‹ Le vicomte de Vormeuil [pseud.]: ou, Confidences d'un lieutenant général àChapitre 18 sur 32 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Le duc cPEDghien fusillé. — Conspirations. — Greorges. » Napoléon encreur. — Marquis d'Ambert. — Bernadotte. —Visite à Fouché. — Enlèvement des 400,000 livres.

Nous étions entrés dans Tannée 1804, féconde en grands événements qui semblèrent établir à jamais la toute -puissance de Napoléon Bonaparte. Le commencement de cette année, le mois de mars, fut marqué par un crime qui entachera à jamais la mémoire d'un homme resté grand dans l'histoire, malgré les fautes qu'il a commises et qui l'ont perdu ; je veux parler de l'arrestation et de la mort de l'infortuné duc d'Enghien. De quelque voile dMndulgence ou de neceiêité que les amis de Tex-empereur veuillent couvrir ce crime inutile, la postérité n'en lavera pas la mémoire de celui qui l'a ordonné. Je vous prouverai plus tard, dans la suite de mon récij, que les raisons alléguées pour couvrir ce meurtresont de toute fausseté. Tout l'univers sait que le brave et loyal duc d'Enghien fut arrêté sur un territoire neutre, à Etteinhem, où il vivait tranquillement, entouré seulement de quelques serviteurs dévoués; que, conduit à Strasbourg, on le dirigea en toute hâte sur Yincennes ; qu'un simulacre de jugement par un conseil de guerre eut lieu \ que l'infortuné

priuce n*eut pas même de défen&eur ; qu'enfin, condamné à luopt ftan& avoir pu parler à Napoléon, comme il FavaU deuiandé, il fut fusillé dans les fossés de Tincennes, et qu'en lui s éteignit une race de héros....

A la nouvelle de cet attentat commis, de cette violation du droit des gens, j'ose le dire, de ce crime exécrable, la société française entière prit le deuil, malgré la police la plus ombrageuse* Les cours étrangères suivirent toutes le même exemple. Un jeune auteur déjà célèbre, M. le vicomte de Chateaubriand, eut le noble courage d'envoyer sa démission d'un emploi occupé par lui dans la diplomatie, dès qu'il apprit la consommation du crime. Enfin, l'histoire dira que l'impératrice Joséphine fit les plus nobles efforts pour Tempêcher de s'accomplir, et que même les frères de Napoléon le désapprouvèrent hautement.

Quelques jours après périt le général JPichegru', qui, par ses victoires mémorables, contribua tant à l'établissement, ou plutôt à la consolidation de la République française. Effrayé des crimes dé la Terreur , du supplice de tant d'honnêtes victimes, il s'était fait, dans ce cœur honnête, un changement total de principes. Désormais convaincu que la France ne pouvait prospérer, rester

grande et heureuse que sous un gouvernement monarchique, celui qu'il préférait devait être * celui de ses anciens rois. Il est hors de doute que cet habile général était revenu de son exil avec l'intention positive de travailler au retour de Louis XVIII, et conséquemment de renverser Bonaparte ; mais il y a loin de là au projet d'as-sassinat qu^on lui supposait, et dont il fut odieusement accusé. Arrêté et conduit au Temple, son procès allait

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s'instruire ; on croyait qu'il serait déclaré coupable et condamné à être fusillé; mais tout à coup on ap« prit qu'il était déterminé à parler, à dévoiler peut^-étre des mystères qu'on voulait voir ensevelis dans l'ombre ^ on sembla même redouter des manifestations en sa hveur, parties de &es anciens compagnons de gloire, et le 4 avril on trouva le malheureux général Pichegru étranglé dans sa prison Aussitôt tous les organes du pouvoir s'empressèrent de proclamer qu'il s'était volontairement suicidé pour échapper à la mort. Personne ne crut au suicide du brave Pichegru ; on assura qu'il avait été étranglé pour l'empêcher de parler.

Un autre général habile, Moreau , le vainqueur de Hohenlinden , celui qui sauva, en Italie, l'armée française, avait été également compromis dans l'affaire de Pichegru , mais pas au même degré ; cependant , il fut arrêté» jugé, et condamné à deux années de prison. On avait craint un moment une condamnation plus forte; elle aurait probablement eu lieu , si l'opinion publique ne se fût pas indignée à l'idée de voir un homme comme Moreau subir la peine capitale. Le gouvernement n'osa braver la voix de la France, ni les souvenirs vibrants des anciens frères d'armes d'un héros. Il se trouva heureux de faciliter son départ pour les États-Unis d'Amérique. Ce parti mettait fin à des clameurs devenues générales. Si Moreau avait eu plus de fermeté de caractère* plus d'ambition , plus d'adresse ; s'il avait voulu employer tous ses moyens, sa grande influence, il est très-présuroable qu'il fût parvenu à renverser la puissance encore peu affermie de Napoléon.

Enfin , une dernière exécution fut celle de Tintrépide Gfiorges GadoudaU le 14 juin. Les hietorieng du temps l'ont repréâenté comme un assassin qui avait conspiré contre la vie de Napoléon. Cette accusation est complètement fausse. Georges, chef vendéen, intrépide et loyal , conspira, il est vrai» mais à visage découvert, mais en militaire. S'il avait voulu assassiner le premier Consul, il y fât aisément parvenu ; son projet était de l'attaquer ouvertement , avec une troupe de royalistes dévoués, avec une troupe égale en nombre à celle qui escortait Napo* léon quand il sortait de Paris* Un combat devait décider de quel côté serait restée la Victoire. Georgea, vainqueur, enlevait le premier consul , le retenait prisonnier dans la Vendée, prête à «e soulever de nouveau , ou Tenvcpit en Angleterre. S'il succombait dane la lutte, il savait le sort qui l^attendait> ^t son grand cœur y était préparé d'avance. Yoilà l'histoire^ en deux mots, de l'intrépide Geti^es Gadoudal , que la postérité ne rangera jamais parmi les assassins. Il mourut avec un gruod courage, comme il avait vécu.

On aurait donc tort de ranger ce qu'on appelait les conspirations de Pichegru. de Mot^u et de Georges dans la même classe que celle de la machine infernale de ia rue Saint-Niçaise, qui ftiilht coûter la vie à Napoléon. Cette basse tentative fut généralement attribuée au parti jacolÂHf et je crois qu'éiie venait de lui. Plustarrâ, q<iaiid on ve«lut attirer i soi les ^ «emplaisants raciens répu<^ blicapus, r^lfttire de la machine infernale devînt l'ioeuvre d«8 Doyalittisis , et on s'év«ri»ia à tafiter de le prouve^. Tous les gens sensés, en France, restèrent eonvaqaci»

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un sénat eussent été établis pour modérer et régler le pouvoir impérial. Ces deux corps dans I^État, comblés de biens et d'honneurs , étaient devenus simplement des chambres d'enregistrement des décrets impériaux qu'elles s'empressaient de convertir en lois.

Entre les condamnations de Pichegru et de Georges et le sacre de Napoléon, j'étais parvenu à obtenir ma radiation définitive de la liste des émigrés. Mon ancien et digne ami le général Kellermann contribua beaucoup par son zèle à aplanir toutes les difficultés, car on m*en fit de très-grandes à cause de mon ancien rang d'officier général. Ce digne homme porta la bonté jusqu'à répondre de moi. J'allais le voir souvent, et nous causions toujours avec plaisir de notre temps passé. Je lui avais dit avoir beaucoup connu autrefois le marquis d'Ambert, colonel du régiment de la Marine, si malheureusement fusillé comme émigré dans la plaine de Grenelle, du temps du Directoire, et que j'ignorais la cause de cette exécution si tardive , car je croyais qu'il avait été un des derniers émigrés rentrés paisiblement qui furent con* damnés à mort. Aussitôt le général me dit : o Venez me voir demain, je vous ferai déjeuner avec un de mes amis, une de vos anciennes connaissances ; vous apprendrez de sa bouche tous ces détails. » Je ne manquai pas le lendemain de me rendre à l'invitation de Kellermann. Mais quel fut mon étonnement quand j'arrivai chez lui de me trouver en face de Bernadotte, que j'avais connu intimement quand il était adjudant-major dans le régiment de mon ami le marquis d'Ambert ! Sans cesse le marquis me l'envoyait à , où ses deux régiments étaient en gar-

nison. Il me répétait souvent: « Avec M. Bernadette, je viens à bout de tout ; j'ai rarement vu autant de zèle, d'intelligence; aussi lui suis-je très-attaché. » Ce jeune et vaillant sous-officier avait fait un rapide chemin en treize années de temps ; il était devenu déjà un des généraux distingués de Tarrnée, et il devait encore sous peu monter bien plus haut.

Gomme j'étais un peu engraissé, Bernadette ne me reconnut pas d'abord ; alors KcUermann s'empressa de lui dire: c< Général, regardez bien monsieur, et ditesmoi si vous vous souvenez de lui ? » Mon ancien sousofficier m'envisage avec attention et s'écrie : « Ah ! c'est monsieur le vicomte de Yormeuil! j'en suis certain. » Aussitôt il vient à moi et m'embrasse affectueusement. Je témoignai à Kellermann le plaisir qu'il m'avait fait en me mettant à même de renouer connaissance avec Bernadette que j'avais toujours beaucoup aimé. Nous déjeunâmes en vrais amis qui se retrouvent après une longue absence ; nous ne pouvions nous lasser de discourir sur les temps passés. Le général Bernadette, toujours bon, gai et aimable, me parla de son prodigieux avancement, de ses opinions républicaines très-avancées, qu'il avait abandonnées depuis longtemps. La conversation ne tarda pas à se porter sur son ancien colonel, le tnarquis d'Ambert, dont il avait pleuré la mort après avoir tenté de l'empêcher. Comme il savait l'attachement sincère que j'avais pour le pauvre marquis, je ne craignis pas de le prier de me donner des détails sur sa fin et sur les moyens qu'il crut devoir employer pour le sauver, car je les ignorais complètement. Alors je sus de Bernadotte

que M. d'Aoïbert, eaouyé de rémigration» «'était hasardé de rentrer en France* à la fin d^ 1798, muni de ce qu'il croyait iètr^ un sanf-conduit. Il étpit re^té as^z tranquille quand arriva un moment da racrudescence révolution^ naire. Unmiaérable le dénonça, «tilfut arrêté avocnnda «e3 ami«qui se trouvait dans la même position qua lut. Bernadotte, informé de cette arrestation , ae transporta sur-le-champ eke% un des membres du Dir^(^toiro pour obtenir Télargissement de son ancien colonel, et sa dé^ portation à Tétranger^ a Si j'ai eu» lui dit^U le bonheur de rendre quelques ^services à la EépubUque» je demande pour unique récompense rélarg^seement de mon ancien colonel . » Le membre du |>irectoi|re se ^lontra înQeiibleî il déclara que le mous^nt était arrivé 4e aévir çoptre lei royalistea, les tigrés qui retevaient audjacie^^sement la tête; que 4u reste la Justice prononcerait, et que ai le citoyen d'Ambert pouvait ee justifier il sortiraî^ 4e prjaen^ Le procèa allait u'in^mvf ; le général Bemadotie |e suivait). On l'informa que le lendemain» è le poiijite 4u jour, deux gendarmes devaient prendre d^ne iine voi«ture |A. d'Ambert et jsum compagnon pour lee ^n^uir^ devant )e conseil de guerre; son plan futausjHtèt fermée Les j$eodai*mes arrifent^ font monter les deu;i^ prisw-^ niers dana nn fiacre^ «e placent sur le devant et donnent le direcijon vers k fîaUe au «cocher» sfM^ant qu'île fmcontr^rei#At beaucoup i}e çherrett^ et ujee grande f^ule. Teut à coup ils font arrêter, descendent, if^^i m ee*^ efaer 4e lee attendre ^t laissent U le^re prisonniers* {#es derniers s^nt surprie 4<^4^rMe lei^Ff g^rdi^iis; puis

1# imm 4» ***. ê'êém^mi à M- é^Amlmt i» 4M-f ^w

Tdil& séulg, c'est un coup de là ProtideiKîe t croyeMnoi, OUTrons la portière et sauvons-nous, o Le malheureux marquis d'Ambert réplique : <y Mon cher baron ^ tous n'avez pas comme moi un sau&conduit, ainsi vous d^ves vous échapper Muni d'une pièce qu'ils ne pourront recenser» je veux être jugé et solennellement acquitté. «^ Au nom de Dieul mon cher marquis, ne vous y fiez pas, dites comme moi et décampons. — Non, non, je reste, je ne crains rien; quant à vous, partez vite. ««^ Vous le voulez, adieu ; puisse le ciel vdus protéger! » Cela dit, le baron duvrit la portière et sauta dans la rue. Au bout de dix minutes, les gendarmes revinrent, et parurent cons^ternes en voyant le marquis eneore dans le fiacre $ il leur dit avec bonté : « Gondoisez^moi, je ne crains rien. » Hétasl son espoir n^ se réalisa pas. Malgré s^n prétendu Sauf-conduit, }1 fut reconnu comme émigré rentré, ayant porté les armes contre la République, eondamni à mort, et fu$illé dans les vingt-quatre heures à la plaine de 6re« nélle. C'est le général Bernadette qui était parvenu k gagner les deux gendannes. On le vit longtemps incon« sdable de la mort 4e soi^ ancien coi<mel.

Après ee récit q«iî refteuvela nos douleurs, eemme je me trtmvÀis eii coâfiàt^ce eu fntlteu de oes aneieDs amis, je leur parlai de la fatale exéûUtioâ du duc dlEnghien.

Je tenir dis avec chaleur 4)n'attGnii hdmme hennéte en

France, quelle que téï wm epiiiio|i, tie eroiraît jamais que M. le dite d'En^ien, si noUe, si ehevjileresqtte, eût trempé d^ns uto complot dirigé contre la vie 4vi premier Consul. <x Le due d'Enghien mis au rSng énfi assassins I m'Cèriéi^e, ê'el^t im^èêsibië; le ^éiNiral BMèpiBa4e né te

croît pas lui-même ! » Je combattis devant eux et franchement rindigne raison donnée pour excuser ce crime: c( Les Bourbons ayant depuis longtemps payé des assassins pour attenter aux jours du premier Consul, il était juste qu'il s'emparât, par voie de représailles, de celui qui se trouvait sous sa main ; car il aurait été absurde de recevoir les coups sans les rendre.» — « Pouvez-vous, messieurs, disais-je à mes amis, vous, deux généraux célèbres, croire que Louis ^YllI, ses frères et les princes de la famille royale aient réellement payé des séïdes pour assassiner le général Bonaparte? Us aimeraient mieux, je vous le certifie, vivre à jamais dans Tcxil, plutôt que d'employer des moyens aussi infâmes. Ce sont des calomnies forgées par des jacobins, et crues malheureusement par le premier Consul, qui l'ont porté à commettre ce que j'appellerai un crime. » Je prononçai ces dernières paroles avec une vivacité qui ne déplut pas à mes amis. Tous les deux m'avouèrent franchement qu'ils partageaient mon opinion, et déploraient cette barbare et inutile exécution. Vous avez vu comme moi, il n'y a pas six mois, l'ancien préfet de police, le comte Dubois; vous savez qu'il nous a affirmé que la famille royale n'avait jamais trempé dans les tentatives d'assassinat faites contre la vie de l'ex-empereur. Il regardait tous les bruits de cette nature, répandus en 1804, comme des calomnies enfantées pour empêcher le premier Consul de jamais songer aux Bourbons dès qu*il aurait fait périr le duc d'Enghien. Qu'on se souvienne de ces mots prêtés àM. deTalleyrand: «C'est plus qu'un crime, c'est une faute* » Malgré la grande gloire acquise par Napoléon,

cette mort de Tinfortuné duc d'Enghien, cette mort si inutile, sera une tache éternelle imprimée à sa mémoire. Depuis ma radiation définitive de la liste des émigrés ma surveillance était devenue plus douce ; je pouvais aller à Paris et en revenir sans être constamment surveillé. La police, en un mot, semblait m'uvoir à peu près oublié. Je pensais souvent à l'argent que votre mère et moi avions caché dans le parc de notre château ; mais le moment de songer à le reprendre n'était point encore venu. Plus tranquille enfin, je me déterminai à revoir mon ancienne propriété ; je voulais savoir si le nouvel acquéreur serait disposé à traiter avec moi de l'achat du château et du parc, acquis par lui à très-bon marché. Ils avaient été vendus tard, dans un moment où les assignats subissaient une dépréciation énorme. Cet homme fort cupide, très-révolutionnaire, mais étranger au pays, avait par hasard été conduit sur les lieux ; le site lui paraissant très-agréable, il résolut de se présenter comme acquéreur. En conséquence, il se transporta à Paris , changea 15,000 francs en argent contre 150,000 francs en assignats, et obtint pour ce prix ce qui valait au moins 300,000 francs en 1790. Le reste de la terre avait été acheté par plus de trente individus du pays aux prix les plus modiques. Enfin j'arrivai chez ce nouveau possesseur, me nommai, et lui fis connaître mon^désir de m*entendre avec lui s'il voulait me vendre cette portion de mon ancienne propriété. Il me reçut assez poliment tout en affectant avec moi un ton d'égalité. Il commença par me dire que les propriétés avaient acquis une grande valeur depuis plusieurs années ; qu'il tenait sin-

guliàrement au parc et au chftteau tràs-embellia par lui i mais que ai je Toulais lai en donner 300»000 franc» comptant, il ae déciderait peut-être à me les vendre. Je me récriai aur le prix extraTagant qu'il me demandait ; je lui prouvai savoir parfaitement à combien ces deux objets lui revenaient ; et^ pour vite en finir» je lui oflris 100,000 francs cçmptant, car j'étais assuré de les trou* ver où je les avais déposés. Il rejeta mon offre avec une espèce de dédain, persuadé sûrement que je reviendrais plus tard le trouver* Je pris donc congé de lui bien dé« terminé à ne plus le revoir.

Je ne savais comment m'y prendre pour ravoir ce que je pouvais appeler mon trésor, après mon retour de rémigration. J'en causais avec madame de Yormeuil, et nous ne trouvions pas de moyen capable de nous fixer^ quand un de mes anciens amis vint me voir« Plein de confiance en lui, je lui fis part de mon anxiété/ du motif qui me préoccupait vivement. « Vous êtes bien bon de tant vous tourmenter, me dit-il. Je vais vous indiquer une voie sûre : allez trouver Fondié, le ministre de la police, ouvrez-vou0 Crancbement à lui, et il vous donnera de bons conseils. De farouche républicain, il est devenu homme d'ordre et même assez numarchique^ Je Tai connu quand il était oratorien, je le vois quelquefois ; et» si vous le voulez, je le préparerai i votre confi* dence. )» Quelques jeurs après, cet ami me fit dire que je pouvais sans crainte demander une audience* J'écrivis donc sur-le-champ au ministre, -qui me répondit qu'il serait charmé de me reeeVeir k lendemain à huit heures du matin.

H (ùB exact, j'étaid i^èndu au tûoitiistèré à VhtikTt indt<quéé. Aussitôt qu'on m'eut annoncé, Fouchë vint audêtant de moi, me fit passer dans son çabiiiet, asseoir à C6té de lui, et ine dit : « Je sais, tnonsieur, ce qui vous

amène; M m'a raconté votre affaire. Vous venci

me consulter ^ rnais^ avant de vous répondre, eîcpliquezmoi bien tout ce que je désire savoir, j'entends par là ce que vous voudriez faire* » Après lui avoir raconté qu'au moment de mon émigration j'avais caché, par précaution pour l'avenir, 100,000 livres en or dans mon parc, je m'étais présenté, à mon retour en France, che2 l'acquéreur de ma propriété et lui avais proposé de la racheter, mais qu'ayant appris de sa bouche même le prix exorbitant qu'il y mettait , j'avais dû abandonner mon idée d'ftchaf. Je ne lui laissai pas ignorer à quel modique prix cet homme s'en était rendu l'acquéreur. FoUché m'écouta avec attention, puis me demanda si je reconnaîtrais parfaitement le lieu ; s'il était situé à une certaine distance du château ^ enfin si je pensais que l'enlèvement de la somme pourrait se faire sans éveiller les 80!]rpCon6 du propriétaire. Sur ma réponse très-affirmative, il s'exprima ainsi : <« Votre ancienne terre n'est

qu'à deui lieues de , où un régiment de cavalerie

tient garnison. Allefc trouver le colonel, confiez-lui votre secret, c'est un homme d'honneur ; il vous don*nfètik quatre cavaliers munis de pioches, et, la nuit, sans bruit, vous enlèverefe ce qui vous appartient réellement ; car le ^iM3b, qui avec 15,000 francs a acheté ce qui en vaut plus de^NM),O00, n'a oerlainemenUucun droit à vos iOO^OOO livres i Je vous recommande seulement d'agir

ayec le plus grand mystère, car je ne puis vous autoriser à pratiquer cet enlèvement sur le terrain d'autrui. Je me borne à vous dire que si. par malheur, il y avait découverte, plainte portée, je tâcherais quMI n'y soit pas donné suite. Allez donc, et soyez prudent. Vous aurez soin de me rendre compte du succès ou du non- succès de Tentreprise. »

Après cette conversation, je n*hésitai pas sur le moyen.

Je partis pour J'eus une entrevue avec le colonel, et

lui racontai ce que m'avait dit le ministre. Ce brave militaire ne me lit pas attendre longtemps sa réponse. « C'est votre bien, monsieur, que vous voulez reprendre, c'est tout naturel ; et je vous seconderai de tout mon pouvoir. Quand voudriez-vous agir ?

— Mais sur-le-champ, monsieur le colonel ; dès demain ^ si cela est possible.

— Oui, ce sera possible; revenez me trouver demain, tout sera arrangé pour partir à une heure du matin.

Je retournai chez le colonel, et j'appris qu'il avait mis à ma disposition un maréchal des logis de son régiment et quatre hommes sûrs, qui seraient munis de pioches et de pelles. Un bon cheval m'était aussi destiné. Nous partîmes tous les cinq à une heure du matin. On avait eu soin d'entourer les pieds des chevaux d'un feutre épais pour éviter le bruit. Nous traversâmes la ville au petit pas. Une fois dehors, nous primes le trot. En moins d'une heure, par un beau clair de lune, nous longeâmes les murs du parc. Quand je me crus en face des deux roches je fis arrêter. Un des cavaliers garda les chevaux, et tous les quatre à la fois nous finies bientôt

une brèche suffisante pour nous introduire dans le parc. Après avoir fait environ deux cent cinquante pas dans une coulée j'aperçus ies deux roches. Je mesurai la distance, me plaçai au milieu, et nous fouillâmes le sol avec ardeur. Les 100,000 livres avaient été mises à trois pieds de profondeur: Nous y étions arrivés que, ne trouvant rien, l'inquiétude commença à me gagner. Cependant nous persévérâmes, et, après avoir creusé un demipied de plus, un coup de pioche résonna sur la malle. Le poids l'avait fait descendre un peu plus bas. Dans quelques minutes elle fut enlevée, brisée, et je vis mes quatre sacs qui contenaient 100,000 livres en or. Un des cavaliers muni d'une forte sacoche les y versa, l'assujettit avec des liens, et nous regagnâmes le grand chemin sans nous inquiéter des débris de la malle et de la brèche faite au mur du parc. Le maréchal des logis mit derrière son cheval mon précieux trésor, et nous étions de retour avant quatre heures du matin sans avoir donné réveil à personne. Je gratifiai mes quatre cavaliers de 60 louis qu'ils partagèrent entre eux, et je fis un excellent diner avec le colonel qui rit beaucoup d'avance du mécompte qu'allait éprouver l'acquéreur de mon bien quand il s'apercevrait qu'une proie considérable lui était échappée. Je reçus huit jours après une lettre du colonel; il me mandait que la malle brisée, le trou visible et la brèche faite au mur avaient frappé le lendemain les yeux de l'avare propriétaire; qu'il avait crié partout qu'on l'avait volé, et que, comme il ne pouvait prouver son assertion , chacun s'était moqué de lui , car il était détesté dans le pays. Dès mon arrivée à Paris, je rendis

— les -

compte 8tt ministre de la réussite de l'expédition. Il ea parut ebarmé et en rit beaucoup. Aucune plainte ne fut portée faute de preuves; mais j'ai su qiiemon acquéreur» désolé et confus* m'avait toujours eru Tauteur de Tenlé** Toment. Son marché avait été asses bon pour lui laisser le soin de réparer la brèche faite à son parc. Avec la somme que je venais de recouvrer si heureusement, je pus acheter une jolie petite maison de campagnef où vous m'avez vu passer souvent une partie de l'été et de rau-* tomne. Son produit était d'environ 4,S00 francs par an; ainsi, outre l'agrément des lieux, j'avais foit un assez bon placement.

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