CHAPITRE DEUXIEME
Où Ton offre à Boncouh d'eotrer au lenrice |du roi de
Ltbort, et on il n'apprend rien de plus.
Sans les industries funèbres qui s'étalent dans la partie du boulevarl extérieur coinprise entre la barrière Blanche et l'avenue du cimetière Montmartre, rien ne rappel-
leraitle voisinage immédial de ce dernier
50 LE TICOMTK
L'aspect de l'avenue plantée d'acacias, verdoyants, terminée par une grande porte en planches grises, qui semble devoir s'ouvrir sur une ferme et non sur le champ du repos, est riant à l'œil. Un étranger, un Parisien même habitant un quartier éloigné, se demanderait avec raison par quelle fantaisie singulière ces pierres sépulcrales qui n'attendent qu'une inscription, ces mausolées à vendre, ces couronnes d'immortelles destinées à tous les degrés de parenté se trouvent mêlés aux cabarets et aux guinguettes qui font face au mur d'enceinte de Paris, tout près de celte avenue. Les < liants qui, le soir, dans les longs jours d'été, retentissent dans les
DE <:haii m BRU* 51
rabaivts, quand le travail ésl Bnl; le enfants qui jôueuf dans T;r l«u-
dier rayon de soleil, tout concourrait à laisser sa question sans n'p n 6 ; c itfM Cei laine heure, lu | orle dérobe .1 r<:'i' des curieu* le so bleau que présente l'intérieur du cimetière.
C'csl tei!l <vt endroit que 6 lit
L'inconnu, Ban i te douter que celui qu'il
avait oblif <• ave< une si tn/j ^ i i ica-
I i cowrai ;
sa iv
par qu 11 a ch i de-
52 LK VICOMTK
venu son bienfaiteur. L'eût-il su, du reste, qu'il n'aurait pu se cacher de Boncourt , par cette raison toute simple qu'il ne l'avait jamais vu. Le but de sa course suffit seul pour le dérober aux recherches du courtier marron. En effet, au moment où Boncourt franchissait à grands pas la barrière Blanche, l'inconnu quittait le bouîevart extérieur et se dirigeait vers une espèce de porte cochère formée d'une grille en bois à deux battants et placée entre un sculpteur en monuments funéraires et un épicier.
Cette porte sert d'entrée à la cité Yéron. Les petits rentiers, les altistes pauvres ou tous ceux qui sans s'éloigner de Paris veulent respirer le grand air, avoir sous tao
i>; en \ i ■■ \iiiiu N ••■»
yeux un peu de \ i t lure , el enfin | à meilleur marché la nourriture cl le logeaient, vont habiter cette cité comme les
Batignolles.
II y avait jadis, — je ne parle pas de celle qui existe aujourd'hui, — une table d'hôte à prix modéré où se réunissaient les femmes à entretenir' plutôt qu'entretenues, ou celles de ces dernières qui, pour le moment sans invitation, préféraient un dîner
à table d'hôte à leur pot-.tu-feu solitaire
ou en tète-à-tète ;iv.v leur suivante. Lea gens désoeuvrés, les flâneurs, qui cherchaient aussi l'occasion defaii e p >
ment îa connaissance de quelque joli minois sans qu'il n'en coulât plus qu'un dîner à vingt-six sous, et parfois une partie de bouillote ou de lansquenet, avec de charmantes mais insolvables adversaires, ne manquaient pas non plus de se réunir à celte table.
Au moment où l'inconnu venait d'entrer, de la table d'hôte dressée dans un des jardinets de la cité, parlaient des rires bruyants, harmonieux et frais comme des roulades de rossignols sous le feuillage, qui prouvaient que les convives étaient au dessert, et que la partie féminine était en
DK I UiAlbULN 5S
majorité, Mais l'inconnu semblait arriver un tout autre but que de se mélei à
cetle joyeuse réunion; car, après avoir fait quelques pas, il s'arrêta et parut aile:
Un homme ne larda pas à venir 1 r joindre. Outre la figure lugubre et patibulaire dont la nature semblait s Y à <lmier C;M individu, il y avait dans sa [»by- &iononaie un air bien prononc ; de ; déférence pour rbomme à la cravaie che.
Ce dernier lui adressa la parole ndr autrement que par mm -
inclination de tèle à son respectueux saint.
Pendant ce temps Boncourt cherchait vainement sur le boule vart la trace de son bienfaiteur anonyme.
Comme les deux interlocuteurs conversaient en langue russe, ils ne s'étaient pas crus obligés à baisser le diapason de leur voix.
— La femme est là, — et l'individu à
figure patibulaire désignait la table d'hôte en répondant à la question qui lui avait
DM <MA1 i UIUUN bl
été faite — el qaani à l'homme, vous !<• verre/, derrière les vitres, assis à table, dans nu petit cabinet <le cabaret à l'angle du boulevart ci de l'allée du cimetière.
— - Je le sais puisque c'est lui <jui m'a donné un rendez-vous là ; mais sait-il que vous êtes ici ?
Non. Il ne nie connaît même pas.
— Et pourquoi cela !
— Il est défiant <'n diable, rusé comme
58 Ll< VICOMTE
un chat sauvage, et je vous serai plus utile en le surveillant sans qu'il s'en doute.
— Il faut cependant que cet homme ne garde pas un secret comme celui qu'il a surpris; l'honneur d'un puissant seigneur y est intéressé.
— C'est difficile, hvan n'a pu réussir à lui faire avaler un verre de vin sans avoir été obligé de le goûter le premier; impossible de lui faire sentir un œillet... — Ici, un rire sinistre assombrit encore le visage du coquin subalterne qui donnait la réplique h l'inconnu — sans risquer qu'il
I»l Cil AI' a! i;\i \ ^ij
Vous oblige à le sentir avant lui, or, vous sa?< i
— le sais, en attendant ne faites plus rien avant que je l'aie vu ce soir. Quanta la femme, vqui la nommez?
— Paméla. — Eh lien allez de ma part lui faire la question suivante cjuo j'ai oublié de lui adresser h l'égard <Ju j homme : sa profession, son adresse <ii IVndroit qu'il Fréquente le plus habituellement.
Lia -oimu, resté srul un insnot, pi èta
l'oreille aux voix de femmes qui sortaient du petit jardin ombragé d'acacias. Quelques minutes après son interlocuteur était de retour. s
— 11 est courtier marron, dit-il, et demeure à l'entresol du numéro 28 de la rue de Grammont ; en conséquence de sa profession on le trouve au passage de l'Opéra de onze heures à une heure aprèsmidi, et le soir de sept à neuf.
— C'est bon — reprit l'inconnu, qui écrivit ces renseignements sur son carnet. — Je vous le répète — continua-t-il, —
bh CH \ n:\i MUN (,|
lien contre ce troupe-jarret avant que je
vous aie revu ; car j'espère loi faire a<cepter la proposition du maître et DOUS h débarrasser sans que la justice juge à propos de faire des enquêtes sur sa disparition, sur le dernier verre de vin qu'il ait bu ou sur la dernière fleui qu'il ait sentie.
— C'est dommage, car, outre les expériences dont il eût enrichi la science, j'aurai à décommander... enfin soit, j'attendrai.
En disant ces mois énigmaliques, l'indi-
vidu à la figure sinistre salua l'inconnu, qui s'éloigna et sortit de la cité Véron.
Certes, si Bonconrt eût entendu la réponse de Paméla aux demandes qui Fui avaient été faites sur son compte; — car il n'eût pu méconnaître que c'était de lui qu'il s'agissait, — il se serait demandé en frémissant par quelle fatalité sa vie paisible était scrutée, et comment il se trouvait mêlé à cette ténébreuse intrigue par suite de sa dette envers MorisseL Mais le coulissier errait bien loin de là sur le même boulevart, prêt à renoncer à sa vaine poursuite, lorsqu'au milieu du cré-
LU- LU A I il 15; L N «
ule, qui allait bieutô fain plac£ a la nuit il crut reconnaître -un bienfaiteur.
Ce n'était pas lui, cependant; mais il ne Ben remit pas moins à sa poursuite, < approcha ainsi 1 l'inconnu qu'il eût sans méprise, ren n é à trouver pour ce
soir-là.
Pendant ce temps, ce demi rêtail
devant le cabaret à ft le l'allée du
cimetière. Les rideaux de colonnade, à carreaux rouges et blancs, relevés sur les vitres
d'un étl
une table coui « .
Ci le vrcoMiiï
devant une assiette vide et un broc de faïence brune à l'extérieur, un personnage dont les yeux semblaient avidement épier les passants qui se croisaient sur le boulevart.
A l'aspect de l'inconnu arrêté devant les vitrages du cabaret, les yeux du personnage assis exprimèrent une vive satisfaction semblable à celle que fait éprouver l'arrivée soudaine d'un convive longtemps attendu et qu'on désespérait de voir venir. En même temps il s'écria d'une voix de Stentor et avec un accent fortement méridional :
Di CU vu Ai.bui N
— Garçon! trois côtelettes, une omelette
au lard et une cbopine.
A ces mots l'inconnu fit un geste de désappointement; car il semblait lui répugner d'entrer dans le bouge. Cependant, sur un signe presque impérieux <jue lui fit le personnage à l'intérieur, il surmonta sa répugnance et se décida à entrer.
Le personnage <jue l'inconnu venait trouver était un homme de moyenne taille, portant cravate noire et habit noir tirant sur le roux, boulonné jusqu'à la gorge, K
sa boutonnière était attachée une brochette
00 r.r vicomte
v d'où pendaient plusieurs ordres étrangers, ou peut-être fabuleux.
Sa physionomie autorisait cette supposition.
Des cheveux épais d'un brun foncé, dont les racines puissantes s'implantaient à peu de distance des sourcils, se courbaient en rouleau autour de son front ; un long nez, pointu et renflé du milieu, faisait paraître plus petits encore deux yeux bruns au rayon visuel oblique. Sous ses moustaches, dont chaque extrémité s'inclinait vers le menton en une pointe aiguë comme le bec
ni ui vu u ii»;i n d'un colibri, étiacelaieni des diea($ blanches
comme relies d une bêle » an.,;
annonçait chez cel homme des instincts sanguinaires comme ceux de certains officiers de fortune qu'on trouve partoul où
il y a, non pas de la gloire a acquérir mais «lu sang i \ >rs t. Telle éCail peu! l'origine de ses nombreuses décorations. En outre, son teint basané accusai! une vie dont une grande partie avait dû se passer SOUS des latitudes plus chai
celles d'Europe. Sa phj preinte d'une expression rail] i et cynique, ii ses manières en I eofitu ne ulaoquaienl p
» vilaine élégance, comme celle:» d'un
68 u<: vjcomti;
homme accoutumé à fréquenter parfois la bonne compagnie.
— Eh bien ! mon cher monsieur Moronzoff, dit-il avec un air d'ironie à l'aspect des mille précautions que prenait son visiteur pour s'asseoir à table près de lui sans graisser ses vêtements, — vous arrivez
donc enfin ; je désespérais de vous voir.
— Quelle odeur de viande et de vin ! dit Moronzoff d'un ton de dédain.
— Cela vous paraît ainsi parce que vous avez dîné, et, si comme moi vous étiez af-
Dl CHATEAUBaUN 8fl
lamé, vous n'y feriez pas attention, vous
VOUS V l<TCZ.
— N'auriez-vous pu choisir un autre eudroit pour le rendez-vous qui; je vous avais prié de m'accorder? capitaine Pillavidas.
— J'ai besoin de terminer certaines affaires... d'oulre-loinbe, et voilà pourquoi j'ai choisi ce quartier funéraire, Quant à ce cabaret... comme la plus entière franchise — et le capitaine appuya sur ce mot — doit régner entre nous deux, je l'ai choisi espérant que vous ne refoseriei pas de payer le modeste dtner que j'y ai corn-
70 LU VICOMTK
mandé, et que je n'aurais pu solder sans
vous. Voto a Diosl depuis vingt-quatre
heures je n'ai mangé qu'une sardine à
l'huile, et c'est assez vous dire, seigneur
Moronzoff, que, malgré la sobriété dont
nous nous piquons, nous autres Espagnols,
ma bourse est aussi vide que mon estomac.
Et puis j'ai encore un autre motif pour qu'on
ne me voie pas avec vous en public; le soin
de mon honneur, — ajouta l'Espagnol avec
une emphase railleuse.
— Le soin de votre honneur! reprit Moronzoff avec dédain; — c'est, ce me semble, une grande sollicitude pour un absent.
DIS CBATI ai m;i N "1
— Savez-vous tirée Vépéè (M le pistol< t, monsieur Moronzoff?
— Pas plus l'un que l'autre, capitaine.
— Ali ï c'est différent, reprit l'Espagnol
d'un ton calme. — Dans ce cas, je ne saurais m'oflenser de vos paroles, et vous avez liberté de tout dire.
— J'en profilerai.
— Je vous le répète, le soin il»' mon lionmMir exii;*4 que l'on ne n .us foi as enseiuble» ei von i (»ourquoi : <Ysi que
vous êtes fie robe et moi crêpée. Or, comme le disait un de mes ancêtres en l'an 1000, à Pévêque de Tolède, la robe et l'épée ne sauraient frayer ensemble sans...
L'épée déteste le papier timbré.
— C'est bon, c'est bon, — interrompit le Russe. — Aussi bien l'affaire qui nous réunit ne saurait être longue à terminer; elle est trop belle pour vous.
Comme la nuit était tout à fait close, le garçon de cabaret apporta une chandelle
DR CB y\[ II) BRUN Ù
fortement rivée par des soudures de suif fondu au flambeau de fer qui la contenait, tandis que d'un autre côté la cabaretiere arrivait tenant de chaque main un plal Ininant. Dans l'un, c'étaient les trois côtelettes <jui frissonnaient encore sous l'impression de la chaleur des charbons ; dans l'autre, l'omelette étalait ses larges lianes que jaspaient les morceaux de lard rissolé qui la gonflaient. Le garçon déposait enfin lachopine brune couronnée d'un diadème de mousse purpurine.
Les narines de l'aventurier se dilatèrent effroyablement. A l'aide de son couteau il
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découpa, dans le pain qu'on lui avait servi, une tranche formidable et se rua sur les côteleiles fumantes. Bien qu'il parût complètement absorbé par sa besogne, le capitaine Espagnol ne perdait pas, en réalité, un seul des mouvements de M oronzoff.
Pendant ce temps, Boncourt, toujours en quête de son inconnu, l'aperçut en face de de Pillavidas, à la lueur incertaine que ré* pandait la chandelle dans l'intérieur du petit cabinet. Résolu à l'attendre à sa sortie, quelque temps que dût se prolonger sa séance, le coulissier se relira dans l'ombre et prit, à quelques pas de la fenêtre, l'at-
PF CHAI i M BRUIS 75
titade d'an homme qui cherche à déchiffrer un rébus.
— Je vous écoute, seigneur Môronzoff,
dit l'Espagnol, en ne faisant, comme on dit vuLainmient, qùé tordre et sfcâler.
— Mon rentre affamé a mille oreilles pour TOUS entendre.
— N ètes-vous pas d'avis, capitaine Pillavidas, — commença le Russe, — qu'il y a certains secrets de la nature à effrayer ceux qui les possèdent !
— Ces! selon l«» trempe d'esprit des poa-
7<j LE VICOMTE
sesseurs, répondit l'aventurier sans perdre une bouchée.
— Un homme immensément riche a miile moyens de se défaire d'un confident qui le gêne, surtout quand c'est un confident qui s'impose forcément.
— C'est une erreur, répondit dédaigneusement le capitaine en attaquantsa troisième côtelette.
— Je ne parle pas d'un guet-à-pens vulgaire a l'origine duquel la justice remonte toujours.
DH Cil ATI LAI BIU N ,7
— Parbleu I c'est bon pour les coquins
novices.
— Et tenez, capitaine, pendant que vous mangez si voluptueusement, on pourrait presque d'un souffle empoisonner cette omelette que vous allez faire disparaître à son tour.
Pillavidas ne sourcilla pas.
— Oui, dit-il, — je sais que vous autres Orientaux vous êtes très torts en toxicologie... mais je vous en délie.
78 LIi VICOMTE
Et le capitaine engloutit une bouchée homérique du plat indiqué.
— Je ne parle pas de moi — répondit Moronzoff.
— Non, mais d'un drôle que je rencontre partout, d'un coquin du nom d'Iwan; vous devez le connaître. %
— Je ne connais pas tous les coquins du
globe — dit sèchement le Russe.
— En tout cas le drôle en est pour ses irais avec moi.
D1 « H v f| \ ubri 79
Il y «-m nu giomenl de%silence. Iforonzofl parul avoir renonc à l'espoir d'effrayer bob compagnon, el II.- agnol le vit porter doucement la main à la poche de côté de son habit. Le Kusse en lira un portefeuille, rouvrit lentement, y prit deux billets do mille francs et les déposa silencieusement sur la
table.
Bien que les yeux du capitaine semblassent lancer des étincelles, il ne discontinua pas sa !•" i ante besogne el fit semj>lant de ne j»::s voir les billets les pli ux el les
pli s tentateurs qu'on ; ul imaginer.
— Deux billets de mille francs— fil le russe.
Pillavidas avait pu éteindre la flamme de son regard, et jetant sur le papier étalé devant lui un coup d'œil froid et calme :
— Si c'est pour une mauvaise action que vous m'offrez cela, c'est bien payé; si c'est pour une bonne... c'est bien médiocre. Il est si difficile d'être vertueux! — ajouta le capitaine, mis en bonne humeur malgré lui.
— Écoutez, capitaine, cela dépend de la
in CDil! AUBRUfl Ni
panière d'envisager les chose». Il \ m peu de méchantes actions qui n'aieni lenr bon
côté, c'est-à-dire un côté qui profile à quelqu'un.
— C'est incontestable.
— Or, l'affaire que je vais avoir l'honneur de vous proposer est de cette nature, bonne et mauvaise à la fois.
Le Kusse fouilla de nouveau dan- poche et en lira cette fois un large pli qu'il développa. Un énorme sceau de cire ns'étalait sur ce papier, orné on tète d'un écusson bigarre.
82 LB YlCOMTli
— Capitaine — continua le Russe — vous avez servi diverses puissances étrangères, vous conviendrait-il de servira présent ieroi de Lahore? Voici une commission de capitaine duns un des régiments de hussards /<>ndés par le général Al lard. Le nom est en blanc , et nous pouvons y mettre le vôtre Vous m'avez permis de tout dire sans vous offenser.
— Parbleu ! un homme incapable de me rendre raison d'une offense.
— Eh bien ! capitaine, vous êtes un des plus francs coquins que je connaisse...
DE CBàTlAUUUm 83
«* Hum | — du Pillavidas on avalant une Ifès forte dus,. do liquide pour adoucir ! aigfcew du complimenta pour famé, je ne dis pas, mais... enfin continuez.
— Or, en débarrassa ni Paris de votre Pre's.eiV me Jjonuc actibnque je vous fais faire: en en affligeant le royaume <Ie Lahore, c'en est un assez mauvaise; donc, en moyenne, à deux mille francs elle est bien payée.
— Ce rais wnemenl esl captie
— Deux mille francs Je poft-de-vinj Ont*
tre cents louis fie solde payables en or — c est une manie du rajah de payer ainsi ses officiers — le pillage légal des pékins du Penjab, tout cela me paraît constituer une offre sortable et qu'à votre place...
— Vous accepteriez sans hésiter; — et pour cela, que faut- il faire ?
— Me signer cet engagement que mon maître fera tenir à l'agent du roi de Lahore, l'un de ses amis actuellement à Paris, en mission de recrutement. — Voici son adresse. — Puis écrire de votre main ou de la mienne...
DIS CUATKAUBHUN (^>
— J'aime mieux la rôlret
— Votre Dom sur l'espace laisse <mi
blanc.
— Holà! garçon — cria Pilla vidas on frappant sur la table avec tant de vigueur que les plats vides, la chopiità et le flambeau de fer se mirent à danser avec fracas; — une plume et de l'encre.
L'Espagnol fut bientôt servi. Il signa l'engagement et son nom lut inscrit sur la
commission qu'il mit dans sa poebe après ft'élrc nanti de> billets de banque.
— Maintenant que tout cela est conclu entre nous — dit le capitaine — - que vous avez ma parole ainsi que ma signature, et que moi j'ai la commission et les billets, vous acquerrez des droits imprescriptibles à ma reconnaissance en me quittant au plus vite et surtout en payant ma carte avant de vous en aller; car, dans ce quartier perdu, où diable pourrais-je changer un de mes billets?
Quoique si brusquement congédié, Moronzoff se frotta les mains, jeta sur la table une pièce de cinq francs, et, saluant l'aventurier, il s'empressa de le laisser a ses méditations.
Dl CHATBArBRl'N 87
Il avait à peine fait quelques pas sur le boulevart qu'une voix s'écria :
— Généreux inconnu, qui que vous soyez...
— Que ïn(" voulez-vous, monsieur? <lcmanda brusquement Moronzoff, en s'adres-
sant à Boncourt qui se jetait à sa poursuite.
— Monsieur, vous avez payé six mille fltncfi <U> hillels souscrits par moi; généreux, c'est sublime même; cependant j'ai le droit de savon...
88 lu vicomïè
— Quel diable de conte me faites-vous là, monsieur? — repartit le Russe. — Ai-je l'honneur de vous connaître? Suis-je un banquier, par hasard ? Vous battez la campagne, monsieur, et cette heure de la nuit ferait croire... Au surplus, ajouta-t-il pour se débarrasser du coulissier, entrez dans ce cabaret et interrogez l'homme que vous y trouverez. Peut-être vous comprendra-t-il mieux que moi. Adieu, monsieur.
En disant ces mots , Moronzoff s'éloigna d'un pas rapide, laissant Boncourt stupéfait et indécis s'il suivrait son conseil. Cependant, quand il eut recouvré quelque sang-
I»; (.il Mi 41 BIlUN 'V*
froid, le désir de percer k mystère impénétrable qui l'entourait l'emporta dans son esprit sur la crainte d'un nouveau désappointement, et il entra dans le cabaret.
A l'aspect de la physionomie patibulaire du capitaine qu'il n'avait pu voir bien claire*
ment à travers les vitres ternies de la fenêtre, le coulissier se repentit de sa témérité : mais il n'était plus temps. Le capitaine l'avait aperçu.
— Pardon, si jevoos dérange — dit humblement Boncourt — mais un respectable
monsieur qui sort d'ici...
— Qui ça? ce coquin vêtu de noir? demanda brusquement l'aventurier. Vous n'êtes pas physionomiste, mon cher monsieur.
— Je ne sais si c'est un honnête homme ou un coquin; mais il m'a dit que vous pourriez m'expliquer le paiement de certains billets...
— Des billets payés et moi n'avons rien de commun ensemble, jeune homme — répliqua l'aventurier avec gravité. — Je ne comprends rien à ce que vous* me faites l'honneur de me dire, a moins que ce ne soit une mystification de votre part, auquel
ni M'imiw H
cas. tiihi a Dio* I — continua I' I
d'une voix de b ^ Ile et afveio un éclair
dans les VfeUX d«>nt BotiCOfirl fivmil de la trie aux pieds — ampicl cas de par le<ad
campeador...
— Dieu m'en garde — s'écria 1<- courtier mai ron enrayé. — Je vous crois, je vous crois.
— Mais, dites-moi — reprit le capitaine radouci — à préseol que me voici rassuré sur vos intentions a m<>n égard, vous me senihl*'/ fort ci bien porta ni \ oui éi 8 grand
et bien decoii[)l< : s il nous plaisait de pieu-
ère du service dans les hussards de sa majesté le roi de Lahore, peut-être serait-il possible de vous faire agréer dans l'escadron que j'y vais commander.
— Merci, monsieur, merci — se hâta de répondre Concourt — j'ai les mœurs fort pacifiques, et, puisque vous ne pouvez m'aider à débrouiller ce que je ne comprends pas, j'ai bien l'honneur 'd'être votre serviteur.
Et le coulissier se précipita vers la porte, aussi heureux d'échapper au terrible aven-
dv rHATiAinniN v >
tuner que s'il lût sorti sain el s;mf de la lanière d'un loup.
Boncourt ne se crut en sûreté qu'après
être rentré dans la rue Blanche, d'où il • dirigea tout soucieux vers le Passage* En effet, de ses deux tentatives pour avoir l'explication d'un mystère qui l'inquiétait de plus en plus, Tune n'avait abouti qu'a le faire prendre pour un détrousseur nocturne, Cl l'autre à le jeter dans l'autre d'un effrayant
racoleur qui lui avait proposé d'entrer au service du roi de Labore.
Avant do suivre l«i coulissièr itoûns '•
94 LE YICOMTK
sanctuaire de la petite Bourse, nous jeterons un coup d'œil sur le capitaine Piilavidas, resté attablé, après le départ de Boncourt, dans le fétide cabinet du marchand de vin.
Après s'être fait servir un carafon d'eaude-vie qu'il avait vidé, tout en se rassasiant longuement de la vue de ses billets de banque et de sa bienheureuse commission de capitaine de hussards de Lahore, comme il était à peu près huit heures du soir, il paya sa carte et sortit du cabaret.
En remontant le boulevarl extérieur du côté de la barrière Blanche, il s'arrêta
DE CBATBAUMUM
devant une | j< 1 1 1 * el i e all< e. ii
examina un instanl un en lettres blam I r un fonc| noir, au-
dessus de laquelle le vent du soir agitait tristement une couronne d'immortel 1<
. [je capitaine lui l'enseigne funèbre
qui disait :
- RULLOT, MARBRIER, JARDINIER, FAIT LE MONUMENT FUNÈBRE, ET ENTRETIENT LES TOMBES A L'ANNÉE.
— C'est bien ici — murmura l'arenturier
— et il disparut dans l'allée sombre.