‹ Le Vicomte de Mirabeau (Mirabeau-Tonneau) 1754-1792 --Chapitre 24 sur 47 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

Le a icomte de Mirabeau se décourage de lutter en France pour la cause royale.

Sommaire : Il proteste contre l'abolition des titres de noblesse. — Fête de la Fédération. — Le domicile du vicomte est violé par les représentants du district des Cordeliers conduits par Danton. — Sa personne est menacée au Palais-Royal, criblée de pierres et d'injures.

Généralement les législateurs, menacés de poursuites judiciaires, gardent une attitude modeste dans l'Assemblée dont ils font partie, jusqu'à ce qu'elle discute s'ils doivent être refusés ou livrés aux tribunaux. Ils s'observent, ils s'isolent, évitent le bruit, cbercbent le demi-jour. Cette réserve leur paraît commandée à la fois par les convenances et parla prudence. Nous n'étonnerons personne en disant que le vicomte était d'un tout autre avis. Il n'admettait pas qu'un jugement en perspective l'obligeât à se contraindre. Nonobstant la malveillance assurée du Comité des rapports, nonobstant la possibilité de conclusions défavorables, il entendait exercer, sans interruption ni atténuation aucune, la plénitude du mandat de député. Le 26 juin, en sortant de la séance, où il avait parlé sur les troubles de Perpignan, son premier soin fut de protester contre l'abolition des titres de noblesse, votée le 19 au soir, alors qu'il se trouvait encore à Castelnaudary.

Cette soirée du 19 juin 1790 avait été une réminis-

ccncc maladroite, et comme une contrefaçon de la nuit du !\ août. Certes, on peut blâmer dans les décrets du 4 août, la précipitation, l'espèce de. faria francese avec laquelle ils lurent rendus ; on peut leur reprocher le système de la table rase appliqué à tout risque et en toute rigueur, le superbe mépris des intérêts consacrés par le temps, des transitions à ménager, des chocs et des résistances à prévoir; mais ils n'en représentent pas moins le fait capital de la Révolution française et son résultat essentiel : la substitution du droit commun aux privilèges. Le décret du 19 juin, au contraire, ne fut qu'une mesure vexatoire et un acte puéril. Lne mesure vexatoire, parce que sans utilité, sans profit pour la chose jDublique, il blessait des milliers de familles en proscrivant les appellations héréditaires, qui témoignaient de leurs origines et de leur passé — un acte puéril, parce que la noblesse destituée de ses privilèges n'était plus qu'une valeur d'opinion, et que sur les valeurs d'opinion la loi n'a pas de prise. Elles ne relèvent que des mœurs ; elles ne s'éteignent que lorsque les mœurs cessent de les accepter. La volonté d'un homme ou d'une Assemblée est impuissante à les détruire. On peut les déclarer non avenues ; on peut en prohiber l'usage ; on peut en interdire les signes apparents. Elles subsistent quand même, et chaque tentative pour les anéantir ne fait qu'en attester et en confirmer la durée. Voilà cent douze ans que la noblesse a perdu ses prérogatives, ses statuts particuliers, son rang légal dans la nation, cent douze ans qu'elle est réduite à l'état de souvenir. Mais ce souvenir a résisté aux persécutions, à l'ostracisme, aux échafauds de la Terreur, et l'idée d'une distinction sociale y demeure malgré tout obstinément attachée ; préjugé, si l'on veut. Ceux qu'il importune, ceux qu'il irrite, ne sont pas d'ordinaire les moins enclins à le partager. C'est le vestige persistant d'une religion qui — suivant le mot de Rivarol — comptait parmi les bourgeois bien plus d'impies que d'incré-

dules. Pour apprécier l'inanitc du décret de 1790, il sufiit de regarder autour de nous. En pleine République, en pleine démocratie, un siècle après la suppression des titres nobiliaires, nous assistons à leur eiïlorescence : nous les voyons aussi étalés, aussi multipliés, aussi recherchés et même usurpés plus que jamais. Cette ironie du sort n'estelle pas significative? \e montre-t-elle pas combien la Constituante s'est trompée en prétendant briser des traditions, atteindre des habitudes, qui par leur nature échappent à l'action de l'État.

Il paraît bien d'ailleurs que dans cette circonstance, ses votes aient été l'effet d'une surprise, d'un entraînement subit, plutôt que d'une conception réfléchie. Le 19 juin au soir, beaucoup de bancs à droite se trouvaient dégarnis. Comme au 4 août, Mirabeau était absent de la séance. L'Assemblée venait d'entendre un discours d'Alexandre de Lameth sur le monument de la place des Victoires et sur la nécessité d'en enlever, comme symbole de servitude, les statues des quatre provinces enchaînées aux pieds de Louis XH . « C'est aujourd'hui le tombeau de la vanité, s'écria tout à coup un député obscur du nom de Lambel. Je demande l'abolition des titres de prince, duc, marquis, comte et baron. » Charles de Lameth appuya l'idée ; Lafayette s'empressa d'y adhérer, et ce fut, parmi les gentilshommes du côté gauche, à qui pousserait la surenchère. Le vicomte de Xoailles proposa la suppression des livrées ; le président de Saint-Fargeau celle des noms de terre, déclarant qu'il voulait s'appeler désormais Michel Lepeletier ; Mathieu de Montmorencv, que l'on devait connaître sous la Restauration, si changé, si repentant, si dévot et si confit de royalisme, s'attaqua, faute de mieux, aux armes et armoiries. « Tous les Français, dit-il, ne porteront plus à l'avenir que les mêmes enseignes, celles de la liberté. » Maury essaya vainement d'oblenir le renvoi de ces motions à un examen ultérieur. Réunies et libellées par Cha-

jiclirr en corps de décret, elles fuient votées sur- le-clianip aux applaudissements des tribunes *.

Les politiques et les modérés de la majorité ne tardèrent pas à se rendre compte de la faute commise. Ils sentirent [u'elle allait rejeter presque tout entière dans les rangs les irréconciliables la partie de la noblesse ralliée ou rési- <,mée à la Révolution 2. Mirabeau caractérisa d'un mot le lécret du 19 juin. « Ce n'est, écrivait-il, qu'un déplacement de vanité. » Parmi ceux qui s'y étaient associés, phisieurs se ilallaient de l'espoir bientôt déçu que le roi ne le ratilieraitpas. D'autres, les grands seigneurs démocrates, l'envisageaient comme une fantaisie égalitaire, à laquelle ils avaient pu se livrer sans conséquence pour eux-mêmes. Ils estimaient qu'à leur égard personne ne s'aviserait jamais (le la prendre au sérieux. Permis aux hobereaux de se trouver lésés; mais un Montmorency, mais un d'Aiguillon, mais un Noailles, toutes les lois du monde n'arriveraient pas à eflleurer la supériorité, inhérente au sang

i. Dans les jours qui suivirent le décret du ig juin, certains journalistes airectèrent par plaisanterie d'en prendre toutes le& dispositions à la lettre et de ne designer les personnages en vue» que sous leur nom patronymique. Mirabeau devint Riquetlir Lafayette Motié, Montmorency Bouchard , Lameth Malo, d'Aiguillon Vignerod, etc. Les comptes rendus de TAssemblée cessèrent de mentionner les titres, mais conservèrent le plus souvent la particule et le nom de terre aux députés qui en possédaient. Ce n'est qu'après la chute du trône que le décret du 19 juin fut rigoureusement exécuté. A partir du Consulat, la particule et les noms de terre reparurent d'abord dans l'usage de la vie, ensuite dans les actes publics. Napoléon institua, comme on sait, une nouvelle noblesse à laquelle furent attribués différents titres; mais l'ancienne noblesse ne recouvra légalement les siens qu'en vertu fl'un article de la charte de i8i4- Un décret du 29 février i848 abolit de nouveau les qualifications nobiliaires. Celui du 2 4 janvier iSôa les rétablit, et jusqu'à présent la troisième République a eu l'esprit de les laisser en paix.

2. V. notamment à ce sujet les Mémoires du Diarrjuis de Ferrières, I, IL

■dont il était issu. C'est ainsi que l'orgueil aristocratique suivait et rassurait certains esprits dans leur course à la ]Dopularité. Deux mois après le vote du décret, Rivarol, abordant au café de ^ alois Mathieu de Montmorencv, lui •dit d'un léger ton de persiflage : « J'ai l'honneur de saluer le citoyen Bouchard. » Le citoyen goûta médiocrement l'épigramme. « On aura beau pérorer sur l'égalité, répli- ■fjua-i-il, on n'empêchera pas que ma naissance ne soit un fait positif. Car enfin, je descends de François de Montmorency, qui fut maréchal de France; je descends d'Anne de Montmorency, qui fut connétable ; je descends de ce Montmorency, qui épousa la veuve de Louis le Gros, je descends... » « Eh! mon pauvre Mathieu, interrompit Rivarol ; pourquoi es-tu donc tant descendu ? »

Le vicomte de Mirabeau se jugeait d'aussi bon lieu que les plus titrés de ses collègues. Il avait une foi robuste dans l'antiquité de sa maison, dont la gentilhommerie prouvée ne remonte qu'au xvi" siècle ; il ne mettait pas en doute la filiation problématique invoquée par ses aïeux, les Riquet de Marseille, pour se rattacher aux anciens Riquetti de Florence. Mais la pensée que l'illustration d'une race comme la sienne pouvait braver les événements et les hommes ne tempérait en rien sa colère contre la décision de FAssemblée. C'est qu'aux yeux du vicomte, la noblesse n'était pas simplement un prestige moral et une parure historique. Elle était une réalité absolue, une propriété inviolable, une institution de droit divin. Y toucher, lui semblait un attentat, la frapper, un sacrilège. Il ne s'était pas résigné à la disparition de la noblesse comme ordre distinct et corps privilégié. Les mesures qui venaient d'en consommer la destruction légale l'indignaient €t le révoltaient encore plus. La protestation, qu'il fit imprimer et répandre, exprima ces sentiments en des termes où perçait toute la superbe des Mirabeau :

« Je suis né gentilhomme. Ma famille ne devait cette

prérogative, ni aux rois de France ni à la nation française. Elle l'avait apportée, il y a cinq cents ans de Florence, à une époque, où la plus grande partie de la noblesse de ce pays fut obligée de s'expatrier à la suite d'une révolution. Cette noblesse avait été naturalisée par les services de mes ancêtres. J'espérais ne pas dégénérer et mourir gentilhomme. Il a plu au Corpslégislatif français de décréter que je ne l'étais plus. Le roi a sanctionné le décret, je dois y être soumis ; mais je ne puis sacrifier au nom de mes commettants leur propriété la plus chère, celle de leurs titres et de leur noblesse héréditaire. Absent de l'Assemblée, je n'ai pu la défendre. Je croirais manquer à mon mandat, à mon devoir, à l'honneur, et au serment que j'ai prêté entreleurs mains, si je ne protestais contre le décret qui anéantit la noblesse, prix des services rendus par leurs aïeux à la même patrie qui les dépouille aujourd'hui.

« On m'assure que l'Assemblée nationale ne reçoit aucune protestation. Je dépose donc celle-ci dans les seules archives qui lui soient ouvertes et qui lui conviennent, le cœur de tout chevalier français, caractère que je crois indélébile, malgré tous les décrets.

« Paris, le 26 juin 1790.

Sùjné: « André-Boniface-Louis, comte de Riquetti^, vicomte de Mirabeau, député de la noblesse des sénéchaussées de Limoges et de Saint-\rieix aux Etats libres et généraux du royaume, chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, chevalier d'honneur de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, membre de la société des Cincinnati des États-Unis d'Amérique, colonel du régiment de Touraine infanterie, au service de Sa Majesté très chrétienne. »

Certains passages de la protestation peuvent faire sourire : le «je suis né gentilhomme », jeté à la première

ligne aussi fièrcmenl que s'il sortait de la bouche du Cid ; la genèse quasi-fabuleuse des Riquetti érigée en vérité hors de conteste, et ces inévitables, ces éternels « chevaliers français », qui reviennent sous la plume du vicomte avec une désolante périodicité. Mais il y a malgré tout de l'allure, de la cràneric dans ce langage d'un homme détesté par la majeure partie de l'Assemblée, plus honni encore du public, et que les feuilles révolutionnaires, les harangueurs de club et de carrefour vouaient quotidiennement au bagne ou à la lanterne. Si l'expression est boursouflée, l'acte est courageux, et le courage de l'acte rend indulgent pour les emphases et les hâbleries. Telle parole ridicule en d'autres circonstances cesse de l'être en face du danger.

Le vicomte, on le sait d'ailleurs, ne s'avisait de chausser le cothurne qu'à de rares intervalles et dans les grandes occasions. Quand il avait fait une de ces déclarations solennelles, qu'il croyait devoir à lui-même et à son parti, bien vite il revenait sur sa vraie nature, aux boutades humoristicjues, au genre facétieux, enjoué, prime-sautier. Sa jovialité railleuse et son esprit de saillie se réveillèrent dans la séance, où l'Assemblée discuta le cérémonial à suivre au Ghamp-de-Mars, le jour de la Fédération. La lecture de ce débat est instructive. Rien ne prouve mieux à quel point, tout en se disant et se croyant monarchique, la majorité des Constituants avait perdu le sens de la monarchie.

Tout dans les dispositions que prenaient les députés semblait calculé pour offrir aux regards du peuple un souverain relégué à l'arrière-plan, abaissé, diminué, isolé de ses proches, étroitement assujetti et dépendant.

Maury et Cazalès — celui-ci surtout — attaquèrent le projet de décret avec talent, avec énergie. Barnave, Cha*pélier, Alexandre de Lameth, n'osant pas en avouer la pensée intime, répondirent par des phrases creuses et des arguties de procureur. Ils alléguèrent, entre autres pré

textes, (|uc Louis XVI serait encadré par la représenlation nationale, et qu'ainsi le président ne le primerait pas, mais serait seulement le premier, le plus en relief des députés rangés à sa droite. At;acé de ces subtilités parlementaires, le vicomte demanda la parole pour une simple observation :

« J'ai toujours cru — dit-il — cju'il n'y avait de milieu que lorsqu'il y avait une droite et une gauche. On épiloguera en vain. Mettre le président à la droite du roi et ne désigner personne pour être de l'autre côté, c'est mettre le roi à la gauche du président, ^'oulez-vous un moyen de contenter tout le monde ? Décrétez qu'à l'avenir la gauche sera la place d'honneur. Je voterai alors avec vous. »

Un instant après, comme Rœderer insistait pour que la famille royale ne figurât pas oflicicllement à la cérémonie du i/i, Riquetti-Cadet tira la moralité de cette discussion en criant d'une voix de tonnerre :

« Si le roi ne peut amener sa famille, il faut le prier de rester chez lui. »

Les conclusions de Target furent adoptées. Cependant l'iVssemblée se décida vers la fin à faire un léger sacrifice aux bienséances. Sur la proposition d'Arthur Dillon, elle compléta le décret par ces mots ajoutés en manière de postscriptum : « Le roi donnera des ordres pour cjue sa famille soit convenablement placée. »

Est-il besoin de rappeler ce que fut la journée du i4 Juillet 1790, journée de confiance ardente et de foi patriotique où s'affirma l'unité delà nation, mais journée aussi d'illusions et de mirages, où le peuple acclama la liberté sans la comprendre, et le roi sans se douter cjue la royauté n'existait plus. Le vicomte était trop réfractaire à toutes les idées de l'époque pour envisager par ses côtés élevés la fête de la Fédération. S'il y assista, ce dut être en témoin irrévérencieux, en spectateur ironique, ne songeant qu'à se moquer de Lafayette dans son épanouissement de Cromwell municipal, et qu'à rire de l'air pénétré avec

lequel Tallevrand célébrait la messe. Parmi les figurants de la cérémonie, il \ en eut dont la présence lui causa sûrement une moindre gaieté. Tous les corps de l'armée française étaient représentés au Cliamp-de-Mars par des députations. Le colonel de Touraine put voir les délégués de son régiment, la plupart, ses accusateurs, la plupart, ses ennemis, s'avancer allègres et fiers, comme il sied à des victorieux accomplissant un devoir civique. Pendant qu'ils savouraient les ovations parisiennes, leurs camarades restés à Perpignan, « bas officiers, caporaux appointés, chasseurs et fusiliers », s'unissaient à eux d'intention et de pensée par la signature d'un « pacte fédératif ». Nous avons le texte de ce pacte que la a Société des amis de la Constitution » fit imprimer, l'estimant le modèle du genre. En réalité, c'est un fatras, débordant de phraséologie banale, et qui ne mériterait pas d'arrêter l'attention, s'il ne s'y trouvait un serment fort inattendu : « Jurons, disent les signataires, obéissance à tous nos supérieurs ; jurons de ne jamais nous écarter de la subordination. » Les soldats de Touraine avaient-ils donc oublié leur rébellion du mois précédent ? S'imaginaient-ils avoir observé la discipline, ou regrettaient-ils de l'avoir violée ? Était-ce inconscience ou repentir ? Les deux suppositions ne sont guère admissibles de leur part. Il est plutôt à croire qu'ils juraient l'obéissance, avec la restriction tacite d'obéir aux ordres qui leur plairaient, et aux chefs qui ne leur déplairaient pas.

Le vicomte aurait eu beau jeu pour faire ressortir combien ce serment des révoltés de la veille ressemblait à une dérision. Mais il n'avait plus le loisir de s'amuser aux polémiques. Les choses prenaient une telle tournure qu'il vivait maintenant avec la perspective quotidienne d'être épié, molesté, perquisitionné, voire assommé, pendu, jeté à l'eau ou lapidé. Depuis les dernières incitations de la presse jacobine, l'aversion demi-violente, demi-gouail-

leuse que lui témoignait la population de Paris, s'était changée en animosité farouche. A force d'entendre les « aboyeurs » crier chaque matin l'annonce de nouveaux crimes perpétrés par Riquetti-Cadet, le bas peuple en venait à lui imputer des forfaits inouïs, des perversités monstrueuses, comme celles que l'on raconte de Gilles de Retz. Deux enfants ayant disparu aux environs du Palais- Royal, le bruit courait chez les commères du quartier qu'il les avait égorgés et mangés dans une orgie*. Plus modérés, les petits bourgeois, électeurs, gardes nationaux, commissaires de district l'avaient simplement en horreur. Il personnifiait à leurs yeux tous les projets de réaction, tous les désirs de vengeance, tous les complots, toutes les menées de la « faction noire ». Un incident symptomatique montra que lorsqu'il s'agissait de lui, les illégalités ne coûtaient pas à ces défenseurs intrépides des droits de l'homme et du citoyen.

Il avait au nombre de ses connaissances un ecclésiastique originaire du Limousin, l'abbé de Lubersac, polygraphe infatigable et d'une médiocrité bien établie. M. de Lubersac écrivait sur tout, sur la politic[ue, sur les finances, sur les voyages, sur le grand-duc Paul, sur l'impératrice Catherine II ; mais il se piquait principalement de compétence en matière d'art sculptural et d'architecture. Il passait sa vie à disserter des monuments anciens et à proposer des monuments nouveaux. On l'appelait l'abbé Monument. Ses ouvrages se lisaient peu et s'achetaient encore moins. Les exemplaires invendus, les bonnes feuilles attendant le brochage, encombraient son domicile et les greniers de son éditeur. L'idée lui vint d'en faire transporter une partie à l'hôtel Mirabeau, sur l'assurance donnée par le secrétaire du vicomte que plusieurs chambres de l'hôtel étaient vides, et qu'un dépôt

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