‹ Le Vicomte de Mirabeau (Mirabeau-Tonneau) 1754-1792 --Chapitre 27 sur 47 · I. Histoire des émigrés de Forneron · texte numérisé non relu

I. Histoire des émigrés de Forneron

A la façon de Pàvarol, qui devait profiter des circonstances pour se débarrasser de sa femme et partir avec Nanette, des couples illégitimes se formaient ; quelques grandes dames entraînaient leurs amants.

Le duc de Duras avait amené la comédienne Charlotte, qui tenait un salon d'hommes d'esprit.

Les exilés gémissaient sur les maux de la patrie en donnant de grands cercles, de fins soupers, des bals somptueux.

Cependant, le comte d'Artois, avant de se rendre à Turin près de son beau-père, avait, sur le conseil de Calonne, manifesté le désir de recruter une armée d'aristocrates, afin de constituer à l'étranger un corps régulier, commandé par le prince de Condé.

Le marquis de la Queuille avait été chargé de faire appel à toutes les bonnes volontés.

L'année suivante, l'obligation de prêter serment à la Constitution détermina un grand nombre d'officiers à quitter leurs régiments ; mais dès l'été de 1790 l'émigration devint une mode et même un point d'honneur, les femmes envovaient des bonnets de nuit, des quenouilles, des poupées, aux indécis.

Naturellement le vicomte de Mirabeau se mit à la tête du mouvement militaire. Il fut le premier à lever une légion royaliste, dans laquelle vint se ranger une partie du régiment de Berwick irlandais, qui avait déjà quitté la France pour se rendre auprès des princes.

Cette troupe composée d'infanterie, de hussards et de hulans fut rapidement forte de 4 à 5 000 hommes et ne manqua jamais de recrues.

La cavalerie portait au shako une tête de mort blanche, large comme la main, avec deux os en croix, ce qui lui valut le surnom de « Hussards de la mort ».

La veste et la pelisse étaient noires avec brandebourg* blancs, la ceinture et le pantalon bleu de ciel ; les boutons

LE VICOMTE, GÉMÎR.VL \ l'aRMÉE DE CONDÉ 3o9

s'ornaient d'une fleur de lys en relief, avec celte fière devise « Honneur aux Preux ! »

Son chef, « une masse de chair animée d'un courage admirable, » avait une réputation de bravoure bien établie.

Le grand Mirabeau lui-même rendait hommage à ces instincts belliqueux, dont il se reconnaissait dépourvu : « J'ai été, disait-il, provoqué en duel une cinquantaine de fois, j'ai refusé tous les cartels et j'ai bien fait, car sur tant de chances que j'aurais courues, j'en aurais à coup sûr attrapé une mauvaise. Je ne me bats jamais, et si quelque adversaire a la rage de tirer l'épée, je lui conseille d'aller trouver mon frère. Il a plus de surface que moi et ne demande qu'à se battre. »

Sans trêve, pendant deux années, du mois de septembre 1790 au mois de septembre 1792, époque de sa mort, le nouveau commandant n'aura plus qu'une pensée, un objectif, une volonté ardente : organiser, tenir en haleine, mener au combat sa légion.

Grâce à une correspondance inédite^ écrite par le vicomte à quelques amis, et surtout à sa femme, nous pouvons suivre presque jour par jour le labeur physique de son existence errante, de même que les étapes successives, où son esprit s'enivrait d'illusions et d'ardeur, puis se trouvait ensuite en proie à l'amertume, à la colère, au découragement.

Sans cesse en relation avec les princes allemands, il cherche leur bienveillance, leur appui matériel et moral : « Je ne perds pas, disait-il, une occasion de chauffer mes indolents germains. »

Il se rend auprès des princes à Turin, à Worms, à Goblentz surtout, où par cinq fois il va exciter le zèle de ses chefs et demander des ordres et de l'argent.

I. L'auteur s'était rendu acquéreur de cette correspondance inédite, trouvée en Allemagne par MM. Gliaravey frères.

Chassé par les Bàlois, paiTévéque de Spire, par le prince de Hohenlolie, par le cardinal de Rohan, par toutes les populations enfin au milieu desquelles il établit ses quartiers, il fixe le plus souvent sa résidence à Ettenheim sur la grand'route d'Ofîenbourg à Fribourg. De là, il rayonne le long du Rhin, dans toute la forêt Noire, envoie sa femme en ambassade et se débat sans cesse dans le vide, faute de subsides et de direction.

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