LA FÊTE DÉ NOËL
C'est le jour où Marie Enfanta le Sauveur!
C'est le jour où je prie Avec plus de ferveur.
D*un lourd chagrin mon âme Ce jour-là se défend.
» Vierge! je suis femme^ Et je n'ai point d^enîantl
mère chaste et belle Du Dieu terrible et grande Dans ta sainte chapelle.
Je m'incline eu pleurant; De regrets poursuivie, Près du divin berceau J'attache un œil d'envie Sur ton enfunt si beau.
Bénis ce^ larmes pures.
Et je t'apporte en vœux ^ Tout l'or de mes parures^ Tout l'or de mes cheveux j Mes plus belles couronnes, Vierge> seront pour toi.
Si jamais tu me donnes Un fils, un ange à moi!
Alors dans ma demeure Le plaisir renaîtrait.
Et la femme qui pleure, . Pour l'enfant, chanterait.
De ma gaieté ravie Gélébrant le retour.
LETTRES PARISIENNES f4
le ti^raii... et m vie Serait toute d'amour,
Ulosion perdue^ Beau rèTe déûoré»
Tu me serais rendue Par Tenfant adoré.
Noble orgueil, sainte gloire De l'amour innocent, A vous je pourrais croire Encore en Tembrassant.
Loin des pièges du monde.
Je fuirais avec lui; Et cette tête blonde Deyiendrait mon appui.
Saas amour sur la terre, Le cœur est désarmé; Oh ! c*est un guide austère Qu'un enfant bien-aimé.
Je verrais sans tristesse.
Implacable en son cours.
Le Temps avec vitesse Emporter mes beaux jours.
De mes grâces fanées Je ne défendrais rien...
Que seraient mes années?...
Son âge, et non le mien.
Enfin je pourrai même Voir s'éloigner de moi L'ingrat époux que j'aime.
Et lui garder ma foi.
Pas une plainte amèrel Ma douleur se taira...
Je dirai : Je suis mère.
Courage, il retiendra!
Le jour des Rois est aussi une fôte d'une admirable poé^ 6ie« -Ces tois superbes^ prosternés devant l'humble crèebe.
la puissance humaine s'humiliant devant la gloire divine^ la couronne s'efFaçant devant l'auréole; toutes ces images à la fois imposantes et gracieuses frappent l'esprit par leur signification profonde, et charment les yeux par leur naïve grandeur.
L'Epiphanie est de plus une fête des foyers. Réunion joyeuse, bruyante de cris moqueurs, de rires enfantins. On la célèbre avec bonheur, tant que la famille est complète; mais, hélas! quand au banquet de l'aïeule on compte des places \ides, ce jour de fête n'est plus qu'un jour de deuil.
Notre fête de prédilection, à nous, c'est le dimanche des Rameaux, que l'on appelait autrefois Pâques demandéy et que l'on appelle encore Pâques fleuries. Nous ne saurions dire quel attendrissement presque puéril nous fait éprouver la vue d'une branche de buis bénit. A Rome, les rameaux sont des palmes, de véritables palmes que l'on fait venir par charretées des environs de Gênes. Dieu sait si nous aimons les palmiers, et quel profond respect nous inspire cet arbre biblique, ce panache sacré qui représente à lui seul toute la poésie de l'Orient; et pourtant les souvenirs de Tenfance sont si puissants, que ces belles palmes romaines que le saint-père lui-même avait bénites nous ont produit peu d'effet, et que nous leur préférons mille fois la plus petite branche de l'humble buis parisien.
Dimanche dernier les habitants de la grande ville semblaient tous penser comme nous. Les cochers des voitures publiques avaient orné le collier de leurs chevaux d'un rameau bénit, les enfants avaient paré leurs chapeaux d'une légère l)ranche de buis bénit, et les femmes en revenant de l'église rapportaient par ramées une provision de buis bénit, quelquefois trop forte pour leur petite main; et cha-
con attachait une idée, une croyance, un souTenir, à cette palme bourgeoise qall allait suspendre près d'un objet révéré, cehii-ci au-dessus du portrait de sa mère, celui-là (il faut bien le dire) au-dessus du portrait de Napoléon; cellelà au-dessus de son bénitier, celle-ci au-dessus de Timage de sa patronne. Quelle folie! disent les philosophes. Pourquoi rendre un culte à ce yilain arbuste qui ne demande même pas de -culture et qui n'est bon qu'à faire des peignes et des tabatières! Car ils sont bien heureux, les philosophes; ils ne doutent jamais d'eux-mêmes; leurs superbes résolutions, leurs grandes pensées, sont toujours présentes à leur esprit; ils n*ont pas besoin que les objets extérieurs viennent obligeamment les leur rappeler. A <{uoi bon l'image à ceux que n'abandonne jamais l'idée? à quoi bon le souvenir sauveur à ceux que n'égare jamais i'oubtif Nous l'avouons, nous n'avons pas cette force tfftme. Dans nos jours de vague et de découragement, Ll faut souvent qu'une image sainte, un souvenir sacré, viennent nous assister; quand notre pensée se trouble, c'est par les yeux que la raison nous revient, et nous confessons d'autant plus facilement cette faiblesse, que nous l'avons observée chez plusieurs esprits d'une grande supériorité. Une femme célèbre par son courage nous racontait ^'un jour elle avait été sauvée d'une mort terrible et coupable par un hasard plaisant. Elle venait d'apprendre une affreuse nouveUe, elle éprouvait un de ces désespoirs sans bornes qui vous montrent un avenir sans lefuge; dans le vertige de la douleur, elle résolut de mourir; car la mort, pour elle, c'était la fuite; fermer éternellement les yeux, c'était ne plus voir l'horizon menaçant. J'étais folle, nous disait-elle; j'avais tout oublié, je n'étais plus capable que d'un seul calcul, je pensais avec joie que je
demeurais au second étage» au-dessus d'un ai^artement très-élevé^ et qu'en me jetant par la fenêtre ma chute serait mortelle^ et je courus vers la fenêtre. •• Mais^ pour rouvrir, il fallait détourner un cheval de bois, un cheval à bascule qu'on avait rangé devant elle : c'était le joujou de ^ mon fils. En le voyant^ je m'arrêtai subitement^ un poignant remords me serra le cœur. Que vous dirai-je? je n'eus pas le courage de .détourner ce cheval et d'ouvrir la fenêtre; je tombai à genoux et je m'évanouis; on me releva au pied du cheval, dont la crinière était toute baignée de mes larmes.
Sauvée de la mort par un joiyou, c'est absurde. Rie^ donc, philosophes I
Un jeune homme d'une grande famille nous racontait^ aussi comment un soir il avait été sauvé d*une mauvaise action par un hasard. C'était à la campagne» dans le vieux château de son père. Entraîné par le plus perfide des conseillers, la jalousie, il venait d'écrire une de ces lettres chargées à mitraille, qui doivent infailliblement causer d'horribles catastrophes, une de ces lettres anonymes d'autant plus dangereuses qu'elles sont signées; pour envoyer cette lettre, il fallait faire partir un homme à cheval; le jeune furieux sonne avec violence, la sonnette se casse; il appelle, on ne l'entend pas; alors il prend la lumière qui lui avait servi à cacheter son odieux écrit, et il se dispose à descendre dans la cour pour donner l'ordre fatal; mais en quittant son appartement, il lui faut traverser une longue galerie ornée des portraits de ses ancêtres; c'était en automne, à cinq heures; il faisait déjà nuit; la bougie qu'il portait ne jetait qu'une lueur tremblante dans l'ombre de la galerie; il la franchit entièrement sans apercevoir aucun des portraits qui en recouvraient les murs de
chaqae cdté^ et que la lumière ne pouvait éekubrer directement; mais, parvenu à l'extrémité, tout à coup il B*arrêta; un de ses ancêtres était en face de lui; il le regardait; il semblait lui dire : <k Où vas-tu? » Et cet ancêtre était précisément un de ces nobles cœurs à jamais célébras dans rhistoire des amours, par le plus pur désintéressement» par Tabnégation la plus sublime.. « Épouvanté à cet aspect, le jeune homme fut, pour ainsi dire, réveillé en sursaut de son cauchemar de méchanceté; il comprit la laideur de ses projets; il saisit bravement la lettre maudite, il la brûla sous le portrait de son ancêtre en le regardant avec fierté. Figurez-vous un petit-fils de M. Jaucourt reconnaissant le portrait de son grand-père au moment d'envoyer à la poste une lettre anonyme. Ce n'est pas cette histoire-là> mais c'est une histoire presque aussi bellCé Sauvé d'un crime par un vieux portrait mal peint 1 Riez encore ^ philosophes! ^
Eh quoi! si des jouets d'enfants, si des portraits d'ancêtres peuvent préserver du mal de faibles cœurs, couk ment les images de Dieu, les souvenirs de la religion n*au^ raient-ils pas aussi leur toute-puissance? Comment ne nous serait-il pas permis de nous attendrir à la vue d'un rameau bénit, quand ce feuillage consacré nous rappelle un des jours les plus amèrement glorieux de la passion de Notre- Seigneur Jésus-Christ? Triomphe sans illusions précurseur de l'agonie, hommage mortel dont la victime seule a le secret, acclamations d'amour dont le Sauvei]| comprend déjà le sens funèbre; avant six jours, ce peuple reconnaissant qui crie avec bonheur : Hosanna au fils de David, ce peuple demandera sa mort; avant six jours, ces disciples défenseurs de leur maître s'enfuiront tous tremblants de peur; avant six jours, ces apétres, qui lui devront la
gloire, rougiront de lui; amis, flatteurs, disciples, l'auront abandonné... A l'heure du supplice, il ne lui restera que ces deux étemels courages que rien ne peut eiirayer: Tamour maternel et Tamour pur.
. N* est-ce pas là l'histoire de toutes les généreuses victimes, de tous les grands sacrifices?
philosophes! avez-vous jamais imaginé rien de plus beau que ce poème divin? Un homme de haute intelligence nous disait dernièrement : « Dans mes jours de doute^ pour m'affermir contre les taquineries des philosophes^ les faux: raisonnements des novateurs, je relis TËvangile, et comm^ il m'est démontré que jamais l'esprit humain ne s'est élev^ si haut, comme il m'est prouvé que c'est le livre le plus^ sublime qu'on ait jamais écrit; que cette œuvre est supé — rieure à tous les chefs-d'œuvre des plus célèbres génies^ que ce poème est plus beau que le Dante, que Virgile, qu'Homère... je me dis que Dieu seul peut l'avoir dicté^ que Dieu seul peut avoir empreint un langage d'une si primitive grandeur, d'une si formidable simplicité... et je me sens de nouveau convaincu, et je reviens à la croyance par l'admiration.
Je fais le travail contraire sur les écrits des philosophes, et je les trouve si pauvres d'esprit, si maigres d'idées, si secs de cœur, que je les prends en dédain et me dis : C'est une trop mauvaise littérature pour être une bonne religion. Moquez- vous de moi, ajoutait-il; ce n'est pas la foi qui me sauve, c'est le goût.
Et Longchamp que nous allions oublier! Il y avait beaucoup de monde, mais plus d'étrangères que de Françaises. Depuis quelques années, le véritable jour de Longchamp est le dimanche de Quasimodo, dont nous vous parlerons. Pendant la semaine sainte, les femmes se montrent rare*
ment en public; elles sont à Téglise pour entendre des sermons. Ce n'est qu'après Pâques^ après les jours de jeûne^ que Ton reprend le cours des vanités^ mais des vanités charitables 9 de celles que permet^ dans son indulgence éclairée, M. Tabbé de Ravignan. 11 comprend que Ton peut ^ivre dans le monde en restant indépendant de lui; il comprend que le luxe est une sorte d'aumône^ que les pamires que portent les femmes riches font travailler les fem- :siies pauvres; il comprend qu'on peut prier avec ferveur clans un oratoire fleuri^ et prosterner avec humilité devant Dieu un front chargé de diamants.
LETTRE VI
20 arril 1844.
Le dandy parisien.^ Fnmer, jouer, manger, voilà toute sa Yie.~ Joueurs machiavéliques. — Martingales sur le cœur humain. — Les excellents buveurs. — Où. sont donc les jolies femmes ? ~ Bal de Tambassade de Belgique. — Un mot charmant de M. Thiers.
Après les jours de jeûne, d'humilité et de pénitence, Paris s'est relevé plus fier et plus brillant que jamais. Le printemps l'enivre, il se pavane au soleil; il fait de la boue avec sa poussière, il est content; car, pour cette ville d'élégance perfectionnée et de luxe merveilleux, il n'y a que deux saisons : celle où la boue est involontaire, c'est la mauvaise saison; celle où la boue est volontaire, c'est la belle saison.
Et le jeune Paris se promène sur ses boulevards consciencieusement arrosés ; et quand il a joyeusement passé toute sa journée à se promener sans but comme un rentier, il s'en va dans quelque beau café doré passer toute sa
18 LE YICOMTi: DE LAUNAT
•oirée et toute sa nuit à manger comme un ogre on comme une garde-malade, à boire comme iin templier ou comme une gouvernante anglaise^ à jouer comme un vieux diplomate et à fumer comme un poêle.
Telle est l'existence d'un jeune Parisien qui se respecte. Le grand poëte a dit ;
Aimer^ prier, chanter^ voilà toute ma vie.
Le brillant Parisien traduit à sa façon ce vers ravissant :
Fumer, jouer, manger, voilà toute ma vie.
Et ce n'est pas avec insouciance et par étourderie qu'il mène cette vie-là : chez un peuple atteint de constitutionncUité, tout est sérieux, et particulièrement le plaisir; on n'y traite rien avec légèreté. Pour le jeune Parisien^ fumer n'est pas un délassement, c'est un travail; jouer n'est pas une passion, c'est une affaire; manger n'est pas un plaisir, c'est une science. 11 mange par principe et avec méthode; il médite le matin le dîner qu'il doit manger et juger le soir. A vingt ans, il est déjà un grand connaisseur en l'art culinaire; il méprise déjà le vol -au- vent paternel et la charlotte de famille ; présomptueux enfant , il ne sait rien encore des choses de la vie... profond gastronome, les sauces de la civilisation n'ont déjà plus rien à lui apprendre.
Le Parisien est précoce en tout; si à vingt ans il est un savant gastronome, à vingt-cinq ans il sera aussi un joueur consommé. Le jeu n'est plus comme autrefois une audacieuse gageure, une violente émotion demandée au hasard, ou plutôt une interrogation courageuse adressée à l'oracle, dont on attend la réponse avec une anxiété pleine de terreur et de charme... Ivresse poétique, angoisse délicieuse q^e George Sand a dë[)einte avec tant de génie dans une
LETTRES PAIUSIENNES 19
des plus éloquentes pages de Lélia... Le jeu, aujourd'hui^ est une spéculation froide et malveillante contre des caractères connus; c'est Texploitation déloyale de défauts traîtreusement observés dans des intimités hostiles^ de qualités perfidement excitées dans le commerce d'une prétendue amitié^ et dont on se sert au jour de la lutte pour vaincre son adversaire^ par ce qu'on a découvert en lui de faible ou de généreux.
Dans les jeux publics et de hasard, on luttait contre une banque, c'est-à-dire contre un être abstrait et collectif, mystérieux comme le sphinx, impassible comme le destin. Le combat était sincère. Vous étiez heureux ou malheureux, toute la question était là. Maintenant on lutte contre des camarades de plaisirs, et quelquefois contre des amis; et les jeux que Ton joue sont des jeux dq combinaisons. Il s'agit moins alors d'être heureux que d'être habile, et moins encore d'être habile que d'être effronté. Dans cette lutte, ce ne sont pas les cartes qui sont en présence, ce sont les caractères, et les plus délicats sont toujours les plus malheureux. Si vous êtes physionoihiste, ne pariez jamais toute une soirée pour de certains profils. Voilà un noble front qui sera longtemps soucieux ; avec ce sourire plein de franchise, on ne gagne jamais de grosses sommes. Voici, au contraire, près de vous, un regard faux et malin avec lequel vous pouvez vous engager. Pariez pour lui hardiment : il saura bien, toujours et malgré tout, forcer le sort à lui devenir favorable. Son moyen est bien simple : quand il perd... il aime la nuit, il ne sait vivre que la nuit : ce sont, dit-il, les niais qui vivent le jour ; il n'y a que les bour^ geois et les sauvages qui adorent le soleil; ce qui lui plaît à lui, c'est la clai'té des lustres; il n'est buveur, amant, poète que la nuit; et, tout en chantant : La belle nuit! il
VOUS force à boire et à jouer jusqu'au jour, c'est-à-dire jusqu'à ce qu'il ait regagné tout l'argent qu'il avait perdu... Quand il gagne... c'est autre chose : il est sombre et silencieux; il ne sait pourquoi... mais depuis quelque temps^ il est souvent et tout à coup saisi d'étourdissemenls qui l'inquiètent; il ouvre la fenêtre, il se promène dans le jardin... ou sur la terrasse. On lui propose de revenir jouer... « Tout à l'heure, » répond-il d'une voix intelligemment affaiblie... Un autre prend sa place; il se laisse oublier pendant un moment; et puis, si une discussion violente s'élève parmi les joueurs, il profite du tumulte pour prendre son chapeau et s'en aller. Sa santé continuera à être chancelante encore pendant une semaine ou deux, à moins qu'une mauvaise veine ne le guérisse soudain; et, -Je plus naïvement du monde, il recommencera à vous dire qu'il aime la nuit, rien que la nuit, que ce régime sévère ne lui vaut rien, et que le seul remède à ses souiîrances est une bonne nuit passée à boire et à jouer. Noua ferions im volume. si nous voulions raconter toutes les ruses de nos joueurs modernes ; ce serait tout un traité de psychologie, de diplomatie et de politique, que Machiavel lui-même ne désavouerait point. Voilà pourquoi un joueur de vingt-cinq ans est déjà un vieil observateur désenchanté. Rien ne vieillit plus vite l'esprit que cette laide science des passions, que cette étude iutéreésée des caractères. Hélas ! c'est se ruiner à jamais en illusions que de s'enrichir de la sorte par ces honteuses martingales sur le cœur humain I
Les jeux particuliers font regretter les jeux publics. Le hasard œntrôlé, c*est ce qu'il y avait de moins dangereux. Mais l'hypocrisie constitutionnelle est le contraire de la saine m<0rale; nos sages puritains, en supprimant les jeux, ne se sont pas demandé s*ils supprimaient le jeu ; l'impor-
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^nt pour eux n'était pas de réprimer une passion funeste^ ^8Us de s'ôter bien vite les moyens de la surveiller ; car, "^ï)s leur naïveté législative, ils ont confondu la surveil- *^^ce avec la complicité. Ce qui nous étonne, c'est qu'avec ^^^ scrupules si ingénieux et des délicatesses si intelligences, on n'ait pas encore supprimé les égouts. En effet, n'est- ^ fas indigne d'un gouvernement moral de conserver la ^i^^ction de ces fleuves immondes? et, d'ailleurs, dans ce *^^au siècle de libertés, n'est-il pas temps enfin de procla- ^^er la plus belle de toutes : la liberté de la fange?
Si nous parlons ainsi du jeu, c'est que jamais, à aucune époque, on n'a joué avec plus de fureur qu'aujourd'hui. La ^)[iode aussi est de boire follement, nouveau moyen de suc- Oes pour des joueurs habiles; ils boivent de Teau, et choisissent de préférence des adversaires favorisés de Bacchus. I^ar malheur, et grâce au progrès de la civilisation et de la chimie, on a trouvé des combinaisons savantes qui permettent de boire beaucoup sans trop se griser. Rien n'est plus perfide et plus fatal que cette étrange situation d'esprit où se trouvent plongés les vaillants buveurs de profession. C'est un juste-milieu entre la veille et le sommeil, la xaison et la folie, le jour et la nuit ; et pendant ce crépuscule de l'intelligence, on fait cent maladresses irréparables. On a juste ce qu*il faut de sang-froid pour accomplir des actions qu'on n'a plus assez de bon sens pour diriger. On peut marcher droit, mais on ne sait pas précisément où l'on va; on peut jouer hardiment, mais on ne comprend plus bien le jeu ; on peut aller convenablement dans le monde, mais on n'y sait dire que des balourdises; et comme on n'a pas l'air d'être gris, on a l'air bête, ce qui est bien plus fâcheiix. Nous n'aimons pas du tout ces excellents bu* tcurs.
— Voug aimez peut-être mieux les mauvais?
— Oui, nous préférons de beaucoup ceux qui ne peuvent boire trois verres de vin sans tomber sous la table.
— Et pourquoi cela?
— Parce qu'ils y restent. Un homme ivre n*est jamais plus à son avantage que sous la table du festin^ que sur ie pavé de la rue. C'est là sa place; c'est là qu'il saura se faire respecter; car Ton n'a jamais le droit de blâmer ceux qui savent rester à leur place. Que vient41 faire dans nos salons? Pourquoi troubler nos fêtes de ses préoccupations inquiètes? Dans le monde, il est permis d'être dangereux; mais périlleux, jamais.
Le jeu, le vin et les belles, la transition est naturelle* ment trouvée. Nous voudrions vous parler des belles, mais il n'y en a pas : chacun vous dira que dans le monde, cette année, il y a peu de très-jolies femmes, mais il y en a beaucoup de très^Iaides : c*est une compensation. L*aspect des théâtres; est affreux : pendant l'hiver entier, le Théâtre* Italien, autrefois le rendez^vous des beautés à la mode, a été livré aux difformités de tous les pays. A la sortie du spectacle, dans Le vestibule, on découvrait encore çà et li quelques charmants visages sous les capuchons de velours noir, sous les burnous 'de cachemire blanc; mais dans la salle, ces rares beautés disparaissaient dans Fombre que répandaient sur elles ces laideurs en majorité. Figurez-vous des rangées entières de vieilles femmes coiCTées de turbans, et de quels tui^bans! Cela n'avait pas Tair d'une assemblée de dilettanti savourant une douce harmonie; cela ressemblait à un tribunal de vieux cadis rendant la justice : c'était imposant, mais ce n'était pas beau. Du reste, dans la salle du Théâtre-Italien, on ne voit pLus un Jeune honune; à peine quelque fils respectueux vient-il accompagner
mère; le balcon appartient à des hommes grates, f orchestre à des hommes mûrs. Les jeunes gens n'aiment donc pas la musique? Ils doivent l'aimer; peut-être n'aiment-iis pas les vieux cadis!
A FOpéra-Comique^ les femmes ne sont pas plus jolies^ mais elles sont moins parées : c'est toujours cela. Les turbans sont remplacés par ces bonnets trop longtemps à la mode^ dits bonnets à la paysanne. La salle ressemble à un marché de fermières. Les joui's où l'on donne l'amusant opéra de Cagliostro, ou bien la ravissante Syrène, le coup d œil est assez agréable : toutes ces paysannes sont animées et souriantes : c'est joli. Mais quand on joue le Déserteur , toutes ces fermières qui sanglotent^ ces trois cents Perreties qui Tiennent de renverser leur pot au lait en même temps, c'est fort triste; ce désespoir universel dans un village paraît exagéré.
Au Théâtre-Français, il n'y a que des étrangers et des gens de province; chaque spectateur tient à la main la pièce qu'on joue. La reprise du Foyage à Dieppe fait fureur. Provost et Régnier sont admirables de naïveté et de verve; ils excitent à chaque geste, à chaque mot^ de formidables éclats de rire. L École des Femmes et la Critique de l'École des FffmmeSy jouées avec k phis rare perfection, composent aussi un spectacle ravissant que les amateurs de la bonne comédie vont écouter avec délices. Et pourtant les petites-maitrfôses du grand monde n'ont jamais eu Tidée d'aller voir ces comédies-là; le langage de Molière leur semble trop grossier, elles préfèrent le style du Palais- Royal, c'est plus délicat. Cest là que chaque soir elles courent avec empressement, c'est là qu'elles minaudent, un flacon anglais à la main, coiffées d'un fond de bonnet orné d'une rose sans feuille et sans t%e pkujpiée de ehaqœ côté
de la tête et figurant deux oreilles. Elles ont mille raisons d'aller à ce théâtre^ où les acteurs sont excellents et les pièces fort amusantes; mais elles pourraient bien aussi aller entendre Molière et ne pas tant dire qu'elles le savent par cœur, quand elles prouvent par leur ignorance et surtout par leurs ridicules qu'elles ne l'ont pas encore lu. Car si elles pouvaient répéter de mémoire les sottes critiques de la sotte Climine, elles les répéteraient moins souvent de nature.
L'Opéra estTasile des souvenirs; là des hommes qui ont été beaux passent leur soirée à lorgner des femmes qui ont été belles. L'aspect de cette salle un peu grave n'est pas cependant sans charme et sans dignité. C'est la grandeur de Rome, d'Athènes, de Palmure, de Balbec, de Thèbes... C'est la majesté du passé.
Mais où sont donc les jolies femmes, les femmes bien mises, d'une élégance irréprochable? A quel théâtre les voit-on? — On les voit aux FarUtés; là sont réunies les femmes vraiment jolies, aux manières distinguées, à la taille svelte et gracieuse. Sous de charmantes capotes de crêpe blanc, sous de légers chapeaux de paille, se cachent les regards les plus doux, les traits les plus fins; ce sont de ravissantes beautés de keepsake, des physionomies de roman, des chevelures ossianiques, des pâleurs byroniennes, un mélange délicieux de fragilité et de fraîcheur, de mélancolie et de jeunesse, à troubler la plus robuste raison. — Quel est le nom de ces femmes? On voit bien tout de suite à leur tournure que ce sont des femmes comme il faut. — N'en jurez pas. — Mais enfin leur nom? — Je ne le sais pas toujours; elles le choisissent elles-mêmes, et elles en changent souvent. — Quoi! ce sont des personnages fan^ tastiques? Mais elles ont aussi bonne façon que x^ élé«
gantes les plus distinguées? — Que voulez-vous! elles portent les mêmes chapeaux^ elles lisent les mêmes journaux» elles aiment les mêmes héros!... Or» quand on a les mêmes parures» les mêmes lectures» les mêmes aventures» on est bien près d*avoir les mêmes allures.
Cependant il faut dire» pour être juste» qu'il y avait beaucoup de femmes charmantes l'autre jour au concert de Liszt. Mais aussi tous les mondes et tous les pays s'étaient donné là rendez- vous; chaque société s'y faisait représenter par sa beauté célèbre. Cette soirée a été admirable. La mode n'est pas inconstante» comme on le prétend; depuis son enfance» Liszt est son favori; elle l'a admiré naguère en l'appelant le petit Liszt» elle Tadmire maintenant en le proclamant le grand Liszt : on ne peut pas appeler cela un changement. Tous les rivaux qu'on a voulu lui opposer n'ont fait que constater sa gloire. De même» c'est en vain que l'on veut détrôner Balta ; la mode lui reste fidèle. On vante avec raison plusieurs artistes ses émules; il est impossible de jouer du violoncelle avec plus de talent que Piatti et de geindre avec un plus beau style et une plus belle méthode; mais Batta ne geint pas, il chante» et le monde aime mieux les chants réellement trouvés que les difficultés soi-disant vaincues.
Ce qui était admirable» c'est le bal donné lundi par madame l'ambassadrice de Belgique; la salle de danse» bâtie exprès pour la fête, offrait un aspect tout nouveau: les murs étaient tendus d'étoffes blanches et bleues» et dans toute la salle, qui était très-grande, il n'y avait que deux choses, des fleurs et des lumières» mais dans une quantité prodigieuse à troubler le regard ; cela ressemblait à une hallucination, à un mirage; nous ne saurions vous expliquer cet effet; les lustres^ que l'on apercevait dans le lointain^
S6 LE yiCOMTE DE LAUNAY
avaient l'air de la réflexion de ceux que Ton avait devant soi^ les fleurs ne servaient pas non plus à vous guider^ il y en avait partout et elles étaient toutes pareilles; vous disie^s : Je vais rejoindre madame une telle, je Tai laissée assise près d'une jardinière de camélias et de lilas... Vous la cherchiez cette jardinière^ mais il y en avait cent^ et elles étaient toutes remplies de camélias et de lilas. Vous étiez complètement dérouté; cela faisait l'effet d'un rêve, mais du rêve le plus charmant. A cette fête, on a dansé b polka, la mazourka, et chaque danseuse tâchait d'imiter la maîtresse de la maison. C'était une excellente occasion à saisir pour prendre une leçon : où trouver un plus parfait modèle, une combinaison plus heureuse d'élégance et de distinction? Une Lubomirska princesse de Ligne!... car les Lubomirska ont le double privilège d'être en Pologne ce qu0 les Mortemart et les la Trémoille sont en France pour l'esprit et pour la beauté.
Voici un mot bien joli de M. Thiers. Il rencontre l'autre jour im académicien jeune encore, mais déjà dans l'âge sérieux : « Gomme vous rajeunissez ! lui dit M. Thiers; qu'avez- vous? — Mais... rien. — Allons donc... on ne rajeunit jamais sans motif. »
Gare au motif! (Réflexion du rapporteur.)
LETTRES PAHISIEMMSS 17
LETTRE VII
n arril 1B44
Analyse d'nn proverbe. — Récit d'un concert. — Coiffures en fleort naturelles confites. — Tire-bouchons de velours noir. — Le livret du Salon.-* Conjugaison d'un verbe irréguber. -*- Je vous fais cOmplimont de votre âne ; avez-vous vu mon vieux lapin ? — Études de champignons* — Esquisses et Portraits, livre nouveau de M. le duc de t)oudeau ville.
Oh ! mais, on n'y saurait tenir : ious les plaisirs de Tétë joints à tous les plaisirs de Thiver; c'est trop. Le matin> les promenades sentimentales dans le bois mystérieux^ soutf les grands arbres en fleur, et puis le soir les folles danses dans les salons bruyants^ sous les lambris dorés^ les mélodies des virtuoses et les sonates des oiseaux^ les rayons du goleil et les splendeurs du lustre^ Tombrelle et réventail> la rêverie et la coquetterie... toutes ces fatigues et toutes ces joies en une même saison^ c'est révoltant. Paris n'est pas une ville d'eaux; il n'y a que des goutteux et des malades qui puissent mener cette vie-là : toujours s'amuser, cela n'est pas toujours amusant. La tête se trouble^ et nous en sommes déjà à nous demander lequel des deux partis il nous faut choisir : aller à toutes ces fêtes et renoncer bra-^ Tcment à les raconter^ ou bien n'aller à aucune pour leê raconter plus à l'aise. Les historiens sont bien heureux : l'histoire du passé, ce n'est rien à écrire, avec un peu d'imagination, on peut s'en tirer; mais l'histoire du présent^ voilà ce qui est difficile à faire. Voir et comprendre en même temps. Ce n'est pas commode; d'ailleurs, le présent n'aime pas à être raconté; il s'arrange toujours de manière à déjouer les narrateurs, il entasse tous les événements à la fois pour embrouiller la vérité, comme les directeurs de théâtre donnent tous leurs premières représentiliûns le
JSt
même jour pour dérouter la critique. Tâchons du moins de saisir quelques traits au passage et de griffonner quelques lignes entre le concert du matin et le bal du soir.
Ah !... voici déjà une première difficulté : il s'agit de faire l'analyse d'un proverbe fort spirituel dont Tauteur désire garder l'anonyme; ce proverbe a été joué admirablement par des acteurs qui ne veulent pas être nommés^ chez ime charmante personne qui préfère rester inconnue. C'était jeudi dernier. On nous permet de révéler le jour de la semaine... insigne faveur! Gela se passait au faubourg Saint-Germain^ dans un des plus élégants salons de la Ghaussée-d'Antin; comprenez si vous pouvez. La maîtresse de la maison est une toute jeune femme^ qui a un fils dé vingt ans. Le parterre était composé de beautés à la mode et d'hommes d'esprit : c'était un recueil complet des célébrités agréables. Le proverbe qu'on a joué est intitulé la Soirée mmicak, c'est-à-dire le concert impossible. Analyse : M. de Glairval donne des concerts sous prétexte qu'il aime la musique^ et il aime la musique sous prétexte qu'il fait des romances. Aperçu philosophique : ainsi nos grandes passions sont presque toujours greffées sur nos petites vanités ; nos crimes ont presque tous un ridicule pour excuse ! .. . Madame de Glairval aimerait peut-être la musique sans les romances et sans les concerts de son mari; mais les paroles de ces romances suspectes l'inquiètent^ ces tendres reproches lui paraissent aussi mal fondés que mal rimes; elle ne peut se faire illusion^ elle ne les a pas mérités ; une autre belle les inspire. — Quelle est donc, s*écrie l'épouse jalouse, quelle est cette cruelle infidèle qui cause vos Umrmenis parce qu'elle a rompu ses serments? Est-ce que vous me trouvez crueUe, moi? est-ce que vous me croyez infidèU?
— Mais, répond Glairval, ce sont des souvenii*s de jeu-
Kiesse, je ne suis pas venu au monde tout marié; ce sont <les fictions de poète; n'en connaissons-nous pas des plus pauvres qui» n'ayant rien à mettre sous la dent, n'en décrivent pas moins de somptueux festins ?
— Allez, allez, ces pauvres poètes avaient dîné en ville, répond plaisamment madame de Clairval.
Toute cette querelle de ménage, à propos de romances, de soupirs, de désirs, de langueurs et d'ardeurs, et autres balivernes d^amour, a été jouée avec beaucoup de grâce et de gaieté, et a obtenu un grand succès.
La querelle est interrompue par une lettre d'excuse; on l'ouvre en tremblant : madame Précourt est souffrante; elle ne pourra venir chanter ce soir; — mais, dit-elle, vous aurei madame Chantard, dont le charmant talent sera plus que suffisant pour me faire oublier. Un moment après survient une autre lettre; madame Chantard a la grippe, mais elle se fait d'autant moins de scrupule ae manquer à ses engagements, qu'elle sera heureusement remplacée par madame Précourt, etc., etc. Clairval se désole. — Vous deviez vous y attendre, lui dit sa femme; je ne chante pas, moi, mais j'observe, et j'ai toujours vu que les voix de même nature avaient toujours de bonnes raisons pour s'éviter.
On comptait sur un chanteur plaisant, un monsieur qui imite Levassor; un chanteur de plan, plan, plan, de tu, tu, tu, de zut, zut, zut, mélodies fort à la mode aujourd'hui. Ce monsiem* vient d'un air triste déclarer qu'il ne pourra chanter ce soir-là que de la musique grave, parce qu'il est en deuil. Une cantatrice vient avec son mari. — Que vas-tu chanter, Titine? — Se m'abandoni. — Toujours la même chose, et pourquoi chantes-tù cet air-là? — Parce qu'il est dans ma voix. — Mais, Titine, il y a trop longtemps qu'il
30 LE VICOMTE DE LAUiNAY
est dans ta voix. — Ah ! monsieur, à merveille, dites le mot, j'ennuie les gens!... Elle sanglote et s'enfuit au désespoir. Enfin voillï un artiste de bonne humeur; il ne cfemande qu'à se faire entendre, mais il lui faut son instrument; où donc est-il son instrument ? LVt-on apporté ? — Non. — C'est-à-dire oui; un commissionnaire auvergnat est venu apporter une harpe; mais un domestique, renvoyé le matin, a donné par malice une fausse adresse à l'Auvergnat, qui a remporté la harpe en disant les folies les plus amusantes. Ce rôle d* Auvergnat a été joué dans la perfection, il a eu les honneurs de la soirée. Dans l'excès du désespoir, on a recours à un jeune amateur des beaux-arts, qui chante un peu avec un charmant défaut de prononchiachion. On lui demande son air favori. — mort! chois-moi propiche; mais il ne le c?iait plus. Depuis quelque temps, il ne s*occupe plus de musique. — Maintenant, je barbouille, dit-il.
— Mais il me semble que vous avez toujours un peu barbouillé. — Ah ! je vois votre méprise; quand je dis : Je barbouille, je veux dire : Je peins... Cen est donc fait, chanteur sérieux, chanteur plaisant, cantatrice célèbre, amateur inconnu et bredouillant, tout a manqué. Mais la ressource universelle leur reste : la polka consolatrice vient k leur secours. — Nous ne pouvons pas chanter, dansons !
— Ainsi finit le proverbe et conmiença le bal. De véritables Auvergnats, moins littéraires que l'Auvergnat de la comédie, vinrent démonter le joli théâtre; on le jeta par la fenêtre, avec ses rideaux, ses décorations, ses coulisses, et Torchestre démasqué apparut aux regards joyeux des jeunes allés, empressées de faire valoir leurs fraîches robes de bal, violemment comprimées par les banquettes du parterre. Et le bal fut aussi joyeux que le proverbe avait été amusant; etnouft envions cruellement les échos du monde qui reten-
tissent, depuis trois jours, de tous ces noms connus, que nous n'osons pas même désigner.
Hier, un magnifique concert chez madame d'O... a fini de même par un bal. Liszt a été merveilleux, il avait élec* trisé tout rauditoire; il a joué d'une manière si admirable et si touchante Y Invitation à la valsCy de Weber, que ks valseurs ont eu bien peu de chose à ajouter à cette poétique prière pour se faire comprendre de leurs valseuses. Faire chanter par Liszt cet air si tendre au commencement d'un l>al> ce n'est pas prudent. Heureusement» la polka est encore venue secourir les imaginations exaltées. On a beau médire de cette danse, elle a une bonne et franche allure, toute naïve et même un peu bête, qui ne doit avoir rien de dan* gei*eux. Mais il y a polka et polka : la polka maigre et là polka grasse» la polka de luxe et la polka de santé, la polka naturelle et la polka violente, la polka dansée et la polka pensée, c'est-à-dire celle des personnes qui, tout le tempi qu'elles dansent, comptent : un, deux, trois, quatre; un, deux, trois, quatre; un, deux, trois, quatre... Ça se voit dans leurs yeux et au mouvement de leurs lèvres, ça ne leur donne pas l'air inspiré. Mais toutes les polkas sont excellentes, elles font valoir la grâce de celle-ci, le ridicule de celle-là, elles amusent les danseurs et les spectateurs^ et puis elles ramènent en France le goût de la danse, cette innocente passion qui doit servir de correctif aux excès d'une lettramanie eQrayante ou d'une pédantesqœ effrénée.
Nous avons admiré àces deux fêtes de bien élégantes p#*
rures; entre autres, une robe de gros de Naples vert anglais
à double \upe, garnie d'une superbe denteDe posée à plat.
Ce qui faisait valoir toute la iieanté du destin; labertiieel
les manches étaient garnies de la même dentelle ; avée cette
di LE VICOMTE DE LÀUMAY
robe verte^ la jeune merveilleuse avait une demi-guîilande de boutons de roses posée très en arrière de la tête; le bouquet de la ceinture était pareil à la guirlande : le tout en fleurs naturelles. C'est la mode^ la grande mode; nous voulons toujours médire des fleurs naturelles appliquées aux coiffures mondaines, mais l'apparition ou le souvenir d'une charmante parure de ce genre vient détourner nos critiques. Cependant, c'est affreux; ces fleurs à la fin du bal sont horriblement fanées, ces roses noircissent, ces camélias jaunissent, ces violettes blanchissent, ces feuillages flétris s'inclinent douloureusement; vous partez avec une guirlande, vous rentrez avec une salade; vous appelez cela des fleurs naturelles, mais ce sont des fleurs confites, et nous leur préférons les fleurs franchement artificielles ; nous préférons une beauté trompeuse à une laideur lo^fale ; nous préférons l'art parfait à la nature dégénérée... — Cependant la belle madame de Y... avait une guirlande de lilas blanc qui était bien jolie dans ses cheveux noirs... Ce n'est pas tout : qu'elles sont lourdes, ces coifi*ures! Que de solides quincailleries dans ces parures d'un jour, et que de fils de fer, de laitons, de cannetilles dans ce bouquet léger ! C'est tout un treillage qu'on pose devant soi. — Cependant la belle princesse de G... avait, hier, une couronne de roses d'une forme bien gracieuse, et qui lui allait à merveiUe I... Enfin ces fleurs si naturelles, on ne peut les porter avec de trop véritables cheveux : elles sont toutes trempées d'eau, et elles défrisent les tire-bouchons!... Tout le monde n'a pas des tire-bouchons de veloui-s noir, comme cette vieiUe Anglaise qui était l'autre jour à l'Opéra. Voilà une coiffure solide! Des tire-bouchons de velours noir... il n'y a que l'industrie anglaise qui puisse imaginer de tels perfectionnements!
Autre invention anglaise qui a été fort goûtée au dernier concert donné par la Société des Concerts : une grosse couronne de roses peinte sur la calotte d'un chapeau de paille de riz; ces fleurs étaient dignes de Saint-Jean. Ce chapeau méritait les honneurs du Salon.
A propos de Salon^ le livret de 1844 est un recueil d'ana^ de petits vers^ de facéties^ de calembours; tantôt ce sont les poésies inédites d'un poète ignoré qui ont inspiré un pein« tre inconnu; tantôt c'est la description badine d'un tableau badin. Un tableau de M. de Heuven a pour titre : J'en suis bien fâché.,. Un autre tableau de M. Briui^ artiste lyonnais^ a pour titre : Combien gagnerai-je? Un troisième tableau^ de M. Boisseau^ est intitulé : Pliis jolie qu'à la cour. C'est ingénieux^ c'est fin; mais cela ressemble un peu trop à des titres de romances; on est tenté de demander : De qui est la musique de ces tableaux-là?
U y a aussi dans ce joyeux livret de ces plaisanteries de grammairien qui ont toujours tant de grâce. M. Jean-Gabriel Scheffer, — ne pas confondre avec Ary Scheffer, celui-là ne plaisante pas^ — 1606. Une conjugaison : dix tableaux même numéro.
!•' tableau : J'aime.
2« tableau : Tu aimes.
8^ tableau : Elle aime.
4« tableau : Elles aiment.
5« tableau : Elle aimait, 6« tableau : J*ai aimé.
7« tableau : Tu aimeras.
8« tableau : Elle aimera.
9« tableau : Aimante.
10« tableau : Aimer.
t pourquoi toujours eUe^ elle aime> elle aimait^ elle ai-* ^^^ïpaî pourquoi pas, il aime? poiirquoi n'aime*!^ pas
84 LI YIGOMTK DE LÀUNAY
^piand elle aime? Cruel peintre^ pourquoi tourmenter ainsi ton héroïne par les rigueurs d'une injuste conjugaison?
Cette conjugaison assez arbitraire du Terbe aimer nous rappelle le plaisant supplice d'un Anglais que nous avons rencontré dans notre voyage en Italie; il se plaignait amèrement de Tirrégularité des verbes français qu'il apprenait; le verbe aller, disait-il^ est impossible, n avait toutes les peines du monde à retenir le premier temps; il voulait ab* solument nous le dire. Ah! mon Dieu^ que nous avons ri de bon cœur lorsqu'il s'est mis à le réciter I Un jeune voya< geur français, qui se donnait pour maître de laùgues^ lé lui avait appris ainsi :
Je vais.
Ta viens.
Il sort.
Nous partons.
Vous rentrei.
Ils dorment
— Quelle ifregtlioiUarcûUéî s'écriait notre Anglais. EWM nous de rire comme Ton rit au jeune âgey et lui de recom — mencer sa conjugaison laborieuse. Nous n'avons jamais ec.-=: le courage de le détromper.
\près les facéties de grammairien viennent les calent-^ oours; le nom du peintre fait jeu de mots avec le sujet di^ tableau : Deiuc chiens se dispulant un os, par Leliévr]& ^ une Petite Laitière, par Cholet; Légumes, par mademok^^ selle DE L...^ au Marais. Puis arrivent les! naïvetés, les sim:rjets simples et modestes : M. Isidore Dumon, la Pantoufle- ^ M. Couder, la Souris ; M. Chasselat Saint-Ange, le Déjea^-nets des Canards; M. Picard, Poissons tourmentés pc^'^ des ehaiâ (ce tableau, nous l'avons vu, est d'un effet saisie-' tant); M. Ernut Sugnbur Gbns, le f^ieta Cheval; H.
ques-Alphons» T£TAiu>^im F'ieux iapin; mademoisâilo Ro«4 Bonheur^ un jine. Enteodass-Tous d'ici les conversatimn de ces divers artistes? — Mademoiselle Rosa, j*ai bien de$ compliments à vous faire; j'ai vu votre âne; j'en ai été fort content. Avez-vous vu mon vieux lapin? — Mais non; je l'ai cherché toute une journée^ je n'ai jamais pu le trouver, — Ne m'en parlez pas^ ils l'avaient perché tout en Tair comme un écureuil; je l'ai retiré!
Tableau philosophique^ n^ 93 : Intérieur d'une groUê; une femme centenaire, pauvre, mais heureuse^ réfléchi»mit sur les misères hummnes. C'était difficile à rendre^ toutes ces nuances-là.
Tableau dramatique. Effet de lessive : Dans mi paysage désert^ du linge étendu sèche sur des cordages... et personne pour garder ce linge I II y a là de quoi faire évanouir imç femme de province.
Autre tableau plus simple^ mais non moins dramatique* Madame R. de C, n" 2,106 : Étude de champignons, d'après nature. Ahl madame^ vous passez des journées entië« ^6s à étudier des champignons d'après nature^ et vous désirez garder l'anonyme ! Mais... la Brinvilliers n'en faisait P^ d'autres, et, nous avons l'honneur de vous en prévenir, ^Q a pour habitude de rouer vifs tous les élèves de son école ^op célèbre.
Nous voulions vous parler d'un livre qui fait ravage, et ^^Ut tout Paris s'occupe en ce moment : Esquisses et Por- ^^AiTs, parM.de Larochefoucaud^ducde Doudeauville; nous ^Hxmencions déjà à vous dire que rien n'est plus piquant, ^^U n'est plus impartial, rien n'est plus vrai que cette peinture des personnages les plus illustres du grand monde, du ^onde politique et littéraire, lorsque notre propre portrait ^ous est tombé sous la main. De si grands âo(ii
posent le silence. Le moyen de vanter Tesprit d'un auteur qui nous trouve à nous tant d'esprit? Le moyen de proclamer l'impartialité d'un juge qui nous traite avec tant d'indulgence? Comment ne pas se défier d'un peintre qui flatte toutes nos prétentions? Mais flatter les prétentions^ c'est dénoncer les caractères; et nous devons en convenir, si ce portrait n'est pas le nôtre^ il faut bien nous connaître pour oser nous déguiser ainsi. En un mot^ si le peintre n'est pas sincère^ l'observateur est habile.
LETTRE VIII
4 mai 1844.
Courses au Champ de Mars. — Les carreaux. — Le palais de l'Industrie "^ — L'Académie. — Une lecture de tragédie. — Tout le monde dort-r--^ excepté un sourd. — Les gentlemen pompiers. — Personne ne Teui^ ^ quitter Paris.
Courses fashionables au Champ de Mars^ fête populaire^ aux Champs-Elysées^ fête royale aux Tuileries^ solennit^^ industrielle 9 solennité académique, invasion provinciale,^, émulation parisienne, désastre dans la capitale et désastre^ dans la banlieue, rien n'a manqué à cette semaine pour Xs^ rendre mémorable, pour en faire le sujet des commérages empressés. Malheureusement, depuis huit jours, nous som — J mes garde-malade, et nous n'avons rien vu par nous-même:^ nous en sommes donc réduit à questionner nos amis obtenir d'eux quelques détails sur tous ces grands évén( ments.
Premier ami : c'est un original; première question: P courses ont-elles été belles?
-- Affreuses^
LETTRES l'ARlSIliiNiSES 37
— Qu'avez-vous vu là?
— Rien.
— Qu'y avait-il?
— De la poussière.
— Et puis...
— De la fumée.
— *iHais il y avait de jolies femmes ?
— 11 n'y avait pas de femmes.
— Comment, pas de femmes!... et dans les pavillons?
— Ce n'étaient pas des femmes.
— Qu'était-ce donc ?
— Des caricatures de Grandville.
— Mais ces femmes, quoique laides, étaient élégantes?
— Elles étaient vêtues de matelas,
— Quelle folie ! de matelas ?
— L*une avait une robe de soie à grands carreaux rouges et blancs.
— Ah ! oui, c'est la mode.
— L'autre avait une robe de mousseline à grands car- J'caux blancs et bleus, pur matelas.
— Et les écharpes? Je suis chargé d'envoyer en province deux écharpes nouvelles : comment sont celles de nos merveilleuses?
— A carreaux rouges et blancs.
— Et les ceintm-es? Voilà qu'on annonce un bal du matin pour la semaine prochaine, et les bals du matin exigent les plus jolis rubans.
— Les rubans sont à carreaux blancs et bleus.
— Et les cravates?
— Les cravates d*honmies^ elles sont à carreaux rouges ei blancs.
— Et les gilets?
— Les gilets?... Ils sont à carreaux blancs et bleus.
— Àh ! mais toujours des carreaux! c'est monotone.
7- Je ne plaisante pas. Toutes les étoffes , cette année , ont pour unique dessin des carreaux; elles imitent la toile à matelas à s'y méprendre; Tiliusion est complète; maison pourrait désirer une autre illusion. Cette conspiration des fabricants est ingénieuse ; elle leur sera profitable. L'abus excessif amène le changement prématuré; une robe de bon goût et d'un dessin dislingué peut se porter toute une saison ; tandis qu'une mode exagérée se tolère à peine quelques jours. Dans un mois on ne pourra plus voir les robes à carreaux ; il faudra bien en acheter d'autres. Le calcul est bon. Hier déjà, la charmante madame R... a juré qu'elle ne remettrait plus jamais sa robe de soie blanche à carreaux rouges; mais aussi comme on l'a persécutée à cause de cette robe ! — Riez donc un peu , Clolilde , lui disait sa mère; on n'a pas le droit d'être mélancolique avec une robe comme celle-là. — Mais vous savez bien que je ne suis pas rieuse, reprenait la jeune femme en levant sur sa mère ses beaux yeux noirs empreints d'une si tendre langueur, d'une si ardente tristesse. — Sans doute , mais aiyourd'hui vous devez être folâtre; il faut toujours avoir la figure de son costume ; avec votre air sérieux et votre robe à carreaux rouges, vous avez l'air d'un paillasse qui a éprouvé des malheurs. Le mot est bien sévère.
Deuxième ami; deuxième question : la fête populaire aux Champs-Elysées.
— Qu'avez-vous remarqué de nouveau cette année dans la littérature de plein vent?
— Les transforraaiions innombrables des Mystères de Paris» On vous les offre partout, en pantomime et en pain d'épice . Je me suis arrêté devant une baraque dont raffiche
LBtTRES Parisiennes S9
pompeuse représentait tous les personnages de ce roman célèb^: on y lisait ces mots : Mystères de Paris, par Eugène Sue, scène mimique par M. Julien. Et ce même M. Julien figuraittour à tour ïaGoualeuse, Jacques Ferrand, Rigolette, Pipelet, madame d*Harville^ Icmaître d'e'cole, lady Sarah et Tortillard. Le publie exercé reconnaissait à rinslant tous ces personnages; moi, je l'avoue, dans chacun d'eux, je n'ai jamais très-bien reconnu que M.. Julien. Cala se passait au son d'une musique agréable : c'était la seule nouveauté.
Troisième ami; troisième question : concert aux Tuileries en l'honneur de madame la duchesse de Kent.
— Qui donc chantait à ce concert?
— Duprez , Barroilhet, Levasseur, Massol> M, et madame Balfe, et madame Dorus, qui a eu beaucoup de succès.
— Avez- vous remarqué là de bien belles femmes?
— Oui, plusieurs qui étaient très-jolies, et une qui était trop belle.
— Comment 68^*00 trop belle?
-«*> Quand <m a und taiD« d'un métré quatre-vingt-quinze centimètre», et que Von dépasse de toute la hauteur de sa guirlande les pl«is grands of^iers de carabiniers.
— Les pskTufës ëtâient-elles brillantes?
— • Un peti trop simples; le côté des femmes manquait de panaches.
— Mais if y avait beaucoup de diamants?
— Ce n'est pas la saison.
— Comment était madame la duchesse de Kent?
— Elle était en noir.
— Et madame la duchesse de Nemours?
— Elle était tout eit rose, coiflee avec des marabout»
roses; tout le monde Tadmirait, jamais elle n'avait paru plus belle.
— Vous n'aviez pas vu le roi depuis quelque temps » comment Tavez-vous trouvé?
— Je Tai trouvé rajeuni, il est resté une heure debout par plaisir, ce que j'ai eu bien de la peine à faire, moi, par devoir.
— Avait-on prié beaucoup de monde?
— Six cents personnes. Tous les hommes étaient en grand uniforme : le coup d'oeil était fort beau, il n'y avait pas un seul député.
— Mais il y en avait soixante d'invités?
— Alors on avait choisi ceux qui ont des habits de conseillers d'État, d'académiciens, enfin ceux que protège un feuillage quelconque.
— Mais j'ai vu, moi, M. X... qui revenait des Tuileries et qui était en frac.
— Ahl... c'est excellent : je l'ai pris pour un chanteur. Je me disais aussi : Voilà nn chanteur qui ressemble bien à M. X...; car vous savez qu'il n'y avait que les musiciens qui ne fussent' pas en uniforme. Toutes ces broderies faisaient un superbe effet; il y avait là force diplomates et voyageui-s dé tous les pays; les indigènes étaient peut-être trop en minorité : cela avait bien l'air d'une cour, c'est ce qu'on voulait; mais d'une cour étrangère, c'est, il faut l'espérer, ce qu'on ne voudrait pas.
Quatrième ami; quatrième question : inauguration du palais de l'Industrie.
— Vous étiez à l'ouverture des galeries; qu'est-ce qui usa le plus frappé?
— C'est que les galeries n'étaient pas ouvertes.
— Mais enfin vous avez vu quelque chose?
— J'ai vu beaucoup d'ouvriers qui montaient sur des échelles pour atteindre des objets élevés; je connaissais déjà cette industrie.
— On dit que les cristaux sont admirables?
— De toute beauté; il y a entre autres deux vases de cristal doré d'une grandeur improbable. Il y a un billard rond.
-~ Ce n'est pas nouveau; il y a toujours un billard rond. Allons, allons, vous n'avez rien vu.
— Eh! c'est tout ce qu'on pouvait voir.
Admettre scrupuleusement le public à constater, par luimême, que rien n'est prêt pour le jour indiqué, cela s'appelle de l'exactitude.
Cinquième ami; cinquième question : séance de l'Académie.
— Ah! que vous avez bien fait de n'y pas venir; c'était assommant
Survient un sixième ami; il ajoute :
— Ma foi, vous avez eu tort de ne pas venir à cette séance; c'était très-intéressant.
Nous croyons remarquer une légère nuance entre ces deux opinions de nos deux amis. Pieut-être que leur manière d'écouter n'est pas la même, peut-être que l'un est un adversaire du 4«' mars; peut-être que l'autre est un parent de M. de Rémusat? Il faut si peu de chose pour tromper l'oreille qui juge, et la politique a des effets d'acoustique si étranges! Cette diversité dans les opinions sur le même discours prononcé nous rappelle une lecture qui a été faite dernièreroAnt chez un bas bleu non célèbre. On lisait un drame en ^inq actes très-ennuyeux; dans l'auditoire tout le monde dormait, tout le monde... excepté une seule personne : c'était un sourd que ses efforts pour avoir l'air
d'ent^dre^ ses airs fins^ ses sourires forcés^ ses jwgards volontairement étincelants, avaient tenu éveillé. Le lende» main chacun s'écriait : Cétait assommant^ lui seul s'écriait: C'était fort intéressant; et lorsrju'ea parlant de ce sourd on disait à un des dormeurs : — Mais monsieur un tel n'a pas dormi^ lui^ à la lecture de ce drame, le i;aaUn dormenr répondait : — Je crois bien, il ne l'entendait pas !
— Et l'incendie de la rue Neuve-Coquen^^'d?
— C'était un spectacle douloureusement admirable^ comme le sont tous les incendies; ce qui diaUnguait celui-ci des autres, c'est la qualité des aideS'pompi^rSf Le ^ a pris à l'heure où les élégants se promènent fur le boula* vard des Italiens. Une lueur superbe, et cependant sinistre» les a conduits jusqu'au lieu du danger, e^ bien vite ils se sont mis à faire la chaîne et à porter des seaux d'eau av^ leurs gants blancs, et la plupart en çpstum^ d^ baL Us ont travaillé ainsi jusqu'à trois heures du matin. Tou9 ui» beau^ messieurs s'empressant avec taut d^ zèle pour ^uver du feu les baraques de quelques pauvre» puyjriers, cela faisait plaisir à voir; il n'y avait pourfôi^t Ih ^i^n ^U^ de trèspaturel : mais d4ns un temps de pîirt^t^ civiUsatiPP conHue le nôtre, le$ sentiments de bonu^ et simple obture sont si rares, qu'on ne peut s'emp^cber de ks adoiirer; c^ qui n'est point flatteur^
Cet incendie réteemblait à celui du banar BoufjQers par 1» bi'illante (compagnie qu'il avait attirée; mais il u'y avait pas là les blanches statues qui oro^ie^t le ba^ar^ et qui minaudaient si plaisamment au milieu dji^ I^Ur C'était un effet magique, nous ne l'oublierons jamqiis. Terpsichore» . joyeuse, couronnée d'étincelles, dausait sur la fournaise et déployait toutes ses grâces, comme pour séduire les pom* piers^ tandis qu'au contraire la modeste Vénus de Médicii
s'enveloppait de chastes flammes pour se dérober aux re* gards de ses sauveurs^ et^ nouvelle Virginie de rincendie, semblait imiter dans son héroïque pudeur la Virginie du naufrage.
Mais quel mystérieux élément que le feul il suffit d'une étincelle pour allumer un incendie^ et il faut quelquefois des heures entières pour allumer un foyer. Le feu prend facilement partout^ excepté dans les appareils combinés exprès pour le faire prendre plus vite ; tout brûle^ excepté le bois à brûler.
Voici les détails que nous ont donnés nos amis; par nousmême nous ne savons que des nouvelles négatives. Le théâtre espagnol^ si superbement annoncé, ne donnera point de représentations, faute de prima-donna. — On ne jouera pas le Barbier de Séville chez madame de C... — Il n'y aura point de grande fête chez madame Tambassadrice d'Angleterre pour madame la duchesse de Kent; il n'y aum qu'un petit bal mercredi prochain^ si toutefois il peut y avoir de petits bals à Tambassade d'Angleterre. — L'émigration parisienne n'a pas lieu ce printemps ; on ne part point et l'on ne parle point de partir; les gens qui ordin«â* rement quittaient Paris aux premières fleurs s'y établissent en vrais Parisiens : ils font faire un ameublement d'été; personne ne prononce les mots de campagne, dû terre^ de Vichy, de Bade; chacun semble avoir oublié qu'il a des châteaux, des fermes, des rhumatismes^.. Et la capitale^ beureuse> est reconnaissante de ces tendres soins, et^ comme une femme aimée, elle s'embellit du ûdèle hom» mage qu'on lui rend. Ses promenades brillantes étalent^ dans toutes leurs variétés, ses douze populations bien dis^ tinctes : ses îtiagniGques chevaux, ses riches voitures se croisent et s'entre-croisent de touteà parts avec un opulent
désordre; ses mille boutiques pavoisées font flotter leurs mille drapeaux; ses fontaines jaillissent; ses lampes étincellent. Oh! oui^ la capitale est bien belle depuis huit jours : elle se drape de riches étoiles^ elle se couronne de fleurs, elle s*enyeloppe de clartés. On se pare avec tant de bonheur quand on est sûre de plaire ! on a tant de force et de courage pour retenir ceux qui ne veulent pas vous quitter!
LETTRE IX
18 mai 1844.
Les habitants de la province en proie aux émotions parisiennes. — In» ▼entions nouvelles. — Coloration appliquée aux animaux. — Chien vert. — Agneaux rouges rêves par Virgile. — Bal champêtre. — Un bosquet d'ambassadeurs.
— Pardon, monsieur. — Pardon, madame. — Faites excuse, ma petite demoiselle. — Allons ! uuq ombrelle dans rœil! — Bonf une canne sur le pied. — Mais qu'est-ce que c'est donc que tous ces promeneurs immobiles qui ouvrent de si grands yeux et qui font de si petits pas? Voilà un monsieur qui est là depuis un quart d'heure à regarder le théâtre du Gymnase, joli monument en effet!... Tiens!... je ne le connais pas, il me parle!... — Pourriez- vous m'indiquer où est la maison dorée? — Au coin de la rue Laffitte. — Pourriez-vous m'iudiquer où est la rue Lafûtte? — - Boulevard des ItaUens. — Mais... le boulevard des Italiens... lui-même... où est-il? — Après le boulevard Montmartre. «— Ah! oui... près la butte Montmartre. — Qu'est-ce que
TOUS dites donc? le voici I — Monsieur, c'est que c'est to première fois que je viens à Paris. — On le voit bien!
— Êh maist où sont-elles, les petites?... Géléstinef Jenny!... Elles n'entendent pas, elles nous cherchent. Par ici! Gélestine !... Fais-leur signe, mon ami, qu'elles puissent nous reconnaître. Bien... Voilà une voiture de déménagement qui nous cache.
La mère agite son mouchoir; le père traverse la rue et rejoint sur le boulevard deux jeunes filles en contemplation devant la boutique d'un bijoutier.
— Mais venez donc, petites folles, et marchez toujours devant nous; vous nous perdrez. Que deviendrez-vousalors, seules dans Paris? Va, pour plus de sûreté, prends le bras de ton père, Gélestine. Toi, Jenny, viens avec moi... Mais que regardiez-vous là-bas avec tant d'attention?
— Âh! maman, des bijoux superbes! un beau bracelet qui avait pour cadenas une grosse tortue, et puis une broche qui représentait un grand lézard tout en émeraudes, puis deux charmantes épingles , deux petits singes en or qui jouent avec une petite boule en perle; c'est délicieux. Mais ce que j'aime le mieux, c'est plus loin, chez un horloger, cette pendule magnifique; toute la pendule est une corbeille de fleurs, et le balancier... tu ne devinerais jamais, maman... le balancier, c'est un papillon qui voltige dé fleurs en fleurs. Quelle jolie idée! 11 n'y a qu'à Paris qu'on a de ces idées-là.
— Voyons donc, dit la mère, ça doit être très-original, viens vite.
Et toutes les deux d'un pas leste, elles remontent le boulevard et elles restent immobiles d*admiralion à considérer ce papillon merveilleux. Le père s'arrête :
— Eh bien! Gélestine^ voilà maintenant que nous avons
4t LK VICOf^TS «E I^AUNiY
j^ia ta mère et U s^ur> cherche-les à^aç île l^^ tl4 qui as 4e bon^ yeux.
•«T- Je las aperçois; mais que font-elles?..* piUes retqiu^ naiit sur leurs pas. C'est que Jenoy ^ur^ perdu sa mootin^y il faut les rejoindra.
On rattrape les fugitives eu murmuraat; loaia à l'aspf^
du papillon-balancier tout s'explique.
-T Ahl ell^ sont devant C4»ito pi^l^dulç dont je ta parlaiSj papa; tu étais ^i fâobé de ne Yàvi^iv pa§ yue«.. la voQkl
Toute la famille reste abi^rbée par leç mW^ P^nsé^ qpil lui iOiSpire la délicates^ de cattç image : l^ caprice? du papillon maïqu^nt le vol dei^ heure)?; il e^t c^r^ fiu# , catta pendule fait r^ver, Qn finit par plaindra ça papiUpii copdaipné à une inconstance noétbodique at ét^rnella : 4) voltige régulièreoient de la tulipe à la ros^, d^ h^ rose à la tulipe» de la tulipe à la rose^ sans jan^ais dlivi^* ^ vain une pensée lui sourit; en vain une anémone Tagace, il na peut répoodre à leurs avanices : s'il éta^^ moiàs régulièif^ ment inOdèle» le temps )»'arrêteraiti C'est bfjS9 la peMp d'être papillon» pour être si tristement limité dans ^s fan? taisies. Faux inaonstant^ tu t'imagines courir. da belle ea belle^ et tu ne peux changer d'infidélité l Séducteur mono^ tone» tu ta crois volage... tu n'es que bigame I Et pourtant que de volages te resi»emblent, qui sa croient légars» insouciants^ parce qu'ils ont deux suuois; qui se croieat libres^ parce qu'ils ont des chaînes!
Pendant que la famille émerveillée contemple la pendule au papillon^ un monsieur d'un air vainqueur s'avance don«» nont le bras à une femme richement parée ^ robe verle^ ëcharpe rouge^ chapeau rose à j^lumes. Le monsieur s'a" dresse à un porlier qui Jette de l'eau sur le trotti^ir at sur las personnes qui y passent :
tSfTRES PARISIENNES 4T
'^ Y ft-t'il une place de fiacres près d'ici? -«- Ëa v(Hlà une devint vous. -* Mais il n'y a pas un seul fiacre. — >il n'y ma jamais. — Alors pourquoi est-ce une place de fiacres î — Parce qu'il devrait y en avoir» Le monsieur el la dame se consultent; résuliat de la délibération : Alors il vaut mieux dîner au café de Paris et aller à l'Opéra- Gomique. Ilp entrent au café de Paris. Un moment après ils redescendent Tescalier du café en disant d'un air coa« sterne : -— Pas de place! Cest de votre faute> je vous avais propoié de diner è deux heures, vous n'aves pas vouku Maintenantmon avis, à moi, c'est de ne pas diner du tottt> et d'aller tout droit au théâtre.. « Le monsieur semble ne pas goûter eet avis; on recommence à délibérer... l'opinion de la femme l'emporte; on ne dînera pas... mais elle a util une concession.4. On entre ches un pâtissière.. Le monsieur a l'air triste.*^ La femme> pour dissiper cette tristesse^ ajoute ce mot : Nous souperons. Ils courent bien vite à rOpéra-Gomique^ -* Deux places de premières avec salon? <«*• Elles sont toutes louées. — Des secondes? -* H n'y en a pluSi — ^ Dés troisièmes? — Je viens de donner les der-» nières.De l'amphithéâtre> voulea-vous? — Il le faut bien^ Ils disparaissent tous deux dans k corridor-labyrinthe qui mène au théâtre; le monsieur murmure en lui-même : Avoir sacrifié son dîner pour être niché au quatrième !.«« La dame se dit tout bas : Si j'avais su devoûr aller an p« radis^ je ne me serais pas faite si belle!
Deux jeunes gens^ coifiés de leurs casquettes de voyage^ s'ari'êtent devant un hôtel garni : « Deux chambres? -— Nous n'avons plus rien, i» Us font signe au commissionnaire qui porte leurs bagages de se diriger vers un autre hôtt); « Deux chambres? — Ah! messieurs^ voilà huit jours qile ^tes nos chambres sont prises* % Les deux jeunes gens
48 LE TICOMTE DE LÂUNAY
consultent le commissionnaire^ qui les conduit à un tn4sfëme hôtel. « Une chambre et un cabinet? — Tout est plein. )> Le commissionnaire est de nouveau consulté... Il réfléchit un moment^ puis il se remet en campagne^ suivi des deux infortunés voyageurs^ qui commencent à se quereller. « Si nous étions partis samedi, comme je le voulais^ nous aurions trouvé de la place. — Bah ! nous allons en trouver; tiens^ dans cet hôtel-là^ nous aurons tout ce qu'il nous faut; demandons d'abord : — Une chambre? — Âh ! ben oui, une chambre! dit le garçon de l'hôtel^ v'ià trois jours que j'ai donné la mienne à un monsieur de Stras* bourg : je dors là-dessus, il montre une banquette : c'est mon lit, et je vous l'offre de bon cœur. » Les deux jeunes gens jugent cette plaisanterie mauvaise; ils jettent sur leur commissionnaire des regards courroucés. Ce courroux Tinspire ; il vient de se rappeler un petit hôtel, si mauvais, si mal famé, qu'il y a quelques espérances. Deux ifs poudreux dans deux vieilles caisses verdâtres ornent Tétroite entrée de cet hôtel ; le commissionnaire adresse lui-même la parole à un pauvre domestique pâle, exténué, immobile, qui semble prêt à expirer. « Une chambre pour ces messieurs?... » Le domestique secoue la tête avec mélancolie; cela veut dire : Nous n'avons rien. Le malheureux n'a plus la force de parler, la fatigue le rend muet. L'aspect d'un provincial le fait tressaillir; il est seul dans ce méchant hôtel, qui est le pis-aller de tout le monde, où Ton ne vient jamais que malgré soi et disposé à gronder toujours; seul, il supporte la mauvaise humeur de tous, et chaque nouvel arrivant lui apparaît comme un bourreau-voyageur qui ne s'arrête un instant dans la capitale que pour le tourmenter. 11 ne faudrait pas lui demander son opinion sur les mœurs des habitants de la province, il doit avoir des préveutioni}, hêi,
deux jeunes gens se découragent visiblement. « Quoi! pas une chambre? pas même dans cette affreuse auberge?... » Laissons-Jes continuer leurs recherches, et ne mettons pas le comble à leur désespoir en leur disant qu'un voyageur connu^ dont on cite le nom;, a frappé à la porte de cinquante-deux hôtels sans pouvoir trouver à se loger. Une grande dame de la famille Bonaparte n'a pu avoir qu'un appartement fort médiocre au quatrième étage. Mademoiselle Taglioni est perchée aussi au quatrième; mais peu lui importe, un entrechat... et la voilà rentrée chez elle. Les hôtels sont pleins, les cafés sont pleins, les théâtres sont pleins, les fiacres sont pleins, ils sont même très-élégamment habités : hier, nous avons vu passer cinq chapeaux à plumes dans le même fiacre. province! tu peux aussi décrier avec le héros béarnais : « Vous me reconnaîtrez en fiacre à mon panache blanc! i»
Dès le matin on dîne chez les restaurateurs; de midi à six heures du soir les fenêtres des cafés s'empourprent de voyageurs attablés, ^ar tous ces dîneurs sont rouges comme du feu; les uns ont couru toute la matinée les promenades et les musées, ils étoufient; les autres ont passé deux nuits dans la diligence, ils brûlent; celui-là est à son troisième coup de soleil, il rayonne; celui-ci, à son troisième accès de colère, il flamboie... il a battu le pavé de Paris dans tous les sens pour une affaire manquée, pour un débiteur introuvable, pour un protecteur invisible : il a perdu sa journée, il est furieux. Et puis ils sont entassés par vingtaines dans des salons qu'échauffent avec une émulation fatale les vapeurs capricieuses des potages les plus variés ; ei puis enfin tous sont en retard; les plaisirs du spectacle les appellent, ils se hâtent, ils mangent vite, mais cet appétit u'a rien de vorace, ils n*ont pas Tair affamés^ ils ont
Tair affairés; et tout cela fait (qu'ils ont des figures écarlates. A cinq heures devant l'Opéra il y a déjà foule. Que joue-t-on? Gela est indifférent^ la bonne musique^ la mauvaise, les chanteurs à voix, les chanteurs sans voix^ les vieux ballets, ]es ballets i^ouveaux, attirent également les habitants de la province. Ne faut-il pas qu'ils aient vu le Grand-Opéra une fois ^u ipoins! Us envahissent la salle, ils encombrent le foyer, dont ils ont chassé les Parisiens ; et ils se prennent entre eux pour des Parisiens, et ils se moquent les uns des autre?) ou, ce qui est plus amusant, ils se copient les un? les autres. Une dame de Grenoble admire le mantelet d'qno dame de Beauvais, qu'elle prend pour une Honne parisienne; elle étudiQ la fonne gracieuse de ce mantelet. Un élégant de Gahprs avise le gilet d'un merveilleux d'AbbevillOi qii'il prend pour un dandy renomméi il étudie la coupe ingénieuse de çq gilet. Ces erreurs sont effrayantes! Nous engageons len habitants de la province à se àiô%T d'eux-mêmes. Il serait par trop cruel pour eux de rapporter de la capitale des modes alsaciennes ou berrichonnes! Nous les supplions de renoncer à nous juger cette fois; après ce voyage, ils auront yu Paris, sans doute; mais qu'ils ne se fassent pas iilui&ion^ ils n'auront pas yu les Pa« risiens^
Oh! oomme il» le regardent avec amour^ ce Paris, objet constant de leurs rêves; comme ils ont d^à peur d'être obligés de le^quittôr; comme ils s'y attachent déjà, malgré tous leurs hitérêts lointains ; comme ils le comprennent vite, comme ils le devinent; comme, à travers les mille séduc» lions qui s'offrent à eux, ils pressentent «vec Intelligence les mille séductions qui leur échappent/ car ils ne connaissent de la grande merveille que ses beautés les plus yuIgaires^ ik connaissent yea plaisin publics, ils ne connais-
sent pas ses fêtes mondaines ; ils connaissent sa puissante richesse^ ils jpe connaissent point son luxe élégant; ils connaissent le corps, ils ne connaissent point l'ârne ; ib connaissent l'industrie» ils ne connaissent point la science; ils connaissent les œuvres, ils ne connaissent point le travail, et le travail est ce qu'il y a de plus grand chez cette reine de la pensée; les œuvres ne sont que le passé, le travail est tout l'avenir. La frivole hfpoorite f«iil lembiant, lé jour, de rire et de s'amuser, mais toute la nuit, elle veille avec des compas et des livres, avec des alambics et des creusets; elle quitte son In&doir palf uraë pour son laboratoirt enfumé ; et jamais eUene se repose : et tes inventions et les découvertes qu'ellt vott fait admirer aujourd'hui ne sont pour elle que les piélttdes des nouvelles inventions et des nouvelles décou* vertfls qu*^le yous offrira demain.*. A ses yeux> te moyen trouvé n*est que te promesse d'un autre secret cherohé » ei le secret déoouvert lui'^même n'est que te pressenti* ment d'une autre vérité poursuivie... Et chaque jour on vient npMs raconter quelque bistpirf^ fj^>iUeuse très-réellement et tout simptement arrivée dans le jardin d*un mécanicien ou dans la modeste retraite d'un savant : il y a, par exemple, rue d'Enfer, un inventeur dont le nom sera Mentôt célèbre, qui s'amuse à voir planer sur le gazon de ^n jardin un charmant oiseau qu'il a fabriqué lui-même; ^6 mouvement des ailes, la direction du vol, tout est par- ^^it; il ne manque à ce charmant oiseau que la vie et 'distinct ; mais qu'est-ce que cela, s'il peut grandir assea^ pour porter bientôt sur ses ailes celui qui a la volonté et ^^ Çénie!
On parle maintenant d'un autre savant accusé d'une in- ^^^tion plus divertissante; il a appliqué aux animaux v>- , ^^ts le procédé de coloration employé pour te bois dff
arbres. Il injecte de la couleur demandée les veines d'un quadrupède quelconque^ et il vous procure sanS le moindre efiort un cochon bleu de ciej^ un veau lilas^ un chien vertpomme^ un ânon prune de monsieur, un mouton jaunesafran^ un agneau rouge^ etc.> etc.^ etc. Voilà donc les rêves de Virgile réalisés.
Ipse sed in ^atis aries jam suave rubmti Murice, jam croceo mutabit vellera luto; Sponte 8uâ sandyx j^ascentes vestiet agno$.
Les savants ont toujours été les ennemis acharnés des ^ poètes. Ils n'ont pas de cesse qu'ils n'aient changé chimères les plus folles en raisonnables vulgarités. Virgile croyait faire de la poésie en imaginant des bélien^^s
jaune-safran et des agneaux rouges. Eh bien, pas du tou t .
il faisait de la chimie; que dirait-il si nous lui répondu par des vers semblables à ceux-ci? nous en aurions droit:
Tityreest au vallon^ son chien Tert raccompagne. Et ses pourceaux d'azur paissent sur la montagne*
Virgile n'avait pas prévu les pourceaux d'azur.
A propos d'expériences et de quadrupèdes^ un chimls'S:^ fameux vient de faire Fessai de différents poisons sur rents caniches dévoués par leur laideur à être sacrifiés les autels de la science; l'un d'eux , plus heureux que autres, tomba sur le jour des contre-poisons ; on Tempoîsonna... bien... puis on le désempoisonna; le lendemain on voulut le réempoisonner, mais c'était un chien savant ^ il avait pénétré les secrets de la science; il ne voulut rios accepter, ni acétate de morphine, ni belladone, ni aci^I^ prussique^ il ne voulut goûter aucune de ces friandises. On lui ofirit des mets moins recherchés^ du pain et de 1a
viande... Il refusa : c'était un chien philosophe^ il avait pénétré les secrets du coeur humain. Son maître... (cela peut-il s'appeler un maître!) son propriétaire eut l'idée, pour le rassurer, de porter à ses lèvres le morceau de pain qu'il lui présentait et d'en manger quelques miettes. Alors le chien sauta sur lui, et mangea ses restes; on Ivfi.donna à boire de l'eau dans une tasse, -^ il refusa de boire... mais quand, pour remplir les carafes, on eut ouvert le Tobinet de la fontaine, il s* élança vers la fontaine, et se mit à lapper l'eau limpide qui tombait du robinet. Depuis ce temps, chaque jour il agit de même, ne mangeant qu'après son maître ce que son maître a goûté, ne buvant que Teau qui sert de boisson à tout le monde; du reste, caressant^ gai, joyeux, comme le serait un chien favori. On ne se douterait guère, en voyant sauter dans la cour ce caniche soupçonneux, qu'il a absolument les mêmes préoccupations jsr que le roi Louis XI... et, il faut être juste, Louis XI supportait cette situation-là avec moins de grandeur; il avait l'esprit plus faible; il croyait qu'on voulait le tuer, et il était triste; il n'était pas maître de ses terreurs. Peut-être ses terreurs ne venaient-elles que de ses remords; peut-être la magnanimité de ce caniche vient-eUe de son innocence! Un sort fatal n*est-il donc réellement redoutable qu'alors qu'on l'a mérité? Nous livrons ces réflexions au jugement des philosophes; nous vous dirons seulement que les précautions de ce pauvre chien sont désormais inutiles : on lui laissera la vie, pour prix de son intelligence. Les animaux sont plus heureux que les hommes : l'esprit les sauve quelquefois!
Pendant que les savants font des expériences, les élégants boivent, dansent, jouent et babillent; et c'est une existence incomparable et enivrante que cette existence nariMenne^
OÙ les travaux sérieux et les plaisirs frivoles se mêlent li naturellement. Dans ce moment, les bals du matin viennent en aide aux bals du soir. Il est impossible de voir rien de plus joli qu'un bal du matin. Le bal de lundi dernier^ qui avait été précédé de tant d'angoisses, a parfaitement réussi ouilgré Torage de la veille; le temps était superbe, le coup d*œil était charmant. On dansait sur un frais gazon à l'ombre de ces grands aibres qui deviennent si rares^ restes précieux de l'ancienne magnificence aristocratique^ vieux témoins des fêtes d'autiefois qui sont le plus bel orne* ment des fêtes d'aujourd'hui. Et toutes ces femmes si joliei^ parées de robes de toutes couleurs, coiffées de légères ca* potes de crêpe, d*élégants chapeaux de paille, tournaati valsant^ passant et repassant à travers ces touffes de fleurs, c'était un effet magique, un ballet d'opéra sans coulisses^ sans trappes, sans rouge et sans danses académiques. La d^euner était servi sous une tente, et le banquet lui-môiM formait le tableau le plus gracieux. Dans les sombres aUées on rencontrait des ambassadeurs qui causaient politique, tout en admirant la noble démarche deT la belle madame B...ing, la ravissante beauté de l'aimable princesse G... Un bosquet d'ambassadeurs, direz-vous, cela n'est pas très* champêtre; non, mais comme c'est flatteur! il y avait der* rière la tente un bois mystérieux tout peuplé de'marmitons; voilà qui est encore moins champêtre, mais qui, pour les esprits positifs, est peut-être encore plus flatteur« Ce bosquet de marmitons était parfaitement caché : et il iaut notr« perspicacité pour l'avoir su découvrir. Le service se faisait li merveilleusement, qu'on ne voyait nul serviteur allttlr ni venir > cela tenait du prodige : nous avons voulu avoir le mot de l'énigme, et à fc»:ce de recherches nous avons découvert dans une forêt obscure le nid de marmitons» Oa t
LETTRES PARISIENiXES 55
éînélk, sous les arbres, dans des corbeilles de fleurs; on a
dansé déi|>ui8 detit heures jusqu'à huit heuies, ensuite on
est dli^ tvêc ses danseurs au spectacle, et puis on est re-
v^enu boJper chez soi à minuit avec toute sa société. Jamais
journée n'avait été plus agréable, jamais fête n'avait paru
rciiétix ordonnée et plus naturellement splendide. Paris
^tait là dans tout son luxé et dans toute son élégance^ et
tes provineiaut qui siraaginent avoir vu Paris I... et qui
x^'ont pa§ assisté à un bal du matin chez une grande dame
étrangère!... c'est là qu'il faut aller étudier Paris el les
l^ialeflS.
LETTRE X
Bail». ^ Um haMttttte d« la i>foYittwdef««n9 PÉrM«t)«. -* tJii M io tt iî t M ^ni afdiète 4<» yeu^ d'oM^au. — La colonne Yenâôrnei doos y mo»* tAmes. — L'arc de triomphe; nous y montâmes. — Les tours d« Ktfttw^DAinè; Hotit y mônULoifl*.
Us sont toujours là, mais on ne les reconnaît plus. Leurs manières^ leurs tournures sont complètement changées; ils n'out plus cet étonnement naïf qui les dénonçait aux passants; ils n'ont plus ces parures ingénieuses qui trahis* saient leur patrie dans la patrie; ils n'ont plus ces préten- . tieusès cravates blanches aux petites pointes lancéolées^ mises avec tant de peine « étudiées avec tant d'art, ni ces minces cravates noires, nouées, sous-nouées» et puis encore trois fois sous-nouées, imitant les degrés d'une échelle de soie et descendant du cou jusqu'à la ceinture, ili 4'ont plus de gilets en tapisserie, ils n'ont plus de gants verts, ils n'ont pbis de cordons de montre en velours reuge; ils sont mis
comme nos jeunes dandys les plus élégants, c'est-à-dire avec une intelligente simplicité; ils marchent comme tout le monde, sans regarder en l'air; rien ne les arrête, rien ne les surprend; ils sont au courant de tout, ils ont cette belle indifférence de gens dont on a plus d*une fois trompé la curiosité, usurpé Tadmiration; et sans leur accent qui n'a rien perdu de son originalité compromettante, sans leur langage qui conserve encore toute sa pruderie granmiaticale,.on les prendrait pour des badauds parisiens pur sang.
Et, franchement, ils ont une érudition si parfaite qu'ils en sont insupportables ; ils nous humilient à chaque instant par leurs connaissances multipliées; ils sont pédants conmie ces faux savants qu'une instruction tardive remplit d'un très-humble orgueil. Ce sont des Parisiens parvenus qui sont plus Parisiens que les Parisiens naturels, comme les grands seigneurs parvenus sont plus glorieux que les grands seigneurs de naissance. Ils n'ont pas de plus vif plaisir que de nous confondre; leur but est de nous prendre en défaut Et, pour notre part, nous leur fournissons souvent l'occasion d'atteindre à ce but. La capitale nous est assez inconnue : on n'a jamais le temps d'aller voir aujourd'hui ce qu'on peut toujours aller voir demain; à peine avons-nous visité les principaux monuments de notre célèbre ville, et, nous l'avouons, nous sommes hors d'état de soutenir une conversation parisienne avec un touriste fraîchement impressionné.
Aussi, comme nous sommes pour eux une agréable proie 1 Ç Avec quelles délices les malins nous jettent cette épîgranoime: « Quoi ! vous faites le Courrier de Paris, et vous ne connaissez point Paris ! » Et ils recommencent à nous tendre des pièges : l'un d'eux nous a fait cruellement souffrir l'autre jour; il est venu chez nous exprès pour nous faire rougir
devant nos amis de notre ignorance^ en étalant tous les nouveaux trésors de sa science récente^ le tout avec un accent très-prononcé que nous vous laissons le soin de reconnaître. — Hier, dit-il^ nous visitâmes la manufacture desGobelins; c'est très-intéressant. Nous gardons le silence; il insiste: — Ne trouvez- vous pas que c'est très-intéressant? —Je ne l'ai jamais vue. — Quoi !... vous... vous ne vîtes jamais cette merveille I — J'ai toujours dû l'aller voir; ça me suffît. — Ah ! c'est superbe; mais je préfère la manufacture de porcelaine de Sèvres; nous y allâmes l'autre jour, et nous en revînmes enchantés; j'avais déjà visité plusieurs manufactures de porcelaine^ mais celle-là est la plus belle de toutes. — Et vraiment il le faut bien! — Mais vous la vîtes cent fois? — Moi, pas une, j'ai trop souvent dû l'aller voir, ça m'en a ôté Tenvie. — Gomme vous êtes paresseux ! Vous n'eussiez jamais pu faire ce que nous fîmes jeudi... oui, c'est bien jeudi dernier; nous montâmes 8ur la colonne Vendôme, et le soir, vers quatre heures, nous remontâmes sur l'arc de triomphe de rÉtoile! — Ah! mon Dieu ! je suis tout essoufflé, rien que de vous entendre raconter ces ascensions... le matin sur la colonne, et le soir sur l'arc de triomphe 1 — Nous y montâmes le même jour. — Mais vous grimpâtes horriblement ce jour-là! — Ahl nous eûmes un beau spectacle I A l'arc de triomphe surtout, nous nous y plûmes tant que nous y restâmes une grande heure ; il n'en fut pas de même sur la colonne Vendôme; d'abord nous mîmes trop longtemps pour y monter, l'escalier n'est pas agréable, nous dûmes laisser nos dames en bas; et puis, arrivés en haut, mon cousin Tupinières, qui est toujours indisposé depuis qu'il est à Paris, fut pris de vertige, et nous dûmes redescendre tout à l'heure. — Oh! je vous plams, c'est un vrai supplice que de visiter Pans.
ftS LE VICOMTE DE LAUNAt
— Que diriez-vous donc si je vous contais ce que nous fîmei ▼endredi, le lendemain !... — Vous êtes montés sur les tours Notre-Dame?... — Justement! — Ah! moi qui croyais plaisanter! — Nous n'y montâmes pas tous; mon cousin Tupinières refusa. — H en avait assez, monsieur votre cousin?— Tupinières?... oui, c'est un garçon qui a la vue très-basse, et il dit que c'est inutile de monter si haut pour ne rien voir. — Il est plein de bon sens. — D'ailleurs les monimients ne l'intéressent guère; il n'aime, lui, que les animaux : il passerait tout son temps au jardin des Plantes... A propos, vous qui connaissez tous les marchands renommé^ de Paris, ne pouvez-vous pas me dire où je pourrais me procurer ici des yeux d'oiseaux?...
Un immense éclat de rire accueillit cette demande. Le jeune provincial resta stupéfiait. — Qu'y a-t-îl donc de si comique dans cette demande? s'ëcria-t-il. — Ce n'est pas de faire cette question qui est plaisant, c'est de me l'adresser à moi. Je suis tout à fait incapable de vous répondre, vrai; je ne sais pas du tout où l'on achète des yeux d'oiseaux; je ne sais même pas ce que vous en voulez faire. — Eh! c'est pour empailler, donc I non pas moi,^als mon cousin Tupinières; il empaille dans ïa perfection, je ne connais personne qui empaille comme lui. — Ni moi non plus... Et voilà les rires de recommencer. — Mais qu'avez-vous donc à rire comme cela? — Je ris de ce que vous dites : vous nous racontez que monsieur votre cousin aime beau* coup les animaux, et puis nous découvrons que c'est pour les empailler qu'il les aime. — H les aime bien aussi -vivants; demandez aux gardiens du jardin des Plantes; ils le connaissent déjà, il m'y mena ce matin, et je vis là, ma foi, une belle bête! 11 l'appelle la panthère noire; vous la vîtes f\é]h, sans doute? — Non. — Eh raais^ vous ne voyez doii«
LETTRES t>ARlSIENNES 50
Tien? Permettez-moi de vous dire, monsieur du Courrier de PariSy que vous n'êtes pas du tout Parisien. — Je néglige les bêtes féroces. — Cette panthère est magniflque, elle fait penr, elle est grande comme un petit cheval, elle a des yeux jaunes qui brillent comme deux topazes dans sa face toute noire, c'est effrayant; et, tenez, tout le monde n'est pas dédaigneux comme vous; ce matin nous trou- Tâmes là le romancier célèbre Eugène Sue ; il la regardait bel et bien. Je gage qu'il va la mettre en scène dans son prochain roman, et que...
Or, îi faut vous dire que M. Sue était là écoutant depuis on quart d'heure, dans le plus malin silence, ces plaisants récits; notre premier mouvement fut de l'interroger sur cette visite, mais il nous vint à l'idée que l'aimable provincial nous en donnait à garder, et qu'il valait mieux le laisser s'embourber dans son mensonge; il continua donc :
— Nous aurons, dit-il, un chapitre intitulé : la Panthère noire,
— Ête&-vous bien sûr que c'était M. Sue?
— Oui, bien.
— Vous ravez assez vu pour le reconnaître si vous le rencontriez?
— Parfaitement.
Alors, adressant Ta parole à M. Sue, qui faisait semblant de regarder des gravures, nous avons hasardé ces simples mots :
— Est-ce que vous êtes allé, ce matin, au jardin des Plantes ?
L'imprudent narrateur se troubla ; nous triomphions. 11 avait tourné en ridicule notre paresse et notre ignorance; nous pouvions, à noire tom*, le prendre en défaut.
— On vous aura trompé; on vous aura montré le pré-
mier Anglais venu en vous disant : Voilà Tauleur des Jtfy»tères..,
— A dire vrai, intçrrorapit-il en retrouvant son assurance, ce n'est pas moi qui ai vu M. Sue au jardin des Plantes, c'est mon cousin Tupinières; mais c'est la même chose : en disant moi, je brodais un peu, voilà tout.
M. Sue nous raconta qu'il était allé en effet la veille au jardin des Plantes, et il ût de la terrible panthère une description admirable que vous retrouverez quelque part et que nous ne voulons pas déflorer. Après avoir étudié les Jacques Ferrand et les Tortillard, M. Sue étudie les animaux féroces : quel progrès I comme ses peintures s*adoucissent ! tout cela finira par du Florian.
— Eh bien, vous le voyez, reprit notre conteur de
vince, en disant que monsieur était venu là, je ne menti pas, je brodai. — Mais vous brodâtes trop tôt; attendez qu vous soyez de retour chez vous en province, là vous pour< rez broder sans danger.
-— Ehl non pas, j'aurai toujours avec moi Tupinières!
Alors on annonça M. de Balzac, il venait nous faire adieux. Il a été pendant un mois sérieusement malade- ^ maintenant il est rétabli ; mais son médecin lui ordonne d^ voyager, c'est une manière ingénieuse de lui défendre de travailler. Des auteurs malades pour avoir trop travaillé!.— On ne voyait pas ces phénomènes-là du temps de Louis XIV; mais aujourd'hui qui donc s'occupe des hommes de talent? Les critiques qui les envient, les journalistes qui les exploitent, et les vaudevillistes qui les pillent; on ne peut pour tant pas appeler ces gens-là de véritables amis des lettres. Le besoin d'un Louis XIV, ou d'un Auguste, ou voire mênrt d'un simple Mécène, se fait généralement sentir. Nous oublions notre voyageur de province^ revenons à lui. La yim
<k M. de Balzac le transporta de joie; il était charmé de cette rencontre, et grâce à nos deux amis célèbres, nous commencions à lui paraître im peu moins ridicule «ît un peu plus Parisien. Ce fut bien autre chose, vraiment, quand on annonça M. Victor Hugo; cette joie devint du délire, il ouvrit de grands yeux, il contempla l'illustre poète avec une curiosité frémissante dont la panthère noire, la manufacture des Gobelins, la manufacture de Sèvres, Tare de rÉtoile et la colonne Vendôme auraient pu être jaloux; les monuments qui vivent valent bien les monuments qui racontent ; les laboratoires de la pensée valent bien les usines de rindustrie. — Quelle heureuse rencontre I nous dit tout bas le touriste émerveillé, pendant que nos amis causaient entre eux. Justement, hier, nous vîmes M. de Lamartine à la Chambre .des députés, et nous nous demandâmes, Tupinières-z*et moi, comment nous pourrions parvenir jusqu'à M. Victor Hugo; nous formâmes ensemble le projet de nous faire présenter à lui, mais je craignais bien d'être obligé de partir sans pouvoir Teffectuer. Tupinières va être désolé. Ahl je comprends maintenant pourquoi vous ne sortez jamais. — Vous comprenez qu'on n'est pas encore tout à fait provincial, quand on a chez soi l'auteur des Scènes de la vie parisienne, VaLuieur àes Mystères de Paris, l'auteur de Notre-Dame de Paris.,. Il y a plusieurs manières d'être Parisien. — Et je crois que vous choisîtes la bonne. Il dit ce mot avec beaucoup de grâce; mais nous tenions à le confondre, et,* pour l'étourdir complètement, nous avons mis aussitôt la conversation sur les sujets qui devaient le plus rétonner; c'était un feu roulant de nouvelles de toutes sortes qui se croisaient, qui se pressaient, qui se contredisaient même un peu. Celaient dies histoires de magnétisme à le renverser. — Alexis, disait l'un, a été merveilleux Tau-