LETTRES FAE1S1CS5ES
ftis , et fl s'adrose à é» fufcjBWA éTépàsme. O
ÈaBs paralle! Qouii qb tcoI é faBrriifr m «11111 ^oamt
fidt pas vota- les gienoiûles!
Paris esl cncwe agité de» deimag otages peilfanentaifet; ks salons politiqiies ont la physîflnnmif sombie, maussade et fanssement tnnqiBlle des grandes |4aces de petites ailles quinze jours après les âections; les gens qui jadis s'abordaient en se tendant la main se lancent des regards furienz et se saluent aTec rage; d'anciens amis passent à côté l'im de raiitté sans aToir l'air de se oamiaitie; des paraits éi»itabtdese parler ;UNit le monde est sur ses gardes. On sent l»ièn que la lutte n*est pas terminée ; personne encore n'a déposé ses armes. Nous qni ne craignons qa'one seule chose An monde^ les ennuyeux, nous entrevoyons ayec plaisir que jMvA perdrons an moins trois ou quatre ennuyeux à la bataillé; tout nous ùdt espérer qu'ils <mt passé à l'ennemi. Cest double chance! L'ennemi les aura ches lui, et nous, notls ne les aurons plus ehei nous. Hélas! chacun a ses in« grats sur terre! Quel bonheur, alors, de découvrir que vas ingrats sont précisément parmi vos ennuyeux !
Ce qui rend le souvenir de cette lutte durabléi c'est le mystère qui environne encore certain côté de la question; on n'oublie vite que ce qu'on a compris tout de suite; mais lés choses inexpliquées vous revieni^ent à l'esprit souvent» malgré tout. Et que de choses là dedans n'ont pas été expliquées!
Tous ne sauriez imaginer quelle influence ces querelles politiques exercent encore sur la société parisienne, et particulièrement sur les correspondances intimes... On n*08e plus s'écrire.
On n'ose plus s'écrire... Sérieusement» on hésite avant d'envoyer les moindres billets; on a peur de faire de la poli'*
tique sans le savoir. Depuis que les lettres confidentielles se isent tout haut à la tribiuie avec des commentaires qui en détruisent complètement la signification , on n'a plus aucun abandon dans le commerce épistolaire. A peine a-t-on tracé quelques raots^ on s'arrête : « Soyez prêt ce soir à. huit heures, nous irons vous chercher. » Il s'agit d'une partie de spectacle... Mais quelle imprudence 1 Les malveillants pourraient s'imaginer et prouver qu'il s'agit d'une conspiration !... On déchire la page et Ton reconuuence : « A ce soir, je compte sur vous. » folie 1 Une fenmie qui écrit à un homme : Je compte sur vous ce soir... Gela au^si peut être bien mal interprété; un esprit prévenu pourrait découvrir dans ce seul mot des abîmes d'inconvenances... On déchire encore cette page avec effroi... Ainsi on va au-devant de toutes les suppositions^ et pendant une heure^ on corrige, on rature, on déchire, on brûle tous ces poulets dangereux, étourdiment commencés. On prévoit toujours le moment où ces maudites lettres pourront être communiquées aux Chambres, et l'on ne se préoccupe plus en les écrivant, comme autrefois, d'être galant, léger, spirituel, persuasif, éloquent, charmant; on ne se préoccupe plus que d'une seule chose aujourd'hui en griffonnant ses petits billets du malin, c'est d'être parlementaire.
Les personnes qui demeurent dans les environs de l'hôtel des Capucines sont plus alarmées que les autres, elles n'écrivent plus upe lettre sans frémir; elles prétendent que les affidés de M. le ministre des affaires étrangères sont dressés à dérober les correspondances affectueuses du quartier; dès qu'une réponse se fait attendre, les accusations pleuvent de tous côtés; les voisins et les voisines, menacés dans leurs plus chers secrets, sont exaspérés et décidé» à user de représailles à la première occasion. Que diriez-vous
alors, monsieur le ministre, si Ton venait à surprendre et à publier un de vos plus gracieux billets du matin?... Ah! Ton découvrirait beaucoup de choses, plus d'une question politique s'éclairerait tout à coup, car vos séduisantes amies vous parlent très-souvent politique malgré vous, et si l'on en croit certain bruit, elles tiennent moins à être bien aimées qu'à être bien informées. C'est une idée... affreuse... autrefois, mais aujourd'hui ça réussirait!... délire du pouvoir dans les ambitions mesquines ! Pour végéter ministre et vivre au jour le jour, faire une action éternellement laide !... Et cela s'appelle un historien !
Quand on ne parle pas de révolution prochaine, on parle de noces et de banquets. Dans lé monde élégant on se marie, dans le monde politique on dîne. Un banquet en l'honneur de la réforme a eu lieu hier vendredi; on cite avec amertume le nom de deux convives récalcitrants: Ce banquet sera suivi de plusieurs autres : on a diné pour la réforme électorale, on dînera bientôt pour la liberté conunerciale; avant la fin de l'année, on aura mangé sur toutes les questions. Étrange manière dç mûrir les idées ! Quand une idée est trop lente à germer, on se réunit et l'on mange du veau froid en son honneur, comme dit Alphonse Karr. Le veau froid est l'aliment de la politique moderne; le peuple, qui meurt de faim, se sent rassasié dès que ses amis dévoués mangent du veau froid en son nom.
Aussi un jeune penseur de nos amis affirme-t-il qu'en France, aujourd'hui, on ne connaît plus que deux divinités, deux veaux sacrés : le veau d'or et le veau fioid. Le veau d'or, c'est la fortune; le veau froid, c'est la popularité; ceux qui ruinent le pays, dit- il, sacrifient au veau d'or; ceux qui flattent le peuple sacrifient au veau froid; ceux qui font des romans de pacotille sacrifient au veau d'or; ceux qui
font des ruiuans sociaux sacriûent au veau froid. H y en a même de bien habiles qui trouvent le moyen de sacrifier à tous les deux en même temps.
Les maiiages de la semaine dernière étaient des plus pompeux; les trousseaux, déployés avec orgueil, faisaient l'admiration des femmes élégantes; la mode est toujours de porter des ûots de dentelles, la moindre robe étale des cascades de volants; le barrége léger, et d'un prix modeste, se prête volontiers à ces excès. Les mantelets sont de toutes couleurs, gros-bleu, vert, rose, lilas; on voit des spencers et des caracos fort amusants; mais la nouveauté par excellence est une espèce de canezou inventé par madame Marie et imité du costume pittoresque des femmes d'Odessa; ce canezou, ou plutôt cette veste, se fait en cachemire de couleur brodé d'or ou d'argent. Madame Marie en fait aussi en mousseline des Indes soutachée, très-gracieuses et trèsdistinguées. Cest au bal de Vincennes qu'il y iivait de jolies parures. Nous n'y étions pas ^ mais M. Théophile Gautier, ^ qui assistait à cette fète> vous dira demain tout ce qu'on en peut dire«
LÉTTfeE Première
13 mai 1848.
La répnbliqne, ça? Allons donc, c'est Tenvers de la royauté. — Ils font tirer le canon chaque fois qu'ils se dérangent. — C'est la vieille diplomatie, la vieille police des vieux rois. — Des républicains farouches, mais sybarites. — Crème d'ananas. — Aspect de Paris. — Repos forcé. — Cinquante mille Tityres sous un hêtre. — Le dernier vicomte.
Quel dommage ! . . . quel domtoage ! . . . çai va être affreuT. . . et ça pouvait être si beau !...
Une loyale république, n'est-ce pas le rêve de tous les esprits généreux et indépendants?...
Aimer son pays pour lui^mêtne et l'aimer lui seul, sans compliquer son amour d'un taâ de noms propres plus ou moins populaires, plus ou moins maudits;
N'être plus condamné à défendre malgré tout et contre tous un personnage àk convention, lui, ses enfants, sa famille, ses ministres, ses préjugés et seâ fautes, sous prétexte qu'on lui a prêté serment;
Retrouver tout à coup la liberté de ses allures, le sentiment de sa dignité... c'était une joie^ c'était un triomphe pour tout le monde; et Ton peut dire qu'excepté ces êtres malheureusement nés qui n'ont jamais su relever la tête, ces caractères rompants qui se sont fait une volupté de la servitude, tout ce qui vit en France par l'esprit et par le cœur, tout ce qui pense, tout ce qui crée, tout ce qui
rêve 9 a salué avec enthousiasme Taurore de la république id4ale.
Et tout à coup Tenthousiasme s'est changé en crainte, le rêve d'or s'est terminé en cauchemar; et les trembleurs de'senchantés nous disent : Votre bel espoir, hélas ! était une chimère, votre belle république est impossible !
— Non, non, trois fois non, elle n'est pas impossible! Bien ne serait plus facile, au contraire, que de faire la république grande et belle; il ne faudrait pour cela qu'une seule chose.
— Et quoi donc?
— La comprendre...
Mais, hélas! ceux qui l'ont proclamée ne la comprennent pas!
Et la preuve qu'ils ne la comprennent pas , c'est qu'ils ne la font pas aimer; c'est qu'ils la rendent ridicule, mesquine, vaniteuse, au lieu de la faire puissante, ssérieuse et digne.
C'est qu'ils en font une parodie monarchique, un envers de la royauté; c'est que, par exemple, ils font tirer le canon chaque fois qu'ils se remuent. Le canon est un joujou de roi, qui ne convient plus aux allures calmes et populaires d'une répubhque. Nous comprenons, à la rigueur, qu'on s'amusât à tirer le canon quand Charles X ou Louis-Philippe se rendaient au parlement; ils étaient les petits-fils de Louis XIV et d'Henri IV; ces pompeux usages pouvaient être des traditions de famille ; mais faire tirer le canon des Invalides chaque fois que M. Crémieux se dérange... Allons donc! c'est se moquer d'un pays.
La preuve qu'ils ne comprennent pas la république, c'est qu^ils veulent la loger aux Tuileries.
La preuve qu'ils ne la comprennent pas du tout, c'est
qu'ils se pavanent dans les hôtels des ministères avec le supevbe entourage de leurs prédécesseurs, faute impardonnable qui trahit leur intelligence et qu'on ne saurait trop leur reprocher. Les ministres d*une république ne doivent ressembler en rien aux ministres de la royauté. Ce ne sont plus des importants payés très-cher pour jeter de la poudre aux yeux et distribuer de Teau bénite; ce sont des hommes d'affaires consciencieux ; les intendants de la nation, les économes du peuple qui ne jouent pas avec son argent; tous ces hochets d'antichambre ne sauraient leur convenir. Leur prestige est dans leur simplicité. Plus de traitements ruineux, plus de cérémonial de comédie, plus d'huissiers à chaîne d'or, plus de laquais , plus de carrosses, plus de cuisiniers séducteurs.
Vous aimez tant les Anglais, imitez-les donc. Que nos ministres demeurent modestement chez eux comme font les ministres anglais, qu'ils aillent à pied à leur bureau, un parapluie sous le bras, comme font les ministres anglais; s'ils sont en retard, qu'ils prennent un fiacre comme tout le monde; qu'ils soient enfin comme les autres hommes; seulement qu'ils travaillent quelques heures de plus; alors, qu'ils se rassurent, ils n'auront pas grand'peine à garder leur position élevée, ils trouveront peu de rivaux. 11 y a un moyen bien certain de défendre sa place, c'est d'en supprimer toutes les vanités qui font que les sots vous l'envient.
Le jour où l'on pourrait dire : Qu'est-ce qu'ur. ministre? — G*est un ouvrier qui travaille six heures de plus que tous les autres,— il y aurait en France bien peu d*amateurs pour cet état privilégié, dont le travail serait si largement organisé. Sous une royauté , le pouvoir est presque inaccessible ; il peut, sans tiop de dangers, être environné de séductions;
f7f LP VICOMTE DE LAIIN4Y
i|)ais ^ous unis république > c'est autre chose; ui^e émeiUe p^ut le donner à qui le rêvp : il faut doqç le rendre au5tèFe^ ennuyeux^ pénible^ indésirable enfîQ> ppur en dégoûter les rêveurs ambitieux; U rpfite p'^sft pli^s escarpe > l^érissez d'épines le but> et compen^e^t \?^ ff|ciU(^« la douceur di& la pente^ pf^r l'aridité du son^roet.
— Et^ direz-TQus> qui fer^ fl^s^rir le çoQin^erce, qui donr nera l'exemple di| luxe ? -rr )L.es p^rtiic»jliers ; à eux sont permises toutes les fantaisies ; ils oi^t le droit d'être capricieux^ dp s'amuser à tous les enfantillages de l'orgueil^ d/3 rajeqnif les anciens usages des ancien^ temps; mais les miqlstfes d'ui^e république n'ont pas ce droit» ils doivei^ repf lé^nter leur époque av^t toi^t ; les aii9Lcliroai8i|ies ne leur sont point permis. Plus ils seront modestes et raison? ])^ble$ au cpptr^re^ plus les autres bomme^ siéront disposés h se niontiw élégants et fastueux. Hien ne porte plus un pays 41a gaieté que l'air sérieux des g«jns qui le gouvernent. Qp^nd le$ bQUUPPs 4'affaires sont grayes^ les hommes de pl^sirs SQUt biep vite joyeux. Savey-vous pourquoi la socié{^ fr^çaisp était si gaie autrefois? C'est que les notaires étaient tristes.
S^yez-vous d^puiii quand les gens du monde léger sont dpvepus si lourds, si ennuyeu:^, si maussades? C'est depuis qu^ les notaires sont devenus folâtres^ fringants et merypilleuji.
La preuve qu'ils ne comprennent pas la république, c'est qu'ils font encore de la diplomatie^ comme les vieux ministres routiniers. République et diplomatie ! mais ces deux mots-là jurent ensemble. Sous la royauté, c'est ^ fort bipn; les ambitions de la dynastie sont souvent en désaccord avec les volontés de la nation, et là où l'intérêt est complexe» la finesse et L'Iiabileté sogt permises ; mais dans
LETTRES PARISIENNES Sf75
une republique rintérct est simple toujours. Plus de finasserie^ plus de cachoterie, plus de tricherie!... On doit jouer cartes sur table. A quoi bon alors payer très-cher des beaux messieurs pour qu'ils aillent à grands frais chuchoter tout bas à Toreille des rois ce qu'on doit crier tout haut à l'oreille des peuples ?
La preuve qu'ils ne comprennent pas la république, €*est qu'ils font encore de la vieille polipe de tyrans, comme les ministres indiscrets et curieux qu'ils ont tant de fois dénoncés. Car telle est leur Imaginative ; ils approuvent en Timilant ce qu'ils ont blâmé pendant vingt années ; ils appellent cela faire du nouveau. Ils décachètent toutes nos lettres sans se gêner. — Et le cabinet noir contre lequel ils ont tant hurié! — Eh bien! ils l'ont supprimé ; de quoi vous plaignez-vous?... il n'est plus noir : la blanche clarté du jour y pénètre librement à grands flots, et c'est à la face du soleil qu'on y viole tous vos secrets. Un aide de camp de M. le duc de Montpensier a reçu dernièrement une lettre de lui ; cette lettre était décachetée et les passages intéressants en étaient soulignés à l'encre rouge. Dans un certain ministère les lettres ouvertes sont recachetées naïvement avec le cachet du ministère. L'indiscrétion... peu importe ; ce c[ui est plus grave, c'est la confiscation. Une femme de notre connaissance a mis, il y a deux mois, à la poste une lettre qui n'est jamais parvenue à son adresse. A vrai dire, le billet mystérieux a dû singulièrement intriguer les faiseurs de conjectures.
Cette femme était patronnesse d*un bal de charité, et, comme les autres patronnesses, elle était chargée de désigner un commissaire pour faire les honneurs de la fête. Elle choisit son neveu et lui écrivit pour lui demander s'il seraii libre de l'accompagner. On riait encore dans ce
temps-là : c'était aux premiers jours de la république, et, par une folle plaisanterie, rappelant à son neveu une excellente i^ètise d'Odry dans une pièce des Variétés, Tor-j, m le Canard a^ictisateur, qu'ils avaient vue ensemble , elle formula ainsi la proposition : « Qu'est-ce qui a demandé un commissaire ? — Moi. — Quel est ce commissaire ? — Toi. — Viens demain prendre mes ordres. »
Le billet n'était pas signé. Or, c'était l'époque où l'on choisissait, pour les envoyer dans les départements, les aimables commissaires que vous savez. On a cru qu'il s'agissait d'un commissaire prétendant, et Ton a gardé la lettre, sans doute pour prendre des informations précises sur le protecteur et sur le protégé. Voilà le mystère. Nous l'expliquons généreusement à ces violents lecteurs de correspondances familières ; mais nous profitons de la leçon : depuis ce jour nous mettons dans chacune de nos lettres des injures abominables contre le gouvernement ; la lettre n'arrive pas à son adresse, mais l'injure y arrive bien. C'est toujours ça.
. La preuve qu'ils ne comprennent pas la république, c'est que, dans leurs belles promesses d'affranchissement universel, ils ont oublié les femmes !... Ils ont affranchi les nègres qui ne sont pas encore civilisés, et ils laissent dans l'esclavage les femmes, ces docteurs émérites, ces professeurs par excellence en fait de civilisation. Ils ont affranchi tous es domestiques de la maison, les gens à gages ; ils ont décrété que l'uniforme servirait de rechange à la livrée, et ils y ont pas même songé à affranchir la mère de (amille, la maîtresse de la maison : loin de les affranchir, ils les ont annulées. Certes, les femmes ne demandaient point 4e droits politiques, de droits nouveaux; mais elles demandaient qu'on respectât du moins leurs droits anciens, qu'on
leur laissât ce qui leur appartient légitimement depuis des siècles, l'autorité du foyer, le gouvernement de la demeure; et elles ne s'aperçoivent qu'on les prive du droit de suif; âge que depuis le jour où l'on a octroyé ce même droit aux serviteur^j qu'elles payent et à qui elles commandent. Et pas un de ces législateurs improvisés n'a senti cela, que ce don, faussement généreux, était une offense pour elles; il les dépouille et il les force d'abdiquer. Grâce à cette injuste loi, dans leur empire, c'est-à-dire dans le ménage, le moindre de leurs serviteurs est au-dessus d'elles ; si bien que, dorénavant, les fils ambitieux auront beaucoup plus d'égards pour leur portier, électeur, dont la voix, l'influence, peut les faire représentants du peuple et ministres, que pour leur vieille mère, qui ne vote pas.
Oh ! les Français, ils sont bien toujours les mêmes, les tyrans envieux de leurs femmes, qu'ils font semblant d'adorer ; vieux inventeurs de la loi salique, vingt siècles ne les ont point changés... Le crétin le plus abject, si son imbécillité a l'honneur d'être masculine, compte plus à leurs yeux que la plus noble femme, douée du plus grand esprit... Ainsi le stupide Jocrisse, palefrenier chez M. deB..., qui disait à son maître, la veille des élections : a Monsieur veut-il bien me donner une liste, je ne sais que faire de MA vote, » ce valet d'écurie a voté !...
Et l'auteur d'Jndiana, de Valentine, de Lélia, de Maupraty de Spiridion, de Consuelo , de la Mare au Diable et de tant de chefs-d'œuvre... George Sand... ô députés trop fiers de votre mâle obscurité 1... George Sand n'a pas eu le droit de tracer sur un bulletin, avec sa plume immortelle, un seul de vos noms inconnus l
Mais, encore une fois, les femmes ne demandent point le droit de suffrage; elles demandent le droit d'être honnêtes.
f79 LE VICOMTE DE I^AUNAV
4e gfigner leur v^e f|igr)emept ^i §jin§ prosUtutio^a 4*auci|n ^enre^ car les prpstltutio^s inavouées ne ^ont pas (es moius cruelles ; les fe^nmeg den^s^ident le 4roit de n'être plus 4'iputil^s nière^^ le pouvoir de défepdrp leur Iprtune et }^ur personne sans procès ruipeiu^ d'^e^ietpr du pain ^ leurs enfants avec la dot que leurs fp^ris mangept avec leurs maîtresses ; elles demandent )e rnoyen 4e tr^^^Uler pour vivre, de travailler tfx^iqe pour nourrir leui^s piaris quand leurs naaris ne veulent pas trav^iiller ; elles demandent qu'il y ait en France autant d'ouvroir^, 4'ateliers, de bureaux administratifs pour occuper Ti^ctivité patiente des femmes, qu'il y a de clubs et de cabarets pour amuser la paresse turbulente des hommes.
Mais qui donc a songé aux femu^es?... Personne, excepté cet ouvrier naïf qui, le jour de la grande revuf , pendant laquelle les troupes criaient si plaisamment : a Yive le gouvernement provisoire ! u criait ^ son tour, en voyant passer deux belles femmes : « Vivent les femmes provisoires! )> C'est le seul vœu qu*on ait émis sur le soft futur des femmes, et vous le voyez, encore u'est-il pas flatteur.
]Et cependant le beau pays de France a toujours été s^uvé par les femmes; et cependant, si la république peut être sauvée, elle le sera par les femmes. Vous r|ez... cela est pourtant bien facile à deviner ; le seul danger qui menace la république, c'est la misère ; la seule querelle qui agite la France n'est plus, comme autrefois, la lutte des idées, c'est la bataille des intérêts ; il n'y a plus aiyourd'bui en France que deux partis :
Le parti de ceux qui veulent tout garder.
Le parti de ceux qui veulent tout prendre. Les seules questions pour lesquelles les hommes vont se battre, s'enviç»yer (rAteFnell,eja!;|ent 4es coifï» ^ îu^ so^ 4ei| q^g^
tÉTtRES PARISIBIliflES 87d
tîoris de cupidité et d'égoïsme... — Eh bien ! — eh bieill îl n'y a que la charité qui puisse les résoudre.
11 n'5 a que les femmes qui puissent prêcher coiitre ces hordes d'égoï$tjss sauvages une croisade de générosité ; il n'y a que les femmes des deut partis menaçants qui puissent sauVer le pays par une ihagnanimité intelligente ; qui puisseilt^ pal* leur ëloquetice avant le combat^ forcer les hommes à être généreux^ et, par leur amour après lé sacrifice, les consoler de l'avoir été.
Enfin, la preuve que tes gehs-là he comprennent pas la république, c'est qii'ils flattent le peuple; la république tie doit flatter persohne; la république, c*est la vérité couronnée. Ils le flattent et ils le ruinent, cbînme font tous les flatt jurs de leurs dupés, de leurs victimes. Us pouvaient le sauver, en soutenant les maisons de commerce qui le faisaient vivre, en secourant les tiianUfactures qui le faisaient travailler; ils ont laissé toiiiber ces comptoirs et ces manufactures; ils ont préféré lui donner de Targënt de la main à la main eut-itiêmes, poui* le corrompre à leur profit, pour le dominer après l'avoir cort*ompu. Et Us l'ont avili par un semblant de travail ridicule; ils en ont fait des personnages de comédie, des comparses de ballets, des ViUageOis d'opéra-comique, chantant le chœur d'exposition : « Travaillons avec courage, » en baissant et en relevant en cadence leur pioche et leur bêche de carton. Ils ont fait plus, et cela sera leur honte éternelle!... après l'avoir fait travailler pour rire, ils l'ont fait mendier pour tout de bon. Un beau jour on a vu... à ce Souvenir nous rougissons encore, la main nous tremble en écrivant cela... on a Vu le noble peuple de France traverser solennellement la capitale de la France, promenant une grosse caisse à argent sur les boulevai^ds, tendre aut passants des corbeilles d'o-
sier ornées de rubans tricolores, et demander à chacun d'eux l'aumône pour le gouvernement provisoire!... Et ils ont appelé cela le lendemain, dans leurs journaux, une superbe manifestation!... Oh! les malheureux!... déshonorer ainsi une grande nation!... On leur conOe un peuple de travailleui*s, ils en ont fait un peuple de paresseux!... on leur conûe un peuple de héros, ils en font un peuple de mendiants!
Mais connais-les donc enfin, ô peuple! comprends-les donc, juge-les donc par ce seul trait de leur histoire où le mensonge de leur patriotisme s'est révélé forcément. Leur imposture tout entière est écrite dans Tunion monstrueuse de ces deux mots : Us t'ont fait mendier, ils t'ont fait mendier, ô peuple! et ils t'appellent le peuple-ROi!
Dérision cruelle, impudente! Non, tu n'es pas le peupleroi! tu es encore ce que tu as toujours élé, l'instrument courageux d'intrigants poltrons, une meute héroïque, la meute des ambitieux. Leur procédé est toujours le même: c'est avec le sang des pauvres qu'ils demandent l'argent des riches. Us te lancent dans l'arène par des phrases excitantes comme des fanfares, et ils se tiennent en embuscade pour en attendre l'effet. Sais-tu ce qu'ils faisaient, tes défenseurs élégants, pendant que tu combattais sur les barricades avec tant d'ardeur?... Us te regardaient combattre en cachette ; et, collant leurs pâles figures sur les vitres de leurs fenêtres, ils comptaient froidement les coups que tu recevais pour eux.
Leur double plan était prêt d'avance : toi vaincu, ils te sermonnaient avec des phrases paternelles, car ils s'étaient arrangés de manière à n'être pas même compromis.
Toi vainqueur, ils faisaient ce qu'ils ont fait; ils t'ont volé ta victoire, et généreux comme le courage^ naïf comme
le point d'honneur, tu as cru noblement qu'ils avaient combattu parce qu'ils se ruaient sur ta proie.
E> segarde comme ils la dépècent hardiment^ ta proie! (juelle imprudente voracité! Comme leur gloutonnerie s*est vite laissé prendre au piège du premier repas ! Tu mourais de faim, disaient-ils, et c'est au nom de ta faim qu'ils mangent le gibier qu'ils te font courir. Va donc, brave meute! Courage, courage! Tayaut! tayaut! rapporte le gibier de messeigneurs, ils l'aiment à la folie! Comment donc! ce sont des gastronomes consommés, ils ont inventé un mets exquis, d'une délicatesse inconnue : les filets de chevreuil au coulis d'ananas!... C'est un plat nouveau qu'on doit à la république : ce n'est pas précisément le brouet noir des Spartiates ; mais, nous vous l'avions déjà dit, il y a quatre ans :
« Les républicains modernes ne ressemblent en rien aux » tiers Brutus d'autrefois. Ils ne se piquent nullement de » sévérilé ni d'abnégation; ils veulent tout tuer, mais c'est )) pour bien vivre; ils aiment le sang, mais ils aiment n aussi la crème (nous n'avions pas prévu l'ananas); ils. » sont grossiers dans leurs manières, mais ils sont raffmés ï> dans leurs goûts; ils sont farouches, mais ils ne sont pas » austères, et s'ils veulent renverser Tarquin, ce n'est pas » pour venger Lucrèce, c'est pour la lui souffler. » (8 décembre 1844.)
Ils nous ont bien donné raison, convenez-en ; mais que nous les aurions aimés s'ils nous avaient donné tort! Car, aujourd'hui, ce que nous demandons à Dieu, c'est qu'il inspire de bons et loyaux républicains, qui comprennent la république mieux que les rois n'ont compris la royauté.
Ah ! s'ils la comprenaient comme nous, que la Franc serait glorieuse! quelle régénération de toutes les âmesl
que) épanouissement de tous les génies ! quelle ptiis^antè activité dans tous les travaux! Adaptés à la vie publique nouvelle, des monuments gigantesques couvriraient la surface de la France, et ces édifices de la fraternité, élevés librement au bruit de chants joyeux par des bataillons d'hommes intelligents, surpasseraient en grandeur, en oi* gueil, les plus fameux édifices de Tantiqttité, élevés par des milliers d'esclaves courbés s6us le fouet des tyrans.
Les arts, excités par tant d'audace^ prendraiêtit âu$si des proportions gigantesques, en harmonie avec les liiofiuments et les institutions. Un public immense et tivacè ferait trouver des effets merveilleux.
Ce ne serait plus ce parterre de dàtid^S ëreiiitéà^ à lâ fois ignorant et blasé, qui a tant de peitie à ^e diâtrstirë de luimême; ce serait un parterre amusable> iitiprésâidnnaUl6, sincère, des esprits naïfs à passionner, de vrdis cœlirs à faire battre, du vrai sang à faire circuler danè les veiîïeS, à chaque idée noble, à chaque bc^u sentiment. Un tel public donnerait du génie aux plus incapables; Oui^ Ton verrait bientôt tous les arts se transformer, gtdiidiri s'élève/", par un essor inconnu : la musique glorifiant et t)Détisaht lè travail; la peinture réhabilitdtit la beauté et généralisant le haut style; Tindustrie s'associant avec Ist charité poiiir démocratiser le bien-être; on verrait quels miracles peut accomplir l'esprit humain dans l'ère de la générosité.
Ah ! que la république serait belle, belle sàhc les républicains!... '
En attendant, Paris est fort triste. Ceux qui lie l'ont pas vu depuis troiiJ mois ne le reconnaîtraient plus. Dans ses plus riches quartiers, il ressemble à une ville maudite, une Gomorrhe menacée, ayant reçu en secret l'avis de sa prochaine destruciioné
LETTRES PARISIEI^NES 383
Les beaux appartements des grands hôtels sont déserts : on se réfugie à l'enlre-sol ou au second étage^ dans des chan^brettes ignorées^ plus en harmonie avec les nlœurs du moment. On aime mieux vivre en citoyen modeste, dans un petit salon bien rangé, que de languir en grand bcigneur ruiné dans un appartement splendide et mal 'tenu. On n'invite personne ; on vit en ermite. Chacun a envoyé son argenterie à la Monnaie, le prix a servi à payer les dettes de Thiver; on mange avec des métaux de fantaisie, jusqu'à ce Jour inconnus; ces métaux étranges, pour l'originalité de la teinte et le hasard de la mixture^ laissent bien loin derrière eux le fameux airain de Gorinthe, de flamboyante mémoire.
Dans quelques salons, les femmes sont tout à coup trèsparées; mais que cette parttre est triste ! On porte les lourdes étoffes de l'hiver, parce qu'on n*a pHS de quoi acheter les légères étoffes du printemps. Ce luxe éblouissant, c'est encore de la misère.
Quelques rares élégants traversent encore les Champs- Elysées, mais ils n'ont plus l'ait triomphant de cavaliers fiers de leurs montures; ils ont l'ail* soucieux d'hommes d'affaires en peine d'un dernier marché; ils passent là sélîeux et mornes sur des coursiers fringants et joyeux; cela veut dire : Ce beau cheval est à vendre, et je le promène pour le montrer.
De voitures brillantes, pohit. Toutes les Toitures particulières affectent la physionomie plus que modeste des voitures de remise. L'illusion est complète. Les cochers et les domëstic[ues sont habillés avec une indépendance extrême : redingotes à châle, gilets à fleurs, cravates à la CoUn. Oti dirait des proches parents en partie de campagne. L'oncle est monté sur le siège; il condmt sagement la famille j et le
pet il cousin empressé^ dès que la voiture s'arrête, vient ollrir la main à ces dames. La distinction de la tournure eX des manières est devenue presque un danger; alors Ton renvoie les anciens domestiques accusés d'avoir trop bonne façon^ et l'on prend des gens de la campagne à moitié prix; et voilà tous les domestiques de grande maison sur le pavé. En déclarant que la distinction de la tournure est un crime^ vous les ruinez; l'habitude du service, la connaissance d'un certain monde étaient une fortune pour eux; c'était une valeur, vous la supprimez; la remplacerez- vous? Savants économistes, tant que vous n'aurez pas des valeurs réelles à donner à tout le monde, ne détruisez pas les valeurs factices; toutes les fictions consolantes ne sont pas dans la poésie.
Les titres aussi que vous avez abolis étaient une valeur factice; un titre, c'était une fortune; un jeune homme pauvre, s'il était marquis, pouvait épouser une fille riche qui voulait être marquise ; vous le ruinez dans son espoir. Et tous ces beaux calculs de vanité que vous dérangez à jamais, ne vous en inquiétez- vous pas? Et toutes ces malheureuses fenunes qui ont épousé des imbéciles pour être comtesses, ne vous occupez-vous pas de leur sort? Il est triste, cependant : car enfin elles ne sont plus comtesses, et leur mari est toujoiu's imbécile!... La révolution n'a pas pu abolir ce titre-là.
Les jours où le soleil brille, Paris a un air de fête qui trompe les étrangers. Les boulevards sont couverts de monde; on s'y promène toute la matinée avec une tranquillité charmante, on dirait une population d'ombres heureuses qui n'ont plus rien à faire qu'à errer éternellement dans les champs Ëlyséens. Mais que cette récréation forcée est effrayante! ce n'est pas le repos du labeur, c'est l'oisi-
veié de la misère. Le fabricant se promèDe parce qu'il Qâ fabrique pas! Le marchand se promène parce qu'il ne vend pas! L'ouvrier se promène parce qu'il ne travaille pas! Tous les trois se promènent^ et ils se rencontrent, et ils se promènent encore plus tristes après s'être rencontrés. Le soir, à huit heures, les boutiques sont fermées. A quoi bon brûler de l'huile et du gaz pour éclairer des marchandises que personne ne vient marchander? Et après avoir fermé leur boutique, les marchands vont encore se promener, et la personne qui gardait le majgasin pendant la journée va à son tour se promener.
La promenade est la seule occupation du moment. Il y a quinze jours, cinquante mille ouvriers sont allés se promener ensemble bras dessus bras dessous au bois de Boulogne ; là, ils se sont étendus mollement au pied des arbres, comme les bergers de Virgile... Vous figurez- vous cinquante mille Tityres couchés au pied d'un hêtre, rêveurs et désœuviés!
Meîibœe, Ledru nobts hœc otia fecit.
L'ancien monde élégant a éprouvé cette semaine un vrai chagrin. L'ambassadrice d'Autriche est partie avec toute sa famille. Il y a vingt-deux ans que madame d'Appony est aimée en France. Se faire aimer si longtemps dans cette patrie de l'ingratitude et du caprice, c'est un beau triomphe. Mais aussi que de douceur ! que de dignité ! que d'esprit ! Être à la fois une mère de famille si tendre, une femme du monde si distinguée et un artiste si intelligent, c'est plus qu'il n'en faut pour explicîuer ce miracle de constance dans ce pays de la légèreté. Et puis madame d'Appony aime la France passionnément, et la France est comme les enfants, elle devine tout de suite les personnes qui l'ai-
fS6 tB VIOÛAITS OE LAUNAV
ment. Elle laisse des regrets sincères. Pendant un mois, la foule s'est dirigée vers les salons de l'ambassade. C'était de tristes adieux. La dernière fois que nous y sommes allé^ nous y avons trouvé l'ambassadeur et l'ambassadrice de Sardaigne; comme nous témoignions quelque surprise, un diplomate nous a dit, en riant, qu'il avait dîné la veille chez le ministre de Hollande, avec le ministre de Prusse et le ministre de Danemark, et que l'ambassadeur d'Autriche et Fambassadeur de Sardaigne y dînaient aussi. Quoi! tandis que leurs rois se font la guerre, les ambassadeurs se donnent des poignées de mains et dînent gasemble ! Nous venons de déclarer que la diplomatie était inutile à la république; est-ce que par hasard la diplomatie ne serait pas non plus très-utile à la royauté?
Nous ne vous parlerons pas des modes nouvelles; nous craindrions de faire concurrence au gouvernement proTisoire. Depuis deux mois lui seul s'est occupé de toilette. Il a inventé des collets brodés pour les lycéens, des chapeaux pointus pour les gardiens de Paris, des lisérés rouges pour les gardes mobiles, des ponipons sphéroïdes pour les gardes nationaux, des gilets blancs à cornes menaçantes pour les représentants et pour lui-même; il a imaginé des uniformes et des costumes pour toutes les classes; il faut lui rendre justice : excepté les pauvres, il a habillé tout le monde. Nous vous dirons seulement que les ttiaisons de commerce célèbres comprennent la république^ elles /ont de l'élégance à bon marché. Baudrant fait pour vingt francs des capotes du plus grand style; oïl trouve à la ChatASséed'Aniin des robes charmantes à huit francs, des châles de laine à trois francs. 11 est question d'une vaste association de couturières... Mais nous vous dirons cela dans le prochain feuilleton.
Un feuilleton!... il est donc vrai! nous allons écrire encore des feuilletons, nous qui étions si heureux de notre silence^ nous qui nous promettions avec tant de bonne foi de ne plus écrire du tout! Mais quand il y a du danger à parler, il n'est plus permis de se taire; la paresse devient de la lâcheté dans les jours de lutte; elle perd tous ses charmes et jusqu'à sa réalité, car le remords la trouble, et le rcdiords est un travail pour un esprit paresseux. Rentrons donc dans la lice courageusement; malgré notre faiblesse, nous serons un champion redoutable ; nous n'avons point d'armlire, mais nous n'avons point de masque; nous n'avons pas le moindre glaive dans notre main débile, mais nous avons, contre les hypocrites, de toutes les armes la plus terrible, même dans la plus tremblante main : un flambeau.
Une seule chose nous inquiète : comment signer maintenant? — Vicomte? Il n'y a plus de titres, et cependant nous ne sommes rien si nous ne. sommes vicomte. Les personnages fantastiques n'existent que par leur qu^ité imaginaire; les droits réeU les feraient évanouir... La fée Morgan n*est rien si elle n'est la fée Morgan : faites-en la citoyenne Morgan, elle n'est plus. Il en est ainsi du vicomte de Launay, faites-en le citoyen Delaunay, il n'existe plus. — Que décider?... La difficulté est extrême... Ah bah! les gens qui ont aboli les titres n'ont pu avoir qu'une pensée, ils n'ont voulu supprimer que les titres d'une grande valeur, ceux qui se rattachaient aux noms illustres de la monarchie, ceux qui racontaient les immoi-telles batailles de l'empire; mais aux autres, ils n'y ont pas songé; les titres de fantaisie, qui n'pnt pas de valeur du tout, dont on ne peut pas être fier, f^ pe 4oit pas irriter les epvjeu^. Aus^^^ sans cr^nt§ de leur ^^plaire, nous continuerons 4 signer très-humblement, CQinijae autrefois : Vicomte ^e Lacjnat.
LETTRE II
30 juin 1848.
Paris les 23, 24 et 25 juin. — Les ordres d'une maîtresse de maiwn. - Quatre gouvernements et six journées. — Arrestation et lettre» dl M. de Girardin. — Conspirateurs et organisateurs.
C'est le dimanche 25 juin, à sept heures du soir, que j'ai appris que M. de Girardin était arrêté.
11 y avait déjà trois jours que je ne l'avais vu ; au seul mot de barricades, M. de Girardin s'était installé rue Montmartre, dans un petit appartement qu'il a loué près des bureaux de la Presse, pi^ de temps après Id révolution de février; car, si sa prescience politique ne lui sert de rien pour empocher les ma heurs de son pays, elle lui est du moins utile pour faciliter les arrangements de son ménage. Dès les premiers faits du mois de mars, M. de Girardin me dit : « Je prévois que nous aurons une douz-iine de gouvernements d'ici à dix- huit mois; nous aurons souvent des journées t c'est-à-dire des jours de combat pendant lesquels on ne pourra pas circuler dans Paris; l'Assemblée nationale aura fréquemment des séances de nuit dont il faudra rendre compte, je ne pourrai pas quitter mon journal ; c'est pourquoi j'ai loué un appartement dans la maison de la Presse; fais-y porter tout ce qu'il faut pour l'habiter de temps en temps... » Ces prédictions, comme toutes les autres, ne se sont déjà que trop réalisées; nous avons eu quatre gouvernements en quatre mois; nous avons eu le 46 avril, le 15 mai, le 23, le 24, le 25, le 26 juin; nous avons eu six journées, et quelles journées!
J'écrivais chaque matin à M. de Girardin pour aToir des nouvelles; dans ma lettre du samedi, je lui racontais qu'on
avait tiré, pendant la nuit, sur la sentinelle de la caserne contiguë à notre maison, et je lui demandab ce que j'aurais à faire dans le cas où cette caserne serait attaquée et où les insurgés entreraient chez nous. N'avez-vous pas, lui disais-je, quelque objet, quelque souvenir précieux, quelque acte important à sauver ou à cacher? Voici quelle fut sa réponse, réponse à laquelle son arrestation^ qui eut lieu le lendemain, a donné de la valeur :
A Madame db gibardin.
c Non, je n'ai rien à sauver ni rien à cacher.
» Si la caserne était prise et qu'on voulût occuper la mai« son, la seule chose à faire serait d'ouvrir les portes à deux battants et d'être affectueusement poli. C'est de toutes les manières de résister la meilleure.
V Nulle part tu ne serais plus en sûreté, et d'ailleurs, il est bien que nous soyons chacun à notre poste, toi à la maison, moi ici. Je dînerai je ne sais où; ne m'attends pas ce soir.
» Paris est en état de siège ! Le National règne et ne gouverne pas. i» Je t'embrasse.