‹ Le vicomte de Vormeuil [pseud.]: ou, Confidences d'un lieutenant général àChapitre 19 sur 32 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

de BoQtogtee» -^ Gftai|^«SB«s éè làfô^ 4iû6^ 1g07. <« La m»^ récb«l KeHenoaim et le prince de Pont^orvo. -^ Sspiiae. -» Campagne de 4809. ^ Mariage de I*(apoiéon avec Marie-Louiae. — - Le marqàis*de B — La police.

La réputation militaire de Napdéon allait encore grandir. Depuis la rupture de la paix d'Amiens^ il menaçait l'Angleterre d'une descente. Une armée nombreuse étail assemblée à Boulogne, Des évolutions continuelles sur mer, des constructions d'une immense quantité de bar teaux plats y annonçaient pn désir sérieux d'épouvanter le cabinet anglais, alors seul en guerre avec k France* Si la cour de Saint-James n'était pas, ou plutôt ne paraissait pas alarmée des desseins du nouvel empereur, il est certain du moins qu'elle se préparait à repousser l'invasion si on la tentait. Tous les vaisseaux disponibles furent réparés et équipés. Des corps de volontaires se formèrent spontanément d'un bout de rAngleterre i l'autre. M. Pitt lui-même devint colonel d'un régiment de milice.

Enfin p à cette époque» l'Europe entière crut qu'il se préparait un grand coup contre la puissance britannique. Des écrits parurent pour prouver la possibilité d'une des* cente et son succès. L'Angleterre n'avait pas de places d'une grande force; de Douvree à Londres le pafs

n^oRrait pas de difficultés à surmonter. Cinquante ou soixante mille hommes déterminés pouvaient marcher sur Londres, s'en emparer, ou du moins la piller sans qu'ils fussent arrêtés par des milices non aguerries. Alors une paix forcée, honteuse pour la Grande-Bretagne et glorieuse pour la France, devait s'ensuivre et être au moins durable. On supposait aussi que l'Irlande, à la vue de ces désastres, l'Irlande gémissant sous le joug des Anglais, profiterait de cette heureuse circonstance pour se révolter. Quelques frégates s'échappant et jetant cinq à six mille hommes en Irlande, tandis que la grande expédition aurait lieu, suffiraient pour séparer a jamais ce malheureux royaume de la mère-patrie. Il est certain qu'à la fin de Tannée 4804 et au commencement de 4805 on se berçait, en France, de ces chimères.

Si, au fond, l'Angleterre s'était pas effrayée de ces préparatifs de la France pour Tenvahir, M. Pitt, ennemi juré de la République et du nouvel empire, résolut de diriger l'attention de Napoléon d'un autre côté. Il agit avec tant d'activité , prodiguant l'or et les promesses , qu'il décida l'Autriche et la Russie à se liguer contre la France. Il manœuvra avec tant de célérité et de mystère que l'alliance fut bientôt conclue. L'armée française était encore campée près de Boulogne, rêvant sa descente, quand la guerre déclarée, la Bavière envahie, mit les Autrichiens en possession d'Ulm ; ils marchaient avec une grande exaltation vers le Rhin, croyant le franchir avant qu'une armée française un peu forte pût s'y opposer. Napoléon ne s'épouvante pas de ce contre-temps qui dérange ses projets ; il quitte Boulogne à marches forcées

à la tète de ses troupes en teur promettant la victoire ; arrive sur le Rhin, le traverse, fond sur Ulm, position très-forte qu'il enlève» et fait plus de vingt mille prisonniers^ tous Autrichiens, commandés par le général Mack, ce fameux colonel tacticien qu*on nous vantait tant en 1793 et 1794. Surpris > éperdu, n'ayant fait aucune disposition savante, il tomba lui-même entre les mains du vainqueur. Quelques débris de son corps d'armée perlèrent l'épouvante Jusqu'à Vienne. Les troupes russes accélèrent leur marche pour secourir les Autrichienjs. Napoléon continue d'avancer, reprend la Bavière, et se trouve enfin en présence d'une armée formidable de Russes et d'Autrichiens. Quelques jours se passent à s'observer de part et d'autre, de grandes manoeuvres s'exécutent ; Napoléon étudie le terrain sur lequel il veut attirer ses ennemis , et, quand il les voit pleins de confiance dans leurs forces, il feint un mouvement rétrograde pour leur persuader qu^il les redoute. Les armées de la Russie et àe l'Autriche, leurs souverains en tête, l'attaquent à Austerlitz, le 2 décembre 1805, et éprouvent une défaite totale qui les anéantit... Napoléon, dans cette journée, montra une habileté consommée comme général et tacticien. La suite de cette victoire fut immense. L'empereur de Russie s'estima heureux de pouvoir se retirer avec son armée sans être poursuivi, et François II d'Autriche fut obligé de subir une paix hon« teuse. Ces succès prodigieux s'obtinrent en quelques mois. M. Pitt mourut peu de temps après. On attribua la cause de sa mort au chagrin que lui causa ce grand désastre qui détruisait toutes ses combinaisons. Il expira

res|tfît pleiû d'ftUrmes pour la séeurîtè Suinte de Tàih gleterre*

La Prusse, adroitement contenue pendant la eampagne de 1805, ne bougea paa malgré les rives inttancea du cabinet britannique pour Fengag^ à prendre part k la lutte. On dit que Napoléon» en a'arançant d'Ulnx vers lea Étati héréditaires d'Autriebe, eut un moment d'in^ quiétude. L'armée prussienne était nombreuse sur le pied de guerre, et il est certain que ai elle eût fait un mouyement sur lea derrières des troupes firançaisesr elles se seraient trouvées eomfMromiaes» coupées de la France» et ainsi aucun renfort ne pouvait arriver. Alors^ ayant en avant lea Russes et les Autrichiens, et en arrière les Pruftsiensy la position de Napoléon devenait trèsH^ritique. Os crut un moment, di»-je, à ce danger quand on sut qu'un corps français avait traversé le territoire prussien. Quel* quea militaires m'ont assuré que l'empereur^ heur«ix d'avoùr échappé à ce danger, heureux d'être parvenu âen* dormir la Prusse, s'était écrié: a Une autre fois Je jh^u* drai mes précautions» afin de no phis être tourmenté Qooime je l'ai été« a

L'Autriche dono ayant repri» peeseessma de sa eapitak» cédé une portion de son territoire, se tint tranquille ; mai» l'année sniiante la lutte s'engagea entre la France et la Prusse. Cette dertiièrepuiasauee^qui pouvait rèellwtent noua «téer des embarraa a^ant labataiUed'AuiAc^Uti en m déclarant tosbt à oéuji^ oontr^ nous» ae hasarda a lutter awlê; car, quoiqu'elle futsoutenue perla Russie, les prih miera coupa devaieat tomber sut elle avsttt qu'elle put r^ oevetrdeaaaeiaiifadesou i^iée. C'est ce qui ariiia à la la*

measebateilledlàia. L'arméeprasaienne» habile à hmê^ nœBvrer eommandée par le doc de Brunâwick, qui jotti«^ sait d*iiiie grande rèpntalion mililaire, auperbe» pleine d'ardeur, ae présenta résalûment aa combat. En queàrques heures pourtant elle fut eomplétenient dé&ite malgré sa setence en tactique. Les Françaia poursuivirent leura succès, et, à la fin de la campagne, la moitié de la Prusse, y comprk la capitale de ee royaume^ était conquise. L'Autriche, qui aurait pu empêcher ce grand déa* asire, resta neutre, paisible spectatrice de la lutte, et négligea de prendre une revanche alors facile i car son armée refaite bordait lea frontières. C'est ainaî que Na« potéon sut séparer deux puissances qui auraient toQJouf s éA rester uttiea*

Je n'ai pas la préteotioB, mon dier asni, de TSfua raconter les mémorables curap^gnes auxquelles je n'ai pas assisté. Youa les lires ou tous lea aicK déjà lues dana les histoires contemporaines qui ont paru ; maia il m'est impofsibtç de ne pas en tracer on taUean rapide^ feulant le rattacher iodireciensent i moi et plus directement à mes anciens amis, le nie bornerai dene à quelles fails principaux iifin d'arriver le plus tèt possible aa terme de mon récit» Je vous fierai aussi observer qu'il m^est impoBÛUe de ne pas toos signaler ce qne je (Brois être des £Mitea gruYes de bi part de Napoléon.

L'amaée i9(^l étendit ^evantage encore les auccèa de Roa troupes* La guerre oontinna enlre la France et la Ruaaie. Une balaille sanglante se lirra à Eylau ; aile fut indécise^ ou du moins ciimun s'attrifaus la ^ictmrs. L'enbpoftur^ dans oslle jMniée, înges l'année nimn oomma

H devait le faire, il déclara qu'elle avait combattu avec une grande intrépidité, et il pensa qu'il aurait de la peine à la vaincre. Cependant, après une apparence de repos occasionné par la dureté de la saison, après la prise de Dantzick par le général Lefebvre, il poursuivit sa marche et atteignit les Russes près de Friedland. Une mêlée terrible s'engagea entre les deux armées, la victoire resta longtemps indécise; mais enfin elle devint complète pour nos troupes, qui repoussèrent les Russes et les forcèrent de répasser le Niémen. Cette dernière bataille amena la paix de Tilsitt entre la France, la Russie et la Prusse. L'empereur Alexandre s'éprit de Napoléon ; ils se donnèrent réciproquement des preuves d'amitié , et le malheureux Frédéric-Guillaume , grâce à l'intervention de son ancien allié, pouvait conserver la moitié de son royaume. C'est après la paix de Tilsitt et l'année suivante que Napoléon atteignit l'apogée de sa puissance.

Avant lé" commencement de cette campagne, j'avais vu pour la dernière fois Bernadette, nommé depuis prince de Ponte-Corvo. Il allait partir pour le nord de l'Allemagne et se préparer au rôle brillant qu'il joua depuis dans le monde ; car, après Napoléon, il n'y a pas d'exemple d'une fortune aussi rapide que fut la sienne. Elle paraîtra même encore plus étonnante en ce qu'il sut la conserver, la fixer par sa sagesse et sa prudence, tandisque l'ancien empereur vit sa grande puissance crouler à la suite de'nombreuses fautes et de cruels revers. C'était encore chez le duc de Valmy que je devais voir Bernadotte pour la dernière fois. Nou« dinioas tous les trois

ensemble; après avoir quitté là table» Kellermann me dit familièrement et avec abandon :

— Pourquoi » mon cher vicomte , ne faites-vous pas comme tant d'autres, ne vous rattachez-vous pas au gou« vernement actuel? Vos anciennes espérances doivent être à présent détruites.

— Moff cher ami, lui répondis-je, il m'est impossible d'abandonner ainsi les objets de mon culte, les principes de toute ma vie ; j'y resterai fidèle.

— Ami, pensez caque vous voulez, formez même des désirs pour l'avenir; mais un homme comme vous se doit à spn pays.

Aussitôt Bcrqadotte prit la parole et me dit : Monsieur le vicomte, si vous le voulez, le duc de Yalmy et moi nous nous faisons fort de vous faire employer au moins dans votre ancien grade, peut-être même dans celui de général de division. Vous êtes encore assez jeune pour servir comme ofQcier général , vous avez fait la guerre i nous connaissons d'ailleurs tous deux votre capacité* ainsi nous sommes presque assurés du succès de nos démarches. Allons, nous autorisez-vous à agir?

— Je ne saurais trop vous remercier, mes anciens amis, dç l'intérêt que vous voulez bien me porter. J'ai toujours aimé l'état militaire ; à mon âge même la guerre ne me fatiguerait pas, car à cinquante-quatre ans j'ai encore conservé une grande activité; mais je suis lié par mes principes, les promesses faites à mes princes; et d'ailleurs, excusez ma franchise, je compte sur votre discrétion, je ne me déciderai jamais à prêter serment de fidélité à un homme que j'admire comme grand général»

HUiis qai ordonna froidemenl la mort do docd'Enghien.

A. ces mots le prinœ de Ponte-GorTo et le duc do Val« mj s'éertèrent envemMe : « Respectons cette opinion qui vient de là eonecience ; cette condamnation du raaiheu* renx prince fut vraiment affreuse ; elle est très-odiense même à nos yeux. Allons, monsieur le vicomte , noss n'en parlerons plus^ et nous resterons toujours amis. »

Je leqr tendis la main, serrai la leur, et le» quittai peu après en leur répétant que je comptais sur leur dis«* crétion. Je ne me vante pas de ma conduite, mon cher ami, car jie ne croy»i$ faire que mon detoir. J'aurais pu, comme tant d'autres, vous le voyez, m'attachera» gott* vemement impérial et faire mon chemin. Non-seulement des républicains forcenés étaient devenus les amis, les défenseurs du trône impérial, avaient accepté des décorailions, des titres, des sénatoreries; plusieurs membre* de Taneienne noblesse, croyant la dynastie napoléonienne établie à famais sur le trôné de France, avaient renié leurs prinoipes, étaient devenus des coortîsan» assidus disant pour s'excuser que c'en était fait de^ la maison de Bourbon, et qu'il fkllait avant tout être utile à sa patrie. J'aurais pu faire de môme, je ne le voulus pas. Je restai fidèle à mes eroyaMes, comme le Ait, il fiiut sVmpresser de l'avouer, h plus grande partie de la noblesse françaiise.

Napoléon, en i80S, ïwi puissant vers le Nord, fêtait aussi en Italie ot même en Espagne ^ ^t il avait une in<ftuence immense sur le faible souverain de ce pays. Un corps de troupes espegnotes, commandé par le marquis de la Romana, opérait môme ^ec la Franee diint le Nord. Une mésintelligence entre le roi et sicm ftb Ferdinand ,

des querelles» de famille^ Qrent ifiterreDhr Napoléon comme médiateur d'abord. Soudain Fambilioii vînt le saisir; il attira à Bayonne ie père et le Bis sous le prétexte de les mettre d'aceord y et, quoique Charles lY eût abdiqué en faveur de son fils, il les retint prisonniers^ et résolut de placer un des siens, Joseph, son frère, sur le tr6ne d*Es* pagne. Dès que eet acte, si eontrairô au droit des gens, fut connu, une révolte générale éelata dans tout te royaume. L'Angleterre aux aguets s'empressa d'offrir mn seeoursi Une fiofte partit pourle Nord; le marquis de la Romana^ en présence de nos généraux^ eut Taudaee et la t^rinelé d'opérer rembarquement de toutes ses troupes qui Sfrri* vcrent au secours des Espagnols.

Napoléon, en paix avec la Russie, l'Âutriebe et la Prusse, pensa qu'il viendrait aisément à bout de ee qu^il regardait comme une révolte insentée. Mattre dès denii princes espagnols, ri crut qu^en envoyant une nombreuse armée en Espagne et s'emparant de Madrid, îl placerait en une seule campagne la couronne sur la tdte de son frère. Hein de cet espoir, il lui fit abandonner Naples pour Madrid. Il ne tarda pas, en effet, à soumettre cette eih pitale ; mais l'Angleterre veillait et agissait de son côté. Elle employa toute son énergie et ses (résors pcinr venir au secours des Espagnols et ensuite des Portugais. Ne pouvant, par sa constitution, créer une forte armée dans son sein, elle la créa en Espagne et en Porlugat. Elle arma les populations exaspérées^ et alors commença uneguerre aflSreuse d'extermination qui dura, vous le savee. Jus-» qu'en 4814. Au lieu d'une campagne , Napoléon en fit sept sans pouvoir atteindre son but, malgré quelques

victoires éclatantes remportées par ses lieutenants. UEspagne, en 1807, était récUcmentà lui: il la dominait de toute sa grandeur; mais en voulant la forcer de reconnaître Joseph pour son roi, en arrachant Ferdinand de sa patrie, il ranima le sentiment espagnol, et, grâce à Tintervention anglaise, ce sentiment finit par triompher.

La paix avec TAutriche ne fut pas de longue durée. Cette puissance se trouvait humiliée , et, malgré ses revers, elle espérait toujours prendre une éclatante revanche. Les années 1806, 1807 et 1808 furent employées à recomposer son armée, et elle y parvint d'une manière presque miraculeuse par l'activité du prince Charles. Enfin, à la suite d'une froideur marquée entre la cour de Saint-Cloud et celle de Vienne, la guerre recommença en 1809. Il fallait vraiment admirer la persévérance des peuples* autrichiens qui, malgré de constantes défaites, reparaissaient toujours disposés au combat. Cette fois le cabinet de Vienne avait cru tout prévoir et être en état de soutenir glorieusement la lutte. Elle s'engagea a Eckmuhl ; les Français y furent vainqueurs, marchèrent sur Vienne et s'en emparèrent. L'archiduc Charles, non découragé, reçut des renforts et livra, le 22 mai, la bataille d'Essling, qu'il perdit malgré une héroïque défense; mais il parvint après à beaucoup gêner les mouvements de l'armée française, et à la forcer à se retirer dans l'ile de Lobau quand il eut détruit les ponts situés sur le Danube. Nos troupes restèrent stationnaires dans cette île pendant quelques semaines ; l'Autriche reprit confiance et crut nous contraindre à une périlleuse retraite. Cependant un nouveau pont fut habilement construit par

le général Bertrand ; l'armée entière sortit de Tite, fit des dispositions savantes, se concentra vers Wagram, où se donna^lei? juillet, une bataille des plus sanglantes; elle couvrit de gloire notre armée et particulièrement le général Macdonald, qui décida la victoire. Les Autrichiens combattirent de leur côté avec un courage héroïque. On prétendit même que, sans un mouvement trop long fait par Tarchiduc Ferdinand pour tourner une de nos ailes, nous aurions pu perdre la bataille ; rartillerie jouît un rôle brillant dans cette journée. Son résultat fut la conclusion de la paix entre TAutriche et la France, et de nouveaux sacrifices imposés à cette première puissance, toujours malheureuse.

Mais bientôt des liens d'amitié s'établirent entre Na« poléon et François II. L'ex-empereur aimait toujours l'impératrice Joséphine. Tout du moins, dans ses habitudes^ ses manières, annonçait qu'il la préférait elicore à toutes les autres femmes. Cependant, comme depuis son mariage il se voyait sans postérité et qu'il en avait témoigné du regret , des amis dévoués, des flatteurs, des ambitieux lui persuadèrent qu'en ayant des héritiers directs de son nom il établirait sa dynastiesur le trône de France. On lui conseilla donc le divorce. Napoléon, il faut l'avouer, eut peine à s'y déterminer ; mais l'ambition , la politique, des raisons d'État le firent consentir à prévenir Joséphine de son projet. Il s'y prit avec adresse, et il la trouva disposée à faire ce cruel sacrifice de son affection pour ce qu'on lui représentait être le désir de la France entière. Des agents adroits s'adressèrent à Yienne, car on voulait une princesse de haut rang pour s'allier à l'em-

perear det Fraocais. La négociation fut ai bien menée» que Francoia II conaentit à donner aa fille pour épouae à Napoléon ; il y consentit par peur» et dans Tespoir que, par cette alliance» il parviendrait à recouvrer une partie des États qui lai avaient été enlevés par la guerre. Une fois d'accord, Marie-Louise, fille de Tempereur d'Autriche» arriva en France» et le mariage ne tarda pas à s'accomplir. Il eut lieu le 21 mars 1810, à Saint-Gloud» avec une i^rande pompe ; et ce jour même Napoléon, radieux $ fit avec sa nouvelle épouse son entrée dans Paris» au milieu d'une foule immense, entouré d'une partie de la garde> habillée de neuf pour la circonstance. Des fêtes magnifiques suivirent cette union, Bonaparte» à dater de cette époque» se crut le souverain le plus puissant du monde ; il crut » enfin , que la guerre entre lui et son beau-père deviendrait impossible désormais : aussi » outre que sa vanité était flattée d'épouser une archiduchesse d'Autriche» il croyait encore avoir fait un acte de la plus haute politique^ On assura qu'il avait d'abord tourné ses regards vers une des sœurs de l'empereur de Russie , et que ce prince , en étant informé, s'empressa » malgré sa nouvelle amitié pour Napoléon > de la marier au grandduc d'Oldembourg » prince peu puissant» mais d'une haute naissance.

Qui croirait pourtant qu'après ce mariage si brillant » ai inattendu » quand Bonapurtê semblait ne plus rien craindre au dehors ni au dedans de la France» qui croirait que sa police fut toujours aussi ombrageuse qu'aux premiers jours du Consulat! Je puia vous en fournir deUE preuves sueceaaivea qutf j'en eus vers la fin de

eetteanoéa 18iO# Le marqui4 d« B*.««»» mon eouÂn» a?8it ^ny^yé «on fiU èa Ru^sk» peu d^ tèmp« «prè^ «a niii««ailce. Un de ses onol^ éUit parTenti à le &ire plaœr à récoLe dei CadeU nobles de Saiot^Pétersbourg. Le mar* quis de Bé»>M » qui ne cannaiasail pas cet enfant « vouhit le voir; il obtînt un passo-pôrt au}( ài&ireà étraiïgèrei^. Il resta environ ùx mois en Russie» el revioi en Franèê enebanté de son voyage. C'était un homme d'esprit -^ pleiii d'bonueur» d*instru()tioa » mais peu discret» naturelle'» ment confiant et bavard» quoiqu'il parlât bien. A son retour» la t)oliaè le fit prévenir d'étte circonspect , de peu parler de ce qu'il avait vu» Le marquis» prévenu, sut pendant quelques jours se retenir ; mais bientôt le na« turel remporta. Se trouvant ft déjeuner dans une maison réputée sûre» en compagnie d'une dou^iaine de personnes, la conversation tomba sur l'armée , Sur la beauté de la garde impériale » sur sa force numérique. Tout à coup voilà le marquis de B.»*.. qui s'écrie : «J'ai vu mieux que cela ; J'arrive de Saint-Pétersbourg, et je puis tous affir* mer que la garde russe ne le cède en rien à la garde impériale. D'abord elle est bien plus nombreuse» et man* cauvre» suivant moi» avec peut^tre plus de précisioui Malgré les revers si eiagérés éprouvés par la Russie» je vous garantis que cette puissance peut aisément mettre de six i sept cent mille hommes sur pied. On dit ici qu'elle a été vaincue; personne ne le croit à Saint-Pétersbourg.» Ces paroles^ prononcées avec chaleur» éton» nèrentles convives; mais, deux heures après» le miniiltre

de la police en eut connaissance. IMU de B aussitôt

re^ut Un avis sévère ; Dn lui dit iq[ue» s'il ne savait pas se

taire, on irouTerait moyen de Tempécher de parler. Le pauvre marquis me communiqua l'avis sévère, et je l'engageai d'être désormais discret et circonspect ; il me le promit. Cependant, quelques jours après, dînant dans une maison bien connue et cru^ sûre, la conversation s'établit sur le mariage de l'empereur, sur l'impossibilité désormais qu'aurait la Russie de s'immiscer dans les affaires de rAUemagnc, et surtout sur la force des armées impériales, capables de conquérir l'Europe. A ces derniers mots, le marquis n'y tint pas. Il dit de sa grosse voix : «Conquérir l'Europe! oui, hormis la Russie; j'en arrive, j'ai tout vu ; je puis vous le certifier, l'empereur Alexandre ne nous craint pas. Son armée est aussi belle au moins que la nôtre, et beaudôup plus forte. Ah! si vous aviez vu la garde impériale russe, vous changeriez d'avis. » Le soir, il se rendit dans une autre société; et, de nouveau piqué au vif, il recommence «on refrain habituel : « Ah ! si vous aviez vu la garde impériale russe, etc., etc- » Quand on le contrariait, il n'était plus maître de lui. Ses paroles imprudentes furent de nouveau rapportées à la police ; car alors l'espionnage se faisait par quelques personnes déhontées de la bonne compagnie. Le châtiment arriva vite; il reçut l'ordre de quitter à Tinstant Paris, et de se rendre dans une petite ville située à quatre-vingts lieues de la capitale, où il résiderait sous la surveillance immédiate du préfet , et sans pouvoir en sortir jusqu'à nouvel ordre. Il resta dans cet exil pendant deux années, et il n'y parla plus de la garde impériale rusfse. .

L'autre preuve que j'ai à vous donner des inquiétudes

de là police, en 1810 et 1811, m'arriva à moi-même. J^avais vu, le matin même, un gentilhomme suédois qui, arrivé de Londres par un parlementaire, m'avait apporté une letire de M. J. Hankey, mon corre^poiidant. Après avoir causé avec lui, il me parla de monseigneur le duc de Berri ; il Tavait vu au jeu de paume la veille de son départ. J'arrivai chez la vicpmte^e de Rastignac, qui donnait une grande soiréa. On me noiontra le journal du matin, qui annonçait que ce prince avait été tué malheur€^sement| en faisant des armes avec un seigneur anglais. Le fleuret se serait démoucheté; Iç duc de Berri, frappé dans la poitrine, n'aurait pas survécu à cette terrible blessure. Épouvanté de cet article, je m'empressai de demander la date du jour de cet affreux accident. Dès qu^on me T^ut dite, je fus à Tinstant rassuré ; et, malgré ma prudence habituelle, me croyant d'ailleurs dans un lieu à l'abri de tout soupçon, je dis à haute voix : <c Messieurs, la nouvelle est fausse, car j'ai causé ce matin livec un gentilhomme étranger qui arrive de Londres ; il a vu le prince au jeu de paume, a conversé avec lui deux jours

après la date du prétendu accident, ainsi rassurez-vous. >»

J'avais à peine achevé ces paroles, qu'un grand homme sec, bien mis^ s'approche de moi d'un air mystérieux, et me dit à l'oreille : « Monsieur, ayez soin désormais de ne plus parler des ci-devant princes français, car cela pourrait vous attii er des désagréments. >• Après avoir proféré ces paroles, il tourna les talons et sortit sans revenir. Comme je ne le connaissais pas, il me fut impossible de 'le désigner à la société; mais j'ai toujours été convaincu qu'il était un espion de bonne compagnie.

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