‹ Le Vicomte de Mirabeau (Mirabeau-Tonneau) 1754-1792 --Chapitre 6 sur 47 · I. Le comte d'Allonville, Mémoires secrets, I · texte numérisé non relu

I. Le comte d'Allonville, Mémoires secrets, I

LE VICOMTE DE MIRABEAU DÉPUTÉ qS

Oïl se regarde sans ])rofércr une parole, et, de concert avetla minorité du clergé, l'on s'achemine vers la salle des représentants. Le vicomte de Mirabeau se trouvait alors Ires embarrassé, son serment l'attachait à son siège. Heureusement pour lui, le président, de l'aveu de la Chambre, le délia de ce serment indiscret et il se mit en marche avec les autres. »

Amené ainsi à prendre place dans l'Assemblée nationale,, le vicomte eut à cœur de prouver qu'il y entrait du moins sans amener son pavillon. Il alla siéger à l'extrême droite, au delà de Maurv, au delà de Cazalès, à côté de d'Eprémesnil et du marquis de Foucault. Ceux qui le connaissaient avant les Etats Généraux s'étonnaient de lui voir une attitude aussi intransigeante. On se demandait com- -ment ce gai convive, ce gros garçon de bonne humeur avait pu s'enflammer tellement pour la politique. Les curieux en cherchaient le motif, et. les mauvaises langues prétendaient que le rôle éclatant de Mirabeau dans le parti populaire n'était point étranger à la fougue apportée par Boni face dans les rangs du parti opposé. Un écrit satirique ^ où le célèbre tribun est désigné sous le pseudonyme d'Iramba et son frère sous celui de Bambinelli, se fit l'écho de cette rumeur assez prétendue : « De lui-même, y disaiton du vicomte, Bambinelli n'eût jamais pensé à faire valoir quelquefois ses opinions : mais il avait la gloire d'uiï père à soutenir et la réputation d'un frère à balancer. II n'a pas réfléchi que la nature avait agi comme la société, qui partage bien ditTéremment les cadets et les aines... Il met avant tout ses titres et son épée. Noble il naquit, noble il veut être. Il renoncera à ses pensions, il volera aux combats, mais qu'on ne lui parle pas d'égalité. Si Iramba eut été aristocrate, peut-être Bambinelli eut été plus trai-

I. Galerie des Etats Généraux par Laclos, le marquis de Luchet, etc., 1789.

table sur l'article de la liberté. » L'explication est niédioirement flatteuse; elle pourrait bien être judicieusement observée. Boniface partageait à sa manière cet appétit de renommée, si impérieux chez Mirabeau et si aiguisé déjà chez le marquis. Trop dissipé, trop dépourvu de sérieux pour cju'en lui l'ambition fût toujours active et suivie, il n'en avait sans doute que des boufl'ées, mais des boudées rrécjuentes et faciles à provoquer. Sa persuasion intime, puisée dans les enseignements paternels, était que tous les Riquetti devaient à leur nom de faire parler d'eux en ce monde. x\vec de pareilles dispositions d'esprit, une cer taine jalousie du vicomte à l'égard de son frère aîné, une certaine révolte de sa part contre cette réputation absorbante, l'envie d'attirer, lui aussi, les regards du public, l'espoir d'y réussir par un contraste d'opinions manifesté à grand fracas, n'ont rien assurément d'improbable. Avouons même C£ue les faits concourent à rendre plausible la version des médisants.

Tandis que Mirabeau recevait en Provence les ovations du tiers état, Boniface recherchait en Limousin les suffrages de la noblesse. x\ussitôt que le premier eût pris à A ersailles la tète du mouvement, le second préconisa la résistance absolue. Il est diflicile de ne pas soupçonner une rivalité plus ou moins consciente sous cette divergence initiale si empressée de s'affirmer. L'injustice et l'erreur seraient seulement d'en conclure cjue le vicomte n'ait pu dans la suite se passionner de bonne foi pour son drapeau. Il y a bien des façons d'appartenir à un parti. Les uns — c'est le plus petit nombre — y sont entrés et y demeurent en vertu de principes raisonnes ; d'autres s'y lancent par calcul ; d'autres s'y attachent par tradition domestique ou par affinité instinctive. On en trouve qui s'y jettent à l'étourdie, sous l'empire d'une vanité frivole ou d'une impression passagère, et qui ne s'en montrent pas moins des plus dévoués, des plus militants, des plus audacieux.

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llomiiies tic Icmpéranieul vl de coiiibal, Ils oublient dans la lutte le mobile priniilil" auquel ils ont obéi ; ils s'iniauiuciit sincèrement avoir au cœur l'amour inné de la cause (ju'ils soutiennent ; la chaleur du sang produit en eux les mêmes eilets que la ferveur des convictions. Tel fut, selon les apparences, le cas du vicomte de Mirabeau. Aous le verrons porter jusqu'au bout avec intrépidité la cocarde, <(u'il avait peut-être arborée par simple dépit et par bravade.

Un pénible devoir l'empêcha d'être mêlé aux agitations de l'Assemblée qui suivirent l'exil de Necker, le soulèvement de Paris, la prise de la Bastille, la nouvelle capitulation de la Cour et le retour triomphal du ministre ojénevois.

Le marquis était mort le 1 1 juillet, au moment où se réalisait cette maxime prophétique tombée de sa plume longtemps auparavant : « L'équité peut imaginer des révolutions, mais c'est la passion qui les exécute. » D'après ses dernières volontés, il fut enterré par les soins de son second lils au couvent des Bénédictines d'Argenteuil dans un caveau disposé pour recevoir aussi le corps de sa mère qu'il avait perdue en 1769 et dont l'inhumation s'était faite alors à Saint-Sulpice. L'écroulement de sa fortune, sensible depuis des années et manifeste surtout depuis la vente du Bignon, ne permettait guère d'illusions à son légataire universel. Boniface accepta la succession sous bénéfice d'inventaire. 11 ne devait pas voir la fin de la liquidation qui suivit et que les événements achevèrent de rendre désastreuse ; mais, dès les premiers règlements de comptes, il put soupçonner des restitutions à faire au lieu d'un héritage à recueillir. Un état dressé chez M« Demautort le constituait reliquataire envers la succession de 28 383 livres employées en débours et avances de fonds à son bénéfice ' . Bien qu'habitué au rôle de débiteur, le

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