrangère. Il laissa la France au mois de Juin 1792, et fit sous les ordres des frères du Roi toutes les campagnes de cette époque jusqu'en 1797. Pendant cette période agitée, comprenant sans peine les légitimes inquiétudes de ses parents, il eut soin de les rassurer, en leur donnant le plus possible de ses nouvelles. Dans l’impossibilité de reproduire toutes ses lettres, nous nous bornons à donner des fragments de celles qui, en nous remettant sous les yeux les luttes acharnées qui eûrent lieu à cette époque, nous font aussi connaître les diverses étapes par lesquelles passa le jeune officier, avant d’arriver à la haute position qui l’attendait en Russie. La première qui nous soit parvenue, est du 22 Mars 1792 et est adressée à son frère Louis-René : ‘“ Mon cher ami, lui écrit-il, “ je suis arrivé à Daut depuis hier. Je n’ai pu encore être “ présenté par Mylord Aukland au Duc d’York ; il n’y a “ que Mr Charles de Ginkel qui ait eu cette faveur. Je vais “ tâcher de voir l’'Amiral Van Winsbergen. Comme le “ prince Christian Darmstadt qui a un régiment au service de la Hollande, désire avoir avec lui un officier ‘“ au fait du Génie, je le prierai de me donner une recom- “ mandation pour ce prince, d'autant qu’il y a peu d'’es- & poir d'entrer dans le Corps commandé par Mr Dumou- & lin, ce Général étant très-malade. Quand j'ai quitté la “ Haye, on parlait de former une Compaguie d'artillerie. Mr Amand, fils du Général de ce nom, doit en être “nommé Capitaine. On a appris hier que Clairfayt “ avait tué aux patriotes plus de deux mille hommes et “leur avait enlevé trente-trois pièces de canon. Du- “ mouriez commandait lui-même son armée. Dès que “ mon sort sera fixé, je te le ferai connaître. Ton frère “et ami. (Signé) GErorGes.” La seconde lettre est du 11 Janvier 1793, et est datée de la Haye : ‘* Le Général ‘ Dumoulin est rétabli, mandait-il à son frère, et grâce ‘ à la lettre de mon oncle Johnston, j'ai bon espoir d’en- ‘ trer dans son Corps. J'ai visité plusieurs fois la Com-
“ tesse d'Athlone qui est très-portée pour nous, ainsi que Mé Heyden, sa sœur. Le Comte de Reeds m'a remis “ hier soir un billet par lequel je suis invité à passer “chez l’Amiral de Kinsberg. Il me sera facile d'’ex- “ pliquer à ce dernier pourquoi, étant Canadien, j'ai été ‘ obligé de passer au service de la France, le Gouver- ‘ nement anglais ayant refusé de m’employet, à cause “ de ma Religion. Par ma prochaine, je te dirai le ré- “ sultat de toutes ces démarches. Ton frère et ami pour “la vie” L'année suivante, à la date du 12 Février, il écrivait encore à son frère : * Nous sommes toujours ‘“ avec des espérances, mais aucun parti n'a encore été “pris. Les événements de France réagissent ici: les ‘“ patriotes s’agitent beaucoup, ce qui fait que la Haye “ regorge des habitants de Brèda, Boisleduc, Maëstrick, etc., qui ne se croient plus en sûreté à l’intérieur. On ne “ peut compter que sur les forces du Roi de Prusse pour “ défendre le pays ; les soldats hollandais ne sont pas de “ taille à le faire. La nouvelle de la mort de Louis XVI “a causé ici beaucoup de sensation, mais moins qu’en ‘“ Angleterre. On a fait à cette occasion des sermons pathétiques dans les Eglises et on a chanté des services ‘ dans toutes les Chapelles des Ambassadeurs. Les Etats Généraux ont dénoncé la conduite des Jacobins. L’Im- “ pératrice de Russie a fait des offres au prince de Condé, ‘ ainsi qu'aux émigrés, mais je ne sais encore, si c’est “ pour leur donner des terres en Crimée ou les faire ‘ entrer dans le service. Adieu. Je t'embrasse de tout ‘ cœur.”
Par les lettres qui précèdent, on voit que le jeune officier, malgré son désir extrême de servir la cause de l’ordre, n'avait pu encore trouver moyen d'utiliser ses talents. Enfin, après bien des démarches et bien des incertitudes, il lui fut donné de sortir du repos et de prendre une part active aux événements. C’est ce qu’il apprend à M® Johnston par la lettre suivante : “ Oberhansen, près “ Weissembourg, 2? Septembre 1793. Ma chère tante,
‘ depuis ma dernière lettre, les choses ont bien changé de face. Précédemment nous nous plaignions de l’inac- “ tion, dans laquelle nous retenait le siége de Mayence; ‘à présent nous sommes beaucoup occupés, et nous ne “ pouvons que nous féliciter du succès de nos opérations. “ La renommée, avec ses cents bouches, a déjà publié nos exploits; cependant, il ne faut pas trop s’en rap- “ porter à ses exagérations. Le tout se réduit, depuis le 20 du mois dernier; à trois mille patriotes tués, vingt “ pièces de canon prises, quelques centaines de pri- ‘“ sonniers et sept lieues de terrain gagnées. Nous sommes arrêtés à présent par les lignes qui s'étendent des mon- “ tagnes au Rhin, en passant par Weissembourg et Lau- “terbourg. Le difficile est de les forcer. Nos Généraux “ combinent les moyens de le faire avec le moins de “ perte possible. Le bruit court que le Général Walis a “ passé le Rhin à Fort Louis, pour les attaquer à dos. On ‘ assure également que le Duc de Brunswick n’est plus “qu'à trois lieues de Weissembourg. Si c’est le cas, “ nous sommes bien prêts d'en venir aux mains. Tout “ nous engage à nous hâter : la saison avancée, l’insurrec- ‘“ tion qui se propage de plus en plus dans la Haute Alsace. “ D’après les déserteurs qui nous arrivent journellement, ‘“ l’armée des patriotes se compose en grande partie de “ paysans qu’ils ont forcés à marcher. Il sera donc facile “ d'en venir à bout, d'autant qu’ils ne savent pas se battre ‘“ à l'arme blanche. Déjà, dans les précédentes batailles, ‘ nous leur avons tué l'élite de leurs troupes. A Ofortz, “ cent cinquante hommes de la Compagnie de Mirabeau ?
1 Tombée au pouvoir du Général Custine, le 21 Octobre 1792, Mayence fut reprise, l’année suivante, le 22 Juillet, par les Prussiens, commandés par le Duc de Brunswick. 4 La prise de Mayence, écri- ‘“ vait à cette époque le prince L. J. de Bourbon, va, j'espère, nous ‘“ mettre à même d'agir offensivement. Il est urgent que nous sor- “tions de notre inaction.”
. 2 Le Vt de Mirabeau était frère du célèbre orateur de ce nom. Il avait sous ses ordres une Légion de quinze cents hommes, tant Infan-
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“ défirent mille huit cents des leurs et mirent le reste en “ déroute. Nous les poursuivimes l’espace de deux lieues ; “ les Autrichiensen firent autant, de leur côté. Huit cents hommes, au moins, restèrent sur le carreau dans cette “ affaire ; je comptai moi-même cinquante morts dans un “ seul endroit, où l’action avait été des plus chaudes. Les “ lignes prises, nous repasserons peut-être en France. “ Nous ne comptons guère cependant sur une contre- “ révolution. Quelque chose qui arrive. ma conduite “ est toute tracée. Ayant pris du service dans l'armée «“ de Condé, je dois y rester. Si le succès ne répond pas “ à la bonté de la cause, au moins j'aurai suivi le parti “ de l'honneur. Comme de nouveaux événements ne “ doivent pas tarder à surgir, j'aurai soin de vous en & faire part. Veuillez vous-même me donner de vos nouvelles. Lors même que les armées seraient en “ marche, vous pouvez toujours m'adresser ainsi vos & lettres : M de Lery, officier au Corps royal du Génie, & à l’armée de son Altesse MF le Prince de Condé, par “ Spire. Mes respects, je vous prie, à mon oncle, et mille amitiés à mes cousins Hughes. Je m'imagine que de & Landrieff est toujours à Londres, ainsi que Mr de Villeray ; rappelez-moi à leur souvenir. Votre très-affec- “ tionné neveu, etc.”
Six semaines plus tard, il rendait ainsi compte à son frère de la prise des lignes : “* Weissembourg, 14 Octobre «1793. Mon cher ami, nous sommes maîtres des lignes. « C'est hier que nous nous en sommes emparés. On ne ‘ saurait se faire une idée de l'entrain, de l’impétuosité “ des troupes, de la célérité avec laquelle nous avons ‘ triomphé des patriotes. Notre droite, appuyée sur une & division d’Autrichiens, était à plus de deux lieues de “ Weissembourg; la gauche était à Lauterbourg. Nous “ avions les montagnes à franchir et un camp retranché
terie que Cavalerie. On rapporte qu'il avait fait pur à ses soldats
un uniforme noir, décoré de têtes de morts. C'
it sans doute pour honorer la mort de Louis XVI.
‘ à forcer. Nous nous mimes en marche à deux heures “ du matin, et à quatre heures nous étions en face des “ patriotes. Le régiment hongrois de Süley, se précipi- “ tant alors, la baïonnette à la main, sur la rédoute de “ Steinfeld, défendue par cinq cents hommes, l'enleva ‘ après une assez courte résistance. Ce fut le signal d’une ‘“ attaque générale. De quatre heures à onze, les mon- “ tagnes ne cessèrent de retentir du bruit du canon et de t* la fusillade. A onze heures parut, à la vue de Weis- “ sembourg, la droite de notre armée. Elle venait d’oc- “ cuper le camp retranché et de déloger les patriotes de “ de toutes leurs positions. Dès huit heures, le Général “ d'Olsey avait forcé les lignes, et le soir il avait pris ‘ Lauterbourg. Je t'écris du café, pendant que l’armée “ défile sur la place et s'avance vers Haguenau, à la pour- ‘ suite des patriotes que le prince de Valdeck, à la tête ‘“ de quinze cents hommes, a ordre d’arrèter dans leur “ fuite. A part la légion de Mirabeau qui a perdu cent “ cinquante hommes. l’armée a peu souffert. Süley n’a ‘‘eu qu’un homme tué. J’ai couru pour ma part de grands “ dangers, mais je n'ai reçu aucune blessure. Je me # trouvais avec huit pièces de canon, sans Infanterie pour # me soutenir, dans une rue étroite de Oterorback, do- “ minée par une hauteur, d’où deux Bataillons de patriotes ‘ faisaient pleuvoir une grêle de traits. La position n’était ‘ pas tenable. D’un autre côté, la retraite était impossible. ‘“ Alors, nous nous avisâmes de nous mettre en batterie, ‘* à soixante pieds des patriotes. Après quarante coups de “ canon, nous les avons forcés à la retraite. C'est dans ‘‘ cette affaire que le pauvre Mr de Boyne, au moment où ‘ il me parlait, a reçu une balle dans la tête. Sans lui, ‘ je l'aurais reçue. Il tomba à mes pieds. Nous l’enle- ‘“ vâmes aussitôt, et nous espérons le sauver. Je m'’arrèête, ‘“ car il faut que j'aille rejoindre ma pièce qui passe. Les ‘ rues retentissent du cri de Vive le Roi. C’est l’armée qui “ défile devant le prince de Condé. J'apprends que Ha-
“ guenau est occupé par le prince de Valdeck. Si cela
‘t est, les patriotes sont pris entre deux feux. Nous mar- “ chons sur eux. Adieu, etc.”
Dans une lettre du 24 Octobre, datée du Quartier Général de Barnsein, après de nouveaux détails sur la prise des lignes, le jeune officier donne ainsi le . de la journée : “Six lieues de terrain gagnées, trois camps “ retranchés forcés, deux villes prises, six mille hommes “ hors de combat, le reste en fuite du côté de Strasbourg.” Puis, il ajoute: “ Nous avions dans le Corps du prince “ de Condé grand no’nbre de paysans qui s'étaient réfu- “ giés parmi nous. fu ne saurais te faire une idée de la ‘ joie des femmes et des enfants, par tous les villages où ‘“ nous avons pssé. Ces femmes accouraient au-devant ‘“ de nous, e‘ ne savaient comment nous remercier de “leur avoir conservé leurs pères, leurs maris. C'était vraim=nt une scène des plus attendrissantes. Avec ces ‘ bon: paysans, les Curés sont rentrés dans leurs Paroisses “ qui n'avaient pas voulu consentir à recevoir de prêtres “ constitutionnels. Notre armée, forte de plus de soixante ‘ mille hommes, est campée le long de la Sorne et pré- ‘“ sente un coup d'œil magnifique. C'est là que nous ‘avons appris la mort de ia Reine. Ce nouveau crime ‘“ ne nous laisse aucun espoir sur le rétablissement pro: ‘ chain de la tranquillité en France. Lyon a été forcé de “ se rendre, sans qu'aucun Département soit venu à son “ secours contre les démagogues. La Vendée continue à «“ se battre; mais, n'étant pas soutenue, elle ne peut tenir “ longtemps. ! La Convention trouvera de notre côté plus ‘“ de résistance. La Flandre ne demande pas mieux que “ de nous prêter main-forte, et il peut se faire que notre “ armée s'ébranle sous peu pour favoriser ces heureuses ‘t dispositions... Les Autrichiens estiment beaucoup
1 Stoflet fut fusillé à Angers le 23 Février 1796, et Charette à Nantes le 9 Mars. Dans ses Mémotres si palpitants d'intérêt, Mw de la Rochejaquelin à consacré de magnifiques pages à ces héros à jamais illustres. On peut voir aussi dans le dernier ouvrage de M" Crétineau- Joly avec quelle ardeur et quelle fidélité ils luttèrent pour la cause royale.
l'armée de Condé: il règne entr'eux et nous une ‘“ grande harmonie. Notre armée, ajoute-t-il dans sa “ lettre du 30 Novembre, datée du Quartier-Général de ‘“ Shweigen-Haussen, change à chaque instant de posi- ‘tion. Pour le moment, il paraît bien que la campagne ‘est finie. Depuis la prise de Fort Louis qui nous ‘assure une communication au-delà du Rhin et un ‘“ appui pour notre aile gauche, notre droite qui s'était “ avancée jusque vers Saverne, s’est repliée en arrière, ‘ afin de se mettre en ligne avec la gauche des Prussiens, “ près de Weissembourg. Plus de trente-cinq rédoutes “ nous protègent contre les patriotes. Ils sont venus nous ‘ attaquer ces jours derniers, sur plusieurs points à la fois, mais ils se sont fait arranger de la belle manière. En “ voyant notre aîle droite se replier, ils ont cru un . instant que nous songions à la retraite. Nous les avons ‘ laissés s'engager, et, de nos redoutes, nous les avons ‘“ foudroyés. Trois jours après, ils sont revenus à la “ charge, mais cette fois avec une audace et une per- ‘“ sistance dont nous ne les pensions pas capables. Dis- ‘“ posant d’une artillerie supérieure à la nôtre, ils se sont ‘emparés de Bersthein, en avant de notre position, et “ delà se sont mis à nous fusiller tout à leur aise. Il ‘ fallait donc à tout prix les en déloger. C’est alors que “ le prince de Condé à fait avancer les deux Bataillons “ de gentilshommes, et que le Duc de Bourbon, avec le “ Duc d'Enghien, se mettant à la tête de la Cavalerie, ' ont “ marché, de leur côté, sur le village. La charge a été “des plus impétueuses. Pendant que les régiments ‘“ d'Artois et Dauphin mettaient en fuite tout ce qui “ faisait résistance, le prince entrait dans le village au ‘“ milieu d’une affreuse grêle de traits. L'ordre d'’at-
1 La Cavalerie se composait du régiment noble, des Chevaliers de la Couronne, de Dauphin et des hussards de la Légion Roger de Damas. Le Duc de Berry fut désigné pour la commander. Lorsque tout espoir de faire triompher la cause royale fut perdu, la plupart des vaillants gentilshommes qui en faisaient partie, prirent du service, comme simples soldats, dans les régiments étrangers.
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