I. Journal de la Cour et de la Ville, 23 avril
II leur était cependant nécessaire d'avoir un gîte, un abri pour se concerter sur la politique, et avant tout pour achever en commun la rédaction du manifeste annoncé. Rue de l'Université, un hôtelier, le sieur Bablot, offrit sa plus belle salle, moyennant le prix mensuel de cinquante louis. Le marché fut conclu, un mois payé d'avance et la .salle inaugurée le 36 avril par une discussion où l'on rapporte que Mirabeau cadet se démena contre les tièdes. Le 28, les tièdes et les bouillants reçurent de l'hôtelier un congé formel. Après s'être flatté que le gain balancerait le risque, il jugeait, tout bien pesé, le risque trop fort, et il préférait rendre l'argent plutôt que de se compromettre davantage '. Houspillée aux Capucins, conspuée à la Sorbonne, éconduite de chez Bablot, errant à travers Paris, sans savoir où jeter l'ancre, la droite alla, en désespoir de cause, s'échouer dans un cercle de la rue Royale connu sous le nom de Salon Français. Elle y trouva le terme de son odyssée et la perte des illusions qu'elle pouvait garder encore sur la liberté de se réunir. Sa présence au Salon Français amena le premier soir des rassemblements, le second un charivari et le troisième une émeute, laquelle par ses proportions et sa durée mérita le suffrage des connaisseurs. Dès la tombée de la nuit, les carmagnoles avaient afflué rue Royale et aux environs, Saint-Huruge était apparu avec l'élite de ses fidèles ; le faubourg Saint- Antoine avait fourni son contingent. A ces éléments ordinaires de désordres se joignaient des boutiquiers du quartier, des étalagistes d'un marché voisin et, comme dans les occasions précédentes, des domestiques de bonne maison venus tout exprès pour siffler leurs maîtres. Ce furent jusqu'au petit jour des processions de bandes, un flux et un reflux de curieux, des chants, des jurons, une gaieté sinistre, une gaminerie féroce et, par intervalle, des beu-