‹ Le Vicomte de Mirabeau (Mirabeau-Tonneau) 1754-1792 --Chapitre 26 sur 47 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Départ pour l'émigration.

Sommaire : Caractère général de l'émigration. — Le voyage et les écrits de Boniface de Mirabeau. — Il est le premier à organiser une légion royaliste dont il devient le chef et qui prend le titre de Légion Àlirabeau.

Il nous faut un effort d'esprit pour comprendre l'émigration. J'entends l'émigration politique, militante, armée, la seule inexcusable. Qu'elle ait été une faute désastreuse, qu'elle ait eu à l'intérieur de terribles répercussions : qu'elle ait contribué largement à l'impuissance des modérés, à la force des démagooues, à la chute du trône, à la

' ou

fin tragique du roi et de la reine, à la dictature des jacobins, c'est presque un lieu commun de le dire, tant c'est une vérité prouvée.

Mais comment a pu se produire et se répandre cette aberration si évidente aujourd'hui? Comment a-t-elle pu être partagée, non seulement par des fous, des étourdis, des cerveaux étroits, des courtisans intéressés ou frivoles, mais par des serviteurs de l'Etat justement estimés et respectés, de hautes intelligences, de nobles caractères, des olïiciers pleins d'honneur?

Le maréchal de Broglie, le maréchal de Castries ont marché en 1792 derrière ce môme Brunswick dont ils avaient été vaincjueurs, l'un à Bergen, l'autre à Clostercamp. Bouille offrit à la coalition l'épée qu'il avait illustrée contre les Anglais. Chateaubriand et Bonald parurent à

l'armée des princes. M. de Serre, le généreux orateur de la Restauration, guerroya dans le corps de Condé ; le duc de Richelieu y fit également campagne, et pourtant quel Français devait plus tard, en des circonstances douloureuses, se montrer animé d'un plus pur patriotisme que le duc de Richelieu ?

De tels noms, de tels rapprochements donnent à réfléchir sur l'état d'âme des émigrés. On peut faire aussi grande que l'on voudra la part de leurs rancunes et de leurs illusions ; on peut énumérer et détailler les mobiles auxquels ils ont plus ou moins obéi : l'orgueil de caste, le regret de la prééminence perdue, la colère des intérêts lésés et des vexations subies, l'entraînement de la mode, l'exemple du comte d'Artois et de la maison de Condé ; chez certains, la persuasion qu'ils travaillaient à la déHvranceduroi ; chez beaucoup, l'entêtement à n'attribuer la Révolution qu'aux manœuAres perverses d'intrigants et d'ambitieux. Tous ces ressentiments, toutes ces passions, toutes ces influences n'auraient pas amené des gens de cœur à souhaiter l'invasion étrangère et à la seconder, si les hommes, élevés dans ces traditions de l'ancienne société, n'avaient eu de la Patrie une notion différente de la nôtre.

?sous concevons la Patrie d'une manière à la fois plus matérielle et plus abstraite. Pour nous, elle est adhérente au sol ; elle se confond avec la terre de France ; nous pensons, comme Danton, qu'on ne l'emporte pas à la semelle de ses souliers. En même temps, elle est à nos veux un être moral qui subsiste immuable au milieu des vicissitudes politiques, et qui se perpétue d'âge en âge à travers les événements. Nous lui sommes attachés indépendamment de toute forme gouvernementale. Elle nous demeure chère et sacrée, nous souffrons de ses abaissements, nous jouissons de ses gloires, même sous des régimes que nous détestons.

Si acharnés que nous soyons les uns contre les autres.

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nous ne reconnaissons à aucun peuple, à aucun souverain le droit de s'ingérer dans nos discordes ; sauf une infime minorité d'anarchistes et de sectaires, quel parti voudrait de nos jours conquérir le pouvoir avec l'assistance ou la protection de l'étranger}

Au cours du siècle qui vient de finir, l'idée de la nation, survivant à ses modes successifs d'existence, maîtresse absolue chez elle, unanime et compacte contre l'ennemi extérieur, a pénétré les esprits les plus divers de nature, d'opinion, d'éducation, d'origine. Les descendants des émigrés, les petits-fils des « blancs » l'ont bien prouvé par leur conduite en 1870.

A l'armée de la Loire, à Champigny, à Yillersexel, dans ces bataillons improvisés où, côte à côte avec les enfants des « bleus » ils donnèrent vaillamment de leur personne, nul d'entre eux ne s'inquiéta de la couleur du drapeau. Il suflisait que ce fût celui de la France pour qu'ils se crussent tenus de le défendre et se fissent tuer à l'ombre de ses plis.

Leurs pères aussi étaient patriotes, mais ils l'étaient autrement. Leurs pères aussi aimaient la France, mais la France telle qu'ils l'avaient connue avant 1789, avec la royauté de droit divin, la distinction des ordres, les pouvoirs des parlements, les franchises des provinces, les privilèges de la noblesse et du clergé.

Cet ensemble d'institutions constituaient pour eux la Patrie.

Quand elles eurent été brisées, ils ne virent plus la Patrie dans le pays natal, ils la virent hors des frontières, là où se trouvaient les princes volontairement exilés qui leur semblaient personnifier, à défaut du roi captif, la pérennité des lois sociales, la continuité, la fixité, la pureté des dogmes de la monarchie.

?s'ombre de gentilshommes estimèrent dès lors qu'il n'y avait pas à hésiter. L'honneur ordonnait de rejoindre ces

vrais et irrccluctibles Bourbons, de se ranger sous leur commandement, de s'associer à leurs desseins, de participer à leurs entreprises pour restaurer le trône sur ses bases antiques, et punir les auteurs des attentats commis.

La conviction que, réunis aux princes, ils représentaient le royaume, le droit, la justice, la vérité, induisit bientôt les émigrés à juger licite et méritoire ce dont nous aurions horreur. Faire appel à l'étranger, le pousser à prendre les armes, pénétrer avec lui sur le territoire français, combattre avec lui des troupes françaises, ce n'était pas dans leur pensée trahir la France, cétait la servir et la sauver. Ce n'était pas non plus s'inféoder aux puissances intervenantes, accepter un lien quelconque de sujétion et de vassalité.

Les princes, investis à titre intérimaire des prérogatives souveraines, sortaient d'assez bon lieu pour traiter sur un pied d'égalité avec les Cours de l'Europe.

Ils ne s'abaissaient, ni ne se livraient, en nouant des alliances contre la plus criminelle des rébellions. L'histoire de leur famille offrait un précédent mémorable. Blàmaiton Henri I\ d'avoir, pendant la Ligue, reçu du dehors un concours et un appui ? Lui reprochait-on d'avoir été aidé par les soldats d'Elisabeth? En était-il moins admiré, moins célébré, moins glorieux? Pas plus qu'Henri IV, les princes et leurs fidèles ne deviendraient des protégés ; ils seraient des « contractants », des contractants qui, après la victoire, reprendraient leur entière liberté d'action, et pourraient même se croire dispensés de reconnaissance.

Ils conviaient en effet les Etats monarchiques, non à la défense d'un intérêt particulier, mais à une œuvre de préservation commune.

La cause de la dynastie capétienne n'était-elle pas celle de toutes les dynasties ? N'y avait-il pas une solidarité naturelle et nécessaire entre toutes les couronnes, toutes

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hiérarchies, toutes h'S supériorités de naissance, de

vAUji et de condition

N'iniporlait-il pas essentiellement à chacun des souverains que la Révolution et ses pernicieuses doctrines lussent étoulTées ')

Quand ils auraient contribué à relever en France l'autttrité légitime, ils devraient s'estimer suffisamment payés (le leurs peines par la satisfaction d'avoir travaillé pour la paix du monde et assuré leur propre salut.

S'ils prétendaient à davantage ; s'ils réclamaient, sous prétexte d'indemnité, une cession de territoire ; s'ils osaient parler de démembrement, les gentilshommes français oublieraient aussitôt la fraternité des armes, pour ne songer qu'à l'intégrité du royaume. Sur un signe du roi, sa hvale noblesse se retournerait avec la dernière énergie contre les alliés de la veille devenus les ennemis du lendemain.

Ainsi ont raisonné, ainsi ont senti, ainsi ont rêvé la plupart des émigrés.

Leur conception de la Patrie les a prédisposés à une iausse vision du devoir envers elle.

Ils se sont égarés, victimes d'une erreur d'optique. Gela ne les absout pas, ne les justifie pas, mais permet de les expliquer, et — si l'on veut rester éc|uitable — de leur trouver des excuses.

En août 1790, lorsque le vicomte de ^lirabeau arriva [)armi eux, leur nombre était loin de s'élever au chiffre ([u'il devait atteindre l'année suivante, et le plan d'une intervention militaire ne leur apparaissait encore que vaguement.

Disséminés dans les Pays-T3as, les principautés de la rive gauche du Rhin, le Palatinat, le Brisgau, le duché de AVurtemberg, le Margraviat de Bade, la Suisse et jusqu'en Piémont, ils attendaient, pour se concerter et s'organiser, le résultat des démarches tentées auprès des diffé-

rentes puissances par ^I. de Galonné, le chef de la diplomatie, le porte-paroles du comte d'Artois. Mais l'altitude de ces puissances ne répondait que très imparfaitement aux désirs dont M. de Galonné se faisait l'interprète remuant et infatué.

Au début, la Révolution avait eu un grand retentissement à l'étranger et y avait excité un réel enthousiasme, notamment dans certaines parties de l'Allemagne et de l'Italie.

Depuis, elle continuait d'être observée avec plus de curiosité que d'effroi par la majorité des cabinets étrangers. Bien qu'elle leur inspirât une défiance instinctive, les rois et les ministres dirigeants n'en saisissaient encore ni le caractère ni la portée.

Ils la regardaient comme une perturbation locale, sans extension probable à leurs propres États ; seulement ils estimaient que cette crise allait paralyser la France, qu'elle la rendrait, pour longtemps peut-être, incapable de toute action au dehors, et ils supputaient les changements qu'un fait aussi grave apporterait à la balance des forces ; ils s'inquiétaient des modifications à prévoir, des nouvelles parties à jouer sur l'échiquier européen. L'éclipsé de la France paraissait certaine : qu'aurait-on à y perdre, qu'aurait-on à y gagner ? Quelles précautions, quelles initiatives, quelles sûretés devait-on prendre en conséquence ?

Ces calculs, dénués de sentimentalité, étaient le thème des méditations ordinaires de la plupart des Gours. Mais les émigrés quittaient leur Patrie avec un tel bagage d'indignation et de chimériques espérances qu'ils ne pouvaient prévoir des dispositions aussi peu chevaleresques.

Le vicomte de Mirabeau fut un des premiers officiers qui abandonnèrent le solde la Patrie. Le 3 août 1790, au soir, il empruntait à une ancienne terre le pseudonyme de vicomte de Beaumont, et partait en poste pour la frontière des Pavs-Bas.

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D'Espinclial, un des favoris du prince de Condé, a prétendu qu'il emportait 3 ooo livres, puisées à la caisse de ^on régiment ; ce larcin n'est pas prouvé ; mais si sonportcicuille était dénué d'argent mal acquis, il ne renfermait assurément pas de congés en règle, soit de la part des auto- 1 ités militaires, soit de celle de l'Assemblée.

A peine sorti de Paris, le vicomte s'aperçoit que ses décorations avaient cessé d'orner ses habits ; les serviteurs ayant dû par précaution les enlever avant le départ. Aussitôt il renvoie son postillon les chercher, et on ne reprend la route que dans la matinée du lendemain ^

Pour ne pas attirer les regards, et dans la'crainte perpétuelle d'être reconnu à chaque relai, il feint de dormir au fond de sa chaise. Enfin, il arrive au Quesnoy, une de ses anciennes garnisons ; « sa hâte de quitter la France est si grande qu'il lance la voiture dans un mauvais chemin de traverse et se trouve en deux heures à l'abri de la curiosité et de la haine des patriotes ». Promptement les cocardes tricolores, passeport inévitable jusqu'à la frontière, sont arrachées du chapeau du postillon, et voilà notre député dans les Pays-Bas autrichiens. Mais là aussi les esprits sont en effervescence. Tout en gardant l'effroi des idées nouvelles de révolution et d'égalité, les sujets de l'empereur se révoltent contre leur souverain au sujet de leurs libertés nationales. Il existe un comité insurrectionnel, qui menace le nouveau réfugié d'arrestation et d'internement. En vain alTirme-t-il qu'il traverse seulement le pays pour aller prendre les eaux à Aix-la-Chapelle, il allait être enfermé, lorsqu'un des membres du comité s'aperçoit qu'il n'est pas marqué de la petite vérole. Ce n'est donc pas le célèbre et dangereux tribun, mais son frère, royaliste, catholique,

I. Nous puisons ces détails dans l'élude de M. Léonce Pingaud sur les dernières campagnes de Mirabeau Cadet, Revue de Paris du 1^1' décembre 1902.

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imbu de sages et traditionnels sentiments. La scène change aussitôt ; les compliments succèdent aux menaces, et cette fois, le vicomte, muni d'un laissez-passer bien en règle, reprend sa route avec sécurité.

A Saint-Trond, il éprouve encore quelques désagréments de la part du commandant de l'armée liégeoise. — C'était — raconte le vovageur, un ci-devant docteur en médecine, « qui tuera assurément moins de monde sous son nouveau costume que sous l'ancien ».

Les journaux jacobins de Paris apprennent bien vite le départ de leur fougueux ennemi, et la chronique de Paris du lo août rapporte c|ue M. de Riquetti est passé « chez l'étranger », avant l'échéance des lettres de change qu'il avait faites et qu'il était dans l'impossibilité de solder, que ses domestiques — restés sans un sou — ont fait main basse sur les brochures de sa composition et les ont vendues pour 5 louis, se trouvant dans la situation du valet de Don Juan lorsqu'à la scène finale du Festin de Pierre, il voit son maître atteint par le feu du ciel, et qu'il s'écrie si lamentablement « Mes gages ! » « Mes gages ! » Cependant le vicomte aussitôt arrivé à Aix-la-Chapelle le i5 août, songe à faire parvenir sa démission au président de l'Assemblée. « Je déclare et vous prie de déclarer que le premier « acte de liberté dont je jouis hors du royaume est de me « démettre du titre et des fonctions que les membres de la « noblesse du Limousin m'avaient fait l'honneur de me « confier, en me députant pour leur ordre aux États libres « et généraux du royaume. » Puis il ajoute une seconde lettre pour ses collègues qui est un acte d'accusation en rè2:le contre les asfissements de l'Assemblée, il fait remonter l'origine du mal à \ecker « le jongleur genevois, plus agioteur encore en morale et en politique qu'en finances ».

« Nous avions, dit-il, une Constitution consolidée par i3 siècles de gloire et de prospérité. J'adjure les rentiers d'ouvrir les yeux et de dire si l'on peut attendre autre

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chose que la banqueroute, la famine et la guerre civile de 83 républiques indépendantes, renfermant dans leur sein /j^ooo fourmilières de petites associations armées.

« Quelle caste de sauvages a vu la cabane de son chef violée, souillée du sang de ses gardes fidèles sans se présenter pour la défendre. C'est ce qu'a fait l'Assemblée le f) octobre.

(' L'auteur exprime ensuite le vœu que les gouvernements de l'Europe opposent à la ligue révolutionnaire une sage confédération, pour rétablir la paix générale et la prospé- 1 itc commune. C'est, dit-il en terminant, le vœu d'un vrai philosophe, d'un vrai citoyen, d'un vrai gentilhomme français. »

Le 26 août, un secrétaire donne lecture de ces deux écrits, mais le lendemain, le député Bouche demande que la discussion ne soit pas mentionnée au procès-verbal. Cet acte ofiiciel ne doit pas être souillé par les lettres d'un homme qui s'est avili en fuyant sa patrie, qui ne connaît ni ne respecte les décrets de l'Assemblée. M. Goupil ajoute : « Ce serait beaucoup trop honorer l'auteur d'expressions si indécentes et pleines d'incivisme. »

Une brochure humoristique parue à Paris signale le départ de Boniface et s'en réjouit à sa manière. Elle est intitulée « Mort subite, testament et enterrement du Très Haut et Très Puissant Hercule-Achille Riquetti, vicomte de Mirabeau. Généralissime du ban et l'arrière-ban de la noblesse française ; sonneur en chef de la cloche qui fut le signal de la Saint-Barthélémy, frelon ordinaire du pouvoir législatif. Conservateur honoraire delà féodalité, etc., etc. »

Suivent ces oraisons funèbres : Riquetti n'est plus. Adieu les bourdonnements du plus sonore gosier de laristocratie.

La France allait par lui se laisser (jonverner.

Il eût anéanti tous les vastes projets

Par une parodie ou par quelques couplets.

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Puis le récit de la mort et de renterrement du susdit, avec le texte de son testament.

Il lègue ses saillies et sa renommée à son frère, dont le sens commun lui a toujours paru un peu lourd. Sur son cercueil on mettra une couronne de vicomte, un tire-bouchon, sa bonne épée et ses éperons de chevalier. Quant au mausolée, il représentera le défunt descendant en terre avec le sang-froid qui lui était ordinaire au sortir de table, et on écrira :

Ci-gît le jeune Mirabeau

Qui de son vivant fut apôtre

Ah 1 qu'il est bien clans ce tombeau

Pour son repos et pour le nôtre.

Le vicomte ne dut pas séjourner fort longtemps à Aixla-Chapelle, sa présence n'y est guère signalée qu'autour du tapis vert : vraisemblablement il s'v occupa plus encore de jeu que de politique. ]\ous le retrouvons promptement à Bruxelles, où le comte de ?seuilly rapporte dans ses mémoires, qu'étant un soir au célèbre hôtel de la Charrue d'Or en compagnie de jeunes et fort gais militaires on se mit à chanter.

Le vicomte de Mirabeau improvisa sur le refrain d'une rieille chanson un couplet rempli d'esprit, de verve et surtout de gauloiserie.

C'est de Bruxelles également que le vicomte adressa à un éditeur parisien, Petit, rue Serpente, une réponse à un libellé intitulé : u Les Français à tous les peuples de 'l'Europe pour les inviter à suivre l'exemple de la France. «

Sous le titre de « Réflexions sur les déclamations des frères Prêcheurs de la propagande Jaco6/s/e et monarchiste, il trace le tableau de l'état dans lequel la Révolution a mis son pays. Malgré l'allure sérieuse et le caractère politique de l'opuscule qui excluent le style habituellement

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^ai de l'auteur ; on retrouve encore parfois une phrase piquante.

Il prétend, par exemple, que « l'Assemblée porte des principes, comme un pommier porte des pommes, mais <{ue l'arbre restera assurément un sauvageon ». Et il ajoute : « C'est en vain qu'il a plu aux représentants de la nation de décréter que naissent et meurent égaux, les fils de Turenne et de Cartouche, un Bourbon et un Barnave ! »

Il récapitule ainsi les éléments dont se compose actuellement le bonheur des Français : « Liberté entière n, hors celle de faire cjuatre lieues sans passeport et sans cire soupçonné, interrogé, visité, fouillé, souvent maltraité et retenu. Hors celle de disposer du produit de sa récolte, de le conserver, de faire en aucune manière le commerce, sous peine d'être massacré. — Liberté entière dans le culte. Chacun peut exercer la religion qui lui plaît, excepté celle dans laquelle il est né. Vous serez athée si vous voulez, n'importe, mais vous ne serez pas catholiques, apostoliques et romains. Li6er/é entière de prêcher la guerre civile et se moquer du roi, pourvu qu'on respecte M. Bailly et les Jacobins. Enfin liberté entière de faire tout ce cjue nos pères n'ont pas fait, pourvu que nous ne fassions rien de ce qu'ils ont fait.

La vie des Français à Bruxelles était alors douce et brillante. Cette période de début fut appelée « l'Émigration joyeuse ».

Presque tous étaient riches ou paraissaient l'être. Beaucoup confondaient l'exil avec un vovage d'agrément. On avait laissé sa fortune à son notaire, ou à Durvet, banquier de la Cour, ou à Finguerlin, banquier de Strasbourg, et on ne prenait c[u'une somme suffisante pour une promenade de courte durée ' .

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