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“ taquer à la baïonnette ayunt alors été donné, les Car- “ magnols, qui ne peuvent se faire à res sortes de ‘“ réceptions, ont aussitôt jeté armes et bagages, et ont “ pris la fuite dans toutes les directions. Pas moins de ‘“ neuf cents sont restés sur place. Le reste eût eu le même “ sort, si la Cavalerie, occupée ailleurs, avait pu marcher “à sa poursuite. Le Duc de Bourbon a reçu un coup “ de sabre à la main et ses quatre Aides de Camp ont été ‘ blessés. Le Duc d'Enghien, après avoir encloué une “ pièce de canon, s’est vu entouré plusieurs fois et a failli “être tué. Il n’a du son salut qu’à la bravoure d’un ‘ cavalier qui a coupé le bras d'un patriote, au moment ‘ où celui-ci levait son sabre sur le prince. Le prince de ‘ Condé a été d’un sang-froid qui a fait l'admiration de “toute l’armée. Ces trois princes ! ont montré'en cette ‘ circocstance qu'ils avaient dans les veines le sang des “ Condé. Notre perte s'élève à quarante-quatre officiers ‘ tués et à cent vingt blessés. Pendant que nous repous- “sions ainsi les patriotes de Bersthein, le Duc de Bruns- ‘“ wick leur tuait mille hommes et leur enlevait vingt- “ pièces de canon. Enfin, on a pris Landau ; la nouvelle ‘est confirmée. Après cela, nous allons prendre nos ‘“ quartiers d'hiver. Il en est temps; les arbres sont “ chargés de neige et il est impossible de tenir plus ‘longtemps la campagne.”
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1 Ces trois princes étaient Louis-Joseph de Bourbon, prince de Condé, Gharles-Ferdinand, Duc de Berry et Louis-Antoine-Henri de Bourbon, Duc d'Enghien. Le premier eut le commandement de l'armée. Le second ne vint la rejoindre que le 28 Juillet 1794. Il était alors dans sa seizième année. Il servit comme volontaire, et, avant d'être mis à la tête dela Cavalerie, passa par tous les grades Militaires. Suivant le prince de Condé, ‘‘ sa sagacité, sa prudence et ‘“ son sang-froid étaient au-dessus de tout ce qu'on peut dire.” Parlant de la bravoure du troisième, Louis XVIII s'exprime ainsi : ‘“ Quand un Duc d’Enghien attaque, de quelque côté que ce soit, les # positions doivent nécessairement devenir le théâtre de sa gloire.” On connait la fin tragique de ces malheureux princes. Après avoir supporté avec courage les épreuves de l'exil, l’un d’eux, le Duc de Berry, tomba sous le poignard d'un assassin; l’autre, le Duc d’Enghien, trouva la mort dans les fossés du Château de Vincennes.
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L'année 1794 s’ouvrit sous des couleurs assez sombres. La maladie s'était mise dans l’armée, et les puissances qui avaient le plus d'intérêt à soutenir le mouvement vendéen, afin d'en finir avec la Convention par un coup décisif, ne semblaient pas trop se presser de mettre leurs armées en marche. C’est ce que Mr de Lery apprend à son frère par la lettre suivante : “ Rotembourg sur le “ Necker, 12 Mars 1794. Mon cher ami, depuis ma der “ nière, j'ai été un peu malade. Les fatigues de la der- ‘“ nière campagne m'ont valu ce petit désagrément. Je “n'ai pas été le seul : notre armée a été et est encore “ remplie de malades. L'air malsain des hôpitaux, le “ peu de soin que l’on a pour les malades, sont cause, “ plus encore que la maladie, de la grande mortalité qui “ règne depuis quelque temps parmi nous. Ou ie prince ‘“ ne sait pas ce qui en est, ou ses ordrés ne sont pas “exécutés. Néanmoins, tout se prépare pour une nou- “ velle et vigoureuse campagne, à laquelle je devrai né- “ cessairement prendre part. Les efforts se porteront du “ côté des Pays-Bas; mais je crains bien qu'ils n’amènent “ aucun résultat, surtout si la Vendée ne peut se soutenir “ jusqu’à ce moment et ne remporte des avantages qui “lui permettent de marcher sur Paris, afin d’en chasser “la Convention. De la manière dispendieuse dont se fait aujourd'hui la guerre, les puissances coalisées au- “ ront leurs trésors épuisés avant que la France ait usé “ les ressources dont elle dispose. Le problème me semble # donc bien difficile à résoudre. Il est vrai, les dernières ‘“ nouvelles paraissent rapprocher le dénouement; mais “ Dieu seul sait ce qu'il faut en croire. Qu'importe que ‘le public crie, si les armées ne manquent de rien? ‘“ Avec ces armées, la Convention est capable de tout “ faire. Les bourgeois d’ailleurs, plutôt que d’être égorgés “et conduits à la guillotine, préféreront tout endurer. “ L'injustice ne leur mettra pas les armes à la main pour “ repousser la tyrannie. Je puis me tromper ; mais voilà “ ma pensée. Ces considérations sans doute et d’autres
‘“ encore influent sur la conduite des princes'. L'armée * autrichienne semble disposée à se tenir sur la défensive, ‘ avantderien entreprendre. Elle attendra probablement, “ avant d'agir, les renforts prussiens qui, dit-on, sont “ considérables. Dès que quelque chose de positif sera “ décidé, je t'en ferai part. Assure ma tante et mon oncle “de mon respectueux attachement, et donne-moi des * nouvelles du Canada, si tu en as. Je t'embrasse etc.” Cette lettre était suivie quelques jours après d’une autre ainsi conçue : ‘“ Rotembourg sur le Necker, 20 Mars 1794. *‘ Mon cher ami, Les nouvelles que tu me donne du Canada par ta dernière, me tranquillisent un peu. Néanmoins, “ plutôt que d'y retourner sans être assuré d’une posi- “ tion, je préfère rester dans l’armée de Condé. Sous ce ‘“ rapport, je n’éprouve pas la moindre hésitation. Je “ vais donc prendre part à la nouvelle campagne. Si “le succès couronne nos efforts, je serai au comble de “mes vœux. En effet, ayant fait trois campagnes et ‘ayant neuf ans de service, je me trouverai Capitaine à vingt-quatre ans, si notre Corps est conservé. Dans ‘ le cas où nos armes éprouveraient des revers, j'ai tou- ‘ jours la perspective d’être employé en Russie. L’Impératrice nous a tous demandés l’année dernière, comme ‘je te l'ai marqué, et déjà quelques-uns des officiers y ‘“ sont passés. Quelque soit la marche des armées, tu ‘ peux toujours m'écrire à Rotembourg, car, quand la “ nôtre partirait dans trois semaines, elle a eu trop de
{ La crainte de tourner contre eux les forces de la France, entrait sans doute pour beaucoup dans les indécisions qui se manifestaient alors dans les Conseils des princes. Mais, si on s’en rapporte à la plupart des historiens, les Souverains étaient guidés par des motifs beaucoup moins honorables. ‘“ La coalition, dit Mr Gabourd avait moins cher- “ ché à sauver Louis XVI, qu'à humilier la France et à la réduire au ‘“ rang de puissance déchue. Les Rois et leurs Ministres, ajoute Mr ‘“ CrétineauJoly, ne soupconnant pas les mystérieuses et sanglantes “ péripéties de ce drame, y assistèrent en se réjouissant de l’affaiblis- ‘“ sement que les troubles intérieurs devaient faire subir à la monar- ‘“ chie française.” Ainsi prévalut cette politique égoïste, non moins fatale aux Rois qu'aux particuliers, et dont celle de ces derniers temps n’est que la triste reproduction.
fatigues dans la dernière campagne, pour rien entre- ‘“ prendre avant six semaines. Il peut se faire mème “ qu’elle soit, pour cette raison, employée à garder les “ bords du Rhin. Je ne suis pas surpris que Melle Perré “ soit entourée d’un nombreux essaim d’adorateurs : une ‘“ Demoiselle muette est un trésor pour bien des personnes; “les autres croient peut-être que la parole revient avec ‘ l'esprit. Adieu, porte toi bien et crois sur l’amitié que ‘ je t'ai vouée, etc.”
Après avoir servi pendant cinq ans avec un courage qui ne se démentit pas un seul instant, Mr de Lery se détermina à quitter l’armée. Lorsqu'il prit cette résolution, il venait d’être fait Lieutenant. Nous avons encore ses lettres de commission. Elles sont ainsi conçues : ‘“ Le 5 Janvier 1797, le Roi désirant reconnaître les bons ‘et fidèles services qui lui ont été rendus par Gaspard- ‘“ Roch Chaussegros de Lery, actuellement Sous-Lieutenant au Corps royal du Génie, lui a accordé et lui ‘accorde par la présente, le grade de Lieutenant, pour ‘“ en prendre rang dans toutes ses troupes d'Infanterie, “ à partir de ce jour. (Signé) Louis.” Jugeant alors que le meilleur parti pour lui était de rester en Russie, où d’illustres personnages lui faisaient entrevoir un brillant avenir, il s’y fit autoriser par le prince de Condé, sous lequel il venait de servir. En lui accordant cette permission, ce prince lui remit l'attestation on ne peut plus flatteuse qu'on va lire : ‘“ Nous Louis-Joseph de Bourbon, ‘“ prince de Condé, prince du sang, Grand Maître de “ France, Duc de Guise, Colonel Général de l’'Infanterie ‘ française et étrangère, etc., certifions que Mr Gaspard- “ Roch Chaussegros de Lery, natif du Canada et officier ‘au Corps royal du Génie, a fait la campagne de 1792
avec l’armée des princes, frères du Roi Louis XVI:
que, nous ayant joint le 24 Juin 1792, il a servi depuis ‘ ce tempssous mes ordres, dans la Compagnie composée “ de son Corps, ayant fait les campagnes de 1793, 1794, “1795, 1796 et 1797; et, nous ayant suivi en Wolhynie,
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